‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 252 sur 384 · DE LUCHON A VENÀ8QUE · texte numérisé non relu

DE LUCHON A VENÀ8QUE

33 kil. 1/2. Retour par le port delà Picade. 3* kil. l/2. Aller 9 b. Retours h. Chemin praticable à cheval.

16 kil. De Luchon au port de Ve* nasque. (V. R. 70).

Du port de Venasque on descend par un sentier très-escarpé à travers les roches de la Pena Blanca et l’on contourne au S. la base du pic de Sauvegarde. A g., le pic de Paderne (2652 mêt.) , premier fleuron du groupe de la M&ladetta , semble grandir à mesure que l’on s’abaisse, et bientôt, on arrive an nivean de la forêt désolée et jonchée d’arbres morts qui en recouvre les derniers escarpements. Vers la base de la Pena Blanca, on passe au milieu de grands blocs roulés, ancienne moraine d’un immense glacier qui remplissait toutes les gorges entre le groupe de la Maladetta au S., et les pics Fourcanade, Pouméro , de la Picade et de la Mine, au N. et à TE.

A peine a-t-on franchi les derniers débris de la moraine qu’on entre dans le beau et vaste bassin de l’Hôpital, ancien lac comblé, et couvert maintenant de prairies et de marécages. Du haut des rochers escarpés qui l’entourent de tous les côtés, à l’exception du S. O., se précipitent de hautes cascades qui vont rejoindre au tond de la vallée la rapide Essera.

4 kil. (20 kil.) VH&pital, misérable auberge, située à 1703 mèt.

et servant aussi de poste de douane, est construit sur l’emplacement d’une autre maison emportée par une avalanche en 1838. N. B. Il est dû au fermier 25 cent, par oheval.

Au sortir de cette auberge, on voit sous une pittoresque scierie de planches la digue de l’ancien lac couverte de blocs roulés ; c’est une autre moraine , au delà de laquelle on découvre un autre lac encore rempli, et fermé lui-même par une troisième moraine. Plus loin, on franchit un torrent rapide descendu du lac de Gourgoulès , situé sur le versant méridional du pic Sacraux, puis faisant à g. un coude prononcé avec la vallée de l’Kssera, on longe la base de la montagne du Port Bieil, et on traverse

2 kil. (22 kil.) le torrent du Ramovgno , au-dessous de la belle cascade du même nom.

Plus loin la vallée se resserre; on passe sur trois ponts , ceux d’AguasP assas , de Litayroles, et enfin (2 kil. 1/2 ; 24 kil. 1/2) celui des Bains, situé au pied du rocher qui, de l'autre côté de la vallée, porte l’établissement thermal de Venasque. Pendant cette partie du trajet, on aperçoit plusieurs cascades, enjre autres celle de Neptune , dont les trois filets semblent de loin former un gigantesque trident.

il faut environ 1 h. de marche pour atteindre les Thermes, dont on voit l’énorme façade se dresser à une grande hauteur sur le bord même du précipice ; d’en bas la roche parait complètement inaccessible. Les six sources qui y jaillissent ont à peu près les mêmes propriétés que celles de Bagnères de Luchon ; pour être plus souvent visitées par les malades, il ne leur manque absolument qu’une position moins excentrique.

Au-dessous du pont des Bains le défilé, devenu de plus en plus étroit, ressemble à une large et profonde crevasse ouverte à travers le ro-

cher. Au delà d’une jolie cascade* il s’ouvre un peu et forme un petit bassin ovale , où l’on voit encore les débris d’un camp retranché élevé par les Français pendant les guerres de l’Empire. Franchissant une muraille qui défendait les fortifications du côté du S., on entre dans un nouveau défilé moins étroit, au sortir duquel l’Essera fait une chute magnifique au milieu des rochers.

Le nouveau bassin où la route pénètre alors est sans nul doute un ancien lac comblé ; il est fermé par des blocs énormes, restes de la belle moraine formée autrefois par le confluent de la vallée de l’Essera et de celle du Malibierne, qui longe la base méridionale de la Maladetta.

On traverse (1 kil., 25 kil. 1/2) le pont du Campamiento jeté sur l’Essera, et 80 mèt. plus loin , celui de Gréoytgno , situé à l’entrée du vallon qui remonte vers le lac Malibierne.

La route , devenant plus facile , on descend la rive g. de l’Essera, à travers une vallée couverte de buis, et, suivant toujours la direction du S.

O. , laisse à dr.

5 kil. (30 1/2) le pont de Cubère, formé d’une seule arche très-hardie jetée sur l’Essera. De là, en remontant la vallée d’Astor par des sentiers difficiles à traversdes rochers écroulés, on peut atteindre le port dlûo (V. R. 70). Tout près du pont, on remarque la petite chapelle de Saint- Jacques; bientôt après, on voit les premiers champs cultivés parsemés de quelques granges isolées, et on longe la base du mont Seia , d’où bondit la belle caseade de Yenasque au sortir même de la source, qui communique sans doute avec un lac situé de l’autre côté de la montagne.

Enfin, à un tournant de la toute

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

on voit tout à coup apparaître le fort, et bientôt on atteint l’étroite et misérable porte de 3 kil. (33 kil. 1/2) Vena«que (auberges : Brousseau , Pedro Ferras , etc., 8 à lOfr. par jour), petite V.

riche et commerçante, mais affreusement sale, située à 1109 mèt.

d’altitude, dans une position trèspittoresque, et contenant environ 500 hab. Elle est dominée à l’O.

par une montagne dont les assises calcaires semblent formées de gigantesques gradins ; à l’E. de grandes terrasses nues, et comme brûlées par le soleil, s’étendent jusqu’au pied descontre-fortsde la Maladetta ; au N., les montagnes de la frontière se dressent ainsi qu’une barrière infranchissable. Une citadelle, entourée de trois côtés par un ravin profond, s’élève au-dessus de la ville avec ses grandes murailles blanches percées fCembrasures , sa tour ronde crénelée et son haut donjon carré. Entre la citadelle et l’Essera, la ville développe sa longue rue, terminée à l’extrémité S.

par les deux tours de l’église. Un petit pont ogival la fait communiquer avec la rive dr. de l’Essera.

Dans la rue principale , ('al le Mayor, on voit plusieurs vieilles maisons pittoresques ornées de sculptures et d’inscriptions ; quelques-unes d’entre elles sont encore munies de leurs tourelles de défense. L’église, de construction romane, est assez petite, mais on y remarque plusieurs détails curieux:

dans la sacristie , on peut visiter de magnifiques ornements d’or et de soie. Une autre église a été détruite parles Français en 1809, lors du pillage de la ville. La citadelle n’offre pas un grand intérêt: c’était autrefoi s un si mple castel , depu is t ran s-

formé en forteresse ; les Français l’assiégèrent et la prirent en 1809.

A quelques lieues au-dessous de Venasque, on voit les ruines d’un château maure.

Le commerce de cette ville frontière de l’Aragon consiste surtout en mulets.

De Venasque à Ludion, par le port d’Oo. 1 i it ta h. ; par le port de la Pioade et l’Hospice de Luchon. 39 kil. to h.

(V. IS. 7o); par le val d’Aran (V. R. 73); — à Caldas, env. 12 h. (V. R. 73).

Chemin de fer de Lnehon à Venasque.

D’après le tracé proposé en 1853 par MM. Barrande et Lézat, le chemin de fer international de Toulouse à Saragosse devrait passer par Montrejeau, Luchon et Venasque.

En suivant la vallée de la Garonne depuis Montrejeau jusqu’à l’embouchure de la Pique, le tracé touche à Saint-Bertrand , va plus loin traverser la rivière l’Ourse à l’O. d’Izaourt, se rapproche de Bertren qu’il laisse un peu à l’E. , et arrivé au-dessus de Bagiry. A partir de ce village , il se recourbe à dr. autour du vallon de Siradan , va passer à Thèbe et au-dessous de Cazarilh de Mauléon , pour revenir ensuite à l’E.

vers Salechan , Estenos et Cierp ; il s’élève à 146 mèt. au-dessus de cette dernière localité , qui sera rattachée au chemin de fer par une route ordinaire. Continuant à se développer sur la rive de la Pique pour toucher à Signac, passer entre Binos et Bachos, et se maintenir audessus de Guran, de Cazeaux, de Cier de Luchon , d’Antignac , il aboutit plus loin, à son 42“ kil. de;développement, en face et au-dessus de Bagnères de Luchon. Cette ville se trouvantde 200 mèt. en contre-basdu

tracé du chemin de fer, devra aussi y être rattachée par une route ordinaire, ayant une montée moyenne de 0“,0ô par mèt. courant.

Au delà de Bagnères , le tracé suit , en s’in fléchissant vers l’O. , la rive g. du torrent de Go , passe au-dessous <le Cazaril de Luchon, de Trébons, de Saint-Aventin et de Castillon, pour remonter au-dessus d’Oo et aller franchir un peu plus loin la vallée du même nom et revenir sur lui-même en s’attachant aux coteaux qui forment le côté droit de la vallée de l’Arboust. Revenu ainsi en face de Bagnères de Luchon, dans la vallée de la Pique , il continue à la suivre , toujours sur la rive g. , jusqu’au-dessus de l’embouchure du ruisseau du Lys. Il contourne d’abord le promontoire de Superbagnères , puis se développe sur son flanc occidental , franchit la gorge de Castelvieil, pénètre dans la vallée du Lys , au fond de laquelle il traverse les deux ruisseaux de la Cascade d’Enfer et de la Cascade du Cœur, et revient ensuite sur lui-même, en s’attachant au flanc de la montagne qui forme le versant méridional de cette même vallée. 11 pénètre ainsi dans la gorge de Bounéou dont il suit le périmètre pour franchir le ruisseau qui lui donne son nom, et revenir ensuite, en longeant les sinuosités de la montagne, dans la vallée de la Pique jusqu’en face l’embouchure du ruisseau de la Glère.

Remontant ce dernier cours d’eau par la rive g. , et arrivé dans son développement à 81 100 mèt. de Montrejeau, le chemin de fer s’enfonce sous le col de la Glère à 1460 mèt. d’altitude, pour y former un souterrain de 6660 mèt. de longueur, et vient sortir à jour, sur

le versant méridional des Pyrénées, dans la vallée et sur la rive dr. de la rivière Esserra. Le débouché du souterrain dans cette vallée a lieu au-dessous et au S.

des bains de Venasque, près de la cascade de Campamiento; delà, le tracé , après avoir coupé la route qui mène du col de la Glère à la ville de Venasque, se développe le long des flancs de la montagne, contourne le promontoire qui sépare le bassin de l’Essera de la gorge d’Astos de Venasque, dans laquelle il s’enfonce pour franchir le ruisseau qui donne son nom à cet£e gorge. Il revient ensuite sur luimême vers l’E. , en restant attaché au versant des montagnes qui limitent au N. la vallée de l’Astos ; puis après avoir de cette manière atteint de nouveau'l’embouchure de cette gorge, reprend la vallée de l’Essera et franchit ce cours d’eau au-dessous de la scierie de Fraïle, quelque peu au S. du confluent de l’Astos. Une fois établi ainsi sur la rive g. de l’Essera, il descend jusqu’à la ville de Venasque, qu’il laisse à une très-faible distance sur sa dr., après un développement total de 109 200 mèt.

En résumant les traits saillants que ce tracé présente , nous voyons qu’il offre, sur le sol français, deux lacets principaux, l’un dans la vallée de l’Arboust , l’autre dans celle du Lys; et deux autres d’une moindre étendue, l’un dans la gorge de Cazarilh de Mauléon à Sainte- Marie, et l’autre dans celle de Bounéou.

Sur le sol espagnol, nous ne trouvons qu’un seul lacet, celui de la gorge d’Astos.

Lès rampes maximum étant de 2 centimètres par mètre, il est évident que, si on voulait adopter des

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

rampes plus fortes, ou pourrait redresser la voie et éviter ces grands détours dans les vallées latérales.

Sauf le tunnel, il y aurait très-peu de travaux d’art à exécuter; le viaduc le plus long, celui de la vallée de l’Astau à Oo, n’aurait pas plus de 220 mèt. de longueur.

D’après les auteurs du projet , le kil. courant du chemin de fer international reviendrait à environ 660 000 francs.

Page 1