LITTERATURE ALLEMANDES
La langue germanique primitive a eu trois dérivés, dont la langue allemande est le plus direct. Les deux autres sont la langue Scandinave avec toutes ses variétés, et la langue anglosaxonne dont l’anglais est la subdivision la plus répandue. La langue allemande (Me âeuUrhe l^prache) se divise en haut et bas allemand, chacun de ces deux dialectes donnant naissance à ceux qu’on parle dans les différents Etats et dans les différentes provinces au même royaume. Les mots, les formes de ces idiomes particuliers, si divers qu’ils soient, laissent parfaitement subsister les traces d’une origine commune.
C’est au centre de l’Allemagne, plus particulièrement dans la haute Saxe, et plus particulièrement encore dans la Misnie,
[j-bv Goo^qle
INTRODUCTION.— LANOUE ET LITTÉRATURE, lxxxi* qu’on parle l’allemand le plus pur. Dans le midi (hante Souabe, haute Bavière, Autriche), les provincialismes abondent, les voyelles sont dures, les consonnes sifflantes. Au sud-ouest et à l'est CWestphalie, bas Rhin, Mecklembourp, Poméranie), elles sont longues, molles, traînantes. Enfin, si ou veut avoir une idée juste de l’allemand primitif, non altéré par la tradition mobile de chaque contrée, il faut l’aller chercher dans la Courlande et la Finlande, par delà l’Allemagne proprement dite, chez les descendants des anciens colons allemands qui ont peujilé ces provinces reculées. C’est ainsi que le pur français du temps de Louis XI'F n’existe plus que chez les résidents des villages du Canada, et peut-être encore dans quelques villages de la Louisiane.
Quelques hypothèses scientifiques font dériver l’allemand des mêmes sources que le grec, et la civilisation qui a jeté un si vif éclat sur la terre des Hellènes aurait pris naissance dans le pays des Thraces , plus tard ap])elé Scytlue, et de nos jours Moldo- Valachie. L’idiome grec ne serait, à ce compte, qu’un allemand très-perfectionné ; l’idiome allemand, un grec resté longtemps dans son état primitif, et développé ultérieurement dans des circonstances particulières. Il aurait donc sur le français, l’anglais, l’espagnol, l’italien, la primauté due aux langues mères, aux idiomes radicaux. Quoi qu’il en soit de ces liantes prétentions, il est à peu près certain que les premiers germes de civilisation, dans les temps dits modemci', rebroussèrent chemin, si l’on peut s’exprimer ainsi; les Grecs instruits à l’agricullure plusieurs siècles auparavant, par les Goths do la Mœsie, leur rapportèrent plus tard les premières notions de l’art d’écrire. Ces Goths, chassés par les Huns vers le milieu du iv« siècle, remontèrent le Danube, et c’est chez eux, a l’époque où l’évêque Ulphilas les convertit au christianisme, que parut le premier document écrit en allemand. Ce fut une traduction de la Bible, dont plusieurs parties sont parvenues juseju’à nous. Elle date de 360 à 380. Il faut franchir un laps de trois cents ans, avant de retrouver, dans les premières années du viii» siècle, un autre écrit allemand, qui fut encore une traduction : celle d'un traité théologique : De Natidtate Domini, par Isidore de Séville.
Kero avait traduit la règle de saint Benoit, et saint Bonifacé avait, par ses prédications, réjiandu le christianisme en Allemagne, lorsque Charlemagne, immédiatement après son avènement au' tréne (768), favorisa, de tout son pouvoir, l’étude des dialectes germaniques. Sa grande préoccupation fut fétude des lettres latines; mais, aidé des savants qu'il avait groupés autour de lui en une sorte d’académie, il fit traduire en allemand, du grec et du latin, les meilleurs sermons et les jilus belles homélies des Pères de l’Eglise, ordonnant au clergé de les lire du haut de la chaire aux peuples qu’il voulait éclairer. Il donna des noms allemands, inventes par lui, aux mois de l’année et aux vents de l’horizon. Il fit recueillir les chants traditionnels des
xc ITINÉKAIRE DE L’ALLEMAUNE.
anciens Germains, et ces chants enfantèrent d'autres récits, modifiés par l’imagination populaire, qui j)lus tard se retrouvent dans divers poënics, d'abord écrits en provençal et en vieux français, plus tard imités en allemand, et revenus ainsi à leur point de départ.
Toutefois, les progrès dont il était l'auteur, et qui restaient acquis en définitive aux nations remuées ]>ar sa forte volonté, s'arrêtèrent, lui mort, et pendant 1ère des Franks (768 à 1137) on ne voit pas que la langue allemande ait reçu des règles fi.xes et certaines. On attribue à cette absence de toute domination intelleetuelle durant cette épo([ue d'enfantement le manque d’unité et de régularité dans rinllcxion et la désinence des mots qui existe encore aujourd'hui, et crée les plus sérieuses ditlicultés de l'alleniand tel qu’on le parle maintenant.
On ne peut signaler pendant ces trois cent soixante-neuf années (ju’un poème, ï Harmonie des Evangiles, j>a.r Ottfried, moine bénédictin de Wissembourg en Alsace (8/()). Le Chant d'Hildehrand ', le Chaut de guerre du roi Louis III, vainqueur des Normands (881), les œuvres dramatiiiues (en latin) de la religieuse Ilrosvvitlia (880), la traduction des Psaumes de David par Notker, dit Labeo (10’2'2), et enfin, et surtout, l’éloge de Hanno , archevêc^iie de Cologne (107.5'i, panégyrique eu vers, poème presque régulier, qu'on a pu regarder comme le symptéme précurseur du développement rapide qui eut lieuquelque soixante ans plus tard, lorsque les premières croisades (1096) et l'avénement de la dynastie souabe (1137) eurent communiqué aux esprits un ébranlement salutaire. C’est ici, à vrai dire, que l’histoire littéraire de l'Allemagne commence, et ([u’elle peut être utilement divisée. en époques.
D* KPOQüK. — Période souabe. — 211 ans. — Le dialecte frank, bien qu'un des plus rudes parmi les idiomes germaniques, avait eu, jusqu’à l'avénement des Hohenstaufen, une prépondérance marquée. Il se fondit vers cette époque dans le dialecte souabe, bien autrement harmonieux, et dont les délicieuses intonations se conservent encore pures dans quelques cantons de Bade, de la Souabe, do la Suisse et de l’Alsace. Cette alliance changea complètement le dialecte frank, l'ennoblit et le plia aux exigences de la poésie, par la multiplicité de ses voyelles, de ses particules, de ses prépositions, de scs ellipses, et surtout de ses rimes. Il se
frétait mieux aussi à cette faculté de créer des mots composés, un des plus précieux attributs de la langue allemande'. Kssentiellement approprié aux besoins d’une époque poétique par excellence, il devait régner sans conteste jusqu'au moment où les nécessités de la polémique religieuse et la discussion des faits, des idées pratiques, exigeraient des formules plus arrêtées,
4 Retrouré, en 1813, par les frères Grimm, dans la coarertare d’an rieax mannicrit de l’abbaye de Fulda. .M . Gley, M. Michelet et M. Ampère fils, l'ont tour à tour mis en français. On le trouve aussi dans YHistoire d Allemagne, de M. Ph, Lebas {ünivert pittoresque, tome l, p. 40).
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line plus stricte adhéreuce du voca)3le et de la pensée. Il dura jusqp’à Luther.
I.es croisades avaient dévcloj)pé le commerce ; le commerce avait enrichi une portion des classes inférieures et créé la bourgeoisie. Surtout après la fondation de la ligue hanséatique (1241), une vie, une activité nouvelles s étaieut répandues eu Allemagne ; on y apprit à connaître la poésie des troubadours , les Hohenstaufen, d’ailleurs, bien autrement lettrés que leurs devanciers, et surtout Frédéric Barberousse, le plus illustre d'entre eux, attirèrent à leur cour les mélodieux trouvères de la Provence et de la Toscane. En Souabe, en Autriche, en Styrie , et particulièrement en Thuringe, ce noble exeinjile fut suivi. Parmi la noblesse, il se forma des sociétés de chant où furent imités les
i'eux, les tournois, les concours poétiques de Toulouse et de ’aris. Ainsi naquirent les iiinnesænger, les chantres d'amour', qu’on appelle aussi poètes souahes, bien qu’un certain nombre d’entre eux seulement fussent originaires du pays d’où l’élan poétique semblait être parti.
Dans les fabliaux ou les romanoesdes Minnesamger, on retrouve fréquemment les sujets traités déjà par les poètes provençaux ou italiens dont ils étaient les imitateurs. Hartmann von der Aue traduit Iwain et Laudine, roman français. Albert de Halberstadt traduit Gamuret; "Wolfram d’Eschenbaoh , secrétaire d'Othon, duc d’Autriche, imite du Provençal Guyotlc poëqie de Percerai ; Godefroi de Strasbourg traduit le Tristun, l'un des plus anciens romans de chevalerie de la Grande-Bretagne : mais, en regard de ces imitations, ils ont aussi des œuvres à eux, et parmi celles-ci deux monuments qu’il importe de signaler ; la Catastrophe des Nibelungen et le Livre des héros.
La première de ces épopées a pour sujet la ruine des Nibolungen, anciens héros bourguignons, ruine amenée parle crime de l’un d'eux, Hagen de Tronége, qui tua traîtreusement, à la chasse, Sigefroi le Corné, prince frank, marié à la belle Chrimhilde, sœur de Gunther, roi des Bourguignons. Chrimhilde. devenue veuve et remariée au célèbre Attila, prépare aux mânes de son premier époux, toujours adoré d'elle, une vengeance terrible. Attila, dont elle domine la volonté, convie à un tournoi, treize années après le meurti'c do Sigefroi, fous ceux qui ont trempé dans cette abominable trahison. Non sans méfiance, et bien que retenus par de sombres pressentiments, ils arrivent tous au fatal rendez-vous où les attend Chrimhilde. Elle a obtenu do son époux et des guerriers huns la promesse de cette vengeance dont l'espoir est devenu toute sa vie. Eu effet, au milieu des festins, le massacre des Bourguignons commence. Tous périssent, excepté Gunther etllagen que Dietrich de Berne livre prisonniers à Ifimplacable reine. Elle fait couper la tête au roi des Bourguignons afin d’intimider Hagen et de le contraindre
1 3finn«, amour, dans le rieur dialecte allemand.
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mNÉKAIKE DE L’ALLEMAGNE, à révéler l’endroit où sont cachés les trésors de Sipefroi, ces trésors dont la possession lui a coûté la vie. Hapcn, maintenant seul dépositaire de ce secret, déclare à Chrimliilde qu'elle ne le connaîtra jamais. Saisissant aussitôt l'épée de Sipefroi, elle abat la tête du meurtrier. Mais elle ne jouit pas lonptem]is de sa victoire. Un de ses champions, le vieil Ilildebrand, indigné de voir périr le plus vaillant des Bourpuipnons par la main d’une femme, la frapjie elle-même et la tue sur place.
Ce sxijet traité, selon l’IiYpothèse la pins accréditée, jiar Henry d'Ofterdinpen comprend' trente-neuf aren/Krp.'ç et neuf mille six cent trente-six vers à rimes croisées. Les grammairiens d’.Alexandrie n’ont pas mis plus de zèle à commenter les beautés de Vlliade que les littérateurs alleiûands à faire valoir celles de leur épopée nationale ’.
Le L'ivre des héros {Heldenhuch), presque aussi célèbre que les K'ibehtngen , est un recueil de poésies tirées des traditions des Lombards et dos Ostropoths. Ce sont des morceaux de divers auteurs, ayant trait à la chronique semi-fabuleuse d’Attila et à la grande migration des peuples que rappelle ce nom formidable. Dietrich de Berne, plus connu sous le nom de Théodoric, roi des Qstrogoths, joue aussi un grand rôle dans ces chroniques rimée dont quelques-unes sont attribuées à Henry d'Ofterdingen quelques autres à Wolfram d’Eschenbach.
Nous ne pouvons, dans un cadre aussi resserré, insister davantage sur les poemes des Mmncsietti/er, ni énumérer, même
Fartiellement, les études dont ils sont devenus le sujet depuis année 1750, où deux Suisses, Bodmer et Breitinger, retrouvèrent dans la Bibliothèque royale, à Paris, le manuscrit dans lequel deux citoyens de Zurich, Manesse père et lils. avaient, au commencement du xive siècle, réuni les œuvres è])arses de cmt quatorze poètes souabes
Mentionnons, cependant, deux ouvrages qui ont été immensément populaires dans leur temps, et qui ont nécessairement influé sur le développement de la littérature allemande.
L’un est la Modestie de Freida^ilc (Freidank — libre penseur), qui
f>aralt être de Walther de la Vopelweide, poète voyageur, spéciaement protégé par Léopold, duc d'.\utriche, dit le Glorieux. Ce poème ïambique a été dédié, en 1229, à l’empereur Frédéric II.
L’autre, intitulé le Renner (le Courrier ou le Coureur), publié, vers l’anlSOU, par Trimberg, est un recueil de fables, de contes
< On l'a aussi attribué à Conrail de WUrzburR.
1 Voir les travaux de Jean de Müller, Hasien, A. W. Schlepel, Zeune. Busebing, HensberK, Lacbmann, Lassberi; Mone, Simrock.
* Voir le manuscrit 7266 de la Bibliothèque, composé de 128 feuillets en parchemin in-folio, ornés des miniatures les plus curieuses. Ce manuscrit fut publié dans lei années 1758-59 On en conserve plusieurs autres dans les bibliothèques de Brème, lena, Stuttgart, Weimar et Heidelberg.
Le recueil le plus important de ceux des Chantres it'amour qui onteules honneurs de l'impression, est celui de Myller (Berlin, 1784 85, 2 vol. in-4l.
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et de sentences, sans grande valeur littéraire, et qui marque le déclin des Minncsænger.
A ces troubadours de race noble succédèrent les ouvriers chanteurs {^Meister-Sænger) , formés en véritables corporations, lesquelles, a l'exemple des autres corps de métiers, avaient leurs statuts, leurs privilèges, leurs jours d’assemblée, leurs cérémonies d’agrégation.
Ces corporations chantantes s’affilièrent entre elles de ville à ville; l'empereur Charles IV leur donna une sorte d’existence légale par ses lettres patentes de l’année 1378. Il leur conféra même des armoiries. Francfort, Mayence, Colmar, Nuremberg, Strasbourg étaient leurs principaux points de réunion : mais il y avait aussi de ces sociétés a Memmingcn, Ulm, Heilbronn, Aiigsliotirg et dans d'autres cités libres et impériales.
En véritables ouvriers, les Meister-Sænger voulurent réduire la poésie en métier. Ils lui donnèrent des règles positives, dont ils firent des espèces de codes appelés Tabulatures, qu’on lisait aux jours d’assemblée. De même etablirent-ils des grades divers qu’on recevait dans la corporation, où on devenait tour à tour d’apprenti compagnon, de compagnon cliantour-poëte, de chanteur-poëte maître chanteur, ce dernier grade réservé à l’inventeur d’un air nouveau, d'une nouvelle mélodie.
Peu de noms ont survécu de ceux qu’on inscrivait par milliers sur les listes des maîtres chanteurs. Mugclin, Muscatblüt, Pierre dit Suchenwirt , qui firent l’admiration de leur siècle, ne seront jamais connus, dans le nôtre, que des érudits '. En revanche, il est resté de cette époque quelques chansons de guerre, d’amour et de chasse, qui se lisent encore avec cet attrait particulier que la na'ivcté des temps primitifs ne peut cesser d'avoir pour le raffinement des générations blasées. C’est ainsi qu’on se rappelle l’hymne de Morat par Veit Weber, la bataille de Sempach (1386) chantée par Suter, un des héros de cette journée mémorable. C'est encore à ce titre qu’est arrivé jusqu’à nous un poeme satirique, le Vais.seau de,? fous, écrit en vers rimés de quatre pieds, par Brandt (Sébastien), dit Titio, conseiller do l’empereur Maximilien , et, plus tard, syndic do Strasbourg (mort en 1521). Ce livre, d’ailleurs, au dire de juges fort compétents ’, révèle « une grande connaissance du monde et des hommes. » Il ne faut pas oublier non plus la satire allégorique intitulée Reinecke le Renard (1498), écrite dans le dialecte bas-allemand {PlaU-Deiitsche) et, à ce qu’on croit, par Baumann, secrétaire du duc de Mecklcmbourg. Elle nous offre le tableau animé d’une cour dont le prince est dominé par les intrigues d'un vil favori, que les victimes de ses ruses accusent en vain, et qui sort victorieux de toutes leurs attaques. Il y a de ce poeme, en bas-allemand, des éditions sans
( Leurs ouvrages ont été réunis dans un volume publié à Vienne, en 1837, par Primisser.
* MU. Henry et ApITel, Histoire de la Littérature allemande, Paris, 1839.
iciv ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE,
nombre, et Gœthe lui-mème l’a fait passer dans l’idiome littéraire de son pays.
A la même époque (1450 et suiv.') , sc rapportent les premiers essais dramatiques de l’Allemagne, les pièces de carnaval (parce qu’on ne les jouait qu’à cette occasion), et les ouvrages de Kosenpliit, que Gottsched appelle quelque partie Thespis de la scène germanique. On lui a cependant découvert un compétiteur ; Foltz ou Voltz, maître chanteur do Nuremberg, dont les pièces, qu’on possède encore, seraient antérieures de quelques années à celles de Roseuplüt.
Hans Sachs ne vint que beaucoup plus tard; mais il est, sans contredit, le plus illustre des Meister-Sœnger. Contemporain du Tasse, de l’Arioste et de Cervantes, Sachs mérite à peine qu’on les nomme en parlant de lui. Il fut cependant, de 1530 à 1558, le plus fécond créateur et le plus populaire poëte de l'Allemagne. Sa renommée, effacée vers la iiu du xyii- siècle, et que les beaux esprits du xviiic, — Gœthe et Wieland tout des premiers, — jugèrent digne d’une résurrection en règle, est fondée sur une masse énorme de travaux. On n’en connaît qu’une partie, et nous y voyons figurer cùiquanlc-six tragédies, soixante-huit comédies,soixante-deux pièces de carnaval, deux cent dix narrations bibliques, cent chiquante psaumes, quatre cent quatre-vingts contes ou pièces fugitives, et deux cent (quatre-vingt-six fables et facéties. Il a jugé Tui-môme les inconvénients de cette inépuisable fécondité, en demandant que les quatre mille chansons qu’il avait publiées en sa qualité de Meister-Sænger ne fussent point livrées à l’impression.
Ses compositions dramatiques sérieuses, comédies et tragédies, ne sont, sous aucun rapport, comparables à celles qui se jouaient à la même époque en Italie, en Espagne, en Angleterre ou en France. Mais dans ses pièces de carnaval, où son esprit n’était plus gêné par l’élévation du sujet, les exigences de la forme, la supériorité des prétentions, on peut chercher, on trouve parfois de charmantes peintures des mœurs du temps. Parmi ces bouffonneries, on cite ^urtout celle qui a pour titre : Comment le diable épousa une vieille femme.
Vers le temps où Hans Sachs écrivit, la langue allemande, devenue un peu plus une, un peu plus régulière, grâce aux travaux des Meister-Sœnger et de quelques prosateurs parmi lesquels figure l’auteur du roman de Tt// l Espiègle, la langue allemande était menacée d'une dégénérescence rapide. Cette décadence fut arrêtée par Luther, qui compte parmi ses titres celui de réformateur littéraire. De lui date la
2« ÉPOQUK. — De Luther à 0]ùtr. — 91 ans. — Le xvi*' siècle est, pour la prose allemande, l’époque du plus grand développement. La pensée s’émancipe, la raison travaille. On discute, on argumente, on expose, ou déduit, au lieu de raconter, de chanter, de peindre. Les sciences naturelles, les mathématiques, l'histoire progressent à l’euvi, cherchent leurs véhicules et forcent la