‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 160 sur 384 · ROUTE 48. LUZ ET SAINT-SAUVEUR · texte numérisé non relu

ROUTE 48. LUZ ET SAINT-SAUVEUR

« La franchise, paix, sauveté et immunité seront conservées aux monastères et aux églises paroissiales dans les limites désignées, sauf qu’un voleur public y pourra être pris. La paix sera gardée en tout temps aux clercs, aux moines, aux dames et à leur suite, en sorte que, si quelqu’un s’est réfugié auprès d’une dame, sa personne soit assurée en réparant le dommage qu’il aura fait. Les rustiques seront toujours en paix, et ni les bœufs ni les fers du labourage ne pourront être saisis. S’ils sont cautions de leurs seigneurs, ils ne pourront être contraints que jusqu’à la concurrence do ce qu’ils doivent à leur seigneur.

« La chasse et la pêche sont défendues aux paysans , sauf pour l’usage des seigneurs et des gentilshommes. Le comte a trois corvées de charroi chaque année sur les personnes franches et libres, et un repas chaque année , une poule à Noël et un agneau à Pâques. Les personnes franches, non plus que les paysans, ne sont obligées d’aller à la guerre que pour la défense de la terre. Le comte a droit à un repas chez le vicomte de la llarte, à Posac, à Iiénac, à Ossun, à Antin, à l’Abatud (V. Marca). »

M. do Laboulinière ajoute d’autres détails. D’après lui , les femmes étaient toujours servies à table par leurs maris avec toutes les marques du respect. Maintenant les progrès de la civilisation ont tout changé :

la femme n’oserait plus s’asseoir à table en même temps que son mari ; elle no jouit qu’une fois de cet honncur, au jour de la noce.

Les Etats du Bigorrç se composaient de trois chambres qui opinaient séparément : celle du clergé,

celle de la noblesse, celle du tiers état, qui comprenait des consuls ou officiers principaux des communes, et des députés des vallées. Dans ces assemblées, on répartissait les impôts et l’on discutait toutes les affaires importantes. Le Bigorre , réuni par Henri IV à la monarchie, resta pays d’Etats et garda ses libertés.

a Mais le pays est indigent, dit M. Taine. On trouve des ordonnances qui réduisent de moitié le nombre des hommes d’armes auquel il est taxé, se fondant sur ce que les grêles et les gelées détruisent chaque année ses récoltes. Plusieurs fois, pendant les guerres religieuses, il fut désert. En 1575, Mon tluc déclare « qu’il est maintenant si pauvre que a les habitants d’iceluy sont forcés « d’abandonner leurs maisons et d’al- * 1er mendier. » En 1592, les gens de Comminges ayant dévasté la contrée, « les paysans de Bigorre abandon- « lièrent la culture des terres par « manque de bétail, etlaplusgrande « partie d’iceux prit la route d’Es- « pagne. » Il n’y a pas cent ans, on n’y connaissait que trois chapeaux et deux paires de souliers. »

La vallée de Luz a la réputation d’avoir été habitée autrefois par des géants de 8 pieds de haut. On les appelait les Prousous ou les Preux.

Le dernier était le vieux Barrique , mort au commencement du siècle, à l’âge de 108 à 110 ans. On l’a enterré à côté de ses ancêtres, dans un endroit séparé que l’on montre encore.

Les antiquités de Luz se réduisent à l’hôtel de ville, qui tombe en ruines, et hl’église paroissiale, qui fut construite par les Templiers. « Cette église, moins vaste que celle de Saint-Savin, reproduit, sur des di-

mensions plus étendues, dit M. Cénac-Moncaut, la simplicité toute primitive de la chapelle de Soulom.

Même absence de croix latine , même abside en cul-de-four, même voûte, même galerie sous toiture, percée d’une rangée d’ouvertures servant de créneaux.

« Une inscription incrustée dans le mur et ainsi conçue :

Ecca esta edi/icata onno inc. ... b.

Blane Passato lose cFaqvest bila,

semble nous dire que l’église fut bâtie dans le xn' siècle par Blane Passalo, habitant du bourg. Quoi qu’il en soit, le style de l’édifice prouve incontestablement par l’ensemble et les détails qu’il appartient à la seconde époque de l’ère romane.

* L’église de Luz se distingue entre toutes par son aspect belliqueux. Son chevet est placé entre deux tours carrées de défense , dont l’une, celle du N., est surmontée de créneaux et percée de meurtrières. Si l’on monte à son premier étage par l’escalier extérieur, on voit quatre gros fusils de rempart du xvi' siècle , laissés là sur leurs chandeliers tournants par les derniers ligueurs et tout prêts à faire feu sur les huguenots; puis, pour compléter cet appareil de guerre, mors de brides, étriers, fers de lance, lanternes à fanal, sont suspendus aux murailles de ce donjon.

Telle est la basilique romane, dominée par deux tours, au milieu d’une enceinte de remparts complètement crénelée et percée d’un double rang de meurtrières. Cette enceinte, chargée de protéger les vivants et les morts contre les attaques des Albigeois et des huguenots, entourait le cimetière. »

IS PYRÉNÉES

A l’entrée de l’église, un petit tombeau découvert sert de bénitier, et l’on montre une porte basse par laquelle passaient les goitreux et les Cagots, race maudite. Une des tours renferme un petit musée pyrénéen ( prix d’entrée , 50 c. , au profit do l’église), où l’on voit quelques armes anciennes, une urne romaine, un glaive et des fers de prisonniers découverts dans les oubliettes de la prison de Luz, démolie en 1851 ; un beau christ en bois trouvé sous un escalier ; un calice et un encensoir d’argent, découverts, il y a environ cinquante ans , dans l’ermitage de Saint-Pierre ; une statuette d’albâtre , représentant probablement un saint Michel terrassant le dragon.

« Mais l’objet le plus intéressant au point de vue archéologique, dit M. Lallier, est, sans aucun doute, un tombeau d’enfant du xm* siècle, creusé dans un bloc de marbre gris-noir et encore muni de son couvercle; il a 63 centimètres de longueur sur 46 centimètres de largeur. L’inscription est gravée en caractères italiques. En voici le sens :

« Ici dessous gît la bonne

« fille de Narano de Baréges , et de « Madeleine Nahera, morte en la « dernière semaine d’avril de l’an- « née 1236. Gilic de Sera creusa ce a tombeau et grava l’inscription. »

A part cette église, la ville de Luz n’offre rien de remarquable; on visitera seulement avec intérêt les fabriques de laines dites de Baréges.

Promenades. Un monticule qui se dresse au-dessus de Luz , de l’autre côté du Bastan , porte encore les ruines du vieux château de Sainte-Marie. D’après M. Cénac- Moncaut , « c’était autrefois un

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poste fortifié occupé par des routiers anglais; maintenant il en reste peu de chose : au NT. , une tour carrée , percée de quelques meurtrières et de grandes ouvertures servant de créneaux couverts; au S. une seconde tour cylindrique , dont l’élancement hardi semble prolonger l’aiguille de rocher qui la supporte.

“ Ce château resta en la puissance des Anglais quatorze ans de moins que celui de Lourdes. En 1404, Jean de Bourbon le prit avec le concours d’Auger de Laffite de Luz, chef des troupes de la république barégeoise. »

Derrière la ville s’élève un petit mamelon nu, appelé Saint-Pierre, qui porte les ruines grisâtres d’un ermitage. De là on peut voir le bassin de Luz avec ses maisons, ses champs, ses promeneurs et ses cavalcades; en face, les deux sombres tours du château de Sainte- Marie ; à dr. , la gorge du Gave où Saint-Sauveur est suspendu sur les prairies au milieu des hêtres, des aunes et des bouleaux.

Un autre but de promenade peut être aussi la fontaine pétrifiante qui se trouve sur la rive g. du Gave, avant d’arriver à Saint-Sauveur. Le ruisseau qu’elle produit dépose sur le sol des incrustations calcaires en forme de larges dalles; les plantes, les racines, les mousses qui trempent dans l’eau sont bientôt revêtues d’une couche de pierre.

Mais ce qui fait la beauté du bassin de Luz et plaît surtout à ceux qui s’y promènent au hasard le long des petits sentiers, c’est, dit M. Taine, « l’abondance des eaux courantes. Les prairies sont traversées de filets d’eau qui se croisent, se séparent, se réunissent et sautent ensemble dans le Gave. Les paysans arrosent ainsi

toutes leurs cultures : un champ a cinq ou six étages de ruisseaux qui courent serrés dans des lits d’ardoiset. La troupe bondissante s’agite au soleil comme une bande folle d’écoliers en liberté. Les gazons qu’elles nourrissent sont d’une fraîcheur et d’une beauté incomparables; l’herbe se presse sur leurs bonis , trempe ses pieds dans l’eau, se couche sous l’élan des petites vagues, et ses rubans luisants tremblent dans un reflet de perle sous les remous argentés. On ne fait pas dix pas sans rencontrer une chute d’eau : grosses cascades bouillonnantes qui descendent sur une traînée de blocs rougeâtres, nappes transparentes qui s’étendent sur un large feuillet de roche, filets d’écume qui serpentent en raies tortueuses depuis la cime jusqu’à la vallée, sources égarées qui suintent le long des graminées pendantes et tombent goutte à goutte.

Le Gave roule sur la droite et couvre tous ces murmures de sa grande voix monotone. De beaux iris bleus croissent sur les pentes marécageuses; les bois et les cultures montent bien haut entre les roches. La vallée sourit, encadrée de verdure; mais, à l’horizon, les pics crénelés, les crêtes en scie, les noirs escarpements des monts ébréchés, montent dans le ciel bleu, sous leur manteau de neige. »

De Luz à Saint-Sauveur.

1400 mèl., bonne route de voilures.

Saint-Sauveur est réuni à Luz par une belle route plantée d’arbres qui a 1400 mètres de longueur. Cette route traverse d’ahonl le petit torrent de la Lise, contourne le pied du mamelon qui porte l’ermitage de Saint- Pierre, franchit le Gave surun beau

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pont de marbre, et remonte la rive g. jusqu’au village.

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