SAINT-MAURICE
sacré élevé sur le sol arrosé du sang des martyrs thébains remonte au iv* s., dit M. Blavignac. Théodore, évêque d'Octodurum , l'avait fondé longtemps avant sa mort, arrivée vers l'an 391. Lorsqu'au commencement du vi« s., le roi de Bourgogne, Sigismond, accomplit à Saint Maurice la pénitence qui, autant que ses fautes, a rendu son nom célèbre: il reconstruisit, sur un plan plus vaste, et avec une extrême magnificence, l'église et les bâtiments claustraux; le nouvel édifice, commencé vers l'an 500, fut solennellement consacré en 517. Malheureusement, ces monuments, ravagés par les Lombards, puis brûlés par les Sarrasins, en 940, et pins tard démolis, à l'exception du clocher, n'ont laissé que des fragments employés dans la construction de l'édifice actuel, érigé au xu' s. Encore ces fragments sont-ils peu nombreux. Le clocher, carré de la base au sommet, se termine par une pyramide octogonale, construite en maçonnerie, de môme que les quatre cônes qui la flanquent. Il n'a aucune valeur monumentale, mais il parait dater de la fin du x* siècle.
« Le trésor de Saint-Maurice renferme, ajoute le même écrivain, un grand nombre d'objets qui intéressent vivement la foi chrétienne et les beauxarts. On y voit, en effet, une des épines de la sainte couronne, présent de Louis IX, et seul débris existant de la précieuse relique, en l'honneur de laquelle fut bâtie la Sainte-Chapelle de Paris; une partie des ornements sacerdotaux de Félix V, sa mitre, couverte de pierreries, sa crosse en or massif; des reliquaires de toutes les formes et de tous les âges ; le vase de saint Martin, vase d'agate ou plutôt de sardonyx travaillé en camée avec une rare perfection , pièce admirable, dont la pureté de dessin semble annoncer une main grecque , de même que le choix de la scène qui y est re présentée, et qui, suivant toute probabilité, figure un épisode de la con-
quête de Troie ; Vaiguière de Charlemagne, vase en or fin, décoré d'émaux cloisonnés' remarquables et de pierreries en cabochons d'une grosseur peu commune ; le reliquaire de saint Bernard de Menthon, petit monument en forme de bras, terminé par une main bénissante, exécuté en argent forgé, enrichi d'ornements en paillerie et en vermeil, et contenant un des bras du saint. >•
L'histoire de l'abbaye de Saint-Maurice mérite au moins un souvenir.
En 888, Rodolphe I", roi de la Transjurane, y fut couronné roi et enseveli. Quelques siècles auparavant, des événements plus importants s'étaient passés dans l'intérieur de ses murs.
En effet, l'an 515, Sigismond, roi de Bourgogne, assassin de son fils Childéric, avait en vain essayé d'apaiser sa conscience en faisant à l'abbaye de Saint-Maurice de telles libéralités, qu'elle comptait cinq cents moines; il suppliait chaque jour le Seigneur de le punir de ses péchés avant sa mort; une armée de Franks envahit ses provinces, et sa prière fut exaucée. Pour échapper à ses ennemis, il se réfugia d'abord dans le couvent qu'il avait si richement doté; mais Clodomir, sans respect pour la sainteté du lieu, l'arracha du pied de l'autel et le transporta à Orléans, où Clotilde, fille de Childéric et épouse de Clovis, le fit jeter avec sa femme et ses deux enfants au fond d'un puits qui fut ensuite comblé de pierres (626).
En 1863, on a découvert au-dessus du château une belle grotte, très-profonde, dit-on, et ornée de stalactites, appelée la Grotte aux fées (l fr. pour une carte d'entrée).
Au milieu d'une haute paroi de rochers qui forme la base de la petite Dent du Midi, on remarque Yermitage de Notre-Dame de Sex , élevé de 200 mèt. au-dessus du Rhône, et qui se compose d'une maisonnette adossée à une grotte. On y arrive par un sentier étroit, taillé dans le roc. Sa fondation remonte, dit-on, au xvi*s.
Ascension de U Dent Valerette.
4 h. de montée. 2 h. 30 min. à 3 h. de descente. — Course facile.
On peut de Saint-Maurice faire l'ascension de la Dent Valerette ou la Petite-Dent, qui s'élève entre le Val d'Illiez et la Dent du Midi, dont elle est le premier gradin. Du sommet (2065 mèt.), la vue s'étend sur le lac de Genève et sur un cercle de hautes montagnes, dont les principales sont la Dent du Mftli, les Tours-Sallières. le Buet, le massif du Fer-à-Cheval, les Dents d'Oche, la Dent de Jaman, les Tours d'Ay et de Mayen, les Diablerets et la Dent de Mordes.
Les Bains de Lavey.
Une bonne route de voitures, qui remonte la rive dr. du Rhône, conduit aux Bains de Lavey (hôtel de la Réunion des Bains), situés à 25 min. env.
du pont de Saint-Maurice; elle passe au-dessous du joli village de Lavey, presque caché dans les vergers et les bois, puis, longeant le fleuve, elle vient aboutir a une place entourée de deux hôtels, d'une chapelle, d'un hospice et de la maison des bains. La source qui alimente les bains est à cnv. 600 mèt. (380 mèt. d'altitude) plus loin dans le lit du Rhône. Un pêcheur l'avait découverte en 1813, mais il n'en révéla pas l'existence. Elle fut découverte de nouveau le 27 février 1831. Comme elle appartenait à l'État, puisqu'elle jaillissait dans les eaux du Rhône, le gouvernement vaudois fit construire au milieu du fleuve un puits vertical, puis creuser le gneiss d'où l'eau chaude jaillissait en cinq filets. Ces filets furent réunis, et bientôt l'eau s'éleva à une hauteur de 13 mèt. dans des conduits de mélèze qui la transportèrent sur le rivage.
L'eau de Lavey, thermale, sulfureuse (45° au griffon, 36p 2 à l'établissement : 9*7 hect. en 24 h.), limpide, à peu près insipide, est une eau sulfatée sodique , avec forte proportion de chlorure de sodium et acide sulfhy- '
driquo libre. On l'emploie en boisson, en bains et en douches. Elle agit comme les eaux sulfureuses en général, et, quand on y mêle l'eau mère iodo-bromurée des salines de Bévieux, elle peut ôtre employée comme succédanée des eaux de Kreuznach, Nauheim, Salins, etc.
Un pont de bois jeté sur le Rhône met Lavey en communication avec Martigny et le Valais.
De Saint-Maurice à Genève par Monthey, Êvian et Thonon, r. ci-dessous.
Après avoir dépassé (20 min. à pied de Saint-Maurice) la chapelle des mar- » tyrs, on traverse l'éboulement delà Dent du Midi, qui eut lieu à la suite de fortes pluies au mois d'août 1835.
On voit distinctement la place d'où s'est détachée de l'angle oriental de la montagne (15 mèt. de largeur sur 48 mèt. de hauteur) l'énorme masse de pierres qui est venue s'étendre dans la plaine du Rhône, en entraînant des torrents de terre et fie boue. Au débouché de la gorge du Jorat, les coulées, qui se renouvelèrent pendant plusieurs jours, avaient plus de 12 mèt. d'épaisseur sur 12 mèt. env.
de largeur; dès qu'elles atteignaient la plaine, elles se répandaient en forme de nappe jusque dans le Rhône. Elles entraînaient des blocs énormes, de 97 mèt. cubes de volume. Leur vitesse dépendait de la pente et des inégalités du sol. Elle égalait quelquefois celle d'un cheval au galop. Ces éboulements n'ont heureusement coûté la vie à personne. Ils ont seulement détruit une vaste forêt de sapins, endommagé deux maisons, et recouvert de blocs et de gravier une certaine étendue de prés et de vergers. Il y avait précisémeut deux cents ans qu'un événement tout à fait semblable avait eu lieu.
Plus anciennement, en 563, Epaunum, ville oû, en 517, s'était tenu un grand concile, et dont le nom s'est