‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 77 sur 865 · LES AVALANCHES · texte numérisé non relu

LES AVALANCHES

abat et détruit, avec une force irrésistible, tout ce qui se trouve sur son passage. On peut encore fréquemment sauver les hommes et les animaux

ensevelis sous une avalanche poudreuse , en déblayant promptement la neige.

« 2a Les avalanches de fond (Grund-Lauinen) ont lieu ordinairement au printemps ou au commencement de Tété. Lorsque la neige commence à se fondre, et que Peau, suintant à la surface du sol, rend celui-ci glissant et en détache la neige, la masse entière glisse subitement, et, conservant une grande adhérence, entraîne de la terre, des pierres, des troncs d'arbres, etc., en un mot, roule devant elle tous les obstacles. Ces avalanches sont peu dangereuses pour les hommes, parce qu'elles ont leurs places fixées, où, chaque année, elles arrivent plus tôt ou plus tard, suivant la température, et que, connaissant ces circonstances, on peut calculer approximativement l'époque i laquelle la chute aura lieu.

« 3" Le manteau de neige couvre-t-il une pente peu escarpée, mais glissante, il n'y a pas une Grund- Lauine, mais la neige glisse lentement et s'entasse derrière chaque objet qui s'oppose à la masse en mouvement, jusqu'à ce que l'obstacle disparaisse ou que la neige se divise. On appelle cette espèce avalanches glissantes (Schleich-Lauinen), suoygischnee dans l'Oberland Bernois; elles ont lieu presque toujours sur le côté des montagnes tourné au midi, déracinent souvent de jeunes sapins, et poussent au bas de la montagne les clôtures et les chalets.

«4° Les plus dangereuses de toutes sont les Schlag-Lauincn. Elles ne s<* forment que là où des pentes de montagnes élevées, déboisées et peu rapides, se terminent à leur base par des» parois taillées à pic. Les énormes niasses de neige compacte qui se trouvent sur ces pentes se déplacent au printemps, et descendent quand le sol sur lequel elles reposent est rendu glissant par l'eau qui y suinte • elles surplombent de beaucoup les parois de rochers, et s'écroulent, ou par l'effet de leur pesanteur, ou par un ébranlement quelconque de l'air, comme un coup de fouet, un cri, le bruit des clochettes des bêtes de somme, etc. Ces avalanches rendent, au printemps, quelques passages des Alpes très-dangereux, par exemple les Schœllenen, sur la route du Saint-Gothard, la vallée de Tremola, le passage du Platifer, près de Dazio-Grande, celui du Grimsel, entre l'hospice et le Uaeterischtoden. Çà et là, comme aux Schœllenen, des croix indiquent les places où ces avalanches ont fait des victimes. Rien n'en peut décrire l'affreuse impétuosité. La chute de ces masses de neige, qui tombent souvent de plusieurs milliers de pieds de hauteur, cause un ébranlement si violent tons l'air, qu'on voit quelquefois des cabanes renversées et des hommes terrassés et étouffés à une distance considérable de la place où l'avalanche a passé.

« 5° Celles de la cinquième espèce sont les avalanches des glaciers ou d'été (Gletscher ou Sommer-Lauinen). Ces avalanches n'ont lieu qu'en été, et seulement dans les plus hautes régions des montagnes , sont rarement "dangereuses pour les hommes et le bétail , et offrent un spectacle très-curieux ; 011 croit voir une rivière d'argent, entourée d'une nuée de neige extrêmement subtile, se précipiter du haut des rochers; la masse augmente de gradins en gradins; elle marche avec un bruit qui ressemble à celui du tonnerre, et se prolonge à la faveur des échos. Le spectacle de ces avalan-

INTRODUCTION

ches se présente souvent sur la route des deux Scheidegg, dans l'Oberland Bernois. » (Dict. géogr. et stat. de la Suisse1.)

La plupart des avalanches, surtout les plus dangereuses, s'annoncent presque toujours par un bruit sourd et effrayant , semblable à celui du tonnerre, de sorte que ceux qu'elles menacent ont quelquefois le temps de chercher leur salut dans la fuite ; mais souvent aussi elles détruisent des villages entiers ou emportent des caravanes de voyageurs.

Parmi les avalanches dont l'histoire de la Suisse a conservé le triste souvenir, il suffira de mentionner ici celles :

De 1478, qui fit périr soixante soldats suisses;

De 1499, qui ensevelit quatre cents soldats autrichiens dans PEngadine; mais ces soldats furent tous sauvés;

De 1500, qui emporta une caravane de cent personnes, au passage du grand Saint- Bernard;

De 1595, près de Martiguy, qui arrêta le Rhône et en forma un lac dans la vallée ;

De 1624, qui, tombée du mont Cassedra (canton du Tessin), engloutit trois cents individus;

De 1720, à Fettan, dans l'Engadine, qui coûta la vie à soixante et un habitants ;

Du mois de février 1720, qui détruisit cent vingt maisons , et fit périr quatre-vingt-quatre habitants et quatre cents têtes de bétail à Obergesteen (canton du jValais), quarante personnes à Brieg, sept dans la vallée de Viesch , et vingt-trois sur le grand Saint-Bernard;

De 1749, qui emporta la majeure partie du village de Ruaeras (canton des Grisons) avec cent personnes, dont. soixante seulement purent être sauvées. Cette avalanche tomba si doucement, que les Habitants des maisons enlevées, qui dormaient au moment de sa chute, ne se réveillèrent même pas, et que le lendemain ils attendirent longtemps le jour, à une assez longue distance du lieu où ils s'étaient couchés la veille ;

De 1754, dans le Saint-Placisthal, qui, par le seul effet de l'agitation de l'air qu'elle déplaça, renversa la coupole orientale du couvent de Dissentis, éloigné cependant de plus d'une demi-lieue;

De 1808 (nuit du '12 au 13 décembre), qui causa pour plusieurs millions de dégâts dans les cantons de Berne, d'Uri, de Glaris, de Schwyz et des Grisons;

1. Les Alpes de F. de Tschudi (voir Bibliographie), contiennent aussi de curieuses description» des avalanches.

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