ROUTE 49. LE CHAOS. DE GÈDRE A GAVARNIE
chés spnt roussis d’une teinte morne, comme dans une fournaise. Une montagne ruinée est plus désolée . que toutes les ruines humaines.
a Cent pas plus loin, l'aspect de la vallée devient formidable. Des troupeaux de mammouths et de mastodontes de pierre gisent accroupis sur le versant oriental, échelonnés et amoncelés dans toute la pente. Ces croupes colossales reluisent d’une fauve couleur ferrugineuse; les plus énormes boivent au bas l’eau du fleuve. Ils semblent chauffer au soleil leur peau bronzée, et dormir, renversés, étalés sur le flanc , couchés dans toutes les attitudes, tous gigantesques et effrayants. Leurs pattes difformes sont reployées, leurs corps demi-enfoncés dans la terre; leurs dos monstrueux s’appuient les uns sur les autres. Lorsqu’on entre dans cette prodigieuse bande , l’horizon disparaît , les blocs montent 50 pieds en l’air; le chemin tortueux se glisse péniblement entre les masses qui surplombent; les hommes et les chevaux paraissent des nains; ces croupes rouillées montent en étages jusqu’à la cime, et la noire armée suspendue semble prête à fondre sur les insectes humains qui viennent troubler son sommeil.
« La montagne autrefois, dans un accès de fièvre, a secoué ses sommets comme une cathédrale qui s’effondre. Quelques pointes ont résisté, et leurs clochetons crénelés s’alignent sur la crête ; mais leurs assises sont disloquées, leurs flancs crevassés, leurs aiguilles déchiquetées. Toute la cime fracassée chancelle. Au-dessous d’eux la roche cassée manque tout à coup, par une plaie vive qui saigne encore. »
Sur un des rochers on montre en-
core l’empreinte des pieds de Bayard, le cheval de Roland, qui, lancé du haut du Marboré, a bondi jusque-là d’un saut de 4 lieues.
Du Chaos jusqu’à Gavarnie, la vallée plus ouverte , mais resserrée entre des gorges remplies de ruines et des montagnes pelées , où le calcaire se montre souvent superposé au granit qui, du côté de l’O.
s’exhausse sensiblement , offre un aspect triste et monotone. Au débouchéde la haute vallée d'Ossoue à dr. , on découvre, par-dessus l’escarpement qui en défend l’entrée, les cimes brillantes du Vignemale, dont on franchit le glacier pour se rendre au lac de Gaube par la montagne (V. R. 44). Après avoir traversé le pont Baryyui, sous lequel le Gave fait plusieurs jolies chutes, on ne tarde pas à atteindre
1 h. 30 min. de Gèdre , Gavarnie (auberge, chez Bélou. Il y a aussi une auberge à l’entrée du cirque), village insignifiant île 358 h. , situé à 1109 mèt. , qui doit sa réputation plus qu’européenne au cirque dont il porte le nom. Il était autrefois occupé par des Templiers qui y construisirent une église et un hôpital.
En 1307, lors de la destruction de l’Ordre , ceux du Bigorro furent conduits et brûlés à Auch. Treize d’entre eux, restés à leur hôpital de Sainte-Madeleine à Gavarnie, y furent massacrés , et les habitants montrent encore leurs treize crânes poudreux rangés sur une poutre de l’église.
Comme tous les villages de la frontière française, Gavarnie est moitié français, moitié espagnol, a Le nom sous lequel on le désigne a une signification complexe et s’applique également, dit M. Cuvillier Fleury, au cirque qui termine la
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ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
vallée, à la cascade qui la couvre de sa poussière d’argent, et enfin au passage pratiqué au milieu des neiges de la montagne. » Il se tient à Gavarnie chaque année, le 22 juillet, une foire internationale où les habitants de la vallée de Broto et les montagnards bigourdans viennent échanger leurs produits.
Gavarnie est hors de la ligne des douanes : on doit donc, si l’on est à cheval, prendre un acquit à caution à Gèdre ; Sinon, l’animal pourrait être saisi.
De Gavarnie a Cauterets par le col d'Ossoue (V. U. ks).
De Qavarnle an Cirque.
i h. de marche. On peut aller à cheval jusqu'à la baraque de la Cantine, à l’entrée du eirque.
Laissant à dr. le chemin du port de Gavarnie, on se dirige en ligue droite vers l’immense amphithéâtre qui s’ouvre du côté du S. Pour arriver au cirque , il faut traverser successivement trois bassins échelonnés l’un au-dessus de l’autre, qui furent autrefois des lacs. Le dérnier de ces bassins est un ovale régulier dont le sol, parfaitement nivelé par les eaux, est couvert d’une belle prairie nommée Prade de Saint-Jean. Le Gave silencieux y serpente en nombreux filets, et, du côté do l’E. , les hautes montagnes boisées la dominent.
« Une butte gazonnée, festonnée vers sa base par des débris de rochers et quelques arbustes, masque l’ouverture du cirque, et, le fermant au N. , opposait autrefois une digue aux eaux des cascades réunies en un grand lac , dont la nature du sol démontre la récente existence. On voit en effet, vers la dr. ,
la profonde coupure que les eaux de ce bassin supérieur se sont ouvertes elles-mêmes, ou à la suite de commotions terrestres , vers les régions plus basses. Une rampe étroite et difficile conduit en peu de temps au sommet de cette dernière barrière , d’où l’on découvre tout entière l’enceinte demi-circulaire ouverte au centre même du Marboré. »
« Il en est de Gavarnie , dit M. Cuvillier Fleury , comme de toutes les choses vraiment grandes et dont la grandeur n’est révélée que par l’étude, la réflexion, etsouvent même par la puissance du calcul....
Vu à distance, le cirque de Gavarnie ne laisse que l’idée la plus fausse et la plus imparfaite. Sa grandeur vous échappe. Vous pouvez vous croire à quelques pas d’un cirque bâti de main d’homme, et sur un plan donné par un architecte du département. Mais avancez : le cirque vous semblait tout près de vous; eh bien 1 vous allez juger de sa grandeur par sa distance. Il ne vous fallait, disiez-vous, qu’un quart d’heure de marche du point de départ; voici une heure que vous marchez, et vous n’avez pas encore pénétré dans l’enceinte; vous montez, vous montez toujours, vous traversez les bassins de plusieurs grands lacs aujourd’hui taris; vous cheminez au milieu des roches aiguës, sous un soleil ardent, et, à chaque pas que vous faites, le but que vous touchiez du doigt au départ semble s’éloigner davantage et fuir devant vous. Cette déception vous irrite. J’ai vu des voyageurs s’arrêter de fatigue et de dépit avant d’avoir franchi la limite qui les séparait encore de l’enceinte, et tourner le dos à la montagne perfide qui les avait appelés de si loin