‹ Itinéraire descriptif et historique des bords du Rhin, du Neckar et de la MoselleChapitre 190 sur 279 · R. 45.— DE B1NGEN A COBLENZ.— BOPPART · texte numérisé non relu

R. 45.— DE B1NGEN A COBLENZ.— BOPPART

de son infidélité, le provoqua en duel. Déjà les deux frères croisaient l’épée lorsqu’Elise, se précipitant entre eux, les calma et les réconcilia; ce devoir accompli, elle alla se réfugier dans un couvent où elle prononça des vœux éternels. Cependant, l’épouse de Conrad, entourée d’adorateurs, trahit tous ses devoirs. Son mari indigné voulait la poignarder ; mais, sur le conseil d’Al bert, il la renvoya ; et les deux châteaux devinrent dès lors mornes et mélancoliques comme leurs possesseurs, qui ne laissèrent pas de descendants.

L’église de Bornhofen fut bâtie en 1435 par Johann Brœmser, le fils de ce Brœmser de Riidesheim, dont l’histoirelégende a été racontée ci-dessus (F. p. 356). En 1676, Joh. Hugo d’Orsbeck, électeur de Trêves, agrandit cette église et fonda à côté un couvent où il établit des capucins. — Ce couvent, supprimé en 1813, a été transformé en une auberge; mais l’église, — lieu de pèlerinage très-fréquenté , — est rendue au culte depuis 1821. — Un sentier qui abrège de plus d’une heure, à cause du grand détour du Rhin, conduit de là à Braubach. — Un chemin ombragé par des arbres à fruits mène le long du fleuve à Kamp , v. qui doit, dit-on, son nom à un camp qu’établirent en ce lieu les Romains.

Au-dessous de Kamp, sur la rive g. du fleuve, se trouve Boppart, — (Hôt. : Post, dans la ville, Rhcinischer Hof e# Spiegel, près du Rhin), la Baudobriga des Romains, Y. de 3500 h. entourée de murs, aux rues étroites mais pittoresques. Elle doit son origine à un château bâti par Drusus. — On voit encore au centre de la ville un dernier débris de ce castrum. — Les murailles d’enceinte datent du moyen âge. — Les rois franks y eurent un palais dont il ne reste aucune trace. On croit qu’il était situé (au-dessous de la ville) sur le rocher appelé aujourd’hui Altburg, et arrosé par le Koenigsbach. Au xiv* siècle Boppart était une ville libre impériale. En 1312 l’empereur Henri VII la céda à son frère Baudouin, archevêque de Trêves, qui la réunit à l’électorat. En vain une partie de ses habitants se soulevèrent pour reconquérir leur liberté; il leur fallut céder à la force. Aujourd’hui Boppart appartient à la Prusse. Elle possède encore un bois que lui donna Charles le Gros.

Boppart a deux églises dignes d’une visite : la Hauptkirche, bâtie vers l’an 1200, remarquable par ses deux clochers

Ü78 R. 40. -UK RI N GEN A COBLEN Z .— MARIEN BERG .

que réunit une galerie semblable à un pont (les architectes vont étudier ou admirer ses arceaux aux formes variées, ses galeries intérieures, sa porte, à la g. de l’abside, etc.), et la Carmeliterkirche qui renferme, outre un curieux monument de la famille d’Elz, de riches sculptures —malheureusement mutilées — du xvi* siècle. Parmi les vieilles maisons de Boppart, le Bayerhaus attire surtout l’attention. Cette maison fut habitée par la famille de ce Bayer de Boppart qui aida puissamment Rodolphe de Habsburg à détruire les châteaux forts des voleurs du Rhin. Elle sert aujourd’hui d’hôpital aux franciscains dont le couvent est voisin. — Le Tempelhof rappelle le souvenir des templiers de Boppart , qui montèrent les premiers à l’assaut de Ptolémaïs, dans la troisième croisade. L’ancien couvent de St-Martin (au S.) appartient actuellement au célèbre voyageur de Siebold, qui y achève son ouvrage sur le Japon. Quant au couvent de femmes de Marlenberg, — le vaste bâtiment qui s’élève derrière la ville, — il a été reconstruit en 1738, à la suite d’un incendie, et il a servi tour à tour de manufacture de coton et d’école. — Depuis 1838 c’est un établissement hydrothérapique, très-fréquenté même par des Français à cause de la pureté de l’air et de la bonne qualité de l’eau. Aussi, un établissement rival a-t-il été fondé audessous de Boppart. — On appelle ce dernier Mühlbad. — La dépense totale d’un malade varie par semaine, àâfarienberg, de 8 àl5 th. , au Mühlbad, de 7 à 13 th.

[Une route de voitures conduit de Boppart ( 4 mil. 1/3) à Simmern (F. R. 54). A 2 h. de Boppart, à g. de cette route, on découvre du haut de la Fleckerthœhe un vaste panorama sur le Siebengebirge , l’Eifel , le Hocbwald , l’Idar et le ïaunus. Une voiture va tous les jours de Boppart à Simmern en 4 h. 1/4, pour 1 fl. 15 kr. — De Simmern à Boppart on ne paye que 27 kr.]

Au-dessous de Boppart, à Pilsen (rive dr.), le Rhin qui coulait au N. prend pour un court trajet la direction de l’E. La rive g. exposée au S. est plantée do vignes. On appelle ce versant de la montagne qui domine le fleuve Boppar der Hamm. — On remarque sur la hauteur le Jakobsbergerhof, et, dans un ravin qui avait jadis une fort mauvaise réputation, — on l’appelait conventus Latronum, — Petemach,

R. Ri.-RK B1NÜEN A (JOBLENZ — BRAUBACH. 37'J

couvent de femmes fondé du temps des Hohenstaufen. — N. B. Un sentier, plus court d’une heure que la route, conduit les piétons à Rhens(F. ci-dessous). — Sur la rive dr. la Llebeneck domine le bourg d'Osterbray.

Cependant un moment détourné de sa route par le Bopparder Hamm, le Rhin reprend sa direction vers le N. vis-à-vis de la source minérale de Dinkhold (rive dr.). On laisse sur la rive g. les deux v. d 'Oberspay, avec sa chapelle à demi ruinée, et de Niederspay, dont la plupart des habitants exercent la profession de pêcheurs, car le saumon est assez abondant dans cette partie du fleuve. — N. B. Les piétons qui voudront visiter laMarxburg pourront traverser le Rhin de Niederspay à Braubach.

La Marxburg^ couronne surla rive dr. le rocher qui domine Braubach, — (Hét. : Zur Philippsburg) , V. de 1400 h. «nommée 'dans une charte de 933, fief des comtes d’Arnstein du Lahngau, ville impériale sous Rodolphe en 1279, domaine des comtes de Katzenelnbogen en 1283, qui échut à la Hesse en 1473, à Darmstadt en 1632, et en 1802 à Nassau. » Son ancien château bâti, en 1568, au bord du Rhin, par le landgrave Philippe le Jeune, a été transformé en auberge. — On passe devant la vieille chapelle de St-Martin en montant de Braubach à la Marxburg. Ce château est le seul qui soit resté habitable et habité sur les bords du Rhin. On ignore l’époque de sa fondation. Appelé d’abord château de Braubach, il prit son nom actuel quand le comte de Katzenelnbogen y eut fondé en 1437, une chapelle dédiée à saint Marc. Après avoir appartenu pendant plusieurs siècles à la Hesse-Darmstadt, il échut en 1803 )au Nassau qui en fit quelquefois une prison d’Etat, et qui y entretient une garnison d’invalides. L’intérieur mérite d’être visité — (il suffit d’en demander la permission à la porte pour l’obtenir). — C’est un échantillon assez complet d’un château féodal du moyen âge. Passages étroits, escaliers dérobés, voûtes obscures, profonds cachots creusés dans le roc, souterrains mystérieux, etc.', rien n’y manque. Du reste on jouit d’une fort belle vue au haut du donjon appelé Wimpel. — N. B. Outre le chemin de piétons qui part de Braubach, une route de chars monte à la Marxburg.

De Braubach, on peut aller, en 2 h. 1/2, à Ems(F. R. 47), par un chemin ombragé.

380 R. tô.-DE BINGEN A COBLENZ.-KUEN1GSSTUHL.

En face de la Marxburg, sur la rive g., se trouve le pet. v. de Brey , à peu de distance duquel est la V. de Rhens, — (Hôt. : Zum Kœnigsstuhl), la ville la plus ancienne des bords du Rhin. La plupart de ses maisons de bois datent des xiv', xv* et xvi* siècles.

« Voici, dit M. V. Hugo, que quatre hommes, venus de quatre côtés différents, se réunissent de temps en temps près d’une pierre qui est au bord du Rhin , sur la rive g., à quelques pas d'une allée d’arbres, entre Rhens etCapellen. Ces quatre hommes s’asseyent sur cette pierre, et là ils font et défont les empereurs d’Allemagne. Ces hommes sont les grands électeurs du Rhin; cette pierre, c’est le siège royal, Kœnigçsstuhl. — Le lieu qu’ils ont choisi, à peu près au milieu de lg vallée du Rhin, Rhens, qui est à l’électeur de Cologne, regarde à la fois, à l’O., sur la rive g. Capellen, qui est à l’électeur de Trêves, et au N., sur la rive dr., d’un côté, Oberlabnstein, qui est à l’électeur de Mayence, et de l’autre, Braubach, qui est à l’électeur palatin. En une heure, chaque électeur peut se rendre à Rhens de chez lui.

«Le Kœnigsstuhl, pris dans son ensemble, avait dix-sept pieds allemands d’élévation et vingt-quatre de diamètre. Voici quelle en était la figure : sept piliers de pierre portaient une large plate-forme octogone de pierre, soutenue à son centre par un huitième pilier, plus gros que les autres, figurant l’empereur au milieu des sept électeurs. Sept chaises de pierre correspondant aux sept piliers audessus desquels chacune d’elles était placée, occupaient, disposées en cercle et se regardant, sept des pans de la plate-forme. Le huitième pan, qui regardait le midi, était rempli par l'escalier, massif degré de pierre, composé de quatorze marches, deux marches par électeur. Tout avait un sens dans ce grave et vénérable édifice. Derrière chaque chaise, sur la face de chaque pan de la plate-forme octogone, étaient sculptées et peintes les armoiries des sept électeurs : le lion de Bohême, les épées croisées de Brandebourg; Saxe , qui portait d’argent à l’aigle de gueules ; le Palatinat, qui portait de gueules au lion d’argent ; Trêves, qui portait d’argent à la croix de sable, et Mayence, qui portait de gueules à la roue d’argent. Ces blasons, dont les nuances, les couleurs et les dorures se rouillaient au soleil et à la pluie, étaient le seul orne-

Page 1