‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 81 sur 865 · LXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXII INTRODUCTION

l'effet à cette coloration, et c'est un mélange de couleur rouge ou orangée qui lui donne ce ton chaud. Cette couleur se fait particulièrement remarquer sur les rochers calcaires (blancs-jaunâtres) des montagnes les plus rapprochées, et surtout sur les neiges éternelles de la chaîne centrale et du Mont Blanc. Sur les chaînes intermédiaires, la couleur sombre des bois, des prairies, des rochers, et la plus grande épaisseur de la couche d'air interposée, donnent à cette teinte une nuance plus pourprée.

• Cependant, l'ombre monte rapidement sur le flanc des chaînes les plus rapprochées des Salèves et des Voirons ; et en même temps cessent pour les parties qu'elle a envahies, outre l'éclairement , l'effet et la chaleur des teintes. Une nuance sombre, uuiforme et terne les remplace, et c'est par ce passage rapide d'un état à un autre aussi différent, que Ton peut apprécier avec certitude pour chaque lieu, le moment précis où son éclai rement doit cesser.

a En 9, puis en 12 min., l'ombre a franchi les premiers gradins du Salève, et, en 17 min., elle atteint en même temps et le Piton, qui est le point le plus culminant, à environ 914 mèt. au-dessus de la plaine, et le sommet des Voirons, qui en est à 1000 met., et qui est d'env. 3 lieues 1/2 plus à TE. que le Piton. En 20 min. elle s'est élevée au sommet du Môle et à celui du Brezon, éloignés de près de 5 lieues, et ayant env. 1833 mèt. de hauteur absolue. 1 min. plus tard, elle a envahi les crêtes des Vergis, qui, à plus de 2534 mèt. de hauteur, se faisaient remarquer par la couleur brillante que réfléchissaient leurs rochers calcaires éloignés de 7 1. 1/2.

« Cette extension progressive du domaine de l'ombre, ainsi que de la monotonie et de l'obscurité qui l'accompagnent, et la diminution croissante des portions encore éclairées, sont accompagnées d'une circonstance qui s'était fait remarquer, quoique moins distinctement, sur les premières montagnes, savoir : une augmentation apparente dans l'éclat, la vivacité et la coloration des parties encore éclairées, produite par le contraste avec la teinte d'un gris bleuâtre, froide, sombre, terne et uniforme de celles qui ont cessé de l'être. Alors les neiges des montagnes éloignées et éclairées ont une couleur d'un jaune orangé vif, et les rochers de ces montagnes une teinte plutôt d'un orangé rougeâtre.

« Lorsque les premiers chaînons des Alpes, ceux qui ne pénètrent pas dans la zone des neiges éternelles, sont entièrement dans l'ombre, les rochers, et surtout les neiges de la chaîne centrale, prennent un ton de couleur toujours plus intense et plus rouge ; sur les neiges, c'est un orangé vif, puis un rouge aurore ; sur les rochers, une teinte analogue, mais un peu grisâtre. Pénétrés, comme ils le sont tous, neiges et rochers, par une même lumière rouge orangé, leur contraste n'est point sec, point trop frappant; mais leurs diverses nuances s'harmonisent ensemble de la manière la plus agréable à l'œil. La partie du ciel sur laquelle se projettent ces montagnes, et qui s'élève de 3 à 4* au-dessus de l'horizon, a déjà une teinte légèrement rougeâtre, et qui, dès lors, va toujours en augmentant d'intensité et de rougeur.

« Environ 23 ou 24 min. après le coucher du soleil, l'ombre a atteint la plus basse cime neigée de la chaîne centrale, le dôme de neige du Buet, élevé de 3075 mèt. au-dessus de la mer, et éloigné de Genève de 12 1. et 1/4. 3 min. après, ou 27 min. après le coucher, elle atteint le sommet de l'Ai-

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