ROUTE 192] ZURICH
Demis, devança d'un jour son attaque générale , et la fixa pour le 3 vendémiaire (25 septembre 179»). Depuis qu'il était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière de la Limmat, le cours de cette dernière rivière appartenait à l'ennemi. Il fallait le lui enlever par un passage : c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses 37 000 hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous du lac de Zurich, il chargea Soult d'opérer au-dessus, et de franchir la Linth le même jour.
« La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même, et coupe la ville en deux parties. Conformément au plan convenu avec Hotze et Souwarow, Korsakof se disposait a attaquer Masséna, et pour cela il avait porté la masse de ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il n'avait laissé que trois bataillons à Kloster-Fahr, pour garder un point où la Limmat est plus accessible ; il avait dirigé Durasof avec une division près de l'embouchure de la Limmat dans l'Aare, pour veiller de ce côté-, mais sa masse (18000 hommes au moins) était en avant de la rivière, en situation offensive.
« Masséna basa son plan sur cet état de choses ; et ses dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques, furent mises à exécution, le 3 vendémiaire an vin (25 septembre 1799). à 5 heures du matin. Les apprêts du passage avaient été faits près du village de Dietikon avec un soin et un secret extraordinaires. Des barques avaient été trainées à bras et cachées dans les bois. Dès le matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient rangées en silence sur la rive. Le général Foy, illustré depuis comme orateur, commandait l'artillerie à cette immortelle bataille. Il disposa plusieurs batteries de manière à protéger le passage. 600 hommes s'embarquèrent hardiment et arrivèrent sur l'autre rive. Aussitôt ils fondirent sur le» tirailleurs ennemis, et les dispersèrent. Korsakof avait là, sur le plateau de Kloster-Fahr, trois bataillons avec du canon. Notre artillerie , supérieurement dirigée , éteignit bientôt les feux de l'armée russe, et protégea le passage successif de notre avantgarde. Lorsque le général Oaxan eut réuni aux 600 hommes qui avaient passé les premiers, un renfort suffisant, il marcha sur les trois bataillons russes qui gardaient Kloster-Fahr. Ceux-ci étaient logés dans an bois et s'y défendirent bravement. Oazan les enveloppa, et fut obligé de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les déloger. Ces trois bataillons détruits, le
smssR.
HISTOIRE. 64 i
pont fut jeté ; le reste de la division Lorges et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat : c étaient 15 04)0 hommes portés au delà de la rivière. La brigade Bontemps fut placée à Regensdorf, pour faire face à Durasof s'il voulait remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes , dirige par le chef d'état-major Oudinot, remonta la Limmat pour se porter sur les derrières de Zurich.
a Cette partie de l'opération achevée, Masséna se porta de sa personne sur l'autre rive de la Limmat pour veiller au mouvement de ses ailes. Vers la Basse- Limmat . Mesnard avait si bien trompé Durasof , p <r ses démonstrations , que celui-ci s'était porté sur la rive où il déployait ses feux. A la dr., Mortier s'était avancé sur Zurich, par Wollisbofen ; mais il avait rencontré la masse de Korsakof, postée, comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait été obligé de se replier. Masséna. arrivant dans cet instant, ébranla la division Klein , qui était à Allstaetten. Humbert , à la téte de ses quatre mille grenadiers , marcha sur Zurich, et rétablit le combat. Mortier renouvela ses attaques , et parvint à renfermer ainsi les Russes dans Zurich.
« Pendant ce temps , Korsakof , chagriné d'entendre du canon sur ses derrières . avait reporte quelques bataillons au delà de la Limmat ; mais ces faibles secours avaient été inutiles Oudinot , avec ses quinze mille hommes, continuait à remonter la Limmat; il avait enlevé le petit camp placé à Hœngg, il avait enlevé les hauteurs qui sont sur les derrières de Zurich, et s'était emparé de la grande route de Wintertbur, qui donne issue en Allemagne, et qui était la seule par laquelle les Russes pussent se retirer....
« Korsakof s'était enfin aperçu de sa position et avait porté ses troupes dans l'autre partie de Zurich, en arrière de la Limmat. Durasof. sur la Basse-Limmat, apprenant enfin le passage , s'était dérobé, et, évitant la brigade Bontemps par un détour, était venu regagner la route de Winterthur. Le lendemain, 4 vendé- . miaire (26 septembre), le combat devait être acharné, car les Russes voulaient se faire jour, et les Français voulaient recueillir d'immenses trophées. Le combat commença de bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée d'artillerie, d'équipages, de blessés, attaquée de tous les cotés , était comme enveloppée de feu. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordée et étaient
près d'y pénétrer. Au delà , Oudinot la serrait par derrière et voulait fermer la route à Korsakof. Cette route de Winterthur , théâtre d'un combat sanglant, avait été prise et reprise plusieurs fois. Korsakof, songeant enfin à se retirer, avait mis son infanterie en téte, sa cavalerie au centre , son artillerie et ses équipages en queue; il s'avançait ainsi, formant une longue colonne. Sa brave infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle et s'ouvre un passage ; mais quand elle a passé avec une partie de sa cavalerie , les Français reviennent à la charge , attaquent le reste de la cavalerie et les bagages , et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même instant, Klein et Mortier y entrent de leur côté. On se bat dans les rues. L'illustre et malheureux Lavater, voulant desarmer i C des soldats fu- 'ÏSÈtf.
rieux, est atteint d'une balle et tué.
Enfin, tout ce qni était resté dans Zurich , est obligé de mettre bas les armes ; cent pièces de canon, tous les bagages , les administrations, le trésor de l'armée et cinq mille pri-
Industrie et commerce.
L'industrie et le commerce ont pris depuis quelques années, à Zurich, une extension considérable. On y remarque surtout des ateliers de construction de mécaniques de MM. Escher, Wyss et C", la papeterie mécanique de la Sïhl, des manufactures d'étoffes de soie et de laine, des maisons de commission, des papeteries, des tanneries, des imprimeries, des teintureries, etc. Le canton possède plus de 10000 métiers à tisser la soie.
. • Monuments, curiosités.
La Cathédrale (Gross Mûnster),
située sur la rive dr. de la Limmat. fondée au xe ou xr* s., a été bâtie dans le style roman.
Ce fut dans cette église que Zwingle commença , en 1529'. à prêcher la Réforme.
Monument de Nœgeli.
Une crypte, haute de
sonniers deviennent la proie des Français. | 4 mèt. , occupe toute l'étendue du Korsakof avait en outre huit mille hommes chœur. — Une des deux tours qui dohors de combat : huit et cinq faisaient treize mille perdus, c'est-à-dire la moitié de sonarmée. Les plus grandes batailles d'Italie n'avaient pas présenté des résultats plus extraordinaires. Les conséquences pour le reste de la campagne n'allaient pas être moins grandes que les résultats matériels. Korsakof, avec treize mille hommes au plus, se hâta de regagner le Rhin. Gloire éternelle à Masséna, s'écrie M. Thiers en terminant ce récit, il venait d'exécuter l'une des plus belles opérations dont l'histoire de la guerre fasse mention : il nous avait sauvés dans un moment plus périlleux que celui de Valmy et de Fleurus. »
On trouvera dans les routes 176 et 177, le récit des principaux événements qui suivirent cette mémorable bataille.
minent l'église porte le nom et la tue de Charlemagne, un de ses principaux bienfaiteurs. A l'intérieur on remarque trois beaux vitraux représentant le Christ , Pierre et Paul.
On visitera avec intérêt les cloitres qui datent des premières années du Un- s et qui ont été restaurés (curieuses sculptures des chapiteaux). Au centre une fontaine est décorce de la statue de Charlemagne. — Une belle école des filles a été construite à côté de la cathédrale, dans le style roman, sur l'emplacement de l'ancienne maison des chanoines.