ROUTE B
D'EDIMBOURG à IIAVVICK
Par Dalkeith et Melrose. Excursions à Abbotsford et à Dryburgii.
53 m. — Chemin «le fer. — Embarcadère au pont «le Waverlcy , 3 départi par jour, trajet en 2 h. 33 min. Prix : — t*" classe, H sh.; — 2e classe, 8 sb . 6 d.; — 3e classe, 5 sh. 6 d.; — A* classe, 4 sh. 5 d.
En partant d’Edimbourg par le premier train on peut visiter dans la journée Melrose, Abbotsford et Dryburgh et revenir le soir à Edimbourg. En ce cas il faut avoir soin de prendre un billet de retour ( return ticiet). — Si on ne veut pas revenirà Edimbourg, on peut aller rejoindre à Berwick-on-Twecd par Kelso le North British Railway {V, ruute 8).
N. B. A partir du 20 août Abbotsford ne peut être visité par les étrangers que le mercredi et le vendredi de 2 à 5 b. do l’après-midi.
On suit d’abord le chemin de fer de Berwick, décrit dans la route 4, jusqu’au village de
3 m. — Portobello, au delà duquel on le laisse à gauche;
K 4 /2 m. — Niddrie.
8 m. — A Xskbank, on laisse, à gauche, Dalkeith, village de 5,000 hab. environ, situé sur une éminence entourée par les deux petites rivières du South et du North Esk, qui y réunissent leurs eaux et forment l’Esk. On remarque, au milieu de la Htgh Street , l’église paroissiale, vieux bâtiment gothique dédié à saint Nicolas, et, à l’extrémité de la ville, une élégante chapelle gothi-
BOUTE 5.— D’ÉDIMBOURG A HAWICK. 93
que, dont le clocher a 51 mètres de hauteur, et qui a été bâtie par le duc de Buccleuch. C’est à Dalkeith que se tientpe marché de grains le plus considérable del’Écosse.
Un peu à l’est de la ville, au bord du North Esk, s’élève le ChAteau du duc de Buccleuch, vaste édifice entouré d’un parc immense. Après avoir appartenu aux Grahams, puis aux Douglas, ce château devint, sous le règne de la reine Marie , la résidence du célèbre régent Morton, qui s’y retira lorsqu’il se démit de la régence. On l’appelait alors l’entre du lion. En 1642, le comte de Morton le vendit au comte de Buccleuch ; mais jusqu’à la restauration il fut regardé comme une propriété publique ; car depuis l’exécution de Morton, comme complice du meurtre de Darnley, exécution suivie, d’après la loi, de la confiscation de ses biens, l’État en était resté possesseur. Le général Monk, à qui Cromwell avait délégué le gouvernement de l’Écosse, y fixa sa résidence et s’amusa à y cultiver des fleurs. Anne, duchesse de Buccleuch et de Monmouth, l’ayant fait réparer et rebâtir après la restauration, et après l’exécution de son malheureux époux , y mena une existence royale. Depuis la réunion des deux couronnes , il a été habité temporairement : en 1 822 , par George IV; et, en 1842, par la reine Victoria. Froissard y a reçu, pendant plusieurs semaines, l’hospitalité du comte de Douglas. D’après une tradition locale, les trésors amassés par le régent Morton sont enfouis sous les fondations de l’ancien château, près de la porto d’entrée du château actuel. Le duc de Buccleuch a fait construire dans son parc une élégante chapelle gothiquo pour les personnes de sa maison qui appartiennent à la communion épiscopale (1).
. (1) Le château de Dalkeith peut être visité par les étrangers te
94 ROUTE 5. — d’édimbourg a hawick.
A la droite du chemin de fer, en remontant l’Esk, on trouve le village de l«as*w*de, où Walter Scott a passé quelques-unes des années les plus heureuses de sa vie, et près duquel est le ChAteau du vicomte Melville, bâti par le célèbre Harry Dundas, premier vicomte Melville. Al m. S.-E. de Dalkeith, on laisse, à gauche, BTewbattle Abbcy, résidence du marquis de Lothian, qui contient quelques beaux tableaux et des manuscrits curieux. ,
9 m.— Dalhousie. A peu de distance de cette station, on passe l’Esk sur un viaduc, on découvre une belle vue,, à droite, sur les Pentland Hills, et on cotoie le parc du Château moderne de Dalhousie , dont le possesseur actuel est le descendant du célèbre Sir Alexandre Ramsay.
42 m. — A Gorebridge, on laisse, à gauche, les ruines du château de Gorebridge, et après avoir franchi deux petits tunnels, on aperçoit, à droite, Ami*ton House, résidence de la famille Dundas. 2 m. plus loin, on découvre, à droite, les ruines du Château de Bortkwick, puis, à gauche, celles du Château de Crichton, situées dans la vallée de la Tyne.
Le Château de Borthwîck s’élève au milieu d’une petite vallée bien cultivée et arrosée par le Gore, qui va se jeter plus loin dans le South Esk. Sa construction date du milieu du xve siècle. En 4 430, lord Borthwîck obtint de Jacques 1er la permission de le bâtir. C’est une tour double de 23 mètres de longueur, 21 mètres de largeur et 27 mètres de hauteur ; les murs ont 4 mètres d’épaisseur à la base, et 2 mètres environ au sommet. Aussi , bien qu’inhabitée depuis 400 ans, a-t-elle résisté
mercredi et le samedi, lorsque la famille de Buccieuch ne l'ba-
ROUTE O. — D’ÉDIMBOÜRG A HAWICK. 95
aux injures du temps. Elle est entourée d’une cour fortifiée et dont le mur d’enceinte est flanqué de tours à ses quatre angles. L’intérieur mérite d’être visité. On y remarque deux grandes salles, situées l’une au-dessous de l’autre. La salle inférieure a un beau plafond voûté qui porte encore les traces de devises peintes. La terrasse au haut de laquelle montaient trois escaliers, dont un seul est détruit, offre un joli point de vue. Ce fut dans le château de Borthwick que Marie Stuart se retira avec Bothwell, trois semaines après l’avoir épousé. Le 11 juin 1567, une troupe de cavaliers, commandés par les lords Morton, Mar, Hume et Lindsay, vinrent les assiéger dans l’espoir d’y surprendre Bothwell ; mais, averti de leur approche, il s’était évadé, et la reine l’ayant rejoint déguisée en page, ils s’enfuirent à Dunbar. Le cinquième lord Borthwick ayant refusé de rendre son château à Cromwell, celui-ci le fit bombarder et le força à • capituler. Les dégâts des boulets sont encore visibles sur le mur oriental. Ce curieux château appartient aujourd’hui à Sir William Borthwick, Esq. de Crookston, un descendant de l’ancienne famille. Le Dr. Robertson, l’historien, est né dans le presbytère du village de Borthwick,
Al m. 1/4 de Borthwick et en vue de ses créneaux, à 12 m. 1/2 S. d’Edimbourg, et à 2 m. au-dessus du village de Pathhead, se dresse le Château de Crichton. Ce château, construit à différentes époques, forme une masse carrée, qui renferme une tour intérieure. La vieille tour, située à l’angle E. de ce carré, passe pour la partie la plus ancienne. Le côté septentrional, la partie la plus moderne, ne manque pas d'élégance. Walter Scott a fait une description détaillée de Crichton dans Marmion.
ROUTE 5. — D’ EDIMBOURG A HAWICK.
That casile rises on thc steep
Of the grccn vale of Tync; g
And far beneath, where slow they creep, •
From pool to eddy, darkand deep,
Where alders moist, and willows wecp,
You hear her streams rcpine.
The towers in different âges rose ;
Their various architecture shows The builders’ various hands ;
A mighty mass, that could oppose,
When deadliest hatred fired its foes,
The vengeful Douglas bands.
Makmion, c. iv, st 10.
Ce château s’élève sur les bords escarpés de la verte vallée de la Tyne, et bien au-dessous de ses tours, à la base desquelles elles glissent lentement, on entend murmurer les eaux de la rivière, qui tantôt forment un espèce de lac, tantôt se resserrent dans une (gorge sombre et profonde où les aulnes trouvent toujours de la fraîcheur et où se penchent los saules pleureurs. Les tours, d’âges différents, se dressent à diverses hauteurs; leur architecture variée montra qu’elles ont été construites par plusieurs architectes; c’est une masse solide qui pouvait résister aux bandes du vindicatif Douglas, quand la haine la plus mortelle enflammait ses ennemis.
Walter Scott ne s’est pas contenté de chanter en vers le château de Crichton dans Marmion , il en a écrit en prose l’intéressante histoire dans ses Provincial Antiquités. 11 faut lire cette histoire pour avoir une idée de ce qu’était l’Écosse au moyen âge. La famille Crichton doit sa célébrité et sa puissance à un homme d’État du xve siècle, sir William Crichton, espèce de Richelieu qui abattit la plus redoutablo famille de la noblesse écossaise au profit de la royauté. A la mort de Jacques Ier M 437), le parlement confia la garde du jeune roi mineur à Sir Alexander Livingston et chargea Sir William Crichton, élevé au rang de chancelier, de l’administration des affaires du royaume ; il avait ou la prudence de ne pas nommer régent un noble d’un haut rang pour no point
ROUTE 6. — D’ÉDIMBOURG A HAWICK. 97
irriter le comte de Douglas qui aurait pu se croire offensé et qui était déjà beaucoup plus puissant que le roi. Après s’étre volé mutuellement l’héritier de la couronne, Livingston et Crichton se réconcilièrent et complotèrent la ruine do l’héritier de la maison de Douglas. C’était un jeune homme de 18 ans, brave, intelligent, auquel on n’avait absolument rien à reprocher que son nom et lo passé de sa famille. Invité à une fête au château de Crichton, il y vint sans défiance et s’y vit parfaitement bien reçu ; mais le lendemain on le conduisit au château d’Édimbourg, qui était alors en la possession du chancelier; là, on l’arrêta en la présence du roi qui demanda vainement sa grâce; on simula un jugement, et, séance tenante, on le décapita dans une cour avec son jeune frère. Cet assassinat se commettait en 1 440. Quatre ans plus tard, le roi se liguait avec le comte de Douglas, — le successeur de celui qui avaitj été égorgé, — contre Livingston et Crichton. Ce dernier fut destitué et sommé de comparaître devant le tribunal chargé de le juger. Soutenu par une partie des nobles qui craignaient et haïssaient les Douglas, il refusa d’obéir et se fortifia dans le château d’Édimbourg où il soutint un siège de neuf mois. Pendant ce temps son château était pris et démoli par un agent du comte de Douglas. Non-seulement il obtint une capitulation honorable, mais il recouvra un tel ascendant sur l’esprit du roi qu’il fut nommé ambassadeur en France, chargé de négocier le mariage de son souverain avec Marie de Gueldres, et créé pair sous le titre de lord Crichton en récompense de ses services. En 4 450, le roi s’étant brouillé avec le comte de Douglas, ce dernier résolut de se venger de Crichton dont il redoutait les avis et l’influence; il lui dressa une embuscade sur la route d’Édimbourg; mais Crichton mit l’épée à la main avec son fils James , tua deux de ses assaillants,
98 ROUTE 5.— d’édimbourg a hawick.
en blessa plusieurs autres, mit le reste en fuite, et arriva sain et sauf à son château. On l’a accusé d’avoir conseillé à Jacques II le crime atroce qu’il commit à tirling. Cependant quand le roi assassina Douglas de sa propre main (F. Stirling) , Crichton était dans son château; il est vrai qu’on l’accuse de s’y être retiré tout exprès pour détourner les soupçens de sa victime. « Cet homme d’État, dit Walter Scott, était aussi dépourvu de foi, de pitié et de conscience, que de crainte et de déraison.»
Le troisième lord Crichton, ayant pris part à la conspiration du duc d’Albany en 1483 pour détrôner Jacques III, se vit dépossédé de ses biens. Jacques III les donna à son mignon sir John Ramsay, créé comte de Bothwell, qui, cinq ans plus tard, se vit à son tour proscrit, exilé et dépossédé. Crichton devint ensuite la récompense d’un crime : James IV en fit don à lord Haies, un des meurtriers de son père, et dont le petit-fils fut le trop fameux Bothwell, le complice et l’époux de Mario Stuart. Après la fuito de Bothwell et la confiscation de ses biens, Jacques V en gratifia son parent Francis Stewart , comte de Bothwell , qui ne tarda pas à conspirer contre son bienfaiteur et qui mourut dans la misère sur le continent. Depuis Crichton Castle a changé bien souvent de propriétaire. Il appartient aujourd’hui à sir William Burn Caîlender, Bart.
Dans sa description en prose du château de Crichton, Walter Scott consacre un paragraphe au cachot, « horrible caveau voûté qui n’était accessible , dit-il , que par un trou carré pratiqué dans la voûte. » Ce cachot s’appelait le Massiemore , nom d’origine orientale donné aussi aux oubliettes des anciens châteaux des Mores en Espagne.
L’ancienne église de Crichton existe encore à 4 m.
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environ au nord du château. Elle a la forme d’une croix ; l’extrémité occidentale n’en est pas terminée. On remarque aussi, en dehors des portes du château et à une portée de fusil, les ruines d’une chapelle. En Écosse, la chapelle du château est souvent située en dehors du château, o C’était probablement, dit Walter Scott, pour éviter d’admettre dans l’enceinte des fortifications certaines personnes auxquelles on n’eût pas jugé convenable d’interdire l’entrée du bâtiment destiné au culte. » Entre la station deGorebrige etcelledeTyne-Head, se trouve celle de Fushiebridge (13 m. d’Édimbourg), où s’arrête un seul train par jour.
16 m. — Tyne Head doit son nom à la Tyne qui prend sa source à peu de distance.
19 m. 1 /4. — Heriot, village au delà duquel on laisse, à gauche, Crookston.
22 m. 3/4. — Fonntainhall.
27 m. — Stow. Au delà de ce village, situé au milieu d’un district nommé autrefois We-Dale ( la Vallée de Malheur), on traverse sur un viaduc la rivière de Lugate, puis après avoir dépassé 30 m. — Bowland Bridge, on laisse, à droite, Cross * lee et Tonvoodlee, mais on ne peut pas voir du chemin de fer cette dernière propriété, beau château, situé au milieu d’arbres magnifiques, sur une belle terrasse qui domine la Gala, et appartenant à la famille Pringle de Torvoodlee, célèbre dans l’histoire des frontières, car ses membres, sous le règne de Charles II, se montrèrent très-hostiles au gouvernement, et prirent part à l’insurrection du duc d’Argyle. On traverse plusieurs fois la Gala puis un petit tunnel avant d’arriver à 33 m. \ /2 — Galashiels ( Hôtels : Bridge Inn. Commercial. Victoria. Railway) , petite ville industrielle de 4,000 hab. environ, située sur le bord de la Gala, à
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un mille environ au-dessus de la jonction de cette rivière avec la Tweed. Il y a 60 ans environ ce n’était qu’un misérable village ; aujourd’hui , grâce à ses fabriques de drap, c’est une cité florissante. On n’y fabriquait autrefois que le drap commun, appelé Gris de Galashiels ; aujourd’hui il y a des manufactures de tartans, de tweeds et de châles. Aussi, on y importe les plus belles laines do la terre de Van Diemen. Les environs de Galashiels ont été décrits par Walter Scott dans le Monastère. On peut aller de Galashiels à Abbostford ; et une voiture, qui correspond avec le chemin de fer, conduit à Selkirk ( V. route 6).
Au delà de Galashiels le chemin de fer traverse la Tweed près du village de Bridgend ; on aperçoit, à droite, les bois d’Abbotsford, et, à gauche, le Pavilion, la belle maison de campagne de lord Somerville, située sur les bords de la rivière Allan, dont la petite vallée est évidemment le Glendearg du Monastère, où la Dame blanche d’Avenel arrêta le P. Eustache. La description de Walter Scott est d’une exactitude irréprochable. The Hills also rise at some places abruptly over the Utile Glen, etc. « Les collines se dressent à pic en certains endroits au-dessus du petit vallon, etc. »
Le village de Bridgend doit son nom à un pont construit sur la Tweed, par David Ier, pour l’abbaye de Melrose. Ce fut au gué, qui existait au-dessous de ce pont, que la Dame blanche s’opposa dans le Monastère au passage du P. Philippe. De ce pont part un sentier qui remonte la vallée d’Allan et conduit par les marais aux Soutra Hills.
37 m. 4/2. — Melrose (Hôtels: George Hôtel. Thomson’s Hôtel. King’sArms. Railway Hôtel), bourg d’environ 4,000 hab., situé sur la rive droite de la Tweed, au pied des collines d’iildon ( Eildon Hills ). Ces collines sont le
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Tremontium des Romains. On y trouvo encore des vestiges de camps romains. D’après la tradition ( V. le Lai du dernier Ménestrel ', c. h, st. xm) , elles no formaient autrefois qu’un seul cône, et elles furent partagées en trois par le démon, auquel Michel Scott, le magicien, était obligé de donner une occupation continuelle. On monte en 30 minutes au sommet le plus élevé ( 408 m. ) qui offre Ain beau panorama sur les comtés do Sclkirk, de Roxburgh et de Berwick. Le bourg actuel do Mclrose a été évidemment construit, en grande partie, avec les ruines de l’abbaye ; mais, on y remarque, au milieu, une croix de 7 mèt. environ de hauteur, que les antiquaires font remonter à la même époquo que l’abbaye. Un pont de fil do fer jeté sur la Tweed lo fait communiquer avec le petit village do Gattonside , renommé pour ses vergers. Enfin, un peu au-dessous de ce pont, sur une presqu’île formée par la Tweed, s’élevait jadis le monastère de Old-Melrose.
Ce qui attire chaque année à Melrose un si grand nombre d’étrangers, c’est l’ancienne abbaye de ce nom, fondée en 4136 par David I", qui la dota richement, achevée en 4446 et dédiée à la Vierge Marie, détruite par les Anglais dans leur retraite, sous Édouard II, en 1322, reconstruite à l’aide d’un don de Robert Bruce, incendiéo par Richard II en 4 385, pillée par Evers et Latoun en 4545, détruite la même année par le comte de Hertford, ravagée plus tard par les réformateurs, et abandonnée à cette époque par les moines de l’ordre de Citeaux qui l’avaient habitée depuis sa fondation. En 1566, la reine Marie fit don au comte de Bothwell de toutes les propriétés de l’abbaye, qui revinrent ensuite à la couronne, et qui, après avoir changé plusieurs fois encoro de possesseurs, appartiennent maintenant à la famille Scott.
L’Abbaye de Melrose [Melrose Abbeij) était le plus
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remarquable monument du style gothique [fleuri qui ait été construit dans la Grande-Bretagne (4). Tous les autres bâtiments étant détruits, les ruines de l’église restent seules pour témoigner de la magniGcence de ce célèbre monastère. L’église figurait une croix de Saint- Jean. Au centre s’élevait une tour carrée, actuellement de 26 mèt. do haut, dont le côté occidental a seul résisté aux ravages , non du temps, mais des hommes, car la pierre qui a servi à la construction de tout l’édifice est si dure, que les ornements les plus délicats des sculptures intactes semblent avoir été achevés il y a peu d’années. Le chœur et le transept, l’aile occidentale, une partie N.-E. de la grande tour, une partie de la nef, presque toute l’aile méridionale et une partie de l’aile septentrionale sont encore debout. L’entrée principale de ces belles ruines est le riche portail gothique du transept méridional, au-dessus duquel on remarque une magnifique fenêtre de 7 mèt. 30 centim. de haut, et de 6 mèt. de large, parfaitement conservée. Les 9 niches qui dominent cette fenêtre et les 4 niches des contreforts dont elle est flanquée, contenaient autrefois les statues de Jésus-Christ et de ses apôtres. Au-dessous de la fenêtre est une statue de saint Jean- Baptiste qui a les yeux levés comme s’il regardait le Christ placé au-dessus de lui. « Cette partie extérieure do l’édifice, dit M. Amédée Pichot, dans son Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse, est curieuse par une bizarre décoration de sculptures gothiques, toutes d’une belle exécution. Ce sont des rosaces, des couronnes, des fleurs-de-lis, des têtes de chérubins et do syrènes, une truie jouant de la cornemuse, un re-
(I) Pour voir les ruines, s’adresser au gardien à gauche de a port» d’entrée.
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nard tenant deux colombes dans sa gueule, un vieux moine jouant de la guitare, et encore accablé sous le poids d’une autre image qui a disparu ; un estropié sur les épaules d’un aveugle, des têtes de dragons, et je ne sais combien d’autres figures grotesques ou gracieuses, que je ne puis mieux comparer qu’à un chant héroï-comique de l’Arioste ou de Pulci. Une de ces figures, du côté de la grande croisée du S., représente un homme dont la tète sort d’une touffe de lierre, et faisant le geste de se couper la gorge avec un couteau. Une autre tient un bassin comme pour recevoir le sang. Plus bas, sont des musiciens ; puis un moine qui applique à son oreille sa main en guise de cornet; et un autre enfin à qui les yeux sortent de la tête par l’effort qu’il fait pour se relever, tout* chargé qu’il est d’un lourd fardeau. Tous ces jeux de l’imagination du sculpteur attestent une singulière facilité. Chaque visage vous parle. Le suicidé a un air triste qui vous afflige pour lui ; celui qui est dans l’attitude de prêter une oreille attentive, semble réellement écouter une confession ; les musiciens exécutent leurs airs avec gaîté ; vous iriez aider ces pauvres moines qui semblent vous dire que leurs épaules sont trop chargées, etc. »
Le mur méridional de la nef est percé de 8 belles fenêtres de 5 mèt. do haut et do 2 mèt. 40 cent, de large. Toutes ces fenêtres, ornées latéralement de tètes de moines ou de religieuses, et surmontées de pinacles, sont des chefs-d’œuvre de sculpture. Elles éclairent huit petites chapelles carrées, de grandeur uniforme, et séparées l’une de l’autre par un mur de pierre très-mince. L’extrémité occidentale de la nef et 5 de ses chapelles n’ont plus maintenant aucune toiture ; mais les ailes et les chapelles voisines de la grande tour ont conservé leur voûte gothique primitive, et la grande nef est mal-
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heureusement recouverte d’une affreuse voûte moderne construite en 1 61 8, pour transformer cette partie des ruines en église paroissiale. Le chœur ou chanceau, qui a la forme d’une demi-croix grecque, n’est pas moins remarquable au double point de vue de l'architecture et de la sculpture ; on admire surtout la fenêtre de l’Est et la belle voûte de la partie orientale, si bien décrite par Walter Scott :
The darken’d roof rose hlgh aloof On pillars loft y and light and small,
The kcystonc lhat lock’d each ribbed aisle Was a fleur de lys or a quatre feuille ;
Thecorbells were carved grotesque and griin And ibe pillars wilh cluster’d shafts so trim ,
With base and with capital flourished around,
Seemed bundles of lances which garlands had bound.
(The eay or the last minstbel, C. u, st 9.)
Le toit sombre s’élevait à une grande hauteur sur des colonnes délicates et légères. La clef de voûte qui fermait chaque ailo de chaque côté, était une fleur de lis ou un trèfle ; des sculptures grotesques et sévères ornaient tous les corbeaux, et les colonnes, aux fûts élégants groupés I’ttn contre l’autre, k la base et au chapiteau sculptés tout autour, ressemblaient & des faisceaux de lances attachées avec des guirlandes.
L’intérieur de l’abbaye de Melrose estentretenu avec un soin pieux par le gardien, qui ne laisse pas un brin d’herbe mort ou desséché dans son beau tapis de gazon. Çà et là des touffes d’herbe, des fleurs variées et même des arbustes ont crû sur ces ruines admirables, dont d’épais rideaux de lierre recouvrent certaines parties. Cette végétation vigoureuse produit, surtout quand elle est éclairée par de chauds rayons de soleil, un effet tellement pittoresque, que si on avait un moment à ses ordres le démon tout-puissant qui satisfaisait tous Ic3 caprices de Michel Scott le magicien, on n’éprouverait
PîairizceK1;» üwpgle
ROUTE 5. — D’ÉDIMBOURG A IIAWICK. 405
nul désir de lui faire reconstruire l’église et le monastère.
Les cloîtres formaient un carré au N.-O. de l’église. La porte qui conduisait des cloîtres à l’église, située du côté N., est admirablement sculptée. Les chapiteaux en sont travaillés avec tant de soin, qu’on passerait un brin de paille entre les feuilles et les tiges des fleurs qui les décorent. C’est par cette porte que, dans le Lai du dernier Ménestrel , le moine de l’aile de Sainte-Mario conduit William de Deloraine à la tombe de Michel Scott.
Les points les plus favorables pour bien voir les moines de l’abbaye de Melrose, sont l’angle S.-E. du cimetière et la propriété du Prior Bank. Mais, commo l’a dit Walter Scott :
If thon would’st view fair Melrose aright.
Go visit lt by the pale moonlight ;
For the gay beams of lightsome day Gild, but lo Août, the ruins grey.
Whcn the broken arches are black in night.
And each shafted oriel glimmers white ;
Whcn the cold light’s uncertain stiowcr Streams on the ruin’d central tower ;
When buttress and buttress, aUernatcly,
Scem framed of ebon and ivory ;
When distant Tweed is hcard to rave,
And the owlet to hoot o’cr the dead nian’s grave ,
Then go — but go alone thewhile—
Then view St. David’s ruin’d pile ;
And home returning, soolhly swear,
Was never sccne so sad and fair.
Si tu veux bien voir la belle ruine de Melrose, visitc-la à la pâle lueur de la lune, car les gais rayons d’un jour éclatant ne dorent ces ruines grisâtres que par ironie. Quand les arches brisées sont enveloppées des ténèbres de la nuit, et que les sculptures des fenêtres sont argentées ; quand les rayons incertains d’une lumière froide se répandent sur les ruines de la tour du centre ; quand cha-
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que arc-boutant semble tour à tour d'ébène et d’iroirc; quand on entend la Tweed se plaindre dans l’éloignement ; quand le hibou chante sur les tombes des morts ; alors va, — mais va seul, — visiter les ruines de Saint-David, et conviens, en regagnant ta demeure, que tu n’as jamais contemplé de spectacle si mélancolique et si beau.
Les ruines de l’abbaye de Melrosb renferment, entre autres tombeaux, celui d’Alexandre II. Plusieurs membres de la famille Douglas y sont inhumés. D’après une tradition locale, le cœur de Robert Bruce y aurait été déposé à la suite de la tentative inutile faite par Douglas pour le transporter dans la terre sainte.
L’abbaye de Melrose a été décrite par Walter Scott, dans le Monastère , sous le nom de Kennaquhair.
Les environs de Melrose offrent deux excursions également intéressantes. On peut aller visiter Abbotsford et l’abbaye de Dryburgh. Abbotsford, la demeure célèbre de Walter Scott, est à 3 m. 3/4, ou à une heure do marche de Melrose. Si on ne veut pas y aller à pied, on se procure aisément des voitures dans tous les hôtels de Melrose ; une excellente route (la route de Selkirk) y conduit. On laisse d’abord, à droite, les églises Établie et Libre, puis on traverse le village de Darnick, qui possède une vieille tour construite au xv° siècle. On laisse ensuite, à droite, près d’une maison de péage, la route qui va traverser la Tweed sur le pont de Bridgend, puis, passant sous le chemin de fer, on remonte la rive droite de la Tweed, jusqu’à ce qu’on remarque, à droite, derrière la haie d’un parc, un écriteau qui indique qu’il faut s’arrêter là quand on est venu en voiture, et descendre à pied par ce petit bois. La route coupe en deux parties les terres d’ Abbotsford, et le petit bois, à l’entrée duquel se lit cet écriteau, en dérobe aux regards des passants le château, qui n’a pas d’avenue. Après avoir fait une centaine de pas, on entre par une porte voûtée
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dans une grande cour un peu triste, bien qu’elle soit ornée de gazon et de fleurs, et qu’elle laisse voir les jardins, à droite ou à l’E.,à travers le délicat treillage de fer qui ferme une rangée d’arcades à jour d’architecture gothique. A gauche ou à l’O., on aperçoit au-dessus d’un bouquet de bois, la chaîne de montagnes qui séparent la vallée de la Tweed de celle du Yarrow, et dont la plus haute sommité est encore couronnée des ruines du château deNewark.En face, c’està-dire au N., s’élève Abbotsford, édifice de 45 mètres de longueur, flanqué de tours inégales à ses extrémités, percé d’un grand nombre de croisées différentes, décoré de balcons et de niches de formes diverses , orné d’une variété étonnante de gouttières, de mâchicoulis, de créneaux, de cottes d’armes et de devises sculptées, do parapets et de dentelures, surmonté d’une riche collection de cheminées et de tourelles, mélange, plus bizarre qu’heureux, de toutes les époques et de tous les styles,- « C’était mon joujou, dit Walter Scott dans une do ses préfaces ; une jeune fille n’habille pas sa poupée avec plus de soin et de plaisir. Je savais qu’il me fallait attendre longtemps l’accomplissement de mes grands desseins; mais j’avais de la patience, et cette longue attente, ces embellissements progressifs de ma maison avaient pour moi un charme extrême. »
Pour s’intéresser à Abbotsford, il faut se rappeler dans quel but et comment Walter Scott l’a fait bâtir, la vie qu’il y a menée, les plaisirs qu’il y a goûtés, les douleurs qu’il y a ressenties, la longue agonie qui y a précédé sa mort. Un des derniers biographes français de Walter Scott, M. de Loménie, a parfaitement expliqué l’origine de cette singulière et curieuse propriété.
« Walter Scôtt avait une passion qui dominait toutes les autres, et qui, en lui donnant quelques défauts, a été
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la sourco de toutes les beautés de son talent et de l’étonnante vigueur do caractère qu’il a fini par déployer ; il avait la passion aristocratique au plus haut degré ; il était aristocrate dans ses opinions, dans ses sentiments, dans ses goûts, dans ses projets ; or, il était né avec une très-médiocre fortune et une position sociale également médiocre; il savait qu’en Angleterre surtout l’aristocratie sous sa plus belle forme, c’est la fortune représentée par la possession du sol, et il aspirait avec une ardeur extrême à la fortune, afin d’arriver à la possession du sol, afin de constituer et de reconstituer une grande maison ; si tant est qu’il descendit d’uno grande maison, et de fournir à sa lignée les moyens de figurer avec avantage parmi la noblesse d’ Écosse. « De tout temps, dit-il, je nourris le désir de m’unir à notre mère la terre, et de me mettre en état d’exercer sur sa surface une sorte de puissance créatrice. »
« En 4813, il avait amassé assez d’argent pour pouvoir commencer la réalisation de son vœu le plus cher ; il échangea sa petito propriété d’Ashestiel contre le domaine beaucoup plus considérable d’Abbotsford, et une fois en possession de ce domaine, il ne songea plus qu’à l’orner et à l’agrandir dans des proportions féodales. La maison n’était qu’une élégante chaumière, il résolut d’en faire un vaste et magnifique manoir, une imitation poétisée encore des châteaux du moyen âge, un manoir semblable à un rêve (o sort of dream of a Mansion House ), disait-il lui-même; mais comme le moyen qu'il employait pour arriver à l’aristocratie, c’est-à-dire la composition do romans, était, surtout aux yeux d’un homme organisé comme lui, un moyen assez peu aristocratique , il prit le parti de s’en servir sans avouer qu’il s’en servait. Sans doute des con' sidérations d’un autre ordre, et il les a développées lui-
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même, durent le déterminer aussi à garder pendant longtemps l’anonyme ; sans doute, l'amour de la tranquillité, l’aversion de la flatterie, la préférence donnée aux sentiments intimes sur toutes les jouissances artificielles et les mauvaises passions de ce qu’on appelle une vie littéraire, tout cela entra certainement pour beaucoup dans sa résolution ; mais on n’aurait qu’uno idée incomplète de son caractère si l’on n’y discernait pas le trait principal auquel se rattachent en quelque sorte tous les autres. C’est ainsi seulement que s’en expliquent mille petites particularités, comme, par exemple, de refoser à ses amis même les plus intimes toute conversation sur ses romans; de n’en laisser aucun chez lui ; de n’accepter des conversations à ce sujet qu’avec son libraire ; de mettre une sorte d’affectation à rédiger, en se jouant, ce qu’il appelait des Trifles (fariboles); de tenir maison et table ouvertes; de se montrer du matin au soir à la discrétion des visiteurs, les menant courir le pays à cheval, en voiture, à pied, à la chasse, à la pèche; animant ensuite les conversations du soir et travaillant seulement une heure ou deux à la dérobée, de façon qu’on ne pût savoir ni comprendre comment il s’y prenait pour écrire tant de volumes, dont chacun demandait des lectures et des recherches; qu’on ajoute à cela une véritable association commerciale avec Ballantyne et Constable , association qu’il cachait soigneusement avec le double amour-propre du légiste et du gentilhomme, et l’on s’expliquera complètement pourquoi la répugnance do Walter Scott à avouer la paternité de ses romans s’augmentait par leur succès même et s’augmenta bien davantage encore lorsqu’il eut été élevé, par le roi George, au rang de Baronnet. »
Quand il fut arrivé à l’apogée de la gloire et de la for-
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tune ; quand il eut fait bâtir sur ses propres plans et sur les dessins d’Atkinson ce manoir semblable à un rêve, malgré ses prétentions aristocratiques, malgré le train de sa maison, Walter Scott resta toujours simple, affable et bon pour tous, dévoué à sa famille et à ses amis, fidèle à tous ses devoirs ; et, dès que venait la belle saison, il ouvrait à deux battants les portes de son château , et se montrait , pour quiconque se présentait à lui avec la plus simple lettre de recommandation , l’hôte le plus empressé, le plus joyeux, le plus cordial.
Un seul jour suffit pour renverser cette fortune, détruire ce bonheur. En 4836, le libraire “Archibald Constable, son éditeur, son ami, son associé, fit une faillite aussi considérable qu’imprévue ; Walter Scott fut ruiné complètement, car il avait engagé sa signature pour près de 3 millions. Il reçut ce coup avec une fermeté stoïque; non-seulement, il refusa toutes les offres généreuses qui lui furent faites, mais, après avoir abandonné à ses créanciers tout ce qu’il possédait, il leur promit de leur payer sa dette en 1 0 ans, capital et intérêts.
Aussitôt, il se remit à l’œuvre ; il s’enferma dans Abbotsford avec sa femme etsa fille cadette, déjà frappées à mort par ce coup de foudre qu’il supportait lui avec tant de grandeur d’âme. Sa fille aînée était mariée à Sir Lockhart; son fils aîné, également marié, servait dans un régiment de hussards; son fils cadet achevait ses études. Seul dans cette magnifique résidence, jadis si animée et si joyeuse, maintenant si triste et si abandonnée, dans ce même cabinet où il venait autrefois travailler en se jouant une heure ou deux, entre une promenade et une partie de chasse, il ne songea plus qu’à tenir son dernier engagement. Vainement do nouveaux coups plus terribles encore viennent le frapper , il ne se laisse pas abattre ; il voit mourir sa femme, sa