‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 225 sur 865 · LE MONT AN VERS · texte numérisé non relu

LE MONT AN VERS

du Montanvers. — Il est à désirer que les nouveaux fermiers (1865) soient moins exigeants que les anciens.

Après avoir traversé l'Ane, à quelques pas au delà de l'hôtel Royal, on tourne à g. près d'une chapelle (le chemin dr dr. conduit dans les bois), et, parvenu aux maisons vers lesquelles

on s'est dirigé, (10 min.) on incline à dr. pour monter une pente tantôt oblique et douce, tantôt directe et rapide, dans une belle forêt, mélangée de bouleaux, de sapins et de mélèzes, d'où l'on découvre, de l autre côté de la vallée, les Aiguilles-Rouges, et le Brévent. A moitié chemin , c'est-à-

Grotte de glace de l'Arveiron. — D'après une photographie de MM. Ferrier

et Soulier.

dire à 1 h. lô min. du Prieuré, on trouve une fontaine nommée Caillet, qui n'est plus abritée par de beaux ombrages ; car les avalanches ont fait d'affreux dégâts dans cette partie de la montagne. A 1 h. plus haut, à un détour du chemin, on découvre tout à coup la Mer de Glace et les

montagnes colossales qui dominent sa rive opposée. Sur le plateau, ou plutôt sur la croupe arrondie que forme le Montanvers, pâturage élevé de 1021 met. au-dessus de Cliamonix.

et situé au pied de Y Aiguille des Charmoz, s'élève une petite auberge contenant un cabinet d'histoire naturelle;

on peut y déjeuner, y dîner et même | y coucher au besoin , lorsqu'on veut aller au Jardin. (V. ci-dessous.)

Vis-à-vis de l'auberge du Mon tanvers, la Mer de Glace, nommée aussi le Glacier des bois, a 45 min.

de largeur. A son extrémité supérieure, au * pied fin Tacul ( 2 h. du Montanvers, 2191 mèt.). elle se divise en deux grandes branches, dont l'une s'élève du côté de l'E.. et prend le nom de glacier de Lécha ud; l'autre remonte au S. 0., passe derrière les Aiguilles de Chamonix et se nomme le glacier du Géant. On voit du Montanvers ces deux branches se séparer au pied du Pic du Tacul (3438 mèt.); au fond se dressent les Petites Jorasses (3682 mèt.), à TE. les Grandes Jorasses (4206 met.), et à dr. V Aiguille du Géant.

Parmi les sommités voisines, celle qui fixe le plus les regards est un grand obélisque de granit situé en face du Montanvers, de l'autre côte du glacier. On le nomme V Aiguille du Dru (3815 met.); au-dessous descend le glacier du Nant-Blanc; derrière le Dru on aperçoitl'.t iguille Verte (4127 met.), qui parait moins élevée, quoiqu'elle le soit en effet davantage; un peu plus loin, sur ladr., se dresse Y Aiguille du Moine (3418 met.), et, à g., Y Aiguille du Boctmrd (2672 met.). On remarque à 1*0. les Aiguilles Rouges et le Brévent, au N.

la Pointe de Tenneverges et la Dent du Midi, au S. l'Aiguille des Charmoz.

On peut, avec un guide — (pour chaque cantonnier placé sur la Mer de Glace, d'après les ordres du guide chef, à l'effet de prêter assistance aux voyageurs qui la réclament pour traverser la Mer de Glace, ! fr.; pour la traversée de la Mer de Glace, jusqu'au Chapeau, chaque cantonnier, 2 fr.), — descendre en 15 min. sur le glacier et s'y promener sans danger; on peut même le traverser pour gagner le pâturage nommé le Plan de l'Aiguille du Dru et revenir à Chamonix par le Chapeau. Cette excursion, faite journellement par un grand nombre de

dames, ne saurait être trop recommandée ; elle n'offre aucun danger depuis que le mauvais pas du Chapeau a été amélioré.

« La surface du glacier, vue du Montanvers, ressemble, dit de Saussure, à celle d'une mer qui aurait été subitement gelée, non pas dans le moment de la tempôte, mais à l'instant où le vent s'est calmé, et où les vagues, quoique très-hautes, sont émoussées et arrondies. Ces grandes ondes sont à peu près parallèles à la longueur du glacier et elles sont coupées par des crevasses transversales, qui paraissent bleues dans leur intérieur, tandis que la glace semble blanche à sa surface extérieure....

Quand on est au milieu du glacier les ondes paraissent des montagnes et leurs intervalles semblent être des vallées entre ces montagnes. Il faut d'ailleurs parcourir un peu le glacier pour voir ses beaux accidents, ses larges et profondes crevasses, ses grandes cavernes, ses lacs remplis de la plus belle eau renfermée dans des murs transparents de couleur d'aigue-marine, ses ruisseaux d'une eau vive et claire qui coulent dans «les canaux de glace et qui viennent se précipiter et former des cascades dans des abîmes de glace.... »

On descend quelquefois du Montanvers par la Filiaz à la source de l'Arveiron (F. ci-dessus). Ce sentier est plus court, mais escarpé.

La traversée du glacier demande 30 à 45 min. A défaut de guides, on y trouve des cantonniers toujours prAts à conduire les voyageurs dans la bonne direction, indiquée souvent par des drapeaux, à leur offrir la main dans les passages difficiles, à tailler des pas dans la glace avec leur hachette. La descente de la moraine est plus pénible que la traversée du glacier. En 20 ou 25 min. on atteint le profond ravin du Nant-Blanc (2091 met. ) dont on franchit. le torrent sur une planche, et 5 min. plus loin, | au delà d'un autre torrent, on tra-

Les Aiguilles Verte et du Dru. — D'après une photographie de M. Biss»n.

verse une petite plaine gazonnée à l'extrémité de laquelle ( 10 min. ) commence sur les roches du Mouret le Mauvais -Pas. Ce passage, jadis redouté avec raison, a été rendu facile; des degrés ont été taillés dans le roc et des tringles de fer servent «le rampes. C'est le point ou la Mer de Glace se présente sous son aspect le plus grandiose et le plus fantastique 15 min. suffisent pour descendre à l'auberge du Chapeau ( V. ci-dessous) située à 1 h. 30 min. env. du Montanvers (1549 mèt.) et où les mulets, qui sont redescendus du Montanvers, viennent reprendre 1rs voyageurs.

1 h. 30 min. à 2 li. du Chapeau à Chamonix ( F. ci-dessous).

S. IL On peut avec un guide retraverser la Mer de Glace près du Chapeau pour descendre à la source del'Arveiron.

Le Jardin.

7 h. 30 min. pour aller ; 6 h. 30 min. pour revenir. — On peut faire cette course en un jour, mais il vaut mieux en général coucher au Montanvers. — Du Montanvers au Jardin on ne peut aller qu'à pied. — Excursion très - recommandée.

— Guide indispensable, 12 fr. , avec faculté de revenir par le Chapeau; 15 fr., si Ton couche la veille au Montanvers ; 7 et 9 fr. le mulet pour le Montanvers.

2 h. à 2 h. 30 min. du Prieuré au Montanvers ( V. ci-dessus). Au delà du Montanvers, on se dirige au S., par un sentier élevé au-dessus de la rive g. du glacier, le long des hases des Aiguilles des Charmoz et du Grcppon. En 15 min. on arrive à un passage difficile pour les personnes qui ne sont pas habituées aux courses de montagnes, et qu'on nomme les Ponts. C'est un sentier très-étroit taillé dans un rocher presque à pic. Au lieu de descendre à g. comme autrefois, on continue de marcher en ligne droite devant soi, entre le rocher et la moraine, au pied de l'Aiguille des Charjusqu'à Trélaporte ou Entrela-

de la Thendia on gravit une pente fort roide du haut de laquelle on descend par un petit couloir (1 h.

15 min. à 1 h. 30 min. du Montanvers ) sur la Mer de Glace que Ton traverse en diagonale. On y remarque les moulins, gouffres naturels dans lesquels se précipitent de petites cascades. Après avoir traversé les quatre moraines, parvenu au point où le glacier des Bois se divise en deux grandes branches, — dont l'une, tournant a dr. vers le Mont- Blanc, prend le nom de glacier du Géant, et l'autre, se dirigeant à g., se nomme le gl<icier de M chaud , — on suit pendant quelque temps ce glacier que Ton quitte ensuite au pied du glacier dc4 Talèfre, c'est-à-dire à l'endroit où il vient se déverser dans le glacier de Léchaud.

a La vue du glacier de Talèfre, dit M. Pictct, est ici majestueuse et terrible. Comme la pente par laquelle il descend est extrêmement rapide, ses glaçons, se pressant naturellement, se dressent, se relèvent et présentent des tours, des pyramides diversement inclinées, qui semblent prêtes à écraser le voyageur téméraire qui oserait s'en approcher. »

Pour parvenir à son sommet, où il est moins incliné et par cela même moins inégal, on escalade le rocher qui est à sa g., du côté du couchant. Ce rocher, nommé lo Couvercle (l h.

45 min. à 2 h. du Montanvers), est dominé par une cime inaccessible, Y Aiguille de Talèfre (3743 mètr.).

La pente par laquelle on gravit le Couvercle est excessivement roide ; quelques pointes de roc auxquelles on se cramponnait, en montant avec les mains autant et plus qu'avec les pieds, avaient fait donner à ce passage, rendu plus facile, le nom d'I?gralets ou petits degrés. On suit alors une pente beaucoup moins roide ; tantôt sur du gazon, tantôt sur de grandes tables de granit, et Ton arrive au bord du plan du glacier de Talèfre.

porte. Au delà du glacier menaçant I On entre alors sur le glacier de

Glacier de Trelaporte. Couverc'e

Glacier du Tacui. Le Tacul.

Talèfre, pour gagner un rocher aplati, situé à 2787 mèt. (2997 mèt. au point culminant) , comme une lie au milieu des glaces et des neiges. Ce rocher est un peu élevé au-dessus du niveau du glacier. 11 a une étendue de 3 hect. A la fin d'août, il se couvre d*un beau gazon relevé par une grande variété de jolies fleurs des Alpes.

Aussi le nomme -t-on le Courtil, mot qui en patois, de même qu'en vieux français, signifie Jardin. Il est fermé comme un jardin, car le glacier a déposé autour de lui une arête de pierres et de gravier formant clôture.

C'est en partant du Jardin que l'on a vainement tenté plusieurs fois d'escalader l'Aiguille Verte.

Au N. E. du Courtil s'élève l'amphithéâtre des Courtes (4030 à 4127 met.), dont l'abord passe pour un des plus pénibles et des plus périlleux de ces montagnes. Les guides cependant y vont quelquefois recueillir des cristaux de roches, qui y sont très-abondants.

On découvre, au S., le Mont-Blanc; à 1*E., les Grandes Jorasses et l'Aiguille du Géant; en face, l'Aiguille de Léchaud; au S. 0. l'Aiguille de Trélaporte.

On peut au retour visiter le lac du Tacul, situé au bas des pâturages du Tacul. C'est près de ce lac que MM. Forbes, Tvndall et d'autres touristes ont passé la nuit dans leurs expéditions sur les glaciers.

Le 20 juillet 1863, M. le comte G.

de Beurges et M. A. de Saint-Joseph, accompagnés des guides François- Joseph, Michel et Henri Devouassoud de Chamonix, après avoir couché sur la moraine du glacier de Léchaud, à 45 min. plus loin que la base du Couvercle et en face du Capucin du Tacul, tentèrent de passer a Cormayeur par le fond du glacier de Léchaud. Le col de Névé, bien marqué au pied des Grandes Jorasses (4113 mèt.), fut juge impraticable1; le glacier de

t. En *U«4, MM. M il I m an , Wills et Taylor gravirent larete des Grande» Jo-

Pierre-Joseph, qui tombe au-dessous des Petites Jorasses, aboutit aussi à un col que Ton ne pouvait atteindre dans l'état actuel de la glace; un couloir de neige, plus rapproché de l'Aiguille de Léchaud, était coupé par une large crevasse d'une traversée impossible. Il fallut incliner plus à g. vers un autre couloir de glace (le second entre le glacier de Pierre-Joseph et l'Aiguille de Léchaud). Après avoir surmonté de grandes difficultés, et après avoir été obligés de s'engager dans un long et dangereux couloir d'avalanches, large de 1 à 2 mèt. seulement, les hardis touristes arrivèrent (6 h. du bivouac), au col qui termine ce couloir; la ils se trouvèrent au-dessus du glacier du Talèfre ayant une vue très- limitée. Par les crêtes à dr., François Devouassoud, envoyé en éclaireur, rejoignit le haut du couloir de neige le plus rapproché du glacier de Pierre-Juseph et put se convaincre que les pentes du versant piémontais étaient absolument verticales. La descente sur le glacier du Talèfre étant presque impraticable et sans intérêt, il fallut redescendre par le chemin suivi pour la montée et revenir à Chamonix (7 h. 30 min. du col). Peut-être le fond du glacier du Talïfre serait-il moins difficile et y découvrirait-on un col par lequel on pourrait gagner le glacier de Triolet après avoir couché au Jardin ou à la Pierre à Béranger.

La même année, M. AdamsReilly, accompagné de M. le capitaine Mieulet, de l'état -major français, après avoir passé la nuit au Jardin , monta sur l'arête qui domine le Jardin à TE.; ils y trouvèrent un petit plateau couvert de neige qui, au pied d'un grand

rasses; mais, parvenus au col, après d'assez grandes fatigues (10 b. du Montanvers), ils ne purent descendra par le versant italien. Quelques jours auparavant, MM. Mathews avaient tenté en vain d'atteindre le col des Grandes Jorasses par Tarête qui sépare le glacier de Pierre- Joseph du glacier de Léchaud.

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