‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 247 sur 384 · ROUTE 70. LUCHON. — CASCADE DES DEMOISELLES · texte numérisé non relu

ROUTE 70. LUCHON. — CASCADE DES DEMOISELLES

I h. 30 m. de Luchon à la pelouse de Jouéou (V, pag. 464). Là, le sentier se bifurque : le bras de g.

traverse le ruisseau près de la cascade des Demoiselles; celui de dr.

se dirige au S., et, laissant le ruisseau sur la g. , remonte vers les pâturages situés à la base du col.

Du eol de la Glère , situé à 2323 mèt. de hauteur, entre le pic de Sacroux à l'O., et le pic de la Glère àl'E. , on jouit d’une belle vue sur la vallée de l’Essera; il suffit de tourner un peu à g. pour découvrir presque en entier le bassin de Venasque, la ville avec son petit fort, les villages de Cerlé , de Saun et de Grist, dominés à l’E. par les contreforts de la Maladetta.

C’est au col de la Glère que viendrait s’ouvrir le tunnel du chemin de fer projeté entre l’Espagne et la France, par MM. Barrande et Lézat (V. R. 71). « En attendant cette voie, on trace en ce moment (juillet 1858), nous apprend l’Écho des Vallées , une route entre Luchon et ce col.

Elle a été ouverte à travers des difficultés sans nombre et des dangers tels qu'il fallait attacher les ouvriers aux rochers au milieu desquels ils avaient à frayer un passage. Un chalet va être construit dans la montagne pour servir de repos aux piétons, auxquels la voie nouvelle est dès à présent accessible. Elle ne sera livrée que plus tard aux cavalcades. »

Hosploe.

10 kil. 4 h., aller et retour. Cheval et guide, 4 fr. chacun; voiture, 20 fr. Un guide est tout à fait inutile.

Après avoir laissé à dr. le sentier qui se dirige vers la cascade des Demoiselles, la route de Luchon à

l'Hospice continue à dominer dans une belle forêt la rive de la Pique à une assez grande élévation; bientôt on traverse un torrent qui descend des hauteurs du Couradille.

De ce point on jouit d’une vue agréable sur les bois et les prairies du val de la Glère. On passe ensuite au - dessous du cône boisé de Campsaure (1733 mèt.) ; on franchit plusieurs petits torrents, puis on s’élève, par une pente plus douce, toujours ombragée, jusqu’à l'Hospice, auberge située sur un petit plateau nu et triste, à 1360 mèt. audessus de la mer , et dominée à dr.

par les escarpements du ptc de la Pique (2393 mèt.), qu’une arête hérissée de pointes relie au S. à la pyramide de la Mine (2767 mèt.).

k. B. La route de voitures cesse à l’Hospice.

Port de Venasque et retour par le port de la Pioade.

16 kil. jusqu'au Port de Venasque; 2 kil. de plus jusqu'au port de la Picade : 17 kil. du port de la Picade à Luchon. Aller, 5 h. 30 m.; retour, 4 h. 30 m. Cheval et guide, 5 fr. chacun.

Au delà du petit plateau de l'Hospice (10 kil.), la vallée se divise en deux bras ; l’un , encore boisé à son entrée , remonte à l’E. par des pentes comparativement faciles, pour former le t’ai de la Prêche, tandis que l’autre , s’ouvrant à la base occidentale du pic de la Pique, se redresse brusquement, aride et nu, entre deux parois escarpées de rochers.

C’est ce dernier qu’il faut suivre pour monter au port de Venasque , contourner ensuite au S. E. le pic de la Mine, revenir par le port de la Picade , le pas de l’Escaletle et

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

le val de la Frèche à l'Hospice, après avoir décrit une circonférence autour de l’aréte du pic de la Pique et du pic de k Mine.

On traverse d’abord le Gave de la Pique; puis, gravissant une belle pente gazonnée, sur laquelle une foule de sentiers suivent une même direction , on franchit le torrent , dont cm continue ensuite à remonter, sur des gazons, la rive g. On atteint ainsi

2 kil. 1/2 (12 kil- l/2> le Culet, où la roche perpendiculaire laisse glisser par une fente plusieurs cascades qui disparaissent plus bas sous des masses de neige. Les avalanches qui au printemps descendent de ce rocher ont souvent fait des victimes. On voit aussi à g. le trou dit des Chaudronniers, dans lequel périrent engloutis plusieurs voyageurs qui exerçaient cette profession.

Après avoir traversé plusieurs fois le torrent, on tourne à g. pour gravir un éboulement de roches escarpées qu’on appelle le rail du Culet , et au sommet duquel on entre dans le vallon sauvage de l'Homme, situé aux deux tiers de la montée du port, à 14 400 mèt.

environ de Bagnères. Une grosse pierre posée perpendiculairement sur le sol, et soutenue à sa base par d’autres blocs, est le monument qui a donné son nom à ce petit espace couvert d’herbes vivaces et de rhododendrons.

Une montée plus facile conduit ensuite jusqu'au pied même de la pyramide supérieure du pic de la Miné, et on laisse à dr. quatre ou cinq petits lacs qui se déversent l’un dans l'autre par-dessus d’étroites digues de rochers. Parvenu au-des- *us du lac le plu» élevé, qui est en

même temps le plus grand , on voit tout à coup une fente s'ouvrir à g.

à travers l’énorme paroi de la montagne : c’est le Port de Venatque; on le gravit par un sentier taillé en zigzag, qui d’en bas ressemble à un gigantesque escalier, et, à 1800 mèt.

de la pierre de l’Homme , on atteint le point culminant du passage , situé à 2 h. 14 min. à pied de l’Hospice, et à 2417 mèt. de hauteur absolue.

De là, on voit se dresser au S. , en face de soi, la Maladetta (Voy. la gravure-carte qui nous dispense de toute description).

M. Taine décrit ainsi la route de l’Hospice du port de Venasque:

« Ce puits semble l’aire du corbeau ; il faut des ailes pour échapper à l’inimitié de toutes ces pointes hérissées, et de tant de gouffres béants qui attirent le passant pour le briser.

< Bientôt le chemin semble arrêté; mur après mur, les rocs serrés obstruent toute issue; on avance pourtant , en zigzag , parmi les blocs roulés, sur un escalier croulant; le vent s’y engouffre et hurle. Nul signe de vie, nulle herbe; partout la nudité horrible et le froid de l’hiver. Des roches trapues se penchent en surplombant sur le précipice; d’autres avancent leur tête à la rencontre;* entre elles, le regard plonge dans des gouffres noirs dont on n’aperçoit pas le fond. Les violentessaillies de toutes parts s’avancent et montent , perçant l’air ; làbas, au fond, elles s’élancent en étages, escaladant les unes par-dessus les autres, amoncelées, hérissant sur le ciel leur haie de piques. Tout d’un coup, dans ce terrible bataillon, une fente s’ouvre; la Maladetta lève d'un élan sou grand spectre; des forêts de pins brisés

Page 1