ROIS D’ÊCOSSE DEPUIS FERGUS II
Fergus II,
Donald IV,
Eugène II,
Ferchard II,
Dongard ,
Maldain,
Constantin I,
Eugène V.
Congall Ier,
Engène VI,
Gonran,
Amber Chelot,
Eugèno III,
Eugène VII,
Congall II,
Mordacli,
Kinnatcl,
Etwin,
Ajdan ,
Eugène VIII,
Kenneth I*r,
Fergus III,
Eugène IV,
Solvatius,
Ferchard Ier,
Ancliaiu.*,
INTRODUCTION
Congall III ,
Edgar,
Dongal,
Alexandre Ier,
Alpin ,
David Ier,
Kenneth 11,
Malcolm IV,
Donald V,
Guillaume,
Conatantin II,
Alexandre II,
Eth,
Alexandre III,
Grégoire,
Interrègne,
Donald VI,
Robert Bruce I*r,
Conatantin III,
David Bruce II,
Malcolm Ier,
Edouard Baliol,
Induit,
David II rétabli,
DufF,
Culcn,
8TCABT*.
Kenneth III,
Robert II,
Constantin IV,
Jean, dit Robert III,
Grim,
Jacques I ,
Malcolm II,
Jacques II,
Dnncan Icton Donald VII, 1023
Jacques III,
Macbeth ,
Jacqnes IV,
Malcolm III,
Jacques V,
Donald VIH,
Marie Stuart,
Duncan II usurpateur,
Jacques VI,
A ce tableau, destiné à rappeler des dates, on ne peut ajouter ici que quelques faits principaux.
De 128G à 1314, c’est-ù-dire de la mort d'Alexandre III jusqu’à la bataille de Bannockbum , l’histoire d’Écosse est celle de la lutte des Écossais, qui veulent rester indépendants, contre les Anglais, qui veulent les asservir. Wallace meurt victime de son dévouement à sa patrie ; mais Robert Bruce est plus heureux. 11 triomphe de ses compétiteurs nationaux et de ses ennemis étrangers. La nation écossaise, de province conquise et opprimée, devient un état libre, régi par ses propres lois et gouverné par ses princes légitimes. « Si, après la mort de Robert Bruce, dit Walter Scott, l’Êcosse eut encore beaucoup à souffrir des hostilités des Anglais, et plus encore des guerres civiles qui déchirèrent son sein , jamais du moins elle ne perdit cette liberté, à laquelle Wallace avait sacrifié sa vie, et que le roi Robert avait recouvrée, autantpar sa sagesse que par ses armes. »
La seconde grande période de l’histoire d’Écosse est celle de la lutte de la royauté et de la noblesse, lutte dans laquelle la royauté remporta sans doute quelques victoires , mais où
INTHODUCTHMT.
l'avantage resta d’abord à la noblesse. Des cinq rois qui montèrent sur le trône avant Marie Stuart, deux moururent assassinés : Jacques Ier et Jacques 111; deux furent tués en combattant : Jacques II et Jacques IV, et le dernier, Jacques V, expira de désespoir en se voyant délaissé par sa noblesse, qu’il avait compté soumettre, et en étant vaincu au moment où il se croyait triomphant. Tous les cinq succombèrent à l’antagonisme de l’aristocratie écossaise ou à l’inimitié de l’Angleterre. « Victimes d’une situation plus forte qu’eux, dit M. Mignet, ils étaient tombés, jeunes encore, sous des complots ou dans des batailles. Le plus âgé n’avait pas dépassé quarante-un ans, et tous avaient laissé des successeurs dans l’enfance. Pendant cinq minorités successives et prolongées, il y eut non-seulement suspension de l’œuvre royale; mais paralysie même de la royauté. La noblesse reprit ce qu’elle avait perdu de puissance, et l’Êcosse retomba dans tous ses désordres. C’est ainsi que, malgré leurs desseins et leurs efforts, ces cinq rois, laissant subsister le même état de société, se transmirent les mêmes périls. Ces périls s’accrurent encore pour Marie Stuart, pendant laminorité de laquelle s’accomplit, dans les croyances religieuses, une révolution qui ajouta de nouvelles causes d’insubordination et de luttes aux anciennes. La réforme protestante vint fortifier et étendre l’anarchie aristocratique. »
Le même écrivain, qu’on est toujours heureux de pouvoir citer, résume ainsi à la fin de sa belle histoire de Marie Stuart, le règne de cette reine qui a laissé de si pénibles et de si touchants souvenirs en Écosse :
« Pour commander en reine à une noblesse tonte-puissante, sans provoquer ses soulèvements; pour pratiquer le culte catholique, sans exciter la défiance agressive des protestants; pour conserver la plénitude de son autorité souveraine vis-àvis de l’Angleterre, sans s’exposer aux menées et aux attaques de l’inquiète Élisabeth ; qu’apportait Marie Stuart en Écosse? Elle ne connaissait pas les usages du pays qu’elle était appelée a régir, et elle en condamnait la religion. Sortant d’une cour brillante et raffinée, elle revenait, pleine de dégoûts et de regrets , au milieu des montagnes sauvages et
INTRODUCTION
des habitants incultes de l’Écosse. Plus aimable qu’habile, très-ardentectnullement circonspecte, elley revenaitavec une grâce déplacée, une beauté dangereuse, une intelligence vive, mais mobile, une âme généreuse, mais emportée , le goût des arts, l’amour des aventures, toutes les passions d’une femme, jointes à l’extrême liberté d’une veuve. Bien qu’elle eût un grand courage , elle ne s’en servit que pour précipiter ses malheurs , et elle employa son esprit à mieux faire les fautes vers lesquelles l’entraînaient sa situation et son caractère. Elle eut l’imprudence de se présenter comme l’héritière légitime de la couronne d’Angleterre, et de devenir ainsi la rivale d'Élisabeth ; elle servit d’appui et d’espérance au catholicisme vaincu dans l’ile , et encourut par là l’implacable inimitié du parti réformé qui voulait sauver à tout prix la révolution religieuse qu’il avait faite.
« Ce n’est pas tout. Les périls auxquels l’exposaient l’exercice de son pouvoir, les prétentions de sa naissance, les ambitions de sa foi, elle les aggrava par les torts de sa conduite privée. Le goût soudain qu’elle ressentit pour Darnley, les familiarités excessives qu’elle eut avec Riccio et la confiance qu’elle lui accorda , la passion effrenée qui l’entrama vers Bothwell, lui furent également funestes. En élevant jusqu’à elle comme époux et comme roi un jeune gentilhomme dépourv u de tout, hors des agréments de la personne , et dont elle se dégoûta si vite; en faisant son secrétaire et son favori d’un étranger et d’un catholique; en consentant à devenir la femme du meurtrier de son mari, elle anéantit elle-même son autorité. Après avoir perdu sa couronne, elle exposa inconsidérément sa liberté. Elle chercha un asile , sans être assurée de l’y recevoir, dans le royaume même de son ennemie, et après s’étre mise à la merci d’Élisabeth, elle conspira contre elle avec bien peu de chances de la renverser. Du fond de la prison, où elle avait été iniquement jetée et où elle était iniquement retenue, elle crut pouvoir, de concert avec le parti catholique, préparer sa délivrance , tandis qu’elle ne travaillait qu’à sa perte. Ce parti était trop faible dans l’ile , trop désuni sur le continent pour S’insurger ou pour intervenir utilement en sa faveur. Les soulèvements qu’il tenta en Angleterre, depuis 1569 et les
INTRODUCTION
trames qu’il y ourdit jusqu’en 158G, achevèrent de le ruiner en causant la mort ou la fuite de ses chefs les plus entreprenants. La croisade maritime discutée à Rome , à Madrid , à Bruxelles dès 1570 et convenue en 1586, pour abattre Élisabeth et relever Marie Stuart, loin de placer sur le trône de la Grande-Bretagne la reine des catholiques , la lit monter sur l’cchafaud.
« L’échafaud, tel fut donc le terme de cette vie ouverte par l’expatriation, semée de traverses, remplie de fautes, presque toujours douloureuse et un moment coupable , mais ornée de tant de charmes , touchante par tant d’infortunes , épurée par d’aussi longues expiations , finie avec tant de grandeur. Marie Stuart, victime de la vieille féodalité écossaise et de la nouvelle révolution religieuse , emporta avec elle les espérances du pouvoir absolu et du catholicisme. >
La réunion des couronnes d’Écosse et d’Angleterre (1603) sur la tête de Jacques VI d’Écosse (Jacques 1" d’Angleterre) ne fut que le prélude de l’incorporation des deux peuples. Pendant un siècle encore, l’Écosse eut une vie distincte, nonseulement de nom, mais de fait. A la hiérarchie épiscopale déjà décrétée par lui, Jacques voulut ajouter la liturgie du culte anglican ; mais ses ordonnances ne purent pas être exécutées en Écosse, et, lorsque Charles 1er essaya d’employer la force pour se faire obéir, l’Écosse tout entière, se soulevant avec indignation, jura le Covenant, profession solennelle de la religion calviniste, et s’arma pour la défense de sa liberté religieuse. Ce fut le signal de la révolution anglaise de 1640, qui, malgré le dévouement de Montrose, se termina par la décapitation de Charles I".
Cependant, les presbytériens avaient été dépassés par les indépendants; la révolution démocratique de l’Angleterre n’était pas la révolution bourgeoise et constitutionnelle qu’avait voulue l’Écosse. Les mêmes hommes qui s’étaient armés contre Charles Ier s’armèrent donc pour Charles II. Cromw ell envahit l’Écosse et la réunit à l’ Angleterre comme province conquise. Pendant sa vie, sa main de fer comprima toutes les réactions; mais, après sa mort, la restauration ou la contrerévolution partitd’Écosse (1660) comme la révolution en était
INTRODUCTION
partie vingt ans auparavant. Toutefois, si l’enthousiasme des Écossais égala celui des Anglais, ils furent plus cruellement trompes dans leurs espérances. L’oubli de toutes les promesses y rendit peu à peu le gouvernement odieux à tous les partis. Une insurrection ne tarda pas à éclater. Vaincue à Pentland Hill, elle devint une véritable guerre civile, qui commença par la défaite des soldats royalistes à Loudon Hill, et qui se termina par la déroute des Covenantaires au pont de Bothwell. La réaction royaliste et catholique faisant, chaque année, de nouveaux progrès, le duc de Monmouth et le duc d’Argyle essayèrent de délivrer l'Angleterre et l’Ëcosse de la tyrannie et du bigotisme de Jacques 11; ils payèrent de leur vie leur tentative malheureuse. Enfin, la révolution de 1G88 assura l’indépendance politique et la liberté religieuse de l’Angleterre et de l’Écosse, qdi, en vertu de l’acte d’Union (1707), ne formèrent plus qu’un seul et même royaume. Les insurrections de 1716 et 1745, en faveur des Stuarts, furent les derniers efforts du royalisme jacobite, bien plutôt que du patriotisme des Écossais, et d’ailleurs elles ne rencontrèrent un concours énergique que chez les Highlanders (F. cidessous S 2). Ces deux rébellions furent suivies d’une répression terrible. Le désarmement des clans, la privation de leur costume, l’abolition des juridictions féodales, achevèrent d’établir en Écossç cette unité nationale d’idées, de sentiments, de mœurs, de costume, dont les dernières exceptions, si rares aujourd’hui, tendent à s’effacer de plus en plus. Quelque regret qu’on puisse en éprouver au point de vue poétique et pittoresque, on est obligé de s’en féliciter, car c’est, en définitive, la civilisation qui a triomphé de la barbarie. L’industrie et le commerce ont remplacé la guerre.
19. constitution. — D’après le bill de réforme de 1832, l’Écosse nomme 53 membres à la Chambre des Communes, 30 pour les comtés et 23 pour les cités, bourgs et villes. Les pairs écossais choisissent IC d’entre eux pour les représenter à la Chambre des Lords. Ces pairs ne siègent, ainsi que les membres des Communes, que pendant un Parlement.
20. Adnilnlutrntlon de In justice. — La Cour civile suprême de l’Écosse se nomme la Cour de session. Elle tient
INTRODUCTION
à Edimbourg deux session» par an (V. Edimbourg). Ses juges, au nombre de 13, sont appelés Lords of Session. La Cour criminelle suprême est la Cour de justiciary ; elle se compose de 6 juges et siège également à Edimbourg. Pondant les intervalles des sessions de la Cour civile, deux fois par an, au printemps et en automne, les juges vont tenir des audiences dans les principales villes de province, deux par circuit. La Cour de l'échiquier, chargée de juger les affaires relatives au revenu public, est considérée maintenant comme une cour séparée. Il y a aussi des tribunaux inférieurs, tels que les cours des bourgs, des juges de paix et des shérifls, etc.
21. Institution»! religieuses. — L’Écosse est divisée en 1,023 paroisses, ayant chacune un ministre et quelquefois deux. Chaque ministre reçoit de 200 à 300 liv. sterl. par an. Le ministre, les diacres et les anciens de la paroisse composent dans chaque paroisse ce qu’on appelle des sessions ecclésiastiques (Kirk sessions). Les ministres d’un nombre illimité de paroisses contiguës forment un presbytère qui juge les affaires ecclésiastiques de son district. Les synodes se composent de plusieurs presbytères, dont ils jugent les décisions, et leurs actes sont soumis à l’assemblée générale. Cette assemblée est la Cour suprême ecclésiastique ; on ne peut appeler de ses décisions. Elle se compose de 3G1 représentants, dont 200 ministres et 89 anciens pour les presbytères, 67 anciens pour les bourgs royaux, et 5 ministres ou anciens pour les universités, lesquels sont élus tous les ans. Cette Cour fait les lois pour l’Eglise. Toutes les autres religions sont d'ailleurs tolérées en Écosse ; et il y a des églises catholiques dans les principales villes. Les sectes sont fort nombreuses. Outre les dissidents , on compte des baptistes, des épiscopaux, des méthodistes, des anglicans. Le nombre des églises appartenant aux sectes dissidentes de toutes dénominations se monte à 1 ,500, dont plus de la moitié appartient à l’Église libre d’Ecosse ( Free Church of Scotland), qui s’est séparée, en 1842, avec un grand éclat, de l’Église presbytérienne d'Ecosse, qu’elle ne trouvait pas assez puritaine et assez calviniste. Les membres du clergé dissident ne sont payés que par leur
INTRODUCTION. XXVH
congrégation; leur revenu annuel varie de 120 à 130 liv, stcrl.; mais ils sont logés et ils ont un jardin.
instruction publique. — L’Écosse possède quatre universités (F. St. Andrews, Glasgow, Edimbourg et Aberdeen). Dans chaque paroisse il y a au moins une école. Les écoles privées sont aussi très-nombreuses. On estime à 6,600 le nombre total des écoles en Écosse. L’Église libre, qui riva-» lise avec l’Église établie pour répandre l’instruction parmi les classes ignorantes, a ouvert à Edimbourg un collège où elle se propose de former des instituteurs.
§ 2. — LES LOWLANDS ET LES 1UGULANDS.
Les HiKhlands (les hautes terres ) sont aux LowiandN (les lasses terres ) de l 'Écosse ce que le pays de Galles est à l’Angleterre, une contrée généralement montagneuse, habitée par les derniers descendants d’une race celtique. Ils comprennent la plus grande partie de l’Ëcosse, depuis les golfes de la Clyde et du Tay jusqu’au nord, en en exceptant une certaine étendue de terrain, située le long de la côte orientale, et peuplée, à une époque très-reculée, de colonies saxonnes, danoises et flamandes. Ils renferment, par conséquent, une portion plus ou moins considérable des comtés deDumbarton, Stirling, Perth, Aberdeen, Banff et Moray, et les comtés entiers de Bute, Argyle, Inverness, Cromarty, Ross, Sutherland et Caithness. Les Hébrides ou les îles occidentales en dépendent; mais les Orcades et les Shetland n’en font point partie. Tout le reste de l’Écosse compose ce qu’on appelle les Lovvlands.
Les Lowlands, où se sont établies les races Scandinave et anglo-saxonne, ne se distinguent plus, depuis longtemps, ni par les mœurs, ni par les coutumes, ni par le langage de leurs habitants, des comtés voisins de l’Angleterre. Les Highlands, au contraire, ont conservé longtemps et conservent encore ù certains égards un caractère tout particulier, des usages spéciaux, une langue à part, des mœurs exceptionnelles. En
INTRODUCTION
effet, tandis que le système féodal des peuples germaniques s’établissait dans les Lowlands, le système patriarcal des tribus gauloises se maintenait dans les Highlands. II y eut pendant bien des siècles en Écosse deux peuples, deux langues, deux états de société, deux formes d'organisation. A l’époque où les Lowlanders, qui parlaient l’anglais , étalent engagés dans les cadres politiques et territoriaux d’une société militaire, les sauvages Highlanders, qui parlaient le gaélique, étaient divisés en clans , gouvernés par le chef de la parenté ou de la tribu qu’on servait avec fidélité , pour lequel on se sacrifiait avec dévouement. Ils portaient tous le même nom dans le même clan , et ils entretenaient de clan à clan pour les injures souffertes et les meurtres commis, ces sentiments héréditaires de vengeance, ces haines à mort qui sont un des traits principaux de l’état primitif où la société ne réside encore que dans la famille. Restes d’anciennes races gauloises, ils avaient le caractère entreprenant, l'esprit querelleur, le courage indomptable , les goûts changeants , et les mœurs presque immobiles. Non-seulement, ils se battaient fréquemment entre eux, mais ils descendaient souvent sur les propriétés de leurs voisins des basses terres pour les piller. Ils ne cultivaient aucun des arts de la paix. Les chefs habitaient des forteresses , généralement une tour carrée de quatre ou cinq pièces et entourée d’une cour fortifiée ; leur table était toujours surchargée d’énormes quartiers de viande rôtie ; mais leurs vassaux étaient aussi mal logés que nourris. Ils demeuraient dans de petites huttes de pierres couvertes de bruyères , où ils ne mangeaient que les mets les plus grossiers ; cependant ils se faisaient remarquer autant par leur force athlétique que par leur bravoure et l’adresse avec laquelle ils maniaient leurs armes favorites , la claymore , la dirk , la large. Leur costume ordinaire se composait du kilt ou phi— labeg , sorte de jupon plissé qui tombait jusqu’aux genoux, du plaid, espèce de manteau fait d’une étoffe de laine nommée tartan , des frètes , ou demi-culotte cachée par le kilt, et d’un bonnet le plus souvent orné de plumes. Leur seule distraction un peu intellectuelle était la musique. Chaque clan avait ses traditions qui formaient les thèmes d’histoires
INTRODUCTION
ou de légendes poétiques, récitées par les bardes. Leur musique était grossière, et ils n’avaient qu'un instrument, le bagpipe ou cornemuse; mais ils l’aimaient passionnément, et dans tous les clans, le piper était un personnage important. Leurs chants s'appelaient despibrochs ;c’étn\enl, pour la plupart, des récits de certains combats, de massacres, de victoires, etc. Le compositeur des pibrochs les plus estimés jouissait d’un grand renom, non-seulement dans son clan, mais dans les clans voisins.
Quand le chef d’un clan allait rendre visite à un de ses voisins, il se faisait toujours accompagner de son escorte, appellée sa tail. Elle se composait du henchman , le barde ou poète , du bladier ou orateur , du gillemore ou porteur de sabre, du gillecasflue, celui qui portait le chef dans les gués, du gilleconstraine, celui qui portait le chef dans les passages dangereux, du gilletruishanarnish ou porteur du bagage, du piper, et enfin du piper’ s gilly, c’est-à-dire du porteur de la cornemuse.
Les Highlanders, ou les descendants des Celles, avaient su résister aux attaques des Romains, des Saxons, des Danois; ils résistèrent pendant bien des siècles aux souverains de i’Écosse et de l’Angleterre. Leur défaite définitive ne date que de la seconde moitié du xviii* siècle. Un moment, leurs chefs, les Lords des lies , non contents de maintenir leur indépendance , avaient essayé de chasser les Anglo-Saxons des Lowlands ; mais leur tentative échoua. Ils furent vaincus le 24 juillet 1 4 1 1 , à Harlaw, dans le comté d’Aberdeen, et cette défaite mit un terme à leurs prétentions. A dater de cette époque, ils n’attaquèrent plus : ils se défendirent. Jacques 1", en montant sur le trône, conçut le projet de les civiliser; malheureusement, il n’employa , pour atteindre sou but, que des moyens barbares : le pillage , l’incendie, la confiscation , les supplices. Au lieu d’adoucir leurs mœurs, il les rendit plus féroces. L’extinction de la puissante famille des Lords des lies, en 1493, eut pour effet d’aggraver encore le mal auquel il avait essayé en vain de remédier. Jusqu’alors, bien qu’ils n’eussent point obéi auxordresdes rois écossais, les Highlanders avaient du moins reconnu l’autorité de quelques-uns de leurs chefs
INTRODUCTION
principaux. A dater de cette époque, aucun lien commun ne les unit; ils vivent dans une anarchie d’autant plus effroyable, qu’ils se traitent presque tous en ennemis. La période la plus barbare de leur déplorable histoire est peut-être celle qui s’étend du xvie siècle à l’union des deux couronnes. Aucun des statuts rendus pour les soumettre à un gouvernement central et régulier, ne reçut son exécution. L'avénement des Stuarts au trône d’Angleterre porta à leur puissance un coup qui devait être mortel. Ils n’étaient plus dès lors qu'une minorité sauvage , ayant à lutter contre toutes les forces d’une majorité de plus en plus civilisée. Dans cette guerre à mort, ils devaient nécessairement succomber tôt ou tard. Toutefois, ils se défendirent longtemps , et ils périrent glorieusement , héroïquement, en combattant, chose étrange, pour les Stuarts, qui s’étaient montrés les plus grands ennemis de leur race , qui avaient limité leur territoire, exterminé leurs chefs, tenté d’abolir les coutumes auxquelles ils tenaient le plus. Défaits et domptés par Cromwell , ils recouvrèrent une partie de leur indépendance et de leur Influence à la restauration, et ils aidèrent Charles II et Jacques II à triompher de la liberté civile et religieuse. Dans les insurrections de 1 G89 ,del715etdet745, — excitées en grande partie par le souvenir du massacre de Glencoe , — ils firent des prodiges de valeur ; mais la victoire se déclara contre eux. Quoique leurs vainqueurs se déshonorassent par d’abominables cruautés, leur triomphe fut celui de la civilisation sur la barbarie, de la liberté sur le despotisme. Ces victoires n’eussent pas encore été définitives cependant , si le gouvernement n’eût jpris des mesures énergiques pour amener une révolution complète dans l’état politique et social des Highiands. Ces mesures furent le désarmement , l’inter-1 diction du costume national et l’abolition des juridictions héréditaires.
Un mémoire, rédigé par un juge compétent après la bataille de Culloden, évaluait à 31, 930 hommes le nombre des soldats que les différents clans pouvaient encore armer.
Argyle (CaraplielU). 3,000b.
Brradalbanc (Campbell}). 1,000
INTRODUCTION
Lochnell et les autres ebefs des Campbells. 1,000
Maclcans. 500
Maclachlans. 200
Stewart of Appin. 300
Macdougals. 200
Stewart of Grandtully. 300
Clan Gregor. 700
Duc d’Atholl (Stewarts, Robertsons, etc.). 3,000
Farquharsons. 500
Duc de Gordon. 300
Grant of Grant. 850
Mackintosh. 800
MacpheTsons. 400
Fraser*. 900
Grant of Gleninorlstoa. 150
Chisholms. 200
Duc de Perth. 300
Seaforth (Mackensies). 1,000
Cromarty, Scatwell, Gairloch avec les autres chefs des
Mackensies. 1,500
Menzies. 300
Mnnroes. 300
Rosses. 500
Sutherland*. 2,000
Mackays. 800
Sinclairs. 1,100
Macdonald of Slate. 700
Macdonald of Clanranald. 700
Macdonell of Glengarry. 500
Macdonell ofKeppoeh. 300
Macdonald of Glencoe, 130
Robertsons. 200
Cafflerons. 800
Mackinnon. 200
Macleod. 700
Le duc de Montrose, les comtes de Bute et Moray, Macfarlancs, Colquhouns, M’Neils of Barra, M'Nabs, M’Naughtons, Lamonts, etc., etc. 5,600
INTRODUCTION
Les divers clans des Highlands occcupaient et occupent encore les comtés suivants :
Argyleshire. Campbells; et sur le N. du comté et dans Mull, Macdougals, Stewarts of Appin, Maclacblans, Macleans; et M’Allisters dans une partie du Cantyre.
Dumbarton et Stirling shires , et les parties adjacentes de Perth et d’Argyle ; M'Gregors, Macfarlanes, Colquhouns, M’Nabs, M’Naughtons, etc.
Perthshire. Stewart, Robertsons, Menzies, etc.
Aberdeen et Banff shires. Farquharsons , Forbeses et Gordons.
Inrerness-shire. Grants, Mackintoshes, Macphcrsons, Frasers et Chisholms, à l’E. ; et Camerons , Macdonalds, et Macdoneils, Macleods et Mackinnons, à l’O. et dans les îles.
Ross-shire. Mackensies avec Munroes et Rosses à l'E. , et M’Raes à l’O.
Sutherlandshire. Sutherlands, Mackays, Gunns.
Caithness. Sinclairs.
Non-seulement les Highlanders furent désarmés , mais on leur Interdit, sous peine de six mois d’emprisonnement, et, en cas de récidive, de la déportation, de porter leur costume national et même l’étoffe appelée tartan. Cette mesure causa une profonde irritation; mais aucun soulèvement n’eut lieu, et, quand la défense fut levée , dans la vingt-deuxième année du règne de George 111 , presque personne n’en profita. On ne rencontre plus aujourd’hui, en Écosse, de montagnards vêtus de l’ancien costume celtique, si ce n’est dans certaines iles, ou les jours de cérémonies publiques ; seulement la plupart des Highlanders portent encore un bonnet et un plaid ou châle de laine.
« Quoi qu’on puisse penser de ces deux lois , dit Walter Scott dans son histoire d’Écosse , on ne peut faire aucune objection contre un autre acte du parlement , voté en 1746, pour abolir les derniers restes effectifs du système féodal, c'est-à-dire la juridiction héréditaire dans toute l’Ëcosse, juridiction aussi contraire au sens commun qu’à l’administration libre et impartiale de la justice. En fait , le droit de décider toutes les questions ordinaires de jurisprudence ap-
INTRODUCTION
partenait aux grands propriétaires , qui n’étaient ni élevés dans la profession du barreau , ni habitués à séparer leurs intérêts et leurs passions des causes qu’ils avaient à juger. Cette loi accorda une indemnité en argent aux propriétaires de ces droits judiciaires dont l’existence était incompatible avec les progrès qu’un pays libre faisait vers la civilisation complète. L’administration de la justice fut confiée à des hommes de loi qu’on appela substituts des shériffs, parce qu’ils leur étaient substitués par la couronne et pour les distinguer des shérifs principaux, qui jouissaient auparavant des droits de juridiction attachés à leur patrimoine.
« Par un autre acte de la même année , toute concession de fief à charge de service militaire fut déclarée illégale , et ceux qui existaient déjà furent changés en fiefs tenus moyennant une redevance annuelle en argent, ou à charge de quelque reconnaissance honorifique du vasselage. 11 devint donc impossible à un seigneur ou à un maître d’imposer à ses vassaux la fatale obligation de les suivre soit à la guerre, soit à la chasse ou de garder son château.... »
Une dernière mesure assura plus tard la pacification des Highlands. Ce fut l’organisation proposée par Lord Chatham de régiments écossais employés au service de l’État.
La langue (le gaélique au lieu de l’écossais et de l’anglais) etquelques vieilles coutumesqui tendentà s’effacer de plus en plus, tels sont donc les seuls traits caractéristiques qui distinguent aujourd’hui un Highlander d’unLowlander.
Une grande révolution sociale s’est accomplie depuis un siècle dans les Highlands. Les anciens chefs des clans, devenus les seuls propriétaires du sol, en ont expulsé la majorité de leurs anciens vassaux qui étaient trop pauvres pour leur payer de gros fermages, et ils les ont remplacés par des moutons, c’est-à-dire par des fermiers des basses terres, qui étaient assez riches pour satisfaire leur prétentions. Les Highlanders se virent forcés d’abandonner les Glens où de temps immémorial avaient vécu leurs pères, dont les cimetières contenaient les tombes de leurs ancêtres , que la valeur de leurs familles avait conquis à ce seigneur qui les en chassait. Quelques-uns moururent de douleur et de faim -, d’autres allèrent
xxxrv
INTRODUCTION
s’établir sur les côtes ou dans les villes pour tâcher 4,e s’y procurer, soit par la pêche, soit par l’industrie, des moyens d’existence; le plus grand nombre émigrèrent. On appela ces expulsions forcées des clearings (des décharges ou nettoyages). Le mot fut aussi cruel <fbe l’acte odieux , mais peut-être nécessaire au dire de certains écrivains, qu’il servait à désigner. Du reste, si les llighlanders, contraints de s’expatrier, quittèrent en pleurant la terre qui les avait vus naître , ils subirent leur sort avec une résignation touchante. Il y eut beaucoup de larmes versées , de sanglots étouffés ; aucun acte de violence ne fut commis.
Bien que le régime des clans n’exlste plus, les Highlandcrs conservent, en quelque pays qu’ils se trouvent, un certain respect pour ceux qu’ils considèrent comme leurs chefs, et ils préfèrent à toutes les autres couleurs celles qui distinguaient le tartan de leur clan. Afin de conserver ces sentiments, qui n’ont plus rien de dangereux, la Société calédonienne de Londres donne, de trois ans en trois ans, à Edimbourg, une fête où elle distribue des prix aux Highlanders qui excellent dans l’art de jouer du bag-pipe, qui dansent avec le plus de vigueur et de grâce les anciennes danses nationales, et qui portent le mieux le costume montagnard le plus irréprochable. D’autres sociétés se sont organisées en Écosse, dans le même bnt. Ce sont : la Société celtique, le Club highlandais d’Écosse et la Société highlandaise de Saint- Fillan.
Il y aurait des volumes entiers à écrire sur la chasse et la pêche dans les ffighlands; les meilleurs ouvrages (1), publiés sur ce sujet, sont :
« The Rod and the Gun ; being Two Treatises on Àngling « and Shoottng ; the former by James Wilson, Ésq., « F.R.S.E., etc.; the latter by the Author of “ The Oakleigh <* Shooting Code.” 2* édit., 10 sh. 6 p.»
« Days and Night of SalmonFishing ; by William Scrope. »
« The Moor and the Loch, containing minute Instructions
jl) On trouvera deux séries d'articles remarquables sur ces deux sujets dans 1 es dernières aunées de la Revu* Britannique.
INTRODUCTION
« in ail Highland Sports, with Remarks upon the Wild Birds « and Beasts ofthe Scottish Mountains; by John Colquhoun, « Esq., third Edition, with which is now incorporated, « “Rocks and Rivers,” etc.; by the same Author. 12 sh. « C p. »
« TheAngler’s Companion to the Rivers and Lochs of Scot- « land ; by Thomas Tod Stoddart. With a Fishing Map of « Scotland, and other illustrations. 10 sh.6 p. »
« Lays of the Deer Forest. A Sélection from the Original « Poemsof John Sobieski Stuart and Charles Edward Stuart. « With an Essay on Deer-Stalking and Roe-Hunting, Notes « of Remarkable Incidents in Forest Sports, Traditions of the « Clans, and Notices of Natural History in the Deer-Forests. « 21 sh. »
« Short Sketches of the wild Sports and natural History « of the Highlands; from the Journals of Charles St. John, « Esq. 6 sh. »