‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 64 sur 328 · HEIDELBERG · texte numérisé non relu

HEIDELBERG

DK STliASBOtîHG

La partie la plus ancienne des ruines actuelles esi celle que l’on remarque à g. dans ^ cour, en entrant par la grande porte. L’électeur Robert III la lit construire dans les premières années du .\v' siècle. On l’appelle liuprechtsbav.

On croit cependant qu’il reste par derrière des débris d’un plus ancien château, commencé en 1300 par l’électeur Rodolphe. A dater du XV' siècle, chaque électeur ajouta une tour ou un palais aux tours et aux palais dont il héritait.

La Tour fendue daté du règne de Frédéric I", dit le Victorieux ; à Louis le Pacifique appartiennent la terrasse, la Tour octogone et les bâtiments qui renvironnaient.

Othon-Henri fit construire le palais qui porte son nom (1555-1559).

A côté du palais d'Othon-IIeiiri, | Frédéric IV éleva (1583-1010^ une autre merveille architecturale.

L’infortuné Frédéric V, le roi de Bohême (voir Prague), 1610-1621, acheva la Tour de la bibliothèque, et éleva aussi son jialais, appelé le Palais Anglais, en l’honneur de d’on épouse Elisabeth d'Angleterre, fille de Jacques I" et petite-fille de Marie Stuart. Cet assemblage de palais eut beaucoup à soutfrir de la guerre de Trente ans. Après la })aix de Westphalie, qui lui rendit les Etats de ses a'ieux, l’électeur Charles-Louis répara tous les dégâts de la guerre. Malheureusement pour son royaume et j)our Heidelberg, en 1671, il donna sa fille unique , Elisabeth-Charlotte, il Philippe d’Orléans, frère duroi de France LouisXIV, car àla mort de son fils Charles, sans héritier mâle direct, (1685), LouisXIV réclama son héritage, au nom de sa fille. La guerre éclata, guerre de vengeance et d’extermination, qui a voué à l’exécration delà jiostérité le nom de Louvois, ce ministre orgueilleux et cruel auquel Louis XIV eut le tort de laisser usurper une trop grande autorité.

Deux fois le château de Heidelberg fut pris par les Français (168W-1693). Melac et de Lorges en

A MAN.XHEIM. ÎRoi te 7.j

firent, pour obéir à Louvois, la ruine que l’on voit aujourd’hui. Le désastre cette fois semblait irréparable , et cependant Charles- Théodore entreprit la reconstruction des palais de ses anijétres.

Mais, le 23 juin 1764, la veille du jour où il devait venir habiter Je château, le feu du ciel tomba sur la Tour octogone, niit le feu à la toiture, et l’incendie, se communiquant aux parties réédifiées, compléta en quelques heures l’œuvro (les canons français.

« Lorsqu'onestentrédanslacour du château de Heidelberg par la grande porte, on a devant soi, dit V. Hugo, les deux hauts frontons triangulaires de cette façade touffue et sombre du palais de Frédéric IV, à entablements largement projetés, où se dressent, entre quatre rangs de fenêtres, taillés de ciseaux les plus fins, neuf palatins, deux rois et cinq empereurs. A sa dr., on a l’exquise devanture italienne d’Othon-Henri , avec ses divinités, ses chimères et ses nymphes, qui vivent et qui respirent, veloutées par de molles ombres poudreuses, avec ses césars romains, ses demi-dieux grecs, ses héros hébreux, et son porche qui est de l’Arioste sculpté. A sa g.

on entrevoit le |’rontispice gothique du palais de Louis le Barbu, furieusement troué et crevassé par les coups de corne d’un taureau gigantesque. Derrière soi, sous les ogives d’un porche où s'abrite un puits à demi comblé, on aies quatre colonnesde granitgris données par le pape au grand empereur d’Aix-la-Chapelle, qui vinrent, au viii“ siècle, deRavenne aux bords du Rhin, et, au xv« siècle, des bords du Rhin aux bords du Neokar, et qui, après avoir vu tomber le palais de Charlemagne à Ingelhoiin, regardent crouler le château des palatins à Heidelberg...

Tout le pavé de la cour est obstrué de perrons en ruine, de fontaines taries, de vasques ébréchées...

Etrange destinée des chefs-d'œuvre de marbre et de pierre'... »

[Roütk 7.] IIEIDELBKUG.

Pour jouir d’un beau point de tue sur Heidelberg, la vallée du Neckar, la plaine du Rhin, et les ruines du château, il faut se faire conduire (12 kr. par personne) par la chapelle, et le bâtiment anglais, au sommet de la grosse tour, bâtie par l’électeur Louis V, achevée en 1533 et ruinée par les Français en 1689, malgré l’épaisseur (7 mèt.) de ses murailles. En revenant dans la grande cour, à travers des souterrains, des casemates, des salles, des cachots, des cours envahis par une végétation luxuriance on s’arrête quelques instants dans une salle du r^-de-chausséc où sont rassemblés divers objets sans intérêt, tels qu’armes, boulets, pierres, etc. H vaut encore mieux traverser la cour et aller dans le palais de Frédéric IV visiter (12 kr.

par personne) le musée Graimberg.

On y remarque, entre autres choses, de nombreuses porcelaines des fabriques du Palatinat ; un tableau de Lucas Cranach; un diplôme manuscrit d’Arnolphe, petitfils de Charlemagne, de 896 ; une bulle manuscrite d’Alexandre IV (1235); le masque de Kotzebue pris un instant après qu'il eut succombé sous le poignard de Sand; le portrait et une boucle des cheveux du meurtrier; un grand nombre de plats sur bois avec de belles peintures; les portraits de Mélanchthon, de Luther et de sa femme ; de précieux émaux; des peintures de Wohlgcmuth et de ses disciples; des sceaux, des armes, des ustensiles de ménage ; une épée trouvée dans le Neckar; la bague de Luther, un plan en liège et de jolis dessins du château... Il est inutile d’acheter le catalogue, les gardiens donnent volontiers tous les renseignements.

La curiosité du château de Heidelberg, que lesétrangers ne manquent pas de se faire montrer (6 kr.

par personne), c’est son tonneau ou plutôt ce sont ses tonneaux (en ail. Fass). L’entrée des caves est dans la grande cour, dans l’angle formé par le palais de Frédéric IV

Allem. bü n.

et celui de Frédéric V. On passe d’abord devant le petit tonneau, bel assemblage de douves en bois de chêne, qui ne contient que le cinuième du gros, avant d’entrer ans le caveau où le gros tonneau « présente l’aspect d’un navire sous la cale. » Il a 8 mèt. de diamètre et 11 mèt. de long. Il peut contenir 283,000 bouteilles de vin. Il a été rempli trois fois, la dernière fois en 1769. C’ôst l’électeur Charles- Théodore qui l’a fait construire en 1751. Il porte à sa face extérieure un écusson rocaille où est sculpté le chiffre de cet électeur. Deux escaliers à deux étages serpentent alentour et montent jusqu’à une plate-forme posée sur son dos. La première fois qu’il fut rempli de vin, l’électeur dansa avec toute sa cour sur cette plate-forme.

A côté ou plutôt en face du gros tonneau, est une espèce de petit vieillard en bois grotesquement accoutré, près duquel estaccrochée une horloge en bois d’où sort une ficelle. Si l’on tire cette ficelle , l’horloge s’ouvre brusquement et il en sort une queue de renard qui vient vous frapper au visage. Cette horloge aété fabriquée parce.petit vieillard , le fou ou le bouffon du palatin Charles-Philippe. Ce fou s’appelait Pe<-keo. Il était haut de 1 met. 30 cent. , comme sa statue au-dessous de laquelle son nom est gravé. Il buvait quinze doubles bouteilles de vin du Rhin par jour.

— Les amateurs de curiosités pourront encore se faire montrer dans une niche , placée au-dessus de l’habitation de l’mtendant, en face du palais d’Othon-Henri , 2 gongs ou tam-tams de guerre en usage chez les naturelsde Bornéo, Java et Sumatra. Ils furent rapportés de l’Indc par M. de Gagcrn, général au service hollandais et servent aujourd’hui de cloche pour les gens de service.

On jouit de belles vues : 1" de l’A/tan (galerie) , avec deux pavillons à quatre faces, bâtis en 1346, au-dessous du château de Frédéric IV;

Page 1