LA JUNGFRAU
dans lequel viennent se confondre cinq grands affluents du névé d'A- Ietsch. Les deux plus considérables en occupent le fond ; ils descendent l'un de la Jungfrau, l'autre du Mœnch; les trois autres sont plus latéraux.
Sur la g., un vaste couloir s'enfonce entre la Jungfrau et le Kranzbcrg et, dans ce couloir, on distingue une série de terrasses superposées. C'est par là que Ton monte. A 2 h. env. du Paulberg on commence à apercevoir le Col du Rot h thaï, dépression de l'arête qui descend au S. du sommet de la Jungfrau; 3 h. sont nécessaires pour l'atteindre; mais les difficultés de cette partie du trajet varient chaque année selon l'état du glacier.
Il y a des pentes roides à gravir, d'énormes crevasses à franchir ou à contourner. Quelques-unes ont 30 met.
de largeur. II faut absolument se servir d'échelles et de cordes. Le col du Roththal ressemble beaucoup à celui de l'Oberaar; comme ce dernier, il est limité par deux très- hautes cimes : la Jungfrau, au N. , et l'extrémité du Kranzberg, au S. Sa largeur est de quelques mètres. La Jungfrau ne s'élève que de 300 mèt. au-dessus; mais cette dernière pente est roi de — M. Forbes a trouvé qu'elle avait une inclinaison de 50d et il mit près de 2 h. à la gravir. — On côtoie en la montant un effroyable précipice.
Le sommet de la Jungfrau est un très-petit espace d'env. 70 c. de long sur 50 c. de large. Il a la forme d'un triangle qui aurait sa base tournée vers la plaine suisse. Deux personnes auraient de la peine à s'y tenir ensemble. On y jouit d'une vue admirable sur une grande partie de la chaîne des Alpes et sur la plaine suisse jusqu'au Jura. M. Desor doute qu'il existe dans la chaîne centrale un point plus propre à donner un aperçu exact de la véritable forme des montagnes, sur laquelle on se fait en général des idées plus ou moins erronées. « La Jungfrau, par exemple, est loin d'être aussi compacte qu'on
se la représente de Berne et même d'Interlachen, et, sous ce rapport, elle ne gagne pas à être vue de près; car, au lieu de former un massif continu, elle se compose d'une série de tranches dressées les unes derrière les autres et séparées par de profondes découpures ou vallées. Ces tranches sont étagées d'après leur hauteur, de manière que la première ou la plus rapprochée de la plaine est la moins élevée, et la dernière la plus haute.
Cette disposition particulière est même reconnaissante de fort loin; car . lorsqu'on examine attentivement la Jungfrau par un temps clair, on distingue fort bien les découpures à leur teinte plus sombre; la dernière est la plus apparente. »
Sur la surface du rocher à jour (gneiss), ainsi que sur les fragments qui s'en sont détachés, on a trouvé cinq espèces de lichens.
Le Rév. C. H. Pilkingtou, qui fit en 1862 l'ascension de la Jungfrau, ne suivit pas la direction ordinaire parce que, n'ayant pas d'échelle, il craignit de rencontrer des difficultés insurmontables au col du Roththal. Inclinant à dr., il gravit des rochers trèsescarpés et des pentes de glace abruptes dans lesquelles il fallut tailler de nombreux degrés. II atteignit ainsi le sommet par le côté K. au lieu J'y monter par le côté S.; mais cette ascension fut très-pénible.
Enfin le 9 août 1864, MM.Stephen, Macdonald et Grove, avec les guides Melchior et Jacob Anderegg et Bischof de Lauterbrunnen, partirent à 1 h. du malin de Lauterbrunnen et remontèrent le Roththal avec l'intention de passer le Lawinenthor; mais, ayant découvert un couloir qui conduisait en droite ligne au col du Roththal, ils se dirigèrent sur ce col qu'ils atteignirent à midi et d'où ils firent en trois quarts d'heure, vu l'état extraordinaire de la neige, l'ascension de la Jungfrau. A 7 h. 15 min. ils étaient à l'Eggischhorn.
532 DU GRIMSEL A W'IESCH, A L'EGGISCHHORN. [R. 163]
Ascension du Sllberborn.
Le Silberhorn (3G90 met.), si souvent admiré des touristes qui remontent la vallée de Lauterbiunnen ou qui passent la Wengernalp, a été escaladé pour la première fois le 4 août 1863 par MM. Edmond de Fellenbcrg et Baedeker de Coblenzaxec les guides Pierre Michel , Hans Baumann et Pierre Inœbénit (le Grindelwald.
« Partie à 4 h. du matin de l'hôtel delà petite Scheidegg, l'expédition, dit M. Baedeker, franchit les glaciers de l'Eiger et «lu Mœuch, prit à dr. par le Schneehorn (3415 mèt.) , franchit en biais le versant X. de la Jungfrau et atteignit à 4 h. 1/2 du soir la cime du Silberhorn. Les voyageurs passèrent la nuit éveillés sur la pointe à pic de TE. du Schneehorn. »
DU GRIMSEL A VIESCH OU A L'EGGISCHHORN.
A. Par le col de l'Oberaar.
\'l à t3 h. cnv. — Course difficile, faite pour la première fois par M. Weiss, au commencement de ce siècle ; en 1812, par les frères Meyer, d'Aarau ; en 1832, par M. Hugi ; en 1 8<«1 , par MM. Agassiz, Forbes, Heath, Desor, Duchâtclier et de Pury (M. Desor a publié le récit de cette expédition dans ses Excursion* et Sejours dans les Glaciers); en I8V2, par M. Studer. - Bons guides et précautions nécessaires, surtout pour la descente du glacier de Viesch.
2 h. 30 min. environ apr£s avoir quitté le Griiusel, on atteint l'extrémité du glacier de l Oberaar , Y. H. 161 (on peut passer aussi par le Trùbtensee à la base N. du Sidelhoru) , et 3 h. suffisent pour monter par ce glacier peu crevassé et par son névé jusqu'au col de l'Oberaar (4 h. à 4 h. 30 min. du Grimsel à la descente) , élevé de 3*238 met., large d'env. 40 mèt., et encaissé entre deux grands pics. Le plus haut de ces pics, au N.,est 1 Oberaar-
horn (3634 met ), dont on peut faire sans peine l'ascension en 1 h. 30min., et le moins haut s'appelle le Kasllenhorn (limites des cantons de Berne et du Valais) . On y découvre une belle vue à TE., sur la vallée comblée par le glacier de Oberaar, entre les Zinkenstœcke et la chaîne du Sidelhoru, les chaînes des Gerstenhœrner et du GaJenstock, les Mutthœrner, les sommets du Saint-Gothard et quelquesunes des montagnes d'Uri et des Grisons qui ferment l'horizon. Du côté opposé, la vue n'est pas moins belle sur le glacier de Viesch, mais elle est moins étendue. On n'aperçoit dans le loiutain que deux ou trois sommets des Alpes Vaiaisanes peu éloignés du Weisshorn.
Du col de roberaar, on descend sur le plateau de neige qui alimente le glacier de Viesch. C'est un vaste cirque de plus d'une demi-lieue de diamètre, limité au N. par roberaarhorn , le Studerhorn , le Finsteraarhorn et le Rothhorn (3549 mît.)- M. Desor y a vu des crevasses qui avaient plus de 30 met. de largeur et plus de 100 met. de profondeur, éclairées pur une lumière azurée d'une beauté, d'une transpareuce et d'une douceur incomparables.
Dans l'étroit passage où l'on s'engage entre le Kothhorn et le Hintcrgalmihorn, le névé devient plus escarpe et plus crevassé. Derrière le Rothhorn débouche un second affluent plus grand qui descend entre le Grûnhorn, l'Agassi/ horn, le Finsteraarhorn elle massif d'arêtes appelées Walcherhœrner ou Viescherhœrner de Grindelwald. Le Rothhorn forme un promontoire avancé au milieu de ces deux affluents , un peu au-dessous desquels le glacier de Viesch devient de plus en plus escarpé et crevassé.
Le passage le plus difficile est sur la rive dr. du glacier, à 3 h. environ de Viesch. 11 faut descendre une paroi derochersà peu près verticale et trèsélevée, au pied de laquelle tombe une belle cascade. Le chemin est une es-
[ROUTE 164] L'OBERA ARJOCH ET LE STUDERJOCH. 533
pèce de couloir qui présente çà et là quelques légères saillies sur lesquelles on appuie le pied. 11 n'en existe pas d'autre — à moins que Ton ne pisse sur le glacier, très-erevassé en cet endroit — qui conduise aux pâturages supérieurs. Les moulons y sont hissés au moyen de cordes qu'on leur attache, soit aux cornes, soit au cou.
Au reste, les pâtres eux-mêmes ne parcourent pas souvent ce trajet.
Quand les moutons ont été transportés ainsi dans les pâturages, on les abandonne à eux-mêmes jusqu'en automne, et ce n'est que de temps en temps qu'un berger va les visiter pour leur porter le sel dont ils ont besoiu.
On descend en 2 h. env. du col au pied du Rothhorn, et en 1 h. du pied du Rothhorn à ce passage apj>elé auf der Trift, d'où l'on descend en 2 h. 30 min. tantôt sur le glacier, tantôt sur la rive g., puis sur la rive dr. aux chalets de Palpe Merjelen. La on rejoint le chemin décritdans laR. 105, et, si l'on ne veut pas passer la nuit aux chalets, pour monter le lendemain à PEggisehhorn ou aller visiter le lac Merjelen et le glacier d'Aletsch, on peut descendre en 3 h. à Viesch (R.
105). On peut aussi gagner directement, sans passer aux chalets de Merjelen , l'hôtel de PEggisehhorn (7 h.
du col), par un chemin difficile à trouver dans l'obscurité (R. 105).
B. rar U Btuderjoch.
14 a 15 h., haltes non comprises; on peut coucher au pavillon de l'Aare, 3 h. du Grimsel (R. 161). — Guides et précautions nécessaires.
Cepassige, long et difficile, a été découvert en août 18C3 par M. Macdonald, accompagné de MM. Buxton, Grove et Hall, avec les Guides Melchior Anderegg et Peter Perrn ; le nom de Studerjoch lui a été donné en l'honneur du célèbre géologue suisse parce qu'il se trouve situé au dessous du Studerhorn/
On suit la route de U Strahlegg
(R. 152) jusqu'au point où deux glaciers tombent au S. dans celui de Finsteraar , l'un de roberaarhorn, l'autre de l'arête qui relie cette montagne au Sluderhorn. Inclinant alors à g. on gravit la branche la plus occidentale de ce dernier, qui est fort roide et très-difficile à escalader. Le Studerjoch est une pente de neige recouvrant des rochers qui tombent sur la partie supérieure du glacier de Viesch. « Immédiatement au-deftsous, dit M. W. E. Hall, ces rochers sont complètement impraticables; on descend à 300 mM. à 10. dans un couloir de neige, qui va presque rejoindre le névé du glacier de Viesch , mais les rochers situés entre la base de ce couloir et le névé offrirent de telles difficultés qu'il fallut ! h. pour les descendre. » Un peu audessous on rejoint le chemin de POberaarjoch.