BALE. — HISTOIRE
mais elle resta toujours sous la domination spirituelle et temporelle de ses evéques, que Charlemagne avait créés principe* aulx nostrx , au commencement du XI* s.
A dater de cette époque jusqu'à l'année de son admission dans la Confédération suisse (1501), Baie n'a pas une histoire qui diffère de celle des autres grandes villes. Elle lutte souvent et presque toujours avec avantage contre les évéques, ses souverains spirituels et temporels, et contre la noblesse de la contrée environnante. Par force ou à prix d'argent , elle
obtient et fait confirmer ses privilèges rédiges pour la première fois par écrit en 1260 et 1263. En vain, en 131?, la peste y fait un grand nombre de victimes; en vain, durant la nuit du <8 au 19 septembre, dix secousses de tremblement déterre renversent presque foutes ses maisons et ensevelissent trois cents de ses habiUnts; elle se relève bientôt de ses ruines, plus florissante et plus populeuse que jamais. Déjà, en 1285, elle a construit le pont du Rhin; en 1392, elle achète le petit Baie, situé sur la rive dr. du fleuve, et qui ne formera plus avec le grand Baie qu'une
Vue de Bàle, prise du bastion de France.
seule et même commune; enlin, en 1396, l'évéque ayant besoin d'argent, lui vend les bailliages de Liestal, de Waldenburg et de Homburg.
Pendant qu elle agrandit ainsi son territoire, la bourgeoisie de Bâle devient de plus en plus puissante. En 1345. elle s'allie aux Confédérés. Le clergé l'excommunie. Elle repond au cierge qu'il n'a qu'à lire et chanter, ou bien de la « Ils e'âter. Les chevaliers , appui naturel du prince» évéque, conserv ient encore quelques prérogatives: elle les exile et s'empare de tous leurs droits. De 1431 à 1438, elle as-
siste à ce fameux concile appelé désormais concile de Bàle, l'une des assemblées les plus nombreuses de l'Eglise chrétienne (V. ci-dessous); enfin, Tan 1460, elle obtient une bulle du pape pour la fondation d'une université qui doit la rendre à jamais célèbre. Aussi, malgré les guerres et les luttes perpétuelles qu'il lui faut soutenir pendant le xv- s. , malgré une peste en 1448, et une autre peste en 1481, l'industrie, le commerce, les arts et la liberté avaient ils élevé Bàle à un haut degré de splendeur et de prospérité, lorsque, en 1501 , les Suisses la reçurent dans leur
DE PARIS A BÀLE.
Confédération, dont elle a formé depuis Tan des cantons. « A. peine le traité, dit Ebel, eut-il reçu la sanction du serment sur l'une des places de la Tille, que les Balois ouvrirent leurs portes. Jusqu'alors les dangers auxquels ils étaient sanscess exposes de la part de la noblesse voisine, les avaient non seulement obligés de les garder nuit et jour, mais aussi de les tenir constamment fermées. Dès ce moment, au lieu d'hommes armés, ils y placèrent une femme seule avec une quenouille pour faire payer le péage. •
Jamais, à aucune époque de son histoire, Bâle ne fut plus libre , plus florissante, plus peuplée, plus brillante qu'au commencement du xvie s. Les évéques.dont le pouvoir en matière civile et politique était a peu près anéanti , venaient de se retirer à Porrenlruy, et la Réforme, adoptée avec empressement par leurs anciens sujets, allait bientôt les dépouiller de leur autorité spirituelle. Érasme et Holbein vivaient dans ses murs. Mais, à partir de cette époque, les choses changèrent. Devenue toute-puissante, sa bourgeoisie fit ,de sa liberté un privilège exclusif-, elle traita en serfs les nouveaux venus admis à vivre dans son sein, ci se métamorphosa peu à peu en une aristocratie oppressive. Aussi sa prospérité ne tarda pas à décliner. Du xvi* s. à la fin du xvm", la population décrut de moitié.
La révolution française renversa cette aristocratie, et rendit la liberté à ses sujets. Le 20 janvier 1798, le bourgmestre, le petit et le grand conseil de la ville de Bâle, assurèrent, par un acte authentique, 1 égalité politique des citadins et des campagnards. Cet acte fut respecté sous le ^ouvernemeni helvétique et l'acte de médiation ; mais, lors de la réaction de 1814, Bàle-Ville, le violant, s'arrogea le droit de nommer les trois cinquièmes des membres du grand Conseil. Bâle Campagne se plaignit vivement, et n'attendit qu'un moment favorable pour réclamer ses droits. Après la révolution de 18i0, Liestal devint le lieu de réunion de tous les mécontents. Kn
1831 , la euerre éclata entre la ville et la campagne qui établit un gouvernement provisoire. Vainement la diète, intervenant entre les deux partis, occupa militairement le pays pendant huit mois environ, et décréta, par quinze voix, le 14 septembre
1832. la séparation (sous reserve de réunion) des communes déjà émancipées.
Bâle ne voulut pas se soumettre, et, le 3 août 1833, elle Qt marcher contrela campagne quinze à seize cents hommes et
doute pièces d'artillerie. Cette dernière tentative se termina par une déroute complète : quatre cents Bàlois restèrent sur le champ de bataille , dans la forêt du Hard. A la nouvelle de ces graves événements, la diète envoya des troupes et des commissaires pour occuper tout le canton de Bâle ; la ville ouvrit ses portes le 1 l août et ôta les canons de ses remparts. Bientôt après parut l'arrêté qui prononçait la sé» paration totale de la ville et de la campagne, ne laissant à la première que les quelques communes situées sur la rive dr. du Bhin.
Aujourd'hui chacune des deux partie:< du canton de Bâle possède une constitution particulière.
Le canton de Bâle (Bâle-Ville et Baie- Campagne) est le ll« de la Confédération suisse par l'ordre de son admission, le 18e par son étendue et le 1 1* par sa population (40 683 hab.,dont 30 513 réf.).
Monuments et curiosités.
La Cathédrale ou Munster s'élève sur la rive g. du Rhin, au-dessus du pont. Ses deux clochers, de 66 et bS inèt. de haut., et la couleur rouge des pierres qui ont servi à sa construction,, attirent de loin les regards. Elle fut commencée en 1010 par l'empereur Henri, dans le style byzantin, consacrée en 1019, incendiée en 11S5, rebâtie presque aussitôt, puis reconstruite dans le style gothique, après le tremblement de terre de 1 3i>6 qui l'avait détruite, eufiu achevée en 1490. Les tours n'ont même été terminées qu'en 1500.— On eu a récemment réparé l'intérieur. « On retaille les parements, les moulures; on rafraîchit les chapiteaux au ciseau. Cela est pénible à voir, >» écrivait M. Viollrt-ie- Duc en 1854. Le portail du nord, ou de Saint-Gall. et la crypte située audessous du chœur, sont seuls de l'époque romane.
A l'extérieur, on remarque surtout:
le portail de Saint-Gall, que décorent des statues du Christ, de saint Jean-Baptiste, des Êvangélistes, des Vierges folles et des Vierges sages; et les sculptures de la façade principale : la Vierge et l'Enfant Jésus, au
sommet, l'empereur Henri I ou Conrad II , et l'impératrice Hélène ou sainte Cunegonde; plus bas, saint Georges et le dragon, à g., saint Martin, à dr. A l'intérieur, dépouillé d'or-
nements (pourboire), nous signalerons aux visiteurs : les quntre colonnes formées de groupes de piliers détachés; la tombe de l'impératrice Anne (f 1281 ) , femme de Rodolphe