‹ Itinéraire descriptif et historique de l'EcosseChapitre 20 sur 75 · ROUTE 6. — D’ÉDIMBOURG A SELKIRK · texte numérisé non relu

ROUTE 6. — D’ÉDIMBOURG A SELKIRK

sin reçut le nom de Petite-France, à cause de ses gardes français, qui y étaient casernes pendant son séjour.

A </2m. de Lîbberton Kirk, on passe devant Durdiclouse House, propriété appelée autrefois Bourdeaux House, parce qu’elle fut habitée par des protestants français que la révocation de l’édit do Nantes avait forcés de quitter Bordeaux. On remarque, à droite, Morton Hall, et à gauche, Gracemount et St. Cathcrine's.

5 m. — Straîton, village près duquel se livra, en 1303, le second de trois combats qui eurent lieu le même jour, et qui sont appelés dans l’histoire la bataille de Roslin. Los Écossais, commandés par Comyn et Simon Fraser, y défirent les Anglais.

6 m. — 'A BîUton Toll-Bar, on prend la route de gauche si l’on veut aller visiter le château et la chapelle de Roslin (1 m. environ ou 7 m. d’Édimbourg), qui sont montrés tous les jours aux étrangers. Il y a une petite auberge au village.

Le Château de Roslin couronne un rocher entouré de trois côtés par l’Esk. On ne peut l’approcher qu’en traversant un pont élevé, jeté sur un ravin creusé dans le roc et qui le sépare des terres voisines. Il n’en reste plus que quelques pans de murailles. On ignore l’époquo de sa construction ; tout ce qu’on sait, c’est qu’il fut longtemps habité par les St. Clairs, comtes de Caithness et d’Orkney. En 1544, lo comte Hertford le prit et le brûla ; en 1650, il se rendit au général Monk. Une maison moderne, qui appartient au comte de Roslin, a été reconstruite au milieu des ruines du vieux château.

Sur un coteau qui domine, au N., le château de Roslin s'élèvent les ruines de la Chapelle du même nom, fondée en 1446 par William St.-Clair, comte d’Orkney, et lord de Roslin, détruite en partie en 1688,

422 ROUTE 6. — D’ÉDIMBOUKG A SELKtRK.

par la populace d’Édimbourg; mais restaurée au siècle suivant par le général St. Clair, et tout récemment encore par le propriétaire actuel. Un des écrivains les plus compétents en pareille matière, M. Britton, a déclaré que la chapelle de Roslin était un chef-d’œuvre unique , qui faisait admirer tout à la fois la solidité des constructions normandes et l’ornementation délicate des dernières années de l’époque des Tudors. « On ne saurait, dit-il, donner une idée de l’architecture de cet édifice par aucun terme connu, tant ses diverses parties en sont variées et originales. » L’intérieur a 26 mètres de long, 14 mètres de large et 43 de haut. La voûte est supportée par deux rangs do piliers sculptés, parmi lesquels on remarque surtout celui de l’Apprenti, orné du feuillage le plus délicat. Selon la tradition, l’architecte, se sentant incapable de sculpter ce pilier d’après les plans qui lui avaient été remis, se rendit à Rome pour en voir un semblable. Quelle no fut pas sa surprise de trouver à son retour sa besogne faite, et bien faite ! son apprenti avait profité de son absence pour lui sculpter son pilier. A la vue de cet admirable travail, il ne put maîtriser sa jalousie et sa colère. Saisissant un marteau, il tua son apprenti sur le lieu même. L’architrave qui unit le pilier de l’Apprenti à un pilier voisin plus petit porte l’inscription suivante :

Forte estvinum;

Fortior est rex ;

Fortiores sunt muliercs ;

Super omniaTincit veritas.

Sous la chapelle reposent les barons de Roslin, qui, jusqu’au temps de Jacques VII, ont été ensevelis revêtus de leurs armures. On racontait autrefois dans le pays que la veille de la mort d’un baron de Roslin la

HOUTE 6. — n’ EDIMBOURG A SELKIRK.

chapelle paraissait enflammée. Walter Scott a reproduit cette légende populaire dans sa ballade de Rosabelle.

O’er Roslin, ail that dreary night,

A wondrous blaze was seen to gleam ;

’Twas broader than the watch-fire’s light,

And redder than the bright-moon beani.

Il glared ou Roslin’s castled rock,

Itruddiedall thecopsewood glen;

’Twas seen from Dryden’s graves of oak,

And seen from cavern’d Hawthoruden.

Seemcd ail on lire that chapel proud Where Roslin’s chiefs uncolün’d lie,

Each baron, for a sable shroud,

Sheathcd in bis iron panoply.

Blazed battlement and pinnet high,

Blazed every rose-carvcd buttress fair—

So still they blaze, when fate is nigh The lordly line of high St. Clair.

Pendant toute cette nuit redoutable, on voyait briller sur Roslin une lueur extraordinaire; elle était plus large que la flamme d’un leu de bivouac, plus rouge que les rayons les plus éclatants de la lune.

Elle éclairait le rocher que couronne le château; elle illuminait le vallon boisé qu’il domine ; on l’apercevait des bois de chênes de Dryden etdcs grottes de Hawthornden.

Elle semblait tout en feu, cette fière chapelle oit reposent les seigneurs de Roslin, sans être enfermés dans des eercueils, chaque baron n’ayant pour linceul que son armure de fer.

T Les murs, les hautes tours, les beaux arcs-boutants sculptés, tout était éclairé. — Ils le sont toujours ainsi lorsqu’approebe la dernière heure d’un descendant du puissant Saint-Clair.

Le Lord de Roslin menait, au xvc siècle, une existence princière. Son épouse était servie par 75 dames vêtues

1 2i ROUTE 6. — D EDIMBOURG A SELKIRK.

do velours et de soie, dont 53 étaient filles do nobles , Dans ses voyages, 200 cavaliers l’accompagnaient, et si elle entrait à Édimbourg la nuit, on portait devant elle 94 torches allumées jusqu’à son logement, au pied de Blackfriars’ Wynd.

On peut du château de Roslin aller visiter, en suivant le sentier qui descend l’Esk et qui passe devant les grottes de Gorton, Hawthornden, ancienne résidence du poète Drummond, l’ami de Shakespeare et de Jonson, habitée aujourd’hui par Sir James Walker Drummond. C’est une charmante promenade. A moins d’une permission spéciale, on n’entre dans le parc que les mercredis. Sous la maison s’étendent de vastes souterrains, en partie creusés dans le roc et réunis par de longs passages. On suppose qu’ils ont été construits pour servir d’asile en temps de guerre. Un peu au-dessous de Hawthornden , est le village de Xasswade (1 ) , près duquel Walter Scott a passé dans un cottage quelques-unes des années les plus heureuses de sa vie.

Si au delà de Bilston Toll-Bar on suit la route d’Édimbourg à Peebles sans se détourner pour aller à Roslin et à Hawthornden, on laisse à droite Woodhouselee House , et à gauche Ih’yden Housc, Greenlaw et Auchindinny , et bientôt on arrive à

40 m. — Pennicuick, beau village près duquel on remarque Pennicuick House, qui renferme des antiquités romaines et des peintures estimées, une tour ronde nommée Flag, couronnant une éminence, et un obélisque élevé à la mémoire d’Allan Ramsay, l’auteur de Gentle Shepherd. Lo parc de Pennicuick House offre

(i) On peut retourner de Lasswade à Edimbourg ou aller visiter le château de Dalkeithet celui de Melville et reprendre à la station de Dalkeith le chemin de fer de Hawick (F. route 5).

Digitii

ROUTE 6. — d’ÉPIMBOURG A SELKIRK. 425

de délicieuses promenades, et on découvre un panorama étendu au pied de la tour de Flag, construite en 1750.

Au delà dePennicuick on traverse un pays marécageux et peu intéressant.

41m. — Pont sur la North Esk.

12 m. — "Wellington Inn.

13 m. — ï»eadburn inn, au delà de laquelle on laisse à droite la route directe d’Édimbourg à Dumfries, puis Early Vale.

•18 m. — Eddleston, village à l’entrée duquel est la belle propriété de Darnhall, à droite, en face de Harcus Cottage, à gauche.

22 m. — Peebles ( Hôtel : The Tontine), ville de 2,800 habitants, est située sur la Tweed. Elle est trèsancienne. Elle fut souvent habitée autrefois par les rois d’Écosse, parce qu’elle se trouvait sur la route directe de la forêt royale d’Ettrick ; mais elle n’a joué aucun rôle dans l’histoire, parce qu’elle était éloignée des routes que suivaient les armées anglaises ou écossaises. Elle fut cependant brûlée et pillée plusieurs fois par les Anglais. La Tweed la divise en deux villes, neuvo et vieille, que réunit un pont de 5 arches qui remonte à une haute antiquité. Elle n’est ni commerçante ni industrielle, mais elle a un marché hebdomadaire, et il s’y tient sept foires par an. Son hôtel-de-ville est son plus bel édifice.

La vallée de la Tweed au-dessous et au-dessus de Peebles, était défendue contre les invasions des Anglais par une ligne de chàteaux-forts construits en vue l’un de l’autre sur les deux rives de la rivière, et pouvant, au moyen de feux, répandre l’alarme en un instant de Berwick à Bield. En général , ces châteaux étaient des tours carrées de trois étages ; leur rez-de-chaussée était voûté et servait de retraite aux chevaux et au bétail en

126 JlOUTE 6. — d’edimbourg a selkirk,

cas do danger. Le plus fort et le mieux conservé de ces châteaux est KTîdpath Castle, situé, à 1 m. environ de Peebles, sur un rocher qui domine la rive septentrionale de la Tweed. Nidpath fut autrefois la résidence de la puissante famille des Frasers, d’où descendent les familles de Lovât et Salton, Le dernier rejeton mâle de cette famille, Simon Fraser, l’ami de Wallace, défit le même jour, en 1302, avec Comyn, trois divisions de l’armée anglaise, près de Roslin. En 1636, le second comte de Tweedale, un des descendants par les femmes de Fraser, se déclara pour Charles Ier, et Nidpath qu’il défendit, fut la dernière place forte du sud de l’Écosse qui se rendit à Cromwell. Son dévouement à la cause royale avait ruiné la famille Tweedale. Avant la fin du règne de Charles Ier, elle se vit obligée de vendre son château au duc de Queensberry.il appartient aujourd’hui au comte de Wemvss, héritier par substitution du dernier duc de Queensberry, mort en 1810. Il tombe en ruines. Le dernier duc de Queensberry ayant fait abattre la belle avenue d’arbres qui y conduisait, dans le seul but d’ôter de sa valeur à sa propriété avant do la léguer au comte de Wemyss, Wordsworth composa à ce sujet un sonnet commençant ainsi :

Degenerate Douglas 1 oh the unworthy loid !

.... Many hearts deplored The fate of those old trees ; and oft, wiih pain The traveller, at ihis day, will stop and gaze Ou wrongs which Nature scarcely seems to hced.

Douglais dégénéré ! oit le lord indigne d’un pareil titre !...

bien des cœurs ont déploré le sort de ces vieux arbres,

et souvent aujourd’hui le voyageur attristé s’arrête et contemple ces attentats auxquels la nature semble indifférente.

Au sortir de Peebles la route descend la rive gauche

Page 1