‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 104 sur 865 · ROUTE 1] BELLEGARDE. — LA PERTE DU RHÔNE · texte numérisé non relu

ROUTE 1] BELLEGARDE. — LA PERTE DU RHÔNE

Jura qui s'est éloigné. Fnfin, on aperçoit , à la base du Credo, le beau Tiaduc de la Valserine, avant de laisser sur la dr., entre le chemin de fer et le Rhône, le village A'Arlod, dont le château, aujourd'hui ruiné, couronne un énorme rocher creusé par le Rhône, et dominant le lit étroit du fleuve.

153 kil. (592 kil.) Bellegarde (buffet à la gare ; — hôt. : de la Poste, près du viaduc; de la Perte du Rhône, près du pont de la route de terre; nombreux cafés), hameau de 643 hab.

dépendant de la commune voisine de Musinens, doit son importance à sa situation (les routes de Genève, de Nantua et de Belley s'y réunissent) et au bureau de douane qui y a été établi. C'est dans sa gare qu'a lieu la visite de la douane.

Les touristes ne devront pas manquer de s'arrêter à Bellegarde (3 ou 4 h. suffisent) pour y visiter la porte du Rhône, mais surtout le viaduc et le Ut de la Valserine, et la jonction du Rhône et de la Valserine.

Pour aller à la Perte du Rhône il faut, au delà du pont pittoresque, sur lequel la route de poste traverse la Valserine, prendre le premier chemin qui descend sur la droite. En 8 ou 10 min. , on atteint un petit pont de bois — le pont de Lucey — jeté au-dessus de la perte.

« Après avoir franchi le passage étroit de l'Écluse, entre l'extrémité du Mont-Jura et le Vuache , le Rhône, dit de Saussure, tourne autour du pied de la montagne de Credo. Le pied de cette montagne est composé de grès, de sable, d'argile et de cailloux roulés. Toutes ces matières, peu cohérentes entre elles, se laissent creuser parle Rhône, qui, au lieu de s'étendre en largeur, se rétrécit et s'enfonce considérablement. Ce même fleuve qui , auprès de Genève , a une largeur moyenne de 113 pieds, n'a, sous le pont de Grezin, à 2 l. au-dessous de l'Écluse, que 15 à 16 p. de largeur ; mais il a, en revanche, une grande profondeur.

«Aune demi-lieue au-dessous de ce même pont, le Rhône coulant toujours dans un lit profondément creusé dans des terres argileuses, rencontre un fond de rochers calcaires dont les bancs horizontaux s'étendent par-dessus les argiles.

« On croirait que ces rochers, qui paraissent durs sous le marteau, auraient dû mettre un obstacle aux érosions du Rhône et l'empêcher de s'enfoncer davantage : mais, au contraire, il a pénétré dans ces roches beaucoup plus avant que dans les terres : il les a même creusées au point de se cacher et de disparaître complètement.

C'est ceqti'on appelle la Perte du Rhône.

« Cette perte, ajoute l'illustre naturaliste, n'est pas également admirable dans toutes les saisons. » En effet, lorsque les eaux sont hautes, le canal souterrain ne suffisant plus, elles coulent au-dessus aussi bien qu'audessous, et, pour nous servir des propres expressions de M. Simond, la Perte du Rhône est alors perdue pour les voyageurs. Du reste, des travaux récents en ont complètement changé l'aspect, qui varie incessamment selon la hauteur des eaux. Toutefois, le lit du Rhône offre en tout temps un spectacle curieux. Mais le lit de la Valserine est peut-être plus intéressant pour les artistes et pour les géologues que celui du Rhône. Pour le bien voir, on ne doit pas se contenter d'y promener ses regards du haut du pont, il faut y descendre, quand les eaux ne sont pas trop hautes,' car alors elles lo*feTï>n!issent entièrement.

La Valserine, quf descend de Mijoux, a creusé si profondément les rochers calcai res sji rJPsifieîk elle coule, qu'à Bellegarde" V, m- encaissée

d'env. 26 n*tres ente deux parois à pic couronWes (Arbustes. Çà et là ses eaux disf^uai^sent dans des crevasses, au fond desquelles elles mugissent avec fracas, et elles sortent plus loin par une autre ouverture pour aller se reperdre de nouveau à peu de distance. Ainsi , à 2 kil. au-

DE PARIS A GENÈVE

dessus du viaduc, on peut aller visiter la Perte de la Valser me, qui se précipite dans une profonde fissure où elle serpente en houillonnant à 5 ou 6 mot. de prorondeur, pour n'en ressortir qu'à plus de quatre cents pas.

Deux petits ponts, formés par quelques madriers, servent à franchir ces étroits et profonds sillons ; on les appelle les ponts des Ouïes,

Le viaduc de la Valserine (5 min.

de la gare ) est un des ouvrages d'art les plus hardis et les plus l>eaux qui aient été construits jusqu'à ce jour pour les chemins de fer français. Il se compose de il arches: sept petites, une grande et trois petites. Sa longueur totale est de 250 mèt. La grande arche a une hauteur de 52 mèt. et 32 mèt. d'ouverture.

Enfin, on ne devra pas manquer, après avoir visité la perte du Rhône, le lit et le viaduc de la Vulserinc, de descendre jusqu'à la jonction de la Valserine et du Hhfine. C'est une promenade de 10 à 15 min. On prend le chemin qui fait face à la nouvelle église , et, après être descendu rapidement dans le lit encaissé du Rhône, on tourne à gauche sous un rocher qui surplombe. Quelques pas plus loin se trouve le moulin construit à la jonction du Rhône et de la Valserine.

D'un seul regard on embrasse les lits profondément encaissés qu'ont creusés les eaux du fleuve et du torrent qu'il emporte. Un énorme rocher, en forme de tour, les sépare. Au-dessus des arbres qui le couronnent se montrent quelques maisons, dominées par la masse imposante du Credo. Quand ses eaux sont hautes, la Valserine fait une très-belle chute en se précipitant dans le Rhône.

On peut descendre à une certaine distance le long de la rive droite du Rhône, en prenant à mi-côte un petit sentier passant dès son entrée sous un rocher qui surplombe et qui sert de corps d« garde aux douaniers. Ce sentier est malheureusement étroit, difficile et envahi par les buis.

En 1854, M. A. Quentin découvrit par hasard, dans le bois de Bellegarde, une grotte qui n'avait pas encore été explorée. L'entrée n'a pas plus de 60 centim. On y voit plusieurs galeries et deux pièces d'eau.

L'ascension du Credo demande 3 ou 4 h. l)u point culminant de cette belle montagne (1608 mèt.) , on découvre un vaste et beau panorama. Le sommet, que l'on voit de Bellegarde, se nomme le Sorgia; il n'a que 1243 mèt.

Après avoir franchi le viaduc de la Valserine le chemin de fer s'enfonce dans le tunnel du Credo, qui n'a pas moins de 3900 mèt. Ce tunnel, percé sous la direction d'un ingénieur anglais, M. Goodfellow, par la coin pagnic Parent Brassey et Buddicom, a été pratiqué en grande partie dans la molasse. Les terrains qu'on a traversés en creusant les puits sont les étages appelés diluviens, falunins et supracrétacés. On n'a pas atteint l'étage intéressant découvert par le lit du Rhône et contenant un grand nombre de pétrifications fossiles. Six puits, dont le plus profond a 215 met., y avaient été pratiqués pour l'aération et les déblaiements. 11 avait été , en outre, établi cinq galeries aboutissant aux puits et au tunnel, et par lesquelles se faisaient aussi, et avec plus de commodité , les déblaiements. — La plus large de c^s galeries a 300 mèt.

Le tunnel du Creiio a coûté 7 450 000 francs; il a fallu trois ans et demi pour le percer. Le chemin de fer, qui à l'entrée était à 380 mèt. , s'y élève jusqu'à 393, et à la sortie il n'est plus qu'à 389 mèt. Le terrain naturel est à 416 mèt. à l'entrée, à 594 mèt. au point le plus haut, et à 396 mèt. à la sortie. La route de terre, qui contournait le Credo, au lieu de le percer, offre de curieux points de vue sur le Credo, la vallée du Rhône, le Mont-Vuache ou de Chaumont , qui domine la rive gauche du fleuve, et la chaîne des Alpes que l'on commence à découvrir à l'horizon. En face du hameau de Gre-

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