‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 191 sur 384 · TE. VA.1 RE · texte numérisé non relu

TE. VA.1 RE

VER. SERA NVS. V.S.L.M.

(Aux Nymphes pour sa guérison, Severus. Seranns.... u accompli volontairement ce vœu bien mérité.)

Une seconde inscription plus im-

portante était autrefois placée sur le frontispice d’un temple consacré à Diane; actuellement, on la voit audessus d’une fontaine, entre la place aux Grains et les promenades Coustous; elle porte :

PiVMINI. AVCVSTl SACRVH

SECVXDVS. SEMDEBO ms. FIL. NOMINE VICANORCM . AQCEf»

SIVH. ET. 8VO. POSl'IT.

(Autel du Dieu Auguste , élevé par Secundus , Bis de Renthedo du Bourg des Eaux pour lui et pour les siens.)

Dans les fouilles entreprises en 1823 pour asseoir les fondations du grand établissement thermal, on trouva des médaillés, des colonnes èt des chapiteaux, enfin quatre piscines avec des revêtements en marbre Ornés de moulures travaillées avec art ; trois de ces piscines étaient carrées , la quatrième était ovale et pouvait avoir une circonférence d’environ 40 mèt. Tous ces débris ont été recouverts de terre.

« Bàgnères, comme le reste de la Gaule méridionale, passa, dit M. Frédéric Soutras , sous la domination des Visigoths , qui laissèrent subsister dans leur nouvelle conquête les monuments et les institutions de Rome. Jaloux de continuer l’œuvre de leurs prédécesseurs, les nouveaux conquérants ouvrirent des routes, bâtirent des ponts , construisirent des aqueducs, creusèrent des canaux. Un de leurs rois , Alaric , peut-être celui - là même qui fut vaincu par Clovis, dériva les eaux de l’Adour à 2 kil.

au-dessous de Bagnères , et répandit ainsi la fécondité sur toute la rive dr. du fleuve, dans un espace de plusieurs lieues.

« Mais quand les Franks firent

Di

irruption dans le Bigorre, ils l’incendièrent, le pillèrent et le saccagèrent, et revinrent dans leur pays du fiord chargés de butin , conduisant devant eux des troupeaux d’esclaves. C’est vers cette époque, sans doute , que fut détruit , à Vicus A que mis, le temple de Diane qui s’élevait au midi de la ville, sur la rive g. de l’Adour. Une église, placée sous l’invocation de saint Martin de Tours, s’éleva sur les ruines du temple ; vers le milieu du xvn* siècle, l’église fut démolie à son tour.

« Bagnères dut, sans doute, subir comme toutes les autres cités de l’Aquitaine le fléau de l’invasion des Normands; cependant Thistoire de cette malheureuse époque n’en fait aucune mention. Ce n’est que plus tard, quand les hommes du Nord se furent retirés ou fixés, quand le Bigorre fut devenu un État indépendant, que nous retrouvons le nom de Bagnères à cette page glorieuse de l’affranchissement des communes. La charte octroyée à la cité par le comte Centulle III lui confère, entre autres privilèges et immunités , le droit de se garder elle-même , droit précieux qui faisait de la commune affranchie une espèce de commune indépendante.

Dès lors Bagnères s’entoure d’une ceinture de remparts, flanquée de fortes tours, épaulée de bastions massifs.

« Les longues discussions de Henri de Transtamare et de son frère Pierre le Cruel furent la cause d’un grand désastre pour Bagnères.

Vaincu par le Prince Noir, Henri s’était réfugié sur les terres de France. Il recruta bientôt , avec l’aide de Duguesclin, des bandes de routiers et de malandrins qui faisaient la guerre pour leur propre

compte, dévastant tour à tour les Etats du roi de France et ceux du roi d’Angleterre. Animé par la vengeance , le prince castillan se jette en passant sur Bagnères, à cette époque vassale du Prince Noir. Les bourgeois dormaient, les sentinelles faisaient mauvaise garde. Les malandrins dressent en silence leurs échelles contre les murs du couvent des Dominicains, situé au N. de la ville. Ils y pénètrent sans être découverts, et de là se répandent dans la place , où ils commettent les plus affreux ravages.

a Après des luttes sanglantes, après de terribles séditions qui valurent à la malheureuse cité l’excommunication papale, après une guerre longue et cruelle , qui aboutit à l’expulsion des Anglais, le comté de Bigorre rentra sous la domination des rois de France, puis devint un apanage de la maison de Foix.

« Au milieu du xvie siècle , Bagnères fut le rendez-vous de la noblesse de Bigorre , de la Navarre et de la Guienne. C’est alors que Montaigne visita les Pyrénées, et écrivit ces lignes tant soit peu ironiques :

« J’ay veu, par occasion de mes voyages, quasi louis les bains fameux de chrestienté, et, depuis quelques années, ay commencé & m’en servir : car, eh général , l'estime le baigner salubre , et crois que nous encourons non légières incommodités en nostre santé , pour avoir perdu cette coustume, qui estoit généralement observée au temps passé quasi en toutes les nations, et est encore en plusieurs , de se laver le corps touts lesiourf; et ne puis imaginer que nous ne vaillions beaucoup moins de tenir ainsi nos membres encroustcz et no»

pores estoupez de crasse... A celte cause, i’ay, choisi iusqu'à celle heure à

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

m’arrester et à nie servir de celles oü il y avoit plus d'ameenité de lieu , commodité de logis, de vivres et de compaignies, comme sont en France les bains de Baniires..,. »

« A la même époque , le poète Dubartas vint aussi célébrer Bagnères , et

« Ces monts enfarinés d’une neige éternelle!

« En 1588, la ville, atteinte par une terrible épidémie , fut presque entièrement dépeuplée. Le fléau, disent les registres de la ville , ne cessa que grâce à l’intervention de Notre-Dame de Médous , qui se laissa toucher par les larmes des habitants , venus processionnellement aux pieds de la statue. En tête de la procession s’avançait une femme de Baudéan, nommée Liloye, qui fit, en se traînant à genoux, le trajet de Bagnères à Médous. A son approche, les cloches se mirent à sonner d’elles-mêmes, et, dès ce moment, Liloye fut vénérée comme une sainte. »

A dater de la fin du xvir siècle jusqu’à nos jours , l’histoire de Bagnères est purement thermale, qu'On nous permette cette expression. Le nombre des étrangers va toujours en augmentant; maintenant il s’élève chaque été à 18 ou 20 000 , y compris les hôtes des hameaux voisins. En effet, Bagnères attire les visiteurs par la douceur de son climat, par la beauté de ses environs bien plus encore que par l’efficacité de ses sources thermales.

Un voyage aux Pyrénées ne peut manquer d’avoir des résultats heureux ; car, d’après l’aphorisme philosophique de Bordeu : « Les eaux guérissent quelquefois , soulagent souvent et consolent toujours. »

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