LES CURES DE PETIT LAIT. XCI
l'intervalle. Le petit-lait de chèvre ou de brebis se donne à dose moins forte; on ne dépasse pas trois verres, 0"',3Ô0. La durée de la cure est communément de six semaines à deux mois, et l'on conseille en général de la prolonger, dans le pays qu'on habite, le reste de Tannée. Quelquefois aussi le raisin est donné comme nachkur après le petit-lait, ou comme transition entre deux cures de ce dernier genre. Jamais les deux moyens ne doivent être employés concurremment.
Nous avons dit que le petit-lait est purgatif. Dès les temps antiques on lui avait reconnu cette propriété. 11 agit comme dépuratif et par dérivation; de même que les eaux dont on le rapproche au point de vue minéral, il fortifie tout en purgeant ; de plus il est analeptique et produit en môme temps sur l'organisme un effet de sédation. Aussi le donne-t-on comme correctif d'eaux très- excitantes.
Les auteurs allemands ont attribué au petit-lait beaucoup de propriétés. Quelques-unes sont difficiles à déduire de sa nature, et d'autres sont plus ou moins controversées, mais, là comme pour les eaux minérales, si l'on a été un peu loin, et si l'imagination a quelque part aux propositions avancées, il reste un fond incontestable.
Pendant une cure de petit-lait, les aliments azotés et plastiques, viandes fortes, poisson, doivent être exclus du régime et remplacés par les viandes grasses, plus riches en carbone et en hydrogène qu'en azote, par les végétaux de digestion facile, par les compotes de fruits. La constitution plus ou moins faible, plus ou moins irritable et nerveuse, guide le médecin dans le choix des aliments et dans leur quantité, qui doit tou ours être modérée. On conseille d'éviter les farineux dans certaines limites. Le vin doit être peu capiteux et mêlé d'au moins trois quarts d'eau. Point de café, de thé ni de liqueurs spiritueuses.
Un exercice modéré convient au malade, mais il faut se défier des refroidissements, si faciles dans les pays où sont situées la plupart des stations de petit-lait.
Noos avons indiqué plusieurs des propriétés du raisin en signalant son analogie avec le petit-lait sous le rapport des éléments constituants. Il est en effet laxatif, dépuratif, il agit comme résolutif sur les organes congestionnés, mais il est excitant plutôt que sédatif, et plus nourrissant que le petit- lait.
Sous l'influence du traitement par le raisin, la circulation est activée, les forces se relèvent, et la maigreur fait place à un état d'embonpoint que l'effet laxatif n'empêche pas, mais qu'il maintient dans certaines limites.
XCII INTRODUCTION
Le malade soumis à une cure de raisin mange en une, deux, trois, puis quatre fois dans la journée, une certaine quantité de raisin parfaitement mûr et de bonne espèce. Les variétés muscat duRoussillon et de l'Hérault, pineau et chasselas de Fontainebleau, sont celles qu'on préfère. On commence par 500 grammes et Ton va jusqu'à 3 kilogr., quelquefois 4, rarement plus. On mange le raisin seul, et le traitement constitue ainsi des repas supplémentaires qui ne sont pas sans importance. Le premier doit être le plus fort, les autres sont égaux entre eux. On mange la première dose à jeun et dans la vigne encore mouillée de rosée. Tel est le précepte, auquel on doit ajouter quelques précautions à prendre par les malades pour éviter les refroidissements, faciles à cette heure dans les pays accidentés, et au milieu des ceps ruisselants d'eau.
Pendant le traitement, on interdit au malade l'usage du vin, des fruits secs, noix, amandes, etc., et des mets farineux. Un pain léger, de l'espèce qu'on appelle à Paris pain viennois, et de l'eau pure, tel est le déjeûner et le souper du malade soumis à la cure de raisin. Au dîner, on permet des aliments azotés, viandes blanches et noires indifféremment. C'est pour l'Allemagne que le traitement est ainsi formulé, car les auteurs allemands, presque seuls, ont traité ce sujet ; mais il est facile de l'appliquer en France, surtout dans les pays où l'on mange moins et moins souvent qu'en Allemagne.
Nous nous contenterons de mentionner ici le traitement par les bains aromatisés soit avec les feuilles d'arbres résineux appartenant en général aux espèces pinus et abies, soit avec des plantes alpestres. Ces moyens, qui peuvent avoir leur importance comme adjuvant, et qui s'accompagnent d'ailleurs d'un séjour plus ou moins prolongé dans les montagnes, se rattachent plutôt à l'hygiène qu'à la médication thermale. — (Voy. Ed. Carrière, les Cures de petit-lait et de raisin en Allemagne et en Suisse dans le traitement des maladies chroniques.... Paris, 1860, in-8.)
En Suisse, on fait surtout les cures de raisin sur les bords du lac de Genève, à Veytaux, à Montreux, à Aigle et à Bex; et les cures de petit-lait dans les cantons d'Appenzell et de Saint-Gall, à Gais, à Heiden, au Weissbad, etc.
§ VIII. Résumé historique.
L'histoire du peuple suisse peut se diviser en trois grandes périodes. Pendant plusieurs siècles, il fut indépendant, puis il tomba successivement sous le joug de plusieurs maîtres, et enôn, après un long esclavage, il reconquit sa liberté.
RÉSUMÉ HISTORIQUE
MM
La première période, dont le commencement remonte? aux temps les plus reculés1, finit un peu avant la naissance du Christ, c'est-à-dire à l'époque où Jules César acheva la cooquôte du pays des Helvètes ou Helvétiens (tel était alors le nom des diverses tribus qui se partageaient "Helvétie, les Tiguriens, les Verbigènes et les Ambrons).
La seconde période s'ouvre avec la conquête romaine, et se continue jusqu'à la première alliance des trois cantons. D'abord , les Romains défrichèrent et colonisèrent l'Helvétie. Des villes magnifiques , ornées de palais, de temples, de bains et de théâtres — Aventicum, Augusta Rauracorum, Vindonissa, — et réunies ensemble par de grandes voies, s'élevèrent sur divers points de son territoire. Les vaincus, jouissant de tous les bienfaits de la paix, de la sécurité et de la civilisation, bénirent leurs vainqueurs et oublièrent qu'ils ne possédaient plus cette antique liberté pour laquelle leurs ancêtres avaient versé tant de sang. Les Helvétiens perdirent leur ancienne vigueur. Aussi, quand l'empire romain tomba, il entraîna l'Helvétie dans sa chute. Ravagée et possédée tour à tour par les Allemands, les Huns, les Bourguignons, les Goths, elle perdit non-seulement ses villes et ses routes, ses arts et son industrie, ses lois et ses usages, ses mœurs et ses langues, elle perdit jusqu'à son nom. Enfin, après plus de cinq siècles de désastres et de révolutions politiques, elle se trouva de nouveau, comme au temps de la conquête romaine, soumise à un seul maître.
Pendant la domination des Franks, qui dura trois siècles et demi (de 550 à 900), la religion romaine fit de rapides progrès dans l'Helvétie, et les couvents de Dissentis, de Pfaeffers, de Saint-Gall, d'Einsiedeln, de Moutiers, etc., se fondèrent. Les Franks et les moines jetèrent les premiers germes d'une civilisation nouvelle sur ces terres incultes et parmi ces peuples redevenus barbares.
Cependant l'empire des Franks disparut à son tour comme l'empire romain. A la mort de Charlemagne , l'Helvétie orientale fut incorporée à Empire germanique, et l'Helvétie occidentale fit partie du second royaume de la Bourgogne transjurane, fondé en 888 par Rodolphe, comte de Straettlingen , époux de la reine Berthe. Les invasions des Hongrois et des Sarrasins, qui eurent lieu vers la fin du même siècle f forcèrent les habitants à se mettre à l'abri derrière de» murailles. Lucerne, Soleure, SchafThouse, Berne et Fribourg s'élevèrent successivement aux lieux qu'elles occupent aujourd'hui.
En 1032, le second royaume de Bourgogne fut détruit, et l'Helvétie occidentale se trouva, une fuis encore, réunie à l'empire d'Allemagne. Toutefois, les empereurs n'exercèrent, pour ainsi dire, qu'un pouvoir purement nominal. Les droits réels appartenaient à la noblesse et au clergé, aux comtes, depuis
1. On trouvera d'intéressants détails sur les peuples primitifs de la Suisse dans un article publié par M. Elisée Reclus dans la Revue des Deuj Mondes , (tome 1" de 18S2). Cet article a pour titre Le> cites lacustres de la Suisse , un peuple retrouvé. Il contient une analyse critique de l'ouvrage de M. F. Trayon Habitations lacustres des temps an- iens et modernes. Lausanne , 1860. — Nous renverrons aussi nos lecteurs aux pages consacrées dans l'Itinéraire à Concise, à Nidau et à Obermeilen. — Constatons seulement ici que d'après les calculs de M Troyon la population totale des lacs a du s'élever à 31 87* personnes pendant l'âge de pierre , et à 42 500 pendant l'âge de bronze
INTRODUCTION
ducs, de Zaehringen, les plus puissants des seigneurs féodaux, aux comtes de Kybourg, de Habsbourg, de Gruyères, de Savoie, de Rapperschwyl, du Toggenburg. de Neuchâtel, etc., aux évêques de Constance, de Coire, de Saint-Gall, de Sion et de Lausanne, qui cherchaient toujours à s'agrandir aux dépens les uns des autres. Pendant ce temps, la bourgeoisie naît et se développe en silence au sein des villes; Zurich, Berne, fiâle, Lucerne, Genève , Lausanne , Soleure et SchafThouse acquièrent chaque jour une importance et des richesses plus grandes, des droits plus étendus, des franchises précieuses, et les moines conservent au fond de leurs couvents, pour eu éclairer l'avenir, toutes les traditions et toutes les lumières de l'antiquité.
Au xiii- siècle, les familles nobles s'éteignirent peu à peu. Les croisades en détruisirent un grand nombre, et favorisèrent en outre le développement des villes. A dater de la mort du dernier duc de Zaehringen, la dignité de bailli impérial cesse d'être héréditaire; l'empereur la conférait tantôt à un comte, tantôt à un autre; mais alors régnait en Argovie une famille dont l'élévation au trône impérial devait avoir une influence immense sur les destinées futures de la Suisse. Rodolphe de Habsbourg fut le bienfaiteur et le père des peuples de sa patrie. Il accorda de nouveaux honneurs à leur noblesse, de nouvelles prérogatives à leurs villes, et confirma par sa parole impériale tous les avantages que ses compatriotes possédaient déjà. Son fils Albert ayant voulu adopter un système politique entièrement opposé, les peuples d'Uri, de Schwyz et d'Unterwaden conclurent entre eux une alliance perpétuelle, et dès lors commença pour l'Helvétie une nouvelle ère de liberté et d'indépendance. De l'année 1308,<iate la troisième période de son histoire qui s'est heureusement prolongée jusqu'à ce jour.
Est-il besoin de rappeler ici les grauds événements qui suivirent la première alliance des trois cantons? Oui ne connaît les desseins despotiques d'Albert, la tyrannie de ses baillis, la conspiration du Grùtli, les prétentions de Gessler, l'histoire de Guillaume Tell, l'insurrection heureuse de la nuit du l*r janvier 1308, l'assassinat d'Albert par le duc Jean, et la victoire que les confédérés remportèrent à Morgarten sur le duc Léopold d'Autriche et la noblesse liguée contre eux 1 ? Désormais l'Helvétie comptera au rang des nations de l'Europe. En recouvrant sa liberté et son indépendance, perdues depuis tant de siècles, elle abandonne ce uom que lui avaient donné ses anciens conquérants; elle en prend un qui lui appartient en propre, qu'elle saura rendre célèbre, respecté; elle s'appelle la Suisse (die Schweiz), car les confédérés {Eidgenossen) qui l'ont délivrée de tout joug étranger sont des Suisses (Schweixer, ou hommes de Schwyz
Après avoir reçu le baptême de sang à Morgarten, la confédération des trois cantons forestiers {Waldstœtten) devient un centre commun autour duquel su rallient, durant le cours du même siècle, Lucerne en 133*2, Zurich, en 1351, Glaris et Zug en 1352, et Berne, l'année suivante. De nou-
1. Tous les grands événements de l'histoire de la Suisse sont résumés arec plus de détails dans la partie descriptive de Y Itinéraire (!'. les lieux où ils se sont passés) : Grùtli, Sarnen, Morgarten, Ktfnigsfelden, Laupen, Saint-Jacques, Sempach, Morat, Ndbfels, Schwyz, Grandsqn, Zurich, Villmergen, etc.
a 2. Quelques écrivains pensent que le mot Suisse vient du mot latin Suilenses, dérivé lui-même des noms des deux chefs du Nord, Suiterus et Suit, qui s'établirent dans l'Helvétie avant la conquête romaine.
RÉSUMÉ HISTORIQUE
velles victoires consolident bientôt l'alliance des huit cantons. Déjà, l'an 1339, Berne avait détruit à Laupen une partie de la noblesse armée contre elle. En 1376, les confédérés repoussent de leur territoire les hordes anglaises commandées par Enguerrand de Coucy. Le comte de Kybourg, ayant tenté vainement de s'emparer de Soleure, se voit dépouillé d'une partie de ses propriétés et de sa puissance. Enfin, les désastres de Sempach (1386) et de Nsfels (1388) apprennent à l'Autriche et à la noblesse que la Suisse est à jamais perdue pour eux. « La paix qui suivit fut, dit un historien du pays, Tige d'or des vertus helvétiques. » Les cantons confédérés agrandissent leur territoire, étendent leurs droits, améliorent leurs constitutions, s'allient avec les villes et les cantons limitrophes. Unis d'abord pour se défendre, ils s'unissent ensuite pour attaquer. A peine le concile de Constance a-t-il mis le duc d'Autriche, Frédéric , au banc de l'empire, que, excités par Sigismond, l'ennemi du duc, ils envahissent PArgovie et une partie delaThurgorie ; Frédéric lui-même renonce formellement , en 1417, à tout droit sur ces contrées. Berne, Zurich et Lucernc gardent chacune leurs propres conquêtes. Quant aux pays soumis en commun, ils forment des bailliages sujets, où chacun des cantons souverains doit envoyer tour à tour des baillis pour les gouverner et en percevoir les revenus. Berne et Uri furent exclus de ce partage, Berne, parce qu'elle était déjà trop riche; Uri, parce qu'il refusa de s'y associer.
Cependant l'exemple des confédérés trouve des imitateurs: les Appenzellois se rendent indépendants du puissant abbé de Saint-Gall, les Valaisans osent s'insurger contre les seigneurs de Raron, et résister à Berne et à ses alliés; les Bhétiens, connus désormais sous le nom de Grisons, s'affranchissent à leur tour de la tyrannie de leurs anciens maîtres, et forment la ligue des Dix Juridictions. Malheureusement. l'Age d'or de l'antique confédération n'eut qu'une courte durée. Dus <ju'ils cessèrent d'être opprimés , les cantons unis devinrent oppresseurs; à peine libres , ils voulurent être tyrans ; ils ne songèrent plus qu'à agrandir leur territoire ou à augmenter leurs richesses. L'envie et la jalousie sont les compagnes inséparables de lambition et de la cupidité. L'héritage du comte de Toggenburg, que se disputèrent sa veuve, Zurich, Schwyz et Glaris, occasionna la première guerre civile. Zurich, n'écoutant plus que la haine et la vengeance, conclut secrètement, l'an 1442, un traité avec l'empereur, et tous les confédérés, se liguant contre elle, vinrent l'assiéger. Ce fut alors que l'empereur pria le roi de France de le secourir contre les Suisses ; ce fut alors que, sur l'ordre de son père, le dauphin de France, depuis Louis XI, vint, à la tête des Armagnacs, gagnez à Saint-Jacques, près de BAle, cette terrible bataille qui le détermina à conclure la paix au plus vite. Enfin, d'après la sentence du 13 juillet 1450, Zurich renonça à son alliance avec l'Autriche, recouvra le territoire qu'elle avait perdu, et les confédérés durent abandonner le Toggenburg au seigneur de Raron, parent du feu comte, auquel l'abbé de Saint-Gall l'acheta en 1469.
La fin du xv* siècle fut marquée par des événements importants. Les habitants d'Uri, passant de nouveau le Saint Gothard , firent la conquête du Val Levantina; Zurich et Schaffhouse s'agrandirent; la Thurgovie, enlevée à la maison d'Autriche, devint un bailliage commun; les trois ligues de la Khétie s'unirent pour le maintien de leurs droits, et donnèrent naissance au
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canton des Grisons. Enfin, les victoires de Grandson et de Morat, en ruinant la puissance de Charles le Téméraire, achevèrent de consolider l'antique confédération , qui, malgré la résistance des petits cantons, et, grâce aux efforts et à l'éloquence de Nicolas de Flue, à la diète de Stanz, s'augmenta bientôt après de Soleure et de F ri bourg (22 décembre 1481).
Malheureusement, selon les propres expressions d'un historien national , la concorde rétablie à Stanz ne ramena ni l'ancienne discipline, ni les mœurs antiques. la cupidité et la hauteur se répandirent parmi les autorités des villes; la vénalité, parmi les magistrats; la grossièreté, dans les assemblées des communes; la dissipation et le goût du brigandage, parmi le peuple. Avec de pareilles dispositions, on ne manquait ni de querelles ni de sujets de guerre. La seule année 1487 vit éclater quatre guerres du côté de l'Italie; les dissensions intérieures et les soulèvements se multipliaient dans la môme proportion ; mais un danger commun vint resserrer les bens de la confédération. Maximilien I" d'Autriche, devenu empereur d'Allemagne, voulut transformer la Suisse en cercle de l'empire, et, sur le refus de ses habitants, il résolut de les réduire par les armes. La guerre de Souabe éclata; en huit mois les confédérés gagnèrent plus de huit batailles, et l'empereur, forcé de renoncer à son projet, conclut à Bàle, le 22 septembre 1499, un traité de paix dans lequel il renonça pour jamais à tous les anciens droits de l'Empire. Bàle, Schaffhouse et Appenzell s'étaient distingués durant cette guerre. Les anciens cantons, reconnaissants, les admirent dans leur alliance perpétuelle (1501-1513), et, deux cent cinquante-un ans après la mort de Guillaume Tell, commença l'ancienne confédération des treize cantons, qui devait durer jusqu'à la révolution de 1708. A cette époque, qu'on ne l'oublie pas, le Valais, les Grisons, Saint-Gall, Neuchàtel, Mulhouse et d'autres villes n'étaient que les alliés des Suisses, mais ils formaient des États libres et indépendants.
Les premières années du xvr siècle sont peut-être l'une des époques les plus tristes de l'histoire de la Suisse. Ce n'est plus pour la liberté, c'est pour de l'or que ses enfants se battent; les gouvernements vendent eux-mêmes leurs sujets. Les Suisses font encore des prodiges de bravoure , mais par cupidité. Ils n'appartiennent qu'à ceux qui les paient, aujourd'hui aux Français, demain aux Milanais; ils s'entr' égorgent pour de l'argent. Au milieu de ces circonstances, la Réforme, adoptée avec enthousiasme par les uns, repoussée non moins vivement par les autres, fit, selon les expressions du temps, un nœud tel, que l'épée seule pouvait le délier. Une nouvelle guerre civile éclata; Zwingle périt à Cappel, et, bien qu'étouffée daus les bailliages communs, la Réforme triompha à Zurich, à Berne, à Bàle et surtout à Genève, qui, s'unissant à Fribourg et à Berne, parvint à secouer le joug des comtes de Savoie. Berne et Fribourg s'emparèrent du pays de Vaud. Toutefois, malgré la dissidence des Églises, les Suisses seraient probablement revenus à leur ancienne concorde, s'ils n'avaient pas prêté une oreille trop facile aux insinuations d'ambassadeurs étrangers. Les cantons catholiques se laissèrent persuader par le nonce du pape qu'ils devaient soutenir leurs coreligionnaires des autres pays.jEn 1553, ils conclurent, avec le roi Henri II, la première capitulation en règle, au sujet du régiment que la Suisse enverrait au service de France. «« Les Suisses, écrivait, il y a peu d'aunées, un de leurs historiens, se battirent vaillamment sur le sol étranger, mais leur gloire ne fut que celle des mercenaires. Leur sang ne coula point pour leur
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patrie, leurs actions n'appartiennent donc point à l'histoire de leur patrie. Que les étrangers vantent les exploits qu'ils ont payés. » Vers la fin de ce siècle, 1597, les dissentiments religieux obligèrent le canton d'Appenzell à se séparer en deux parties distinctes, qu'on appela les Khodes intérieures (catholiques), et les Rhodes extérieures (protestants).
Les terribles ravages de la peste, connue sous le nom de Mort-iïoire t Téboulement du Conto (V. Plùrs), les guerres civiles et les luttes sanglantes des Grisons contre l'Autriche, signalèrent les premières années du xvnc siècle. Plus tard, durant la guerre de Trente ans, la Confédération se vit contrainte de maintenir sur pied une armée nombreuse pour défendre l'inviolabilité de son territoire , et les impôts énormes qu'elle exigea de ses sujets occasionnèrent en divers pays des mécontentements ou des révoltes, que la force seule put apaiser. Si la guerre de Trente ans eut pour elle un heureux résultat, — car un article spécial, inséré dans le traité de Westphalie, reconnut solennellement l'indépendance de la Confédération helvétique, et le droit qu'elle avait de se gouverner à son gré, — trois fléaux : le service étranger, les dissensions religieuses et la tyrannie des souverains, vinrent constamment troubler sa tranquillité. Les serfs voulurent s'affranchir ; les sujets réclamèrent la liberté que possédaient leurs oppresseurs ; irrités par les refus qu'ils essuyèrent, ils se révoltèrent dans les cantons de Lucerne, de Berne, de Soleure et de Baie. Mais, tous les cantons aristocratiques et populaires s'étant ligués contre eux, ils furent vaincus. A peine X ordre eut-il été rétabli, qu'une guerre civile éclata entre les catholiques et les protestants. Quatorze mille Bernois, attaqués a l'iraproviste le 14 janvier 16ÔG, près de Villmergen, ne purent pas résister à l'attaque des catholiques, et la victoire de Villmergen eut pour conséquence une paix qui rétablit les choses telles qu'elles étaient avant la guerre. Onze ans plus tard . Louis XIV envahit la Franche-Comté. A cette nouvelle, la Confédération, effrayée, adopta un plan de défense contre la France, et se hâta de conclure la convention dite défensionale, qui réglait le contingent militaire des cantons, des sujets et des alliés.
La guerre civile qui éclata dans les premières années du xvni* siècle, entre les habitants du Toggenburg et l'abbé de Saint-Gall, se termina par le triomphe des cantons protestants (25 juillet 1712), sur ces mômes plaines de Villmergen où ils avaient été battus soixante-six ans auparavant. Une paix générale fut conclue à la diète d'Aarau, au grand avantage des vainqueurs. Dès lors les cantons catholiques et les cantons protestants eurent des droits égaux. * A la paix d'Aarau succéda, dit Henri Zschokke, une période de quatrevingt-six ans, durant laquelle il n'y eut ni guerre civile, ni guerre étrangère, qui ne fut marquée ni par le bonheur, ni par le repos, ni par la gloire, et qui s'écoula au milieu des débats et des différends des cantons entre eux, et des gouvernements avec leurs sujets.... Pendant ces quatre-vingt-six années, la Suisse eut à souffrir plus de calamités que dans toutes ses guerres contre l'Autriche et la Bourgogne; car, tandis que les épées des Winkelried, des Fontana, des Waldmann, des Hall weil, desErlach, se rouillaient dans leurs fourreaux, la rouille de l'égoîsrae et de l'orgueil rongeait aussi les tables sur lesquelles était gravée la loyale alliance des anciens Suisses, et la Confédération se décomposa comme un cadavre en pourriture. Les dis dégénérés couvrirent le cadavre avec les écuset les armoiries de leurs aïeux , afin que
SUISSE, g
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l'on ne vit pas que l'esprit qui l'avait animé n'y était plus. A peu près de dix ans en dix ans se montraient, sur la scène politique, de nouvelles intrigues, de nouvelles conspirations, de nouvelles révoltes, jusqu'à ce que l'édifice ruiné s'écroula au premier choc que lui imprima la main hostile de la France. *»
La révolution française de 1789 eut en Suisse un immense retentissement. D'abord Baie, secourue par les Français, chassa son évêque; les Grisons s'agitèrent, Genève changea son gouvernement; les sujets de l'abbaye de Saint-Gall forcèrent l'abbé à leur accorder des privilèges importants ; l'Argovie et le pays de Vaud réclamèrent leur liberté ; des troubles éclatèrent sur les bords "du lac de Zurich, et la commune de Staefa, vaincue, dut renoncer à tous ses droits; mais l'heure de la vengeance et de la justice approchait. En vain les députés de la Confédération, réunis à la diète d'Aarau, y renouvellent l'antique serment d'alliance (25 janvier 1798): deux jours après, une armée française entre sur le territoire de la Confédération; le pays de Vaud se déclare indépendant ; le Tessin secoue le joug d'Uri et plante des arbres de liberté; partout les opprimés s'insurgent contre leurs oppresseurs, à Bâle, à Lucerne, à Zurich, à Schaffhouse, dans l'Argovie, dans la Thurgovie. dans le Toggenburg, à Sargans, etc. Soleure, Berne et Fribourg essayent de résister, à Neueneck et à Fraubrunnen; dès le premier jour de la guerre, les troupes françaises s'emparent de Fribourg et de Soleure, et, le quatrième jour, Berne ouvre ses portes au maréchal Brune. L'ancienne Confédération est dissoute. La Suisse forme une république une et indivisible sous un gouvernement central qui siège à Aarau. Tous les Suisses, citadins ou paysans, sont déclarés égaux en droits et devant la loi. Cette république est'divisée en dix-huit cantons : Léman, Fribourg, Berne, Soleure, BAle, Argovie, Baden, Zurich, Schaffhouse. Thurgovie, Saentis, Linth, WaldstaRtten, Lucerne, Oberiand, Valais, Bcllinzona et Lugano. — Genève, Neuchàtel, Pévêché de Baie et Mulhouse faisaient alors partie de la république française. — Quant aux Grisons, ils furent seulement invités à accéder à l'alliance. Les montagnards d'Uri, du Nidwalden, de Schwyz et de Glaris, prêtèrent le serment d'être fidèles à leur patrie jusqu'à la mort. Mais, vaincus dans plusieurs rencontres successives, ils capitulèrent et se soumirent. Avec leur résistance finit l'ancienne Confédération, qui avait duré 490 ans.
A peine la république helvétique fut-elle organisée, que la Suisse devint le théâtre de la guerre entre les Français, les Autrichiens et les Russes, guerre à laquelle les Confédérés prirent part, soit pour conserver Tordre de choses actuel, soit pour rétablir l'ordre de choses ancien. Après la bataille de Zurich (25 septembre 1799). gagnée par Masséna, la constitution nouvelle, qui avait déjà excité de nombreux soulèvements, se rétablit partout, même dans les Grisons; mais elle ne tarda pas à être remplacée par les constitutions éphémères de 1800, 1801 et 1802. Le peuple suisse demeurait spectateur indifférent de ces révolutions successives qui n'avaient pour résultat que d'occasionner des troubles perpétuels. Lorsque, à la suite de la paix d'Amiens, les garnisons françaises quittèrent les villes de la Suisse, l'esprit de parti et l'esprit cantonal se réveillèrent avec une nouvelle force. Le Valais forma une république séparée; TJri, Schwyz et Unterwalden s'armèrent contre le gouvernement helvétique; Baie et Schaffhouse suivirent cet
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exemple ; i'Argovie marcha sur Berne. Privé de secours et sans moyen de défense , le gouvernement s'enfuit à Lausanne (septembre 1803), tandis qu'une diète s'assemblait à Schwyz pour rétablir l'aucienne confédération. La présence des troupes françaises put seule forcer les partis, qui se battaient de nouveau, à déposer les armes.
Napoléon, intervenant, donna aux Suisses l'Acte de médiation (19 février 1803), qui renfermait non-seulement la constitution générale de la Suisse, mais encore les constitutions particulières des dix-neuf cantons, dont se composa dès lors la Confédération; c'est-à-dire les treize anciens et las Grisons (sans la Valteline), Argovïe avec le Frickthal, Vaud, Saint-Gall, Thurgovie et le Tessin.
Les dix-neuf cantons s'étant constitués conformément à l'Acte de médiation, et le gouvernement helvétique, revenu de Lausanne à Berne, s'étant dissous, Napoléon retira ses troupes.
La chute de l'empire français entraîna celle de l'Acte de médiation Les Alliés ne tenant aucun compte de la déclaration de neutralité faite oar la diète de Zurich, envahirent la Suisse. Leur présence ranima les pretcntiona du parti aristocratique. Berne déclara qu'elle reprenait possession de son ancienne domination et de ses anciens droits dans toute leur étendue- Solèure, Fribourg et Lucerne l'imitèrent. A Zurich, la diète annula l'Acte de médiation, en vertu duquel elle se trouvait assemblée, et posa les bases d'une nouvelle alliance des dix-neuf cantons (29 décembre 1813). Deux années se passèrent dans une agitation et une incertitude continuelles. Enfin une constitution, élaborée par la diète réunie à Zurich, fut signée, le 7 août 181 ô, sous le nom de Pacte fédéral. Cinq jours après, la diète donna son adhésion aux actes du congrès de Vienne qui la concernaient (traité du 9 juin !8l.")), tels que l'admission du Valais, de NeuchAtei et de Genève (de dix-neuf le nombre des cantons était ainsi porté à vingt-deux), la neutralité du Chablais et du Faucigny, la réunion de l'évôché de Bàle, da la ville et du territoire de Bieune au canton de Berne (sauf certaines réserves), des indemnités pour les propriétaires de lauds, etc., etc;et, le 20 novembre suivant, le jour du traité de Paris, l'Autriche, l'Angleterre, la France, la Prusse, le Portugal et la Russie firent une reconnaissance formelle et authentique de la neutralité perpétuelle de la Suisse, et elles lui garantirent l'intégrité et l'inviolabilité de son territoire dans ses nouvelles limites.
La révolution de Juillet 1830 eut des conséquences graves pour la Suisse. La plupart des cantons réformèrent leur constitution daus un sens démocratique; mais dix-huit années s'écoulèrent encore avant que le pacte fédéral pûtôtre légalement modifié. Pendant ces dix-huit années, bien des troubles, suscités par des partis ardents , ont ensanglanté la Suisse. Ce n'est pas ici le lieu de raconter ces faits trop récents. Toutefois, la création et la destruction du Sotuterbund qui ont amené la réforme du pacte fédéral, et par * suite l'adoption de la constitution fédérale du 12 septembre 1848, méritent une courte mention.
Le Sonderbund fut1, comme son nom l'indique, une ligue séparée ou particulière formée par plusieurs cantons. Ces cantons, au nombre de sept :
l. Bunden allemand signifie ligue et sonder particulière.
INTRODUCTION
Lucerne, Fribourg, Valais, Schwyz, Uri, Zug et Unterwalden , étaient tous catholiques. Us s'associèrent pour se défendre mutuellement, pour protester contre la suppression des couvents de l'Argovie, ainsi que pour maintenir les jésuites que la ville de Lucerne s'était empressée d'appeler, et dont la diète demandait l'éloignement. La révolution démocratique de Genève (1841) et la réaction aristocratique du Valais (1844) avaient tellement exaspéré les esprits qu'une première guerre civile éclata en 1844. Au mois d'avril, Lucerne, attaquée par une armée de corps francs et soutenue par les cantons catholiques, remporta une victoire complète. Mais, en 1845, se sentant plus menacée qu'auparavant, elle resserra plus étroitement les liens qui l'unissaient à ses alliés. Les sept cantons ci-dessus nommés s'engagèrent donc alors l'un envers l'autre à se défendre contre tout ennemi du dehors et du dedans, à s'armer à la première réquisition pour repousser les agressions dont le territoire de chacun d'eux deviendrait le théâtre; ils composèrent un conseil permanent, dont Lucerne devait être le siège; nommèrent un commandant supérieur de leurs forces disponibles; formèrent une caisse militaire, et rendirent publiques les clîiuses principales de ce traité.
La diète ne pouvait pas évidemment tolérer l'existence de cette confédération dans la Confédération. Mais elle savait que le Sonderbund ne pouvait être dissous que par la force des armes. En prescrire l'abolition, c'était déclarer la guerre civile. Malgré les deux révolutions qui, en 1846, avaient livré Vaud et Berne au parti radical, la majorité de la Diète hésitait à voter une mesure qui devait infailliblement entraîner de si graves conséquences. Une nouvelle révolution démocratique survenue à Genève (octobre 1846) la détermina à ne reculer devant l'emploi d'aucun moyen. Avant de se séparer, elle vota, en juillet 1847, la dissolution du Sonderbund comme incompatible avec les dispositions du pacte fédéral, se réservant, si les circonstances l'exigeaient, de prendre les mesures nécessaires pour faire respecter son arrêté. Quand elle se réunit de nouveau le 18 octobre de la même année, dès la première séance, Zurich proposa d'envoyer deux représentants fédéraux dans chacun des cantons qui composaient la ligue, et d'adresser une proclamation aux populations de ces cantons. Cette proclamation fut adoptée par douze voix et demie. Dans la séance du 4 novembre, la môme majorité résolut de faire exécuter par les armes son arrêté du 20 juillet. Le général Dufour se mit alors à la tète de l'armée fédérale dont il avait été nommé le commandant en chef. Le 14 novembre, Fribourg se rendait, sans coup férir, à la première sommation. Le 24, Lucerne capitulait, après deux jours de combat, et les petits cantons se soumettaient à leur tour, sous les conditions de ne pas être occupés militairement et de ne pas payer les frais de la guerre.
La dissolution du Sonderbund et Li révolution de 1848 décidèrent la majorité de la Diète à réviser le pacte fédéral de 1815. — Le 12 septembre 1848, la constitution dont l'analyse va suivre fut déclarée loi fondamentale de la Confédération. Elle avait été acceptée par 15 cantons et demi représentant 1 900 000 habitants.
Depuis 1848, un certain nombre de cantons ont aussi réformé leur constitution.
Durant les années 1856-1857, la Suisse a subi une épreuve suprême dont elle est sortie victorieuse. Au mois de septembre 1856, éclata à Neuchâtel