‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 164 sur 384 · DE LUZ ET DE SAINT - SAUVEUR A GAVARNIE · texte numérisé non relu

DE LUZ ET DE SAINT - SAUVEUR A GAVARNIE

I9kil. Bonne route de chevaux. On peut même la parcourir en char; mais c'est une imprudence. En 1 857, deux personnes (le mari et la femme,, qui revenaient de Gavarnie dans un petit char, ont été précipitées au fond du Gave , près du pont de Sia. I.e cheval s’est effrayé, et le cocher n’a pas pu le retenir.

Un guide est inutile aux piétons.

De Saint-Sauveur à Gèdre.

Les deux routes de Luz et de Saint-Sauveur se rejoignent, sur la rive dr. du Gave , à 600 mèt. de Saint-Sauveur et à 900 met. de Luz.

Près du pont, le poteau porte les indications suivantes : Gèdre , 12 kil. ; Gavarnie, 19 kil.

On suit d’abord le pied du Bergons; le chemin est bordé de haies et de noyers qui laissent apercevoir Saint-Sauveur pi ttoresqueinent étagé au-dessus des eaux brillantes du Gave. Burke, qui vint passer une saison à Saint-Sauveur, avait dans son langage emphatique décoré ce site gracieux du nom de Temple de la Méditation. Plus loin , la vallée se resserre, et bientôt on arrive à de grands entassements de pierres roulées qui annoncent les ravages fréquents du Rioumaû (Mauvais-Ruisseau). Au-dessus de ces masses de débris se trouve une carrière où les habitants de Luz vont extraire le marbre veiné de noir et de gris , dont

ils se servent pour la construction de leurs maisons.

De l’autre côté du Rioumaü, la gorge n’est plus qu’une vaste tranchée au fond de laquelle mugit le Gave à une grande profondeur. Ce beau et imposant défilé ne pouvait être franchi autrefois qu’en escaladant les périlleux rochers du Pas de l'Échelle, ainsi nommés parce qu’ils étaient taillés en gradins. La nouvelle route, construite au-dessus de l’ancien chemin, qui n’est pas encore entièrement détruit, a été ouverte à grands frais dans le roc vif, sur une longueur de 200 mèt. ; trois cavaliers peuvent y passer de front. En se penchant sur le boni du rocher, on voit les ruines d’une tour nommée le fort de l’Escalette, ou la Redoute, ou la porte d’Espagne. On raconte que 700 miquelets aragonais, qui venaient ravager la vallée de Luz, furent précipités du haut de cette tour par les montagnards de Bigorre.

Le Pas de l’Echelle franchi, au bas d’une petite descente, les guides ne manquent jamais d’interroger l’écho que les deux parois de la montagne se renvoient l’une à l’autre, puis de montrer la Peyre Ardoune, grand rocher qui , en roulant le long des pentes s’est arrêté , en équilibre sur le bord du précipice.

Bientôt on aperçoit, au pied du pic d’Aubisfe, qui attire les regards depuis longtemps, la cascade de Sia, et plus haut, les quatre moulins élevés sur le ruban argenté qui lui donne naissance. La routo descend ensuite rapidement au (30 min.) Pont de Sia, formé par des madriers de sapins à plus do 30 mèt. au-dessus du Gave ; cette année (1858), on doit inaugurer le pont de pierre commencé en 1857.

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

Au-dessous se voyait encore le vieux pont; une arche en ruine sans parapet, toute drapée de lierre. En amont, le Gave tombe d’une hauteur de 30 mèt. , avec un bruit terrible , au milieu des rochers écroulés.

Sur le flanc de la montagne , quelques maisons éparses parmi les noyers forment le misérable hameau de Sia ; au fond de la vallée en face, s’élève la montagne de Brada.

La cascade dépassée, on remonte la rive g. du Gave. La route , assez bonne en cet endroit, manque malheureusement d’ombre ; toute cette gorge est aride. On passe sous les rochers appelés spélungues (speluncæ ) par les montagnards , on franchit un passage étroit, où les avalanches sont à redouter pendant l’hiver, et on arrive au pont Desdoutoucat (déraciné), ainsi nommé parce qu’il fut emporté jadis par un grand éboulement. Un peu en deçà du pont, on aperçoit en face de soi le Piménê, et en se retournant le pic de Viscos. Du pont, on voit en face, c’est-à-dire au S., ie Casque du Marboré. Sur la dr. se montre le pic d ’Ardidcn. Sur la g. on continue à longer la base du Bergons.

Peu de temps après avoir passé sur la rive dr. du défilé, on entre dans le bassin de Pragnères , où viennent se jeter dans le Gave les torrents de deux vallées transversales. Celui qui descend de l’O.

prend son origine au lac de Ceslrède, près du lac d’Estom Soubiran , et descend entre le pic d’Aubiste au N., et la Bouque de Caute au S., à travers les forêts de sapins et les prairies de Trimbareilte.

a Le vallon de Trimbareille est encore plus sauvage et plus affreux, dit Ramond , que celui de Pragnères , nonobstant l’éclat des prairies qui

en décorent l’entrée : il remonte jusqu’aux crêtes de granit qui dominent les rameaux orientaux de la vallée de Cauterets. Ces lieux désolés sont la retraite du bouquetin, tant poursuivi et devenu si rare que les chasseurs ne le connaissent presque plus; l’ours et le lynx y sont aussi, mais la destruction des forêts en a bien diminué le nombre. » C’est au fond de ce vallon, au nord du lac de Cestrède, que jaillit la source thermale sulfureuse de Bué (Guide, 10 fr.).

Le torrent qui vient de l’E. apporte au Gave les eaux d’un vaste cirque de hautes montagnes. Au fond de la vallée sauvage qu’il arrose, on aperçoit la cime neigeuse de VEslibère-Male ou pic Vierge (Guide, 10 fr.).

A 45 min. du pont de Sia (1 h.

15 min. deLuzoude Saint-Sauveur), on franchit le Gave de Pragnères, au ham. du même nom (960 mèt.) , et l’on continue à suivre la rive dr.

du Gave , entre des buis et des ormeaux ; en face, le Piméné sp dresse au-dessus du Coumélie.a Adr. , dit M. Lemonnier, est un ‘groupe de maisons dépendant de Gèdre, àl’endroit nommé Sarre de Ben. Ce hameau, jplacé sur un promontoire fort exposé aux coups de vent, offre les restes d’un môle de rochers, que le cours des eaux a renversé lorsqu’elles s’échappèrent du bassin d’Héas. »

Une petite montée aboutit ensuite à deux vastes courbes que décrit successivement la route au-dessus du Gave. On commence à apercevoir le Marboré : « c’est d’abord une tour, puis une autre; ensuite apparaissent les murailles, et enfin la brèche, au haut d’un plan vertical où sont suspendus des lambeaux de neige. »

ROUTE 49. GÈDRE. — LE FIMÉNÉ.

45 min. de Pragnères. Gèdre (auberge de la Grotte), v. de 900 h., est situé à 980 môt. au point de jonction des vallées d’Héas et de Gavarnie ; des bois touffus de hêtres et de buis ombragent le confluent des deux torrents.

Si l’on veut visiter la grotte , il faut payer une contribution de 50 cent, à l’auberge de Palasset.

« La prétendue yrotte de Gèdre ou de Palasset n’est plus, depuis la débâcle du lac d’Hôas en 1788, que le débouché d’une longue tranchée d’où s’échappe le Gave d’Héas entre deux murailles de granit, et sous les branches croisées des érables et des tilleuls, qui n’y laissent pénétrer qu’une demi-clarté/ ï*s parois de cetie tranchée sont ornées de plantes toujours fraîches, de grêles saxifrages et de framboisiers dont les fruits, hors d’atteinte , mûrissent et se dessèchent sur leur tige. Lorsque les rayons du soleil, filtrant au travers du feuillage , viennent tomber sur les eaux du petit bassin où le Gave s’endort audessous de.son tortueux canal , ils répandentdans la grotte un demi-jour, merveilleux mélange de lumière et d’obscurité. » (De Chausenijuc.)

De Gèdre à Héas et au cirque de TruutnouseiV. R. 5l).

De Gèdre au Plméni.

4 li. à 4 li. 30 m. On peut faire une partie du chemin à cheval. Cette ascension est très-recommandée ; peu do sommets, dit Ramond, sont d’un accès plus facile; aucun peut-être ne dédommage aussi complètement dece qu’il en a coûté pour l'atteindre.

On gravit d’abord les flancs arides du Coumélie (1 h. 15 min.), et, quand on a laissé à dr. les escarpements d’où se sont écroulés les

rochers du Chaos, on arrive à une dépression dont les eaux du lac de Hosse (1963 mèt.) occupent le fond; un gazon court recouvre toutes les pentes; quelques rochers seulement en déchirent la surface, mais pas un arbre n’interrompt l’uniformité du paysage.

Après être descendu sur lés bords du lac, on commence à gravir lés pentes du Piméné, dont le sommet se dresse en face du côté du S. Peu à peu la pente devient tellement escarpée . que les cavaliers doivent descendre de leur monture et continuer à pied leur ascension. Cependant il n’y a point de dangers à courir, et bientôt oh arrive sur le sommet du pic, à 2803 mèt. d’altitude au-dessus du niveau de la mer.

Du Piméné on jouit d’une vue très-étendue, analogue à celle du pic de Bergons, mais plus détaillée (V. le panorama de M. V. Petit) : on a sous les pieds , du côté du S. , le cirque de Gavarnie ; à dr. s’élèvent les hauts pitons et les glaciers du Vignemale ; en face les terrasses et les tours du Marboré, le port de Gavarnie, la brèche de Roland, les cimes du Mont-Perdu , en partie cachées par l’Astazona;à g. le cirque de Troumouse et toute la vallée d’Héas, les ports de la Canaou et deCambielle; en se retournant, on voit Néouvieille, le pic de Bergons, le Pic du Midi, toutes les montagnes du Bigorre, Argelez et la plaine de Tarbes.

La vue du Piméné a inspiré de belles pages à Ramond. « Est-ce des aspects que l’on cherche? Voilà le Mont-Perdu, le Cylindre , le Marboré, ses tours et ses créneaux. On les a vus séparés, il faut les voir ensemble; on les a vus de loin, il faut les voir de près. On les a vus

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du fond des vallées ; il faut les voir de niveau, dominer ces vallées, ces cirques, ces amphithéâtres, et la source des longues cascades qui en franchissent les degrés. Comme ces murailles s’élèvent du sein de ces obscures profondeurs! comme elles surmontent le confus amas des Pyrénées ! quelles formes ! quelle couleur! quel jour en éclaire le faite, et quelle distance ces clartés mettent en tre elles et tout ce q ui ri valise avec elles ! C’est ainsi que les hauteurs extraordinaires se distinguent des hauteurs communes. Plus on s’élève et plus on est accablé de leur supériorité, et la comparaison de ce qui en approche de plus près est encore ce qui les rehausse davantage.

“ Le spectateur est-il occupé de plus vastes pensées? s’agit-il de reconnaître l’ordonnance de la chaîne?

Voici l’observatoire du géologue, aussi longtemps que l’accès du Mont-Perdu lui demeurera fermé; les montagnes primordiales sont derrière lui, les secondaires sous ses yeux , la transition à ses pieds , les alignements de tous côtés. Il contemple le chatnon tertiaire dans toute son étendue , et il médite sur les révolutions de la terre, en promenant ses regards sur cet immense cimetière des habitants de l’ancien monde. Nulle part des dépouilles aussi vénérables n’ont un monument si auguste. Elevé dans la haute région où le temps passe sans jamais rajeunir, la neige l’entoure de sa ceinture funèbre. Partout la mort; elle est dans sa substance, elle est dans ses formes, elle repousse tout ce qui vit de sa redoutable enceinte. Comme elles menacent ces vallées, ces cimes démantelées qui ne leur envoient que des

orages, des ruines, des torrents, des lavanges ! »

Du Piméné, on peut descendre à Gavarnie par la brèche d’Allan/.

(251Gmèt.), ou à Héas par le vallon d’Estaubé.

Se Cèdre à Gavarnie.

Au delàde Gèdre, le chemin pierreux et rapide , s’élève sur la base du Coumélie, dont on voit à peine quelques sapins couronner les escarpements. Mais, du côté opposé, les pentes du Saussa, verdoyantes et peuplées, offrent un aspect plus agréable. Les petits filets d’eau qui les parcourent , tels que des fils d’argent , bondissent en cascades du haut d’un rocher et se résolvent en poussière de vapeur avant d’atteindre le Gave qui mugit au fond de la gorge.

Bientôt on entre dans le Chaos ou dans la Peyrada, débris d’un contre-fort du Coumélie qui s’est écroulé en fragments énormes. « Là, au bout d’un quart d’heure , dit M. Taine, les arbres disparaissent, puis lesgenévriers et les buis, enfin les mousses ; on ne voit plus le Gave , tous les bruits cessent. C’est la solitude morte et peuplée de débris.

Trois avalanches de roches et de cailloux écrasés sont descendues de la cime jusqu’au fond. L’effroyable marée, haute et longue d’un quart de lieue, étale comme des flots ses myriades de pierres stériles, et la nappe inclinée semble encore glisser pour inonder la gorge. Ces pierres sont fracassées et broyées; leurs cassures vives et leurs pointes âpres blessent l’œil; elles se froissent et s’écrasent encore. l’as un buisson, pas un brin d’herbe; l’aride traînée grisâtre brûle sous un soleil de plomb; les débris dessé-

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