‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 196 sur 865 · ROUTE 25] LA DENT DE NAYE. — CHILLON · texte numérisé non relu

ROUTE 25] LA DENT DE NAYE. — CHILLON

amas de neige, et à 15 min. au-dessous , un courant d'air glacé sort d'une fente de rocher, large de 50 centimèt., et appelée la Tanna à l'Oura, la Grotte au Vent. Les cavernes qui s'ouvrent sur le flanc septentrional , souvent fouillées par les chercheurs d'or, attendent encore U visite des géologues; mais, si Ton veut aller les explorer, il ne faut pas suivre, pour s'y rendre, le sentier des Couronnes , à moins que Ton ne soit déjà habitué aux passages difficiles des montagnes.

De Vevey, le chemin le puis court pour monter à la Dent de Naye est celui qui passe à Sonzier, traverse la Baye de Montreux sur le pont de pierre , et rejoint celui de Montreux.

Il offre de beaux points de vue, mais i) ne peut être parcouru qu'à pied.

Il est, en outre, difficile à trouver sans guide. On peut aussi monter de Veytaux par l'étroit vallon de la Verreye jusqu'au chalet de Liboson.

Si de Glion on veut monter (2 h.

30 min.) à la Dent de Jaman (R. 140), il faut, aux chalets de Chamossalle, prendre le chemin qui s'ouvre à g. La vue de la Dent de Jaman est inférieure à celle de Naye.

Parmi les pensions des bords du lac, nous mentionnerons : — entre Clarenset Vernex, la pension Clarentzia, récemment établie (5 fr. par jour) ; — à Vernex, le Cygne; les pensions : Monod (4 fr.); Lorius (4 fr. 50 c. à 5 fr.); Sans-Souci {6 à 7 fr.); — à Montreux, près du chemin de fer, Haute- Kir e (5 à 6 fr.); dans le village, Visinand (5 fr.); Vaultier ;, fr. i , belle situation, hôtes complaisants; près de l'église, Ketterer (5 fr.), la plaine de Montreux, Chétel de Montreux (hôtel et pension), etc.

Après avoir, au delà de la station de Vernex-Montreux, traversé la Baye de Montreux, on vient, près de Tarri- Ut (hôtel des Alpes y 4 fr. 50 c. par jour) longer le. lac, puis ou croise la route

de terre à peu de distance du château de Chillon.

88 kil. Veytaux- Chillon, station où l'on doit descendre si l'on veut visiter le château de Chillon, l'hôtel Byron et les bords du lac. — Veytaux est un hameau bien situé avec des pensions : Masson (4 fr. par jour), l'Abri (5 fr.), hôtel Bonnivard.

Le Château de Chillon (Zillium en 1)18, Castrum de ChiUione en 1236) est une vieille forteresse bâtie — sur un rocher qui s'avance dans le lac — à quelques mètres de la route, avec laquelle elle communique par un pont-levis.

On ignore l'époque précise de sa

Château de Chillon.

fondation. Au xi* s. , il dépendait du Ghablais, qui s'étendait alors jusqu|à la Veveyse. Pierre de Savoie, surnommé le Petit-Chariemagne, le fit fortifier en T248. et, quelques années plus tard, remporta dans le voisinage, sur les troupes de l'empereur, une victoire qui lui assura la conquête du pays de Vaud. En 1530, le prieur de Saint-Victor, François de Bonnivard, fut arrêté dans le Jura par une bande de voleurs, qui le dépouillèrent et le remirent entre les mains de son plus cruel ennemi , le duc de Savoie. Pour le punird'avoir défendu les libertés et l'indépendance de Genève, sa patrie, celui-ci le fit enfermer dans le chà-

teaude Chillon. Il y demeura six années, lié par le milieu du corps à une chaîne dont l'autre bout allait rejoindre un anneau de fer scellé dans un pilier, n'ayant de liberté que la longueur de cette chaîne, ne pouvant se coucher que là où elle lui permettait de s'étendre, tournant toujours, comme une bôte fauve, à l'entour de son pilier, creusant le pavé avec sa marche forcément régulière, rongé par cette pensée que sa captivité ne servait peut-être en rien à l'affranchissement de son pays, et que Genève et lui étaient voués à des fers éternels. On voit encore l'anneau auquel il fut attaché, et la trace de ses pas marquée sur le roc vif. Enfin, l'an 1536, les Bernois, aidés des Genevois, firent la conquête du pays de Vaud. Chillon fut la dernière place qui tint pour le duc, et, tandis que les Bernois l'assiégeaient du côté de terre, une frégate yénevoise (c'est ainsi que Spon l'appelle) vint la canonner d'un autre côté. La garnison fut forcée de se rendre, et Bonnivard recouvra sa liberté avec deux autres prisonniers. Les changements qui avaient eu lieu pendant les six années de son emprisonnement étaient, pour ainsi dire, la réalisation de la légende des Sept Dormants.

11 avait laissé sa ville natale catholique et sous la dépendance du duc de Savoie ; il la retrouva libre, république, et professant publiquement la religion réformée. Genève s'empressa de lui témoigner sa reconnaissance et de le dédommager des maux qu'il avait soufferts. Elle le reçut bourgeois au mois de juin 1536, elle lui donna la maison habitée par le vicaire général, et lui assigna une pension de 200 écus d'or tant qu'il séjournerait dans ses murs.

A dater du jour de la délivrance de Bonnivard, Chillon devint la résidence d'un bailli bernois jusqu'en 1733, époque à laquelle il fut converti en prison d'État, le siège du bailliage ayant été transféré à Vevey.

| Quelques années avant la Révolution, plusieurs citoyens vaudois, dont les opinions politiques déplaisaient à LL. EE. de Berne, vinrent occuper les anciens cachots du duc de Savoie.

Mais, depuis 1798, le château de Chillon n'a plus servi que de dépôt d'armes et de munitions, et quelquefois de maison de détention militaire.

En temps ordinaire, il est gardé par un poste de gendarmerie. Le concierge en montre l'intérieur aux étrangers. On y jouit d'une belle vue.

Une salle a été, sur la demande de la Société d'histoire, transformée en musée d'antiquités.

Lord Byron avoue lui-même que, lorsqu'il écrivit le Prisonnier de Chillon, il ne connaissait pas l'histoire de Bonnivard.

C'est près du château de Chillon que J. J. Rousseau a placé la catastrophe qui amène le dénoûment de la Nouvelle Héloise.

« Le château de Chillon, ditTœpffer, illustré parla captivité de Bonnivard, par le séjour et le poëme de Byron, charmerait déjà sans cette parure d'histoire et de poésie. Quel site f quel assemblage de tout ce qui platt à l'œil et au cœur 1 Et où donc se voient assises, et comme flottantes sur des eaux plus limpides et plus belles, des murailles plus majestueuses, une plus riche couronne de créneaux et de tourelles? Il a été récemment remis à neuf, et c'est bien fait; que jamais cette demeure ne tombe, que* jamais cette fleur de notre lac, brisée par les vagues , ne disparaisse sous les flots ; il est des ruines si chères, qu'il faut étayer leur décrépitude, et, a force desoins, les contraindre de vivre. »

A g. de la route, entre Chillon et Villeneuve, s'élève, dans une magnifique position , un vaste hôtel nommé Y hôtel Byron. Les prix en sont modérés. La pension, quand on y reste une semaine, est de 7 fr. par jour en été, et de 5 ou 6 fr. en hiver. — De l'hôtel Byron on peut faire en 2 b.

l'ascension du Mont-Sonchaud , haut de 1156 mèt. (belle vue.)

Au delà de la station de Veytaux, on passe entre le château de Chillon et l'hôtel Byron, puis on longe le lac.

91 kil. Villeneuve (hôt. : du Port, Aigle), Y. de 1616 h., jadis fortifiée, qui a remplacé le Penniculus del'/ftnéraire d'Antonin, détruit en 563 par Péboulement du mont Tauretunum.

Sa situation à l'extrémité E. du Léman lui donne une certaine importance commerciale. Aussi sa petite rade estelle ordinairement garnie t!e barques qui viennent y charger du bois et du plâtre. Les bateaux ù vapeur y stationnent pendant la nuit. — Diverses antiquités romaines ont été découvertes aux environs. — On y jouit d'une belle \ue sur le lac et sur les montagnes qui dominent la vallée du Rhône, et parmi lesquelles on remarque la Chaumény, les Cornettes, la Dent du Midi et la Dent de Mordes.

A 10 min. de Villeneuve env., on aperçoit, vers l'extrémité du lac, une petite lie , dont Byron fait la description suivante dans son Prisonnier de Chillon •

m II y avait là une petite lie qui semblait m* sourire, la seule qu'on pût apercevoir, une petite ile verte. Elle ne paraissait pas plus large que le Sul de mon cachot, mais il y avait sur elle trois grands arbres, et, par-dessus elle, soufflaient les brises de la montagne, et, autour d'elle, les eaux du Lie roulaient leurs vagues sur ses rives, et sur sa surface naissaient de jeunes fleurs aussi fraîches que belles. »

De Villeneuve i Château-d'Œx. par le col de Chaude, R. 13* ; — à Saint-Gingolph par Chessel, la Porte de Sex, Port- Valais et Bouveret, 3 h. io min.

Le chemin de fer, s'éloignant du lac de Genève, remonte la vallée du Rhône, vaste plaine dalluvion, d'abord stérile et marécageuse, puis bien cultivée et fertile, sur la<ju*lle Divicon, le premier chef helvétien dont l'histoire fasse mention, défit, 107 ans avant J. C, les troupes ro-

maines commandées par Lucius Cassius, tua leur général et força son armée à passer sous le joug. On laisse à dr. Ilentuis.

95 kil. Roche (auberge de la Couronne), v. de 407 hab. réf., est situé sur V Eau -Froide, en face de la Porte de Sex (30 min. par Chessel et le pont du Rhône, V. ci -dessous), au pied du Mont-d'Arvel, près duquel se voient les ruine* du château des anciens seigneurs. Haller, qui habita ce château de 1 75 1 à 1 764, y rédigea son Histoire des Plantes de la Suisse.

[De Roche on peut faire l'ascension des Tours d'Ay et de Mayen (K. ci-dessous Aigle) an 4 ou S h. par lus pâturages des Agittes {'2 h.), hauts de 1523 met., et d'où Ton découvre une vue admirable sur le lac jusqu'au delà de Coppet, le Jorat, le Jura et les Alpes. — Les habitants de La Vaux connaissent ce plateau sous le nom de montagne des Effeuille uses , et, sitôt qu'ils n'y voient plus de neige, ils disent que c'est le moment d'éparaprer la vigne. — Le troisième dimanche d'août il s'y célèbre une fête appelée la Bernausa. — C'est aux Agittes que s'ouvre une vallée marécageuse appelée la vallée de YEau- Froide. Cette vallée court du S. auN. E., sur une étendue de 4 à S h., jusqu'aux pâturages d'A yerne (1458 mèL), dont l'Hongrin baigne le pied. En la remontant, on a sur la g. la chaîne dont fait partie le Mont- Arvel, qui domine Villeneuve, et dont le plus haut sommet, le Malatrait, atteint 1922 met.; à dr., celle qui comprend les Tours d'Ay, de Mayen et de Famelon.

V Eau-Froide sort du lac Rond, situé a 1476 mèt., au pied d'Amiaulaz, et à peu de distance du lac Pourri (1484 met.)* qui reçoit l'écoulement des neiges et des glaces des Tours d'Ay et de Mayen. — Du lac Pourri on gagne en quelques minutes le chalet de Nercau, près duquel est un troisième lac (1479 met.), d'où sort la seconde source de l'Eau-Froide De la vallée de TEau-Froidc on peut se rendre à Villeneuve par le passage difficile appelé le pertuis d'Arenaire, ou descendre à Yvorne par le chemin de» Racine*. Dans ce dernier trajet, on voit de près la montagne dont une partie s'éboula en 1584 sur la village dTfvorne.J

On traverse l'Eau-Froide en deçà de 101 kil. Aigle (hôt. : du Midi, la

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