ROUTE 51. D’HÉAS AU
son enceinte. Le pic de Troumouse réunit les deux branches du croissant; rien ne voile ses brillants glaciers, ses noires saillies, ses deux obélisques d'égale hauteur, qu’on appelle les Sœurs de Trottina use; il semble régner seul sur le yasto cirque ouvert à ses pieds. Ce cirque serait un gouffre s’il n’était immense : il n’a jamais moins de huit à neuf cents mètres de haut, mais il a plus de deux lieues de circuit; l’air est libre, le ciel ouvert, la terre parée de verdure ; de nombreux troupeaux s’égarent dans cette étendue dont ils ont peine à trouver les limites; trois millions d’hommes ne la rempliraient pas, dix millions auraient place sur son amphithéâtre; et ce vaste amphithéâtre, cette vaste plaine, c’est à la crête des Pyrénées qu’on les trouve, c’est à 1800 mèt. d’élévation absolue , c’est au fond d’une gorge hideuse où le voyageur se glisse en tremblant le long d’un misérable sentier dérobé aux précipices. »
De la chapelle d’Héas as port de la Canaoa.
4 à 5 h. <tè marché.
Pour aller au port de la Canaou , il faut, au delà du cirque, remonter le second bras de la vallée parcouru par le Gave de Maillet. Rien n’égale la désolation de ce ravin.
Dans tout le trajet on ne trouve pas un gazon, pas un mètre de terrain solide. Ce ne sont que graviers mouvants, pierres entassées , neiges durcies, où l’on ne fait un pas en avant qu’au risque d’en glisser ^)ix en arrière. L’entrée même du port est peut-être ce qu’il a de plus difficile; i.l suffit d'un coup de vent pour la rendre périlleuse, d’un peu de
CIRQUE DE TROUMOUSE. 315
neige pour la rendre impraticable.
Cette entrée n’est autre chose qu’un canal fort étroit et fort incliné, une véritable gouttière resserrée entre les deux bàstions, et qui vomit tour à tour des torrents, des lavanges et des pierres. Elle a donné son nom au port : dans l’idiome du pays, Canaou signifie canal.
Du haut de la crête , le regard plonge dans les profondeurs de la Vallée de Pineda, appelée aussi par les montagnards Béousse (en espagnol Bielsa) ;on y voit comme au fond d’un gouffre les prairies qu’arrose la Cinca, et les bois voisins de l’hospice; les plaines de l’Espagne apparaissent au loin par l’ouverture du col de fiiscle ou de Fanlo; à g.
s’allongent les montagnes du Port- Vieux; à dr., le Mont-Perdu et ses vastes glaciers se dressent à 1800 mèt. au-dessus de la vallée.
La pente est excessivement rapide du côté de l'Espagrib, et l’on descend sans aucun repos des neiges du sommet aux pelouses de la base.
11 faut 3 heures pour monter du val de Pineda au port de la Canaou, tandis qu’il suffit de 1 h. 1/2 pour gravir le col du côté de la France :
ainsi la pente du versant méridional est deux fois plus forte que celle du versant septentrional. Au pied de la montagne se trouve ï hospice, refuge très-nécessaire pour ceux qui se hasardent dans ces redoutables défilés : car, jusqu'au villagè de Pineda, situé dans la gorge qui fuit au S. E., entre la haute chaîne et un énorme contre-fort du Mont- Perdu, on ne marche pas moins de 6 h. sans trouver d’habitations. Pour voir Vouli de Béousse, creusée à la base du Mont-Perdu, et le lac d’où tombe la Cinca , il faut s’arrêter à l’hospice de Pineda.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
De l’fiospice de Pineda à Bielsa, on compte 3 h. La vallée que l’on descend est tantôt aride, tantôt boisée. Les habitants de la vallée d’Héas vont y chercher pendant l’hiver le bois qui leur est nécessaire pour se chauffer, et ils passent le col avec une charge de 60 kilog. Souvent ils s'enfoncent jusqu’à mi-corps dans la neige avec leur fardeau.
Bielsa est à 8 à 9 h. de Fanlo (V. R. 50) et à 12 h. de Venasque (V. R. 72).
U'Heas à Gavarnie par le Coumélie.
Sentier de montagnes , 3 li.
Après avoir descendu la vallée d’Héas à une certaine distance en suivant la base septentrionale de la montagne d’Héas , on monte pour aller traverser la vallée d'Estaubé au-dessus de la cascade. Alors on contourne par un sentier facile, à travers de beaux pâturages , les lianes du Coumélie. J£n face, on voit le vallon d’Aquila, les blocs épars sur les flancs du Cambelong, la gorge au fond de laquelle mugit le Gave d’Héas. Quand on est parvenu à peu près au-dessus du village de Gèdre , on tourne à g. ; on passe audessus du Chaos , et bientôt on voit du côté du S. se développer peu à peu l’arc immense du cirque de Gavarnie (V. R. 49). C’est un des beaux spectacles de la chaîne des Pyrénées.
Des flancs du Coumélie, on descend, par un sentier en zigzag qui offre d’admirables points de vue. au v. de Gavarnie.