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langue à se discipliner pour les servir. Il leur fallait une nouvelle syntaxe. Luther la leur donne en traduisant la Bible, sur laquelle se jettent aussitôt les lecteurs laïques, avec l’appétit eHï'éné qu’inspire le fruit défendu. La période souabe finit, la période saxonne commence. La poésie dite romantique a fait son temps. Place à la prose de la Renaissance.
Outre la Bible c!e Lutlier, travail immense ' dont l’influence sur la langue allemande ne saurait Ctre contestée, plusieurs autres causes de développementmarquèrent l’époquemémorable de la Réforme. L’empereur Maximilien I<^f, dont le secrétaire Treitzauerwein nous a laissé l’histoire {der IPeï.'.ç Kœnig), — un des rares monuments du dialecte autrichien, — fut pour les lettres allemandes un protecteur puissant. A sa cour, où il les appelait par des libéralités bien entendiios, et où il savait stimuler leur zélé fécond, se groupaient les plus remarquables intelligences du temps : Reuchlin , Mélanchthon, Agricola, Conrad Celtes, Albert Dürer, etc. De plus, les Allemands communiquèrent plus <^ue jamais, grâce à l’établissement des postes et à celui de Timprimerie, avec les savants étrangers. Après s’étre instruits à Rome, à Padoue, à Florence, où llorissaient des universités célèbres, ils établirent à leur tour chez eux des institutions analogues ouperfectionuèreutcelles qui existaientdéjà. L’université de Prague, la première de toutes les universités allemandes, date de 1340; celle de Vienne, de 1365; celle de Heidelberg, de 1368. Mais la véritable efflorescence universitaire eut lieu dans le siècle suivant. Cologne (1388), Erfurt (1389), Leipsick (1409), Rostock (1419), Greifswald (14.56;, Frciberg (1457), Bâle (1460), Trêves (1472), Mayence (1477), Wittenberg (1502), Francfort (1506) , étaient en possession de toutes leurs ressources enseignantes’, et l’imprimerie existait depuis l’année 1492, quand Luther, en 1517, donna le signal de sa Réforme. La traduction de la Bible ne parut complète qu’en 1534.
L’enthousiasme ])hilosophique et littéraire dont fut animée cette mémorable époque se traduit- énergiquement dans un décret de la diète de Freiberg, qui assimile le grade de docteur ès lettres ou ès sciences au rang de chevalier. La plume et l’épée marchèrent de pair en attendant que l'intelligence revendiquât plus complètement la suprématie incontestable qu’elle doit obtenir un jour sur la force brutale.
Erasme (Hollandais, comme chacun sait, mais que l’Allemagne
• Luther ne l'accomplit pas seul ; — * Il nous est arrivé souvent, dit-il en parlant des soucis qu'il lui coûta, que nous avons cherché un seul mut pendant quinze jours, trois, quatre semaines, et parfois sans le trouver. Pour le livre de Job, nous avons travaille. Philippe, Aurogelle et moi, de telle sorte, que, dans quatre jours, nous terminions à peine trois lignes. >
» L'universiie de Marhurg fut fondée en 1525; celle de Str.isbourg en 1.538; celle de Koenigsberg en 15U; telle de Helmstædt et d’Altorf en 1575; celle de Giessen en 1(107: celle de Rinteln en 1619; celle de Kiel en 1665; celle de Halle en 1694; enlin celle de Gœttingen, une des plus célébrés, ne date que de 1734. Elle n'a de cadette que l'universite d'Erlangen (1743).
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l’époque brillante de la Réforme, ainsi qu’Alhert Dürer'(prosateur et peintre), Holbein , Schœnpauer de Colmar (mort en 1486), Sutermann (en LiOS), Wohlgemuth de Nuremberg (en l.ôl9);mais les sciences proprement dites et les bemix-arts, musique, statuaire ou peinture, n appartiennent qu'incidemment à ce tableau rapide de Thistoire littéraire allemande. Nous n’insisterons donc sur aucune de ces grandes et légitimes renommées.
3« ÉPoguK. — D’Opilz à Khpstock — 112 ans. — L’école d’Opitz, qu'on appelle aussi école silesienne, son chef étant né à Bunzlau, en Silésie (1597), a exercé sur les lettres allemandes une in fluence en quelques points semblable à celle de Malherbe sur la poésie française. Esprit inhabile à créer, sans hardiesse, sans initiative, Opitz n'en a pas moins acquis une renommée durable par sa consciencieuse étude des ressources de la langue qu'il avait à manier. Il la polit, l’assouplit, et, voyageur, homme du monde, la dépouilla de ce pédantisme auquel l’avaient vouée les savants en us du xvi« siècle. I,a langue allemande lui dut des mots nouveaux, des tours heureux, une prosodie perfectionnée. On ne vit plus après lui, comme jusqu’à lui, les ïambes, les trochées, les dactyles confusément assortis dans le même vers, sans égard pour la quantité des syllabes ou pour le retour symétrique des longues et des brèves. Opitz, le premier, forma des vers purs, ïambiques, trochaïques, nexamétriques. L'alexandrin lui dut, avec plus de mouvement et de variété, une vogue plus générale.
Poète surtout didactiqiie et descriptif, Opitz a fourni d’excellents modèles de versification, mais pas Vine œuvre complète, pas une qu’on lise de nos jours avec quelque intérêt. La dernière des douze éditions qu’ont obtenues ses poëmes date de 1746 (Francfort, 4 vol. in-8»). Ou cite parmi ses travaux didactiques les Consolations dans les malheurs de la guerre. Un autre de ses poëmes, le Vésuve, fut le premier modèle, en allemand, du genre purement descriptif. En fait de morceaux lyriques, sa Paraphrase du Cantique des cantiques, en strophes, passe aux yeux des critiques jurés pour un chef-d'œuvre. Son Traité de la poésie allemamle fut le premier essai de ce genre qu’on eût tenté en Allemagne.
A la suite d’Opitz, parmi ses imitateurs, mais enchérissant sur ses défauts etlivrant la littérature de leur]>ays aux invasions du goût étranger, se présentent les chefs de la seconde et de la troisième école silésienne. 1» Hoffmannswaldau (1618-1679) et Lohenstein (1635-16S1), poëtcs métaphoriques, cultivant l’antithèse, le jeu de mots, le phébus français, les roncc«ï d’Italie, les marinismes, les guarinismes, les gongorismes, etc., etc. On peut leur reconnaître quelque talent, mais il faut déplorer l’usage qu’ils en firent. Lohenstein cependant a pris place parmi les jirosateurs allemands, grâce à sou roman héroïque d'Arminiuset Thusnelda, ouvrage d'une étendue telle que le frère de l’auteur, le recueillant inachevé, le continua toute sa vie, et le légua non encore terminé à un troisième collaborateur, Wagner, lequel eut Allku. du .V. ■ f
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grand’peine à voir la liu de cette fiction démesurée. 2» Canitz (1645-1699). Gunther (1695-1723), Postcl (1648-1705) et son antagoniste Wernicke (mort de 1710 à 1720), noms retentissants en Allemagne pendant la seconde moitié du xviie siècle, mais trèsoubliés maintenant, et sans qu’on ait trop le droit de réclamer pour eux une notoriété plus éclatante. Les épigrammes mordantes de Wernicke, sous lesquelles succomba 1 école silésiénne, vivraient encore si elles n’eussent pas eu trop tôt raison de cette école amphigourique, boutfie, sans naturel et sans goût.
Grypli (1616-1664), surnommé Vhiiinorlel par la société littéraire du Pahmcr, à laquelle il était sans doute allilié, a mérité le titre de créateur du drame allemand. Sa création consista cependant à remplacer les drames religieux de Klajusetconsorts, espèces de mystères à peine dégrossis, par des imitations du latin, du français, de l’italien et du hollandais, et à traiter, par préférence, des sujets tirés ou de l'histaire du Bas-Empire, ou de l’histoire moderne. Gi’vph a fait aussi quelques comédies dont la meilleure est intitulée : -V. Squenz et UorribiHcribr-ifax.
Les ténèbres se sont faites autour des notabilités poétiques du temps d’Opitz. Flemming qui fut son plus heureux émule (1609-1640), Kinsgref son ami de jeunesse (1591-1635), Dach (1605-1659), Gerhard (1606-1676), ne sont plus connus que des curieux, et quelques-uns de leurs cantiques spirituels leur survivent à çrand'peine, incorporés dans la liturgie de certaines communautés protestantes. Autant en dirait-on de Logau(1604- 1655), nonobstant ses trois mille cinq cents épigrammes, si, vers la lin du siècle dernier. Ramier et Lessiug n'avaient entrepris sa résurrection, eu l’assimilant généreusement tantôt à Catulle, tantôt à Martial.
Parmi les prosateurs du temps, Alorhof (1639-1691) s’est fa% un nom comme polygraphe en,cyclopédiquo. Son érudition et sa vanité étaient immenses ; ses Eléments de la lanyuc et de la poésie allemandes et son Polyhistor sont encore consultés parles savants. Harsdœrfcr fut grammairien profond et compilateur laborieux (1607-1658). Le théosophe Jacob Bojhm (1575-1624) a laissé un nom plus durable quele leur, grâce à la singularité de ses écrits mystiques qui agit, encore à présent, sur la faiblesse et la curiosité maladive de certains esprits. La persécution, d’ailleurs, ne manqua pas à l’auteur de TAurore et de la Théorie des trois
firincipes. Or, quand la persécution u’étoulFe pas, elle immortaise.
Oléarius (ou plutôt Olschlager), envoyé en Perse auprès du shah Seli , en rapporta une excellente traduction du Jardin des roses de Saadi, et ce premier souffle de la brise orientale a déposé, ou le sait, plus d'un germe fécond dans les imaginations rêveuses des poètes allemands.
Ni Pulleudorf (1455-1, 522) ni Leibnitz (1646-1716) n’avaient osé écrire on allemand des ouvrages qu’ils destinaient à l'Europe lettrée. Wolf fut plus hardi (1679-1754) , et ses écrits ont été le
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point de départ de la philosophie allemande. Ses Idées sur les facultés de la raison humaine et sur l’action ou l'inaction de l'homme par rajrport au progs-h de sa félicité sont encore au nombre des livres classiques du pays. Aussi éloquent professeur qu’ingénieux écrivain, il encourut, de la part des bigots de son temps, ceS banales accusations d’athéisme qu’on ferait si volontiers revivre dans le m'itre, et, révoqué de ses fonctions de professeur à la faculté de Halle (17213), il se vit condamné, sous peine de mort, à quitter la ville dans les vingt-quatre heures. En revanche, les académies de Londres, de Paris et de Stockholm le nommèrent à l’envi leur membre correspondant, et Pierre le Grand, qui ne redoutait pas la jihilosophie, lui offrit la vice-présidence de l’académie de Pétersbourg. Enfin Frédéric II, dès son avènement (1740), s'empressa de rendre à Wolf la chaire dont il avait été si sottement privé.
Deux noms nous restent encore à mentionner : ceux de Haller et de Hagedorn. L’un, plus illustre savant que grand poëte, a laissé surtout une renommée de botaniste et d’anatomiste. Toutefois son poème des Alpes et 'celui de VOriqine du mal ont eu leur retentissement et leur influence, au point qu’après l’école souabe, l’école saxonne', les écoles silésiennes, etc., ou crut à une école helvétique Hagedorn (1708-1753), que Wieland appelait l’Horace ae l’Allemagne, détendit un peu la solennité mélancolique de la muse nationale, et chanta, non sans grâce, non sans une aménité jusqu’alors inconnue, les dogmes de la philosophie indulgente, de la vie facile, desvoluptés innocentes. Ses Fables, ses Contes, ses Chansons, écrits avec une certaine légèreté de style, ont de plus le mérite de ménager cette espèce de susceptibilité que le monde a baptisée du nom do convenances. De tous les poètes allemands c’est, dit-on, celui qui a le plus longtemps et le plus soigneusement poli les productions de son esprit.
Haller et Hagedorn étaient acceptés comme les types de la perfection littéraire, lorsque-, vers 1721 , éclata en Allemagne un déb.at où peu à peu se trouva engagé, non pas seulement l’intérêt de quelques vanités contemporaines, mais l’avenir même de la littérature allemande. Ce fut celui du gr<ammairien Gottsched , professeur à Leipsick (17(K) 1766', et du critique suisse Bodmer (1698-1783). Dans une revue hebdomadaire intitulée : Dialogues des peintres, Bodmer et ses amis littéraires attaquèrent l’école franco allemande. Gottsched s’en constitua le défenseur, et, puisant une partie de sa polémique dans les écrits de Voltaire, combattit les idées ivelches dans une feuille tout exprès créée et qui s’intitulait : Les Critiques raisonnables . Peu à ]icu la querelle s'envenima au point de mettre en jeu les susceptibilités patriotiques des deux partis. Gottsched, excellent grammairien, mais poëte et philosophe médiocre, bien qu’il ait été un des plus
t IlaUer, né à Berne en 1708, y est mort en 1777.
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ardents promoteurs des id^es de Wolf, succomba définitiTement dans ce combat où l’esprit etrorj^ueil allemands étaient aux prises avec le poût et l’ascendant des littérateurs étrangers. Sa défaite fut constatée lorsque Wieland et Kloj),stock eurent pris ]>arti pour l’école helvétique, — c’est-à-dire pour la thèse littéraire la plus exclusive des idées françaises.
4® ÉPOQüK. — De Klopslock à nos jours — 106 ans. — Quelques subdivisions faciliteront l’étude de cette époque féconde. Klopstock (1724-1803) publiait en 1748 les trois premiers chants de sa Messiàde , et l’année suivante naissait l’auteur de Faust (1749- 1832). Nous passerons succinctement en revue ce qui marqxia dans la littérature allemande entre l’avénement successif de ces deux rois de la pensée , c’est-à-dire pendant la dernière moitié du xviiie siècle.
En première ligne, par rang de date, nous trouvons un progrès marqué dans le drame allemand , et ce progrès est dù aux travaux de J. E. Schlegel (1718-1749). Traducteur de Sophocle et d'Euripide, il donne par sou Herrmann, son Henri/ le Lion et ses Comédses, des modèles de composition dramatique avidement suivis par ses contemporains. Gellert, ses fables et ses lettres (1715-1769) durent leur réputation à l’estime personnelle, que l’auteur inspirait, et à une sorte de charlatanisme dont ne sont pas toujours exempts les hommes réputés les plus moraux. Quant a Frédérick Gottlieb Klopstoct, imitateur de Milton, partisan de la littérature anglaise, — mais certainement très-original dans certaines parties de son talent, — arrivé sur la scène littéraire dans un moment où toute autre jiréoccupatiou manquait aux intelligences allemandes, il eut la chance très-rare d’un début éclatant. Les premiers chants de sa Messiàde furent salués comme une aurore nouvelle, une renaissance du génie allemand. Bodmer et ses disciples, Wieland , Sulzer, Gessner, donnèrent le signal des manifestations enthousiastes. Ils semèrent de palmes le sentier par lequel Klopslock, dans sa majesté un peu nuageuse, montait paisiblement au premier rang. Il jetait dans l’ombre et l’honnête dilettante, appelé « le père » Gleim, l’auteur des Chants de guerre d'un grenadier prussien, et le classique Uz, traducteur un peu trop érotique des poètes latins, et Kleist. ce jeune héros qui, entre deux batailles, chantait les Saisons avec le calme didactique de Thompson ou de Goldsmith. Tous trois et Ramier, leur compagnon d’études, liés par les souvenirs de l’université de Halle, cherchèrent à combattre la vogue attachée à « l’école de Klopstock. » Ils ne purent réagir contre un engouement dont le temps seul devait faire justice. Parmi leurs antagonistes était l’idvllique Gessner, peintre charmant, dont la plume ne valait pas le pinceau, mais qui n’en a pas moins laissé sur le ciel littéraire de l’Allemagne une espèce de voie lactée, dont nous avons, enfants, aperçu quelques pâles vestiges. Il a inspiré chez nous Florian, Berquin, et quelques autres encore. Vers la même époque brillait xui des écrivains auxquels la prose
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allemande a dû ses plus notables développements, Gotthold Ephraïm Lessing (1729-1781). Esprit inquiet, chercheur, plein d’initiative , révolutionnaire enfin , et plus excentrique dans sa vie que dans ses écrits, Lessing, associé à Sulzer, à Moses Mendelssohn (1729-1786) et à Nicolaï, créa le premier recueil critique où l’esthetique littéraire ait eu un organe sérieux (AUgemehte deutsche Bibliothek). Il porta dans l’art dramatique cette passion d’innover qui était son principal mérite, et ses drames, aujourd’hui oubliés, jouirent d’une popularité immense. Ce furent les premiers ouvrages de ce genre que la France daigna importer d’outre-Rhin. M irma von Jlarnhelm, Sarah Samjison, Emiha Galotti furent naturalisés à Paris par des traducteurs auxquels applaudissaient Grimm et Diderot. Son drame de Nathan Je — c’est plutôt un roman dialogué — le place parmi les apôtres de la tolérance religieuse, et 0omme tel il fut persécuté par les dévots de son temps. Son Laoroon et sa Dramaturgie attestent l'immense variété de son érudition remuante.
Wieland (1738-1813) forme avec Klopstock et Lessing le groupe littéraire qui dota l’Allemagne d’une littérature vraiment classique. Wieland, élève de Bodmer, avait, à ses débuts, essa3’éla poésie sacrée, l’épopée biblique : mais à partir de l’époque où il fut appelé à Weimar, auprès de la duchesse Amélie, il renonça soudainement à ces tendances trop austères, et devint l’heureux champion de l’épicurisme philosophique. Tous les ouvrages qui ont fondé sa réputation appartiennent à cette seconde période. Agathon, Musarion, le Nouvel Amadis sont d’élégants badinages, auxquels un esprit sérieux reprocherait, avec quelque raison, une direction philosophique qui mène au sensualisme le plus complet. C’est Wieland qui, parlant de la vertu de Caton, l’ap-
fielle quelque part» une Dulcinée, » et cette irrévérence envers e stoïcisme rigide caractérise à merveille le poëte-courtisan dont les modèles chéris furent Cervantès, Sterne et La Fontaine. Son plus beau titre est Oheron, dont, il y a quelques années à peine, une traduction a été publiée à Paris. C’est un récit dans le goût de l’Arioste.
Voss (1751-1826), dont les idylles — la Louise surtout — sont au nombre des chefs-d’œuvre classiques; Herder (1744rl813), l’ami et le patron de Gœthe, dont la critique a singulièrement étendu en Allemagne cette faculté de compréhension cosmopolite si favorable à la littérature moderne ; Bürger (1748-1794). dont deux ballades, la Lénore et le Chasseur sativage, ont suffi à établir la renommée, et que son caractère inoffensif aurait dû préserver des attaques de Schiller, appartiennent au temps dont nous nous occupons et comptent dans la génération qui prépara les voies à Schiller et à Gœthe.
Le mélancolique et mélodieux Hœlty (1748-1776), Novalis (Hardenberg; 1772-1801), Schubart (1739-1'791), Lavater (1741- 1801), dont les pâtres de la Jungfrau, de Morat et de Lucerne répètent encore les hymnes patriotiques et nationaux, furent les
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astres secondaires, les dii minores de cette pléiade poétique.
A la même époque, la philologie s’enrichissait des travaux d’Eberhard, continués et augmentés par Maas ; Mosheim, prédicateur remarquable, méritait le nom de Bourdaloue allemand; Winckelmann créait lascience artistique et l’archéologie; Mengs le suivait dans cette voie nouvelle; le moraliste Garve, le logicien Engel, les philosophes Zimmermann, Feder, Bonstetten , les pédagogues Basedow et Campe poussaient dans toutes les directions les investigations de la science allemande. Parmi les romanciers, nous ne voyons guère à citer que Museeus, dont les contes nationaux sont encore populaires; Stilling, dont l’imagination exaltée se mit au service des idées religieuses, et le philosophe Jacobi, dont le roman de Wo!demar méritait de ne pas être confondu avec les rhapsodies sentimentales de Miller et de Sophie Laroche. •
Leasing avait donné une prose à l’Allemagne moderne, et Klopstock lui avait donné une poésie, lorsque, aux approches de la révolution française, et comme pour répondre aux dédaigneux arrêts que Frédéric II avait portés contre elle ', la littérature allemande produisit, coup sur coup, les chefs-d'œuvre de Gœthe et ceux de Schiller.
Le célèbre historien Niebuhr a dit de Gœthe : « Trois générations d’hommes faits l’ont salué comme le chef spirituel de son peuple, et les enfants entendent prononcer son nom comme chez les Grecs on prononçait celui d’Homère. » Quelle est la cause première de ce grand retentissement? C’est que Gœthe, le premier, en Allemagne, comprit les tendances de l’esprit moderne. A la place de spéculations vides et creuses qui mettaient hors de la vie l'idéal de la vie , il substitua la réalité, la vérité des faits, la vérité des sentiments et des passions. Dans la légende la plus fabuleuse, il introduisit l’homme tel qu’il est. En face de l’abstraction, quil savait rendre intelligible, il n’oublia jamais de poser les résultats incontestables d’une observation pénétrante et sagace. Faust incarne la soif de connaître, les dégoûts qu’elle engendre, l’endurcissement qu’elle produit. Marguerite, la virginale Fraulein, vit, aime, et souffre comme des milliers de jeunes filles ont vécu, aiment et souffriront. Pour s’étre fortement imprégné de l’esprit nouveau et l’avoir paré des richesses de sa pensée originale et féconde, Gœthe a mérité d’entraîner après lui une multitude d’esprits distingués qui n’ont fait, à leur insu, que lui servir d’échos. Que de héros de roman n’a pas engendres Werther I Et parmi eux il en est d’illustres, comme René, Jacqœs Ortie, Adolphe, Obermann. Ainsi de,Gœtz de Berlichingen, ainsi d'Egniont, ainsi de Faust, ainsi des Elégies romaines, ainsi du Divan. A tel ordre d’idées que touche Gœthe, il y porte son originalité souveraine, et y entraîne le servile troupeau des imitateurs.
> Voir I» lettre, traduite tn esienso daol le aesond lolune d’un ourrage inUtulâ ; Au delà du Rhin, Paris. 1835, p. 207 et suiv.
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Sa longue vie (28 août 1749-22 mars 1832) n’a rien qui la recommande à l’attention spéciale des hommes. Envisagé autrement que comme écrivain, Gœthe se rapetisse singulièrement, et la splendeur de son rôle littéraire n’eut aucun reflet sur son existence privée. Il la consacra tout entière au soin égoïste de sa renommée et de sou bien être, acceptant du reste sans aucun scrupule la subordination et les entraves par lesquels tout coui^ tisan expie les faveurs dont il devient l’objet '.
Il J a entre Schiller et Gœthe un contraste en certains points analogue à celui que notre histoire littéraire signale entre Voltaire et Rousseau. Seulement, et grâce à la parfaite abnégation de Schiller, une assez cordiale amitié ne cessa jamais d’unir ces deux grands émules. Mélancolique, passionne, plein d’exaltation et parfois d'amertume poétique , Schiller sera toujours sympathique aux gens de cœur, que repousse au contraire la personnalité glaciale de Gœthe, et ce que ses admirateurs appellent « son calme serein ’. » Comme auteur dramatique proprement dit. Schiller a une supériorité marquée sur son rival. yVallenstein, Guillaume Tell, Marie Suart, don Carlos survivront, sur la scène à toutes les pièces de Gœthe. En revanche, ce dernier l’emporte, du moins à nos yeux, comme poète lyrique. En les comparant, au reste, il ne faut pas oublier que Schiller est mort à Têge de quarante-cinq ans (10 novembre 1759, 9 mai 1805), dans toute la puissance de son beau talent. Son Histoire de la guerre de Trente ans, critiquée avec succès dans ces dernières années, au point de vue de l’exactitude dans les faits, n'en est pas moins un des modèles de composition que peuvent se proposer les annalistes contemporains. Dœring (1822) et 'Wolzogen (1830) ont écrit la Vie de Schiller.
Voici du reste le catalogue chronologique dés principaux ouvrages de Gœthe et de Schiller :
Gœthe. — Gœls von Berlichingen {11T3), Clavigo (1774), Werther (môme année), Stella (1776), Ijihigénie (178'7). Egmont (1788), Tornuato Tasso (1790). Faust (même année), V Apprentissage ne Wilhelm Meister (1794-96), Herrfiiann et Doiothée (1798), la Fille naturelle (1804), les Affmite's électives (1809), Mémoires (1811-22), Vagabondages de Wilhelm Meister (1821)
Schiller. — Les Brigands 1781), Fiesque (1783i, Intrigue et Amour (1784), Histoire de la révolution des Pays-Bas (1788), Histoire de la guerre de Trente ans (1791), Wallenstein (1798), Marie Stuart (1800), Jeanne d’Arc (1801), la Fiancée de Messine (1803). Guillaume Tell (1804).
* Fptrla Vit de GcBtA«, par Doering (tVeimar, 1826). Fotr aussi! une notice de M. A. Stapfer, sur la vte et les écrits de Caiht. Une bonne édition de ses auvrei complètes a paru à Paris, en 183G-37, chez les frères Têtot.
* Cette sérénité ne l'abandonne pas lorsque l’etranger envahit sa patrie. Napoléon entrant en vainqueur à Berlin, Millier écrivit en français un discours de la gloire de Frédéric, pour avoir occasion de comparer le héros français au héros prussien Gœthe traduisit anssitét ce discours en allemand.
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Au-dessous de ces deux grands noms viennent sc placer les célébrités contemporaines secondaires. L’acteur-auteur Ifiland (1759-1814), Zacharias Werner (1768-1823), dont le Martin Luther et le Vingt-quatre février sont des productions remarquables à plus d’un titre ; Kotzebue (1761-1819), dont la fin tragique semble avoir compensé la médiocrité littéraire; Chamisso (de Boncourt), émigré français, naturalisé en Russie et qui s’est fait un nom dans la littérature allemande, autant comme poëte que comme auteur d'un roman très-spirituel et très-populaire : VHintoire merveilleuse de Pierre Schlemihl ; Richter (Jean-Paul, 1763- 1825), dont Vllespénis, le Titan et les Anriécs critiques de l’adolescence d'un rustre offrent un mélange de défauts et de qualités également inimitables ; Meisner (1752-1807); Hippel (1741-1796), et le plus connu de tous aux lecteurs français, le fantastique Hoffmann (E. T. A)., si excentrique dans sa vie, si curieusement artiste dans ses écrits. On a sa biographie (1776-1822) publiée à Berlin, en 1823, par son ami Hitzig. Les deux Stolberg (Chrétien et Frédéric-Léopold, 1748-1821, 1750-1819), font aussi partie de cette génération littéraire, et ont laissé un nom dans la poésie lyrique. Ils eurent pour émule, dans ce genre, Kœrner, le poëtesoldat, dont les poésies {Lyre et Glaive) rappellent le souvenir de cette triste époque où les princes allemands, à l'aide de vaines promesses, soulevèrent leurs peuples contre la France, et vinrent y étouffer ce qui fût infailliblement devenu, quelques années plus tard, un foyer de liberté.
Au mouvement littéraire que nous venons d’indiquer, correspond un progrès historique et philosophique dont il faut tenir compte, car ils ne sont pas étrangers l’un à l’autre. L’Allemagne n’a guère eu d’historiens qu’à partir de la fin du siècle dernier, et Jean de Millier (1752-1809) \ Ileeren, Herder, Pfister (1772- 1833), Raumer (1781), Ranke (1796), Hammer (l'774), ont tout à coup fécondé, pour elle, un domaine longtemps resté stérile. Millier a écrit l’Histoire de la Confédération helvétique, Herder, la Philosophie de l’histoire, Pfister, l’Histoire d’ Allemagne, Raumer, l’Histoire des Hohenstaufen et l’Histoire de l’Europe ; Ranke, l’Histoire de la papauté; Hammer, l'Histoire de l'empire ottoman; Heeren, l’Histoire de la politique et du commerce chez les anciens. Presque tous ces ouvrages, justement appréciés en Europe, ont passé dans la langue française. L’Histoire romaine de Niebuhr a effacé celle de Gibbon; — et, à un degré moins éminent, mais dignes cependant d’être notés, on peut nommer encore Rotteck, Schlosser, Menzel, Luden, Buchholz, Manso, Kohlrausch, etc.
Leibnitz et Wolf avaient laissé la philosophie allemande partagée en trois grandes sectes : les dogmatiques, partant de principes arbitraires; les sceptiques, refusant à la raison humaine les moyens d’établir une certitude quelconque; les éclectiques
1 On peut consulter la N^oNce que M. Guizot lui consacrait, en 1810, dans le Mercure de France du 17 terrier.
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s’efforçant de grouper, en les empruntant à cliaque système, les rayons épars de la vérité. Kant (17'24-1804) voulut battre en brèche ces trois systèmes, et tâcha d’élever sur leurs ruines ce que ses adeptes apj)elèreut la philosophie critique ou transcendante, également 0]ij)0sée au scepticisme et au dogmatisme. Ses trois grands ouvrages : Critique de la raison pure. Critique de la raison pratique, Critique du jugement, et son Anthropologie qui devait servir à populariser sa doctrine, lui suscitèrent de nombreux adversaires ; mais après tout, ses doctrines, plus ou moins complètement comprises et acceptées, rallièrent beaucoup d’esprits. D’autres, en les discutant, se bornèrent à le.s modifier. Jacobi (1742-1819) les combattit comme trop idéalistes et trop arides, en prenant pour point de départ, non sans une sorte de passion, les inspirations de la conscience et le sentiment religieu.x. Ses ouvrages les plus remarquables sont ceux qui portent pour titre : De la Foi, des Choses divines et de leurs liérelations. Deux disciples de Kant, Fichtc (1762-1814) et Schelling (né en 177')), en commentant l’cnuvre de leur maître, et en cherchant un principe commun à l’étre intellectuel et à l'être matériel (dualisme admis par le ]diilosophe de Krenigsberg), arrivèrent chacun à un résultat nouveau. Ils se partagèrent, a-t-on dit, l'empire que leur maître avait reconnu pour divisé, et chacun voulut tout comprendre dans la moitié qu’il s’était adjugée. Chacun eut ses prosélytes parmi les savants de son pays. Mais le panthéisme poétique de Schelling partait plus vivement à l’imagination excitable de ses compatriotes, et sa Philosophie de la nature a eu plus de lecteurs que la Doctrine des sciences de son ancien maître, devenu son antagoniste. Hegel (1770-1831) était aiissi un élève de Fichte. Comme Schelling, il avait commencé par professer sa doctrine. Quand le schisme de Schelling éclata, Hegel s’en déclara le partisan très-résolu. Plus tard, il lui sembla que Schelling déviait des véritables doctrines de Kant, et en voulant l’y ramener par un ouvrage que les circonstances ont rendu célèbre, il fit éclater une scission dans l’école nouvelle. A moins de nous jeter dans un interminable exposé, nous ne saurions éclaircir le débat qui s’établit alors pour déterminer si «l'identité est la nature même île l'absolu » et si « cette identité existe entre l'objet et le sujet. » Contentons-nous de dire , avec un critique français, M. Matter, que Hegel, penseur profond, a créé le système le plus prôné et le moins compris. Ajoutons que sa doctrine fut appliquée à toutes les études, à l’histoire, à la littérature, à la jurisprudence, à la théologie, aux sciences naturelles; que son succès a été suivi d’une réaction violente, et qu’il a été accusé de fausser les idées politiques et morales de son pays, par un spinosisme illibéral et décourageant. Celui de ses écrits qui mérite le plus d’attention ' est intitulé ; Phénoménologie de
• Reinhold, Histoire delà Philosophie.
CTI ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE
Tespn’t. '^Considéré sous le rapport purement littéraire , Hegel n’est rien moins que supérieur; il écrit sans grâce, et, qui pis est, sans clarté.
Il existe en allemand des travaux curieux sur l'iiistoire de la philosophie. Ceux de Tennemann et de lUtter ont été traduits par MM. Cousin et Tissot. Celui de ^I. Michelet (de Berlin), sur ïHisioire de la philosophie allemande depuis Kant, méritait de passer dans notre langue.
Revenons à la littérature proprement dite, et reprenons son histoire à l’époque où, Gœthe régnant encore, l'école romantique allemande se forma. Ce fut tout simplement une réaction féodale et religieuse qui lui donna naissance. Il s’agissait de combattre la tendance philosophique et tantôt déiste, tantôt païenne, tantôt athée, dont les écrits de Gœthe, de Schiller et de plusieurs autres écrivains renommés portaient l'incontestahle empreinte. Ludwig Tieck (né en 1773), artiste et poète, curieux des reliques du bon vieux temps, légendaire assidu, amoureux du moyen âge, donna le signal de ce mouvement que Goethe accueillit avec sa placide indifférence. Tieck, introduit dans le monde littéraire par le libraire Nicolaï, patron d’un bon nombre de ces médiocrités bourgeoises que la jeunesse des écoles traitait déjà de Philisiins, se tourna bientôt contre elles, et par la publication de ses légendes populaires (le Runenberg, Eckhert, les Fées, le Fidèle Ecfcart), plus tard, à l’aide de ces drames satiriques qui l’ont fait appeler V Aristophane du romantisme , il les discrédita complètement, critiques, philologues, dramaturges et tutti quanti. On put noter dès lors, on a continué à remarquer depuis, que les tendances de Tieck le ramenaient toujours vers les croyances du catholicisme. Ses Volksmærchen , sa Geneviève, son Phantasus et ses petits romans {Novellen.), constituent la plus riche portion de son bagage littéraire.
Les deux Schlegel furent les principaux acolytes do Tieck dans sa marche rétrograde. On connaît les opinions originales de Wilhelm qui, dans son enthousiasme pour Sophocle et Shakspeare, n’allait à rien moins Cju’à nier Racine et Molière. Plus tard il devint un orientaliste tres-laborieux, et il était encore, en 1828, sous le coup d'une accusation qui le représentait comme appartenant, en secret, à la propagande catholique. L’Allemagne lui doit une excellente traduction de Shakspeare, des travaux utiles sur le théâtre espagnol , et une collection précieuse, la Ribliothèq^ue indoue. Frédéric Schlegel, publiquement converti au catholicisme (1803 ou 4) et l’un des écrivains employés à soulever l’Allemagne contre Napoléon , avait dans sa jeunesse scandalisé le monde par son roman de Lucinde (1799). Ce roman, que du reste il n’acheva pas, ne promettait guère au catholicisme un champion aussi zélé qu’il l'a été depuis. Il fut en môme temps un des chefs du romantisme qu’il projiagea dans la presse périodique. On a de lui quelques poèmes; mais ses véritables • titres sont ses leçons sur l’Histoire de la, littérature (ancienne et
INTROBUCTIOX.— LANGUE ET LITTÉRATURE. tvn
moderne, sur la Philosophie du langage et sa collection des Poèmes romantiques du moyen âge.
Arnim et Clément Brentano, venus plus tard, appartiennent au groupe romantique. Leur collection de chansons (le Cor merveilleux) influa notablement sur la poésie lyrique de leur temps. Quant à leurs romans, ils n’ont, eu qu’une vogue passagère, acquise à leur singularité plus qu’à leur mérite. Brentano était un catholique fervent, et a passé sept années de sa vie à recueillir les prétendues révélations d’une religieuse ■westphalienne. Sa comédie de Ponce de Léon et son poëme de la Fondation de Prague ont un mérite de style qu’on ne peut nier.
Schleiermacher théologien remarquable (1768-1834), Gœrres, écrivain politique que, pendant la guerre de 1813, on appelait à Paris la cinquième puissance, atellens (né en 1773), piétiste philosophique et auteur de nombreux petits romans, furent encore des adeptesdu romantisme allemand et luttèrent pour « labonne cause » du passé avec Tieck, Novalis, les Schlegel , etc. Nous ne saurions, dans un aussi rapide exposé, montrer les rapports curieux qui existèrent entre ce mouvement littéiaire et les doctrines philosophiques professées par Schelling. 11 nous suffit de l’indiquer en passant.
Nous .voici arrivés à l’époque absolument contemporaine de la nôtre, et presque tous les écrivains dont il nous reste à parler vivent encore. C’est dire assez que nous allons nous borner à une rapide énumération de leurs principaux ouvrages.
La poésie lyrique est repré.sentée dans la littérature allemande de nos jours par Uhland, Scinvab, Kückert, le comte Plateu. Gœthe reprochait à Uhland que sa m use se mourait de consomption, et, sous une forme ou sous urie autre, c’est là une censure qui se reproduit souvent lorsqu’il s’agit de l’école souabe; Schwab est l’ami et le sectateur de Uhland. Il a été longtemps avec Chamisso l’éditeur de V Almanach des Muses. Le comte Plaien a publié des poésies remarquables parleur élégance classique. Kückert s’est fait une spécialité de l’orientalisme poétique , et mieux qu’aucun de ses compatriotes il a su s’approprier les richesses intellectuelles de i’Islam. Zedlitz a donné, dans sa fameuse' ballade de la Revue nocturne, un pendant à la Lénore de Bürger. Louis I®'', roi de Bavière, par Ses Lieds amoureux, dont quelques-uns sont adressés à la trop fameuse Lola-Montès, s’est assuré à mi-côte du Parnasse allemand un trône plus durable que celui de plus d'un de ses frères couronnés. Hebcl a cherché pour la ballade et l’élégie allemande cette « divine simplicité » dont parle l’Evangile. Peut-être, en la cherchant, s’est-il laissé entraîner au delà du but.
Au surplus, sur ces poètes dont nous ne donnerions pas la liste complète si nous ne nommious Karl Simrock, Tiedge, Hœlderlin, Niembsch (plus connu sous le nom de Lenau, Anastqj^is Griln (Alexandre d’Auersperg) , Charles Beck, Maurice
cvni
rriNÉKAIRE DE L’ALLEMAGNE.
Aindt (ce vieux Tyrfée germanique qui depuis 1813 n’a jamais pu se réconcilier avec la France), Schenkeudorl', Hoffmann de Fallersleben.Iierwegh.Freiligrath.Prutz. Dingelstedt, etc., etc., ou peut consulter deux ouvrages récemmentpubliés en France : celui deM. N. Martin (les Poètes contemporains de l'Allemagne) et celui deM. Henri Blaze [Ecrivaisis et Poètes de l’Allemagne). On ne lira pas non plus sans quelque fruit, pourvu qu’on sacne se tenir en garde contre les appréciations de l'esprit de parti, quelques chapitres du livre que M. Matter a publié sur 1 Etat moral, politiqne et littéraire de l'Allemagne.
Nous lisons dans ce dernier ouvrage — et cette appréciation se justifierait au besoin par des détails dans lesquels nous sommes condamnés à ne pas entrer — : « S’il a été longtemps inutile de mêler à la littérature allemande des questions politiques ou de l’agitation sociale, il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Cette littérature est entrée dans une ère nouvelle : l’ère des tendances politiques, des ins[)irations sociales. Cela est tout simple. Elle y est entrée avec le pays. Elle n’est que le pays imprimé
Parmi les littérateurs qui ont contribué à ce mouvement, il faut en signaler deux que la France connaît particulièrement. Ludwig lîœrne, auteur d’un remarquable Tableau de Paris;— né en 1786, il est mort à Paris en 1837. Henri Heine, dont les
fmésies fugitives, les Reischilder, les nouvelles satiriques rappelent, à chaque page, qu’il appartint naguère, avec Bcerne, au parti de la Jeune Allemagne et que les années n’ont pas dénaturé ses convictions politiques. Henri Heine, nonobstant la frivolité apparente dont il marqua ses plus sérieuses inspirations, a été longtemps un drapeau. Sous ce drapeau, plus d'un poëte est venu combattre; Prutz, Herwegh, Freiligrath sont de ce nombre. Nommons encore Giitzkow et Frœhlich parmi ceux qui se sont ouvertement enrôlés au service de l’avenir démocratique.
Veut-on qu’après avoir nommé les écrivains, nous citions les œuvres? Ce seraitnous condamner à un catalogue interminable. Mentionnons seulement, parmi les plus remarquables, le Chant de la haine de Herwegh, la Lucinde politique de Prutz, VUlric de Hutten de Frœhlich, le Strnensee de Laube, la Loreley de Heine. Dans le roman, nous aurons à signaler les liilterbürtigen de Schücking, ouvrage remarquable comme un amalgame des passions d’artiste et de la préoccupation politique; le Congrès de Vérone de Mosen, le Thomas Münzer de Mundt, et le Sceptique de Giitzkow, œuvjpe de philosophie qui fit jeter l'auteur en prison.
Les femmes allemandes, en ces derniers temps, ont vivement disputé à leurs émules d’un autre sexe les palmes de la poésie et du roman. La comtesse Hahn-Hahn, Paalzow, Caroline
* De l'Etal moral, etc., tome 1er, p.
* Les antres chefs de la J sune Allemagne littéraire étaient Laube, Wienbarg, Mungt et Kidinc.