‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 166 sur 384 · ROUTE 49* LE CIRQUE DE GAVARNIE · texte numérisé non relu

ROUTE 49* LE CIRQUE DE GAVARNIE

et semblait se retirer à leur approche. D’autres se couchaient sur le rocher , les yeux fixés sur l’inaccessible barrière, et la contemplaient douloureusement avec le sentiment de leur petitesse et de leur impuissance. »

Le cirque de Gavarnie a 400 met.

de haut, 3G00 mèt. de tour, trois étages de murs perpendiculaires, et, sur chaque étage, des gradins innombrables. Les neiges éternelles qui recouvrent les sommets sont dominées à l’E. par les môles énormes A’Astazou ou Frazona (3080 mèt.) ;àl’0. , par les crêtes du Taillon; en face, s’élèvent le Cylindre(3322 mèt.) et les Tours du.Marboré, la Brèche et la fausse Brèche; mais ce qui attire surtout les regards, ce sont les" Cascades, a Les filets d’eau arrivent par milliers de la plus haute assise, dit M. Taine, bondissent de gradin en gradin, croisent leurs raies d’écume, serpentent, s’unissent et tombent par dix ou douze ruisseaux qui glissent de la dernière assise en traînées floconneuses pour se perdre dans les glaciers du sol. » Le nombre des cascades varie suivant les saisons et la quantité des neiges; mais il en est deux qui ne tarissent jamais.

L’une d’elles, la troisième sur la g., a 422 mèt. de haut. «Elle tombe lentement comme un nuage qui descend, ou comme un voile dé mousseline qu’on déploie ; l’air adoucit sa chute; l’œil suit avec complaisance la gracieuse ondulation du beau voile aérien. Elle glisse le long du rocher, et semble plutôt flotter que couler. Le soleil luit, à travers son panache, de l’éclat le plus doux et le plus aimable. Elle arrive en bas comme un bouquet de plumes fines et on-

doyantes, et rejaillit en poussière d’argent; la fraîche et transparente vapeur se balance autour de la pierre trempée , et sa traînée rebondissante monte légèrement le long des assises. »

La neige ne disparaît presque jamais du fond du cirque, et le Gave, formé par les eaux des cascades, est obligé de passer sous un long p ont de neige qui varie de longueur et d’épaisseur suivant les saisons. Peu de curieux vont plus loin; cependant on ne peut avoir une idée exacte de la cascade, située à une heure de marche, qu’en allant la voir de près.

En été , elle est rompue aux deux tiers par une saillie du rocher, et, quand on arrive au-dessous d’elle, on n’en voit plus que la partie inférieure, haute de 130 mèt. environ. « Ces eaux, qui semblent tomber de la nue, ne forment d’abord qu’une nappe déployée, dit M. de Chausenque. La résistance de l'air la divise en vapeur que la moindre brise pousse au loin ; un brouillard humide voltige dans l’atmosphère....

« Mais si la cascade est encore si belle au soleil d’août, alors que les glaciers sont le plus réduits, combien doit-elle être majestueuse et terrible au printemps, lorsque le vent d’Espagne venant à souffler sur les neiges accumulées, les eaux rapidement fondues se précipitent des terrasses supérieures, et, doublant leur volume de tous les rochers qu’elles entraînent, viennent à s’élancer du haut de ces murailles en une masse énorme qui ébranle la montagne dans tous ses fondements? C’est alors qu’il faut la voir; la saillie du roc qui la brise a disparu ; dans sa hauteur de plus de 400 mèt., ce n’est qu’une nappe

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

large, unie, continue, et tous ces filets qui. drapent le pourtour du cirque sont devenus d’imposantes chutes. Ce sont toutes les trombes du ciel qui fondent à la fois. »

On disait autrefois que la cascade de Gavarnie prenait sa source dans un lac glacé , situé sur les hauteurs du Marboré. C’est une erreur, ainsi qu’on peut s’en convaincre quand on observe le Marboré du haut du Vignemale. La source, reconnue pour la première fois en 1847 , est à 2331 mèt. d’altitude. Le niveau moyen du cirque est à 1220 mèt.

au-dessus du niveau de la mer.

De Bavarnie à la brèche de Roland.

6 h. environ, aller et retour. Un guide est absolument nécessaire. Cette course intéressante est beaucoup plus facile et surtout moins dangereuse qu’on ne le dit généralement; mais il ne faut l’entreprendre que si on a le pied sûr, et si l’on n’est pas sujet aux vertiges. Des guides ont monté des femmes en chaises à porteurs jusqu’à la hicehe. Des crampons pouront être utiles aux personnes qui n’ont jamais escaladé de glaciers. On fera bien d'emporter des provisions.

Quand on a dépassé la Cantine, on suit d’abord le sentier qui mène au fond du cirque; puis, après avoir traversé le torrent, on oblique sur la dr. Le point vers lequel on se dirige ne présente d’abord, comme les autres parois du cirque, que de hautes murailles à pic : on ne sait par où l’ascension peut être possible. Mais, quand on est arrivé en face de la cascade, près d’un enfoncement noirci par l’eau , tout à coup le rochersembles’ouvriret laisse voir une espèce de ravin caché qui monte, avec une inclinaison presque verticale. dans uu schiste calcaire, dont

les couches obliquement rompues forment de légères aspérités suffisantes pour un pied exercé.

En 45 min. d’une montée roide on s’élève sur le premier gradin, et on se trouve à l’extrémité inférieure d’une longue pente herbeuse , nommée Ets-Sarradets. De là on voit parfaitement le cirque s’ouvrant comme une ouïe (chaudière) immense et noire au milieu des neiges éblouissantes du plateau.

La pente d’Ets-Sarradets se convertit peu à peu en un vallon étroit et rapide, semé de llaquesde neige entre les murs du faux Taillon et la partie inférieure du glacier de la brèche, qui dresse à g. son talus inaccessible. Au sommet de ce vallon, il faut gravir un mur de rochers entassés et couverts de neig?, pour atteindre le glacier escarpé que l’on doit escalader; là, on est souvent obligé «le tailler des degrés dans les glaces. Un faux pas pourrait être mortel. On doit donc marcher avec précaution et suivre les conseils du guide. A mesure qu’on s’élève , la pente devient plus douce , et , arrivé au point culminant (1 li.), on peut marcher librement vers la brèche sur un plateau de neige. Là, on croit d’abord pouvoir franchir la brèche de plain-pied; mais l’accès en est toujours défendu par un large fossé que les rayons du soleil ont creusé dans la glace , et dans lequel il faut descendre pour remonter de l’autre côté , au moyen des aspérités du roc. Enfin le seuil est dépassé (2804 mèt.), et le regard avide plane sur les régions vaporeuses de l’Espagne.

La brèche que Roland tailla dans le roc vif d’un coup de sa Durandal est, dit M. de Chausenque, « une ouverture d’environ 40 mèt.

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