‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 253 sur 384 · LA VALLÉE D’ARAN · texte numérisé non relu

LA VALLÉE D’ARAN

De Saint-Béat à Viella.

35 kil. Ruutede voilures jusqu’au pont du Roi. 10 kil. l/2. Du pont du Roi à Viella, route de mulets; cheval et guide de Luchon k Bososl, par Saint-Béat, 6 fr. chacun. — De Luchon k Viella, aller et retour le même Jour, cheval et guide, a fr. chacun ; idem, en deux jours, T fr.

Le Val d’ Aran , qui doit son nom à l’antique divinité gauloise Aram, est situé au centre môme des Pyrénées, au point où les deux chatnes ■yenues de l’Atlantique et de la Méditerranée viennent se rencontrer et former ensemble une espèce de remous circulaire de montagnes; dominé de tous côtés par de hautes sommités en partie couvertes de neige, il ü’a d’autre ouverture que l’étroit défilé de la Garonne à son extrémité N. O. ; partout ailleurs il ne peut communiquer avec les vallées voisines que par des cols trèsélevés. Aussi semblerait-il , au point de vue géographique, devoir former une république indépendante comme le val d’Andorre, ou peutêtre appartenir à la France, puisque toutes ses eaux viennent se déverser par la Garoune dans les plaines de

Toulouse. Cependant les Aranais sont Espagnols, et leur patois est une espèce d’aragonais. Longtemps cette vallée fut tributaire tour à tour du Comminges et de l’Aragon; mais en 1192, elle devint espagnole pat le mariage de Béatrix, héritière du comté, avec un seigneur de la maison royale de Saragosse. Ou y compte actuellement enyiron 20 000 hab. , répartis entre une trentaine de petits bourgs et villages. Les crétins y sont plus nombreux que dans les autres vallées des Pyrénées.

Au sortir de Saint-Béat, on longe la rive g. de la Garonne; on passe vis-à-vis du ravin de Latbach , où se voient le v. de Lez (265 hab.), et plus bas, la vaste carrière de marbre brèche de Saint-Martin, dont l’exploitation date du moyen âge ; puis on s’éloigne un peu du fleuve avant de traverser le Riousec et d’atteindre

3 kil. Arlos , petit v. de 372 hab. , dominé par de belles forêts de hêtres et de sapins. Plus loin on laisse à g., de l’autre côté du fleuve, Argut-dessous , v. de 470 hab. , et Argut-dessus , v. de 521 hab., qui s’est bâti beaucoup plus haut sur le flanc boisé du pic ae V Étang (1814 mèt.). Près de ce village on exploite une mine de plomb, une miné de manganèse, une ardoisière et une carrière de marbre sanguin.

Après avoir franchi le Boncouas, qui prend sa source dans les gorges orientales du Pales de Burat, la route continue pendant quelque temps à longer la base des escarpements boisés de la rive g. , puis traverse la Garonne pour entrer à

3 kil. (6 kil.) Fos, petite V. de 1724 hab., qu’a enrichie jadis son commerce avec l’Espagne, quand la vallée d’Araü possédait des privi-

ROUTE 73. LA VALLÉE d’aRAN. — LE PONT DU ROI. 483

léges ; aujourd’hui encore, il y règne une certaine activité, et dans les environs un grand nombre de scieries débitent les bois descendus des hautes vallées de la Garonne.

En amont de Fos, on suit une belle avenue entre des jardins , et l’on voit à dr. briller à travers les arbres l’eau de la Garonne coulant à pleins bords au milieu des prairies; des maisons éparses çà et là jusqu’au petit hameau du Sérial, situé à l’embouchure du ruisseau du même nom , embellissent encore le .paysage. Dans la gorge qui s’ouvre à g. vers les hauteurs de la Tour de Crabère (2630 mèt.), on ape rçoit le village de Melles (1 1 55 h .), Suspendu pour ainsi dire aux escarpements de la montagne.

De Melles à Gastillon (V . R . 7 %).

Après avoir traversé le Sérial et passé sous la vieille tour de Pomorin, on franchit le Muras, descendu du Bout de la Pique (2032 mèt.) , et on se dirige au S. à travers un bassin nu qui se rétrécit peu à peu jusqu’au

4 kil. 1/2 (10 kil. 1/2) pont du Roi, jeté sur la Garonne au point le plus élevé de la gorge, là où deux énormes rocs semblent n’être plus qu’une seule et même masse, fendue pour livrer passage au torrent.

En voyant cette ouverture où quelques hommes suffiraient pour arrêter une armée, on s’étonne moins que le val d’Aran appartienne à l’Espagne , avec laquelle il communique par plusieurs cols. C’est au pont du Roi , limite des deux Etats, que se termine la route carrossable et que commence la route de mulets.

Lorsqu’on a franchi le pont, on remonte le long de la rive g. à la

base orientale du Pales de Burat et de Bacanère, où l’on exploita quelques mines de fer, puis on arrive à Pontaou, premier v. espagnol, ainsi nommé à causé d’un pont de pierre d’une construction très -hardie qui conduit à Canejan, situé sur une terrasse pittoresque à l’extrémité de la vallée de Toran, descendue du lac de Peyrobun. D’après M. Boubée, il y aurait encore dans cette vallée des fanatiques qui, pour représenter Jésus-Christ dans le supplice de la croix, demanderaient comme un honneur de se faire fouetter jusqu’au sang, couronner d’épines et clouer par les mains sur un arbre en croix. A l’O. de Pontaou un autre v., Bausen, se dresse sur la hauteur. Plus loin la vallée s’élargit un peu; on passe de nouveau sur la rive dr. de la Garonne en deçà de

5 kil. 1/2 (16 kil.) Lex, célèbrp par ses sources thermales. L’établissement est situé à 6 min. environ au S. du village, à l'extrémité d’une avenue surla rive dr. de la Garonne, et au pied d’une tour-signal; il comprend 20 cabinets de bains, dont les baignoires sont en marbre de Saint- Béat , et des appartements pour les malades. On y donne souvent des fêtes pendant l’été.

Au sortir de Lez, on traverse de nouveau la Garonne, et on entre dans la petite plaine où, au milieu des champs de blé , on trouve d’abord le hameau de l’Espériade , et enfin, au bout d’une avenue bordée de chapelles,

3 kil. (19 kil.) Bosost (auberge d'Augustino , chère) , b. de 500 hab. , situé à 730 mèt. et ne différant d’un v. que par sa vaste halle, et le nombre de ses rues, d’ailleurs fort sales.

Le portail de l’église (celui qui tou-

k8k ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES.

che au clocher) est surmonté d’un bas-relief dont les sculptures grossières représentent les Evangélistes.

De Bosost à Ludion par le Portillon (V. R. 70).

Au sortir de Bosost , on continue à remonter la rive g., dans la direction du S. , puis du S. E., à travers des fonds monotones dominés à dr. par les pics de Couradilles et de l’Entécade.

Lorsqu’on a dépassé quelques granges vers lesquelles un sentier ouvert entre des bois et des fourrés de noisetiers monte au Portillon , établissant ainsi une communication directe entreViellaetLuchon, on atteintaprès 2 h. démarché, le point où les deux Garonnes se réunissent sous la butte de Castelleon , dont le château , autrefois chef-lieu féodal de la vallée, fut détruit en 1719 par les Français pendant la guerre de Succession, et n’offre plus aujourd’hui que des restes insignifiants. On traverse sur un vieux pont que ferme un reste de fortifications la Garonne de l’Ouest ou Joueou, qui descend des glaces de la Maladetta par la vallée d’Artigue de Lin ; puis on monte à

7 kil. (26 kil.) Las Bordes, v. situé à 790 met. sur la hauteur au-dessus du confluent des deux Garonnes.

Excursion au Goueil de Joueou.

Aller, 3 b.; retour,* h.

On prend d’abord un chemin taillé sur le versant de la montagne qui domine le Joueou du côté de l’E., et, à 30 min. de Las Bordes, on descend au bord du torrent dans une gorge boisée où les eaux se sont ouvert une issue à travers les blocs de rochers et les arbres. On passe alors sur un pont de sapins mal assemblés; on traverse une clairière, puis de nouveaux bois.

jusqu’à ce qu’on atteigne un grand espace libre, où l’on voit à mi-pente des bâtiments neufs couverts d’ardoises et dominés par d’autres bois qui remontent jusqu’à la limite des neiges. C’est l 'Ermitage ou plutôt l'Auberge d'Artîgue de Xiin, situé à 1235 mèt. (1 h. 45 min.)

De l’Ermitage un sentier s’élève à l’O. par un ravin escarpé au col de Mounjoyo (2078 mèt.), et va rejoindre, dans le vallon de la Frèche au-dessus de l’Hospice de Luchon , le chemin du Port de la Picade (V. R. 70); un autre sentier conduit dans une direction opposée à (2 h. 30 min.) Viella, sans passer par Las Bordes. Il est plus court de 30 min. que la route indiquée ci-dessus de l’Ermitage A Las Bordes et, ci-dessous, de Las Bordes à Viella.

Au delà de l’Ermitage, on remonte par un sentier difficile et inégal la rive g. du Joueou , dont on ne cesse d’entendre mugir les cascades. Enfin , après avoir laissé à g.

une belle cataracte que les arbres empêchent de bien voir, on traverse les deux bras d’un torrent qui va se jeter dans le Joueou un peu en amont de la chute, et l’on arrive (45 min. d’Artigue de Lin) en face du Goueil de Joueou, dont on peut voir à travers les branches les quatre jets bondir hors des cavernes du rocher et se briser avec fureur au milieu des rocs amoncelés. Cette eau, qui reparaît au jour, est celle qui s’est engloutie à 4 ou 5 kil. de là dans le gouffre du Toro , au pied de la Maladetta (V.page 472). Dans son cours souterrain, la chute du ruisseau est de 600 mèt. environ, puisque le trou du Toro est à 2024 mèt. , et le Goueil de Joueou à 1430 mût. d’altitude. Cette source

fut autrefois consacrée à Jupiter, comme l’indique encore son nom de Joueou ( Jovis ) , Goueil de Joueou (Œil de Jupiter).

Pour l’examiner de près, il faudrait traverser le Gave un peu audessus, et contourner des rochers abrupts, pendant une demi-heure environ.

Du Goueil de Joueou au port de delà Picade, on compte 2 heures de marche environ. On continue à remonter la rive g. du Gave qui descend du lac de los Negros sur les flancs du pic de Fourcanade ; on traverse un autre torrent qui vient du port de la Picade et l’on gravit dans la direction du S. des escarpements d’où l’on jouit d’une vue magnifique sur la vallée d’Artigue de Lin. Inclinant ensuite <\ l’O., on franchit un torrent alimenté par les eaux du lac de Poumero, puis on traverse un bois de hêtres magnifiques, au sortir duquel on entre dans les riches pâturages de la Couine de Poumcro , qui se terminent à l’O. par une gorge de plus en plus aride et escarpée où l’on voit de loin briller une cascade. Bientôt on arrive à la région des neiges et on atteint enfin le port de la Picade (V. R. 70).

Du port de la Picade à Venasque et à Luchon (V. R. 70).

De Las Bordes à Viella. <

Au sortir de Las Bordes, la vallée de la Garonne orientale, dont on longe la rive g., n’offre plus que des hauteurs escarpées, des bois clair-semés et des blocs de granit épars. A g. , sur le versant de la rive opposée, on voit le village de Benos , à peu de distance duquel s’ouvre la profonde c allée de Barrados , qui remonte au N., puis à l’E. vers

VALLÉE D’ARÀN.

le port de la Hourquetle, d’où l’on descend ensuite sur Seintein et sur Castillon, dans le département de l’Ariége. Plus loin , on aperçoit sur la rive opposée le v. d ’Arrot, dominé par le château moderne du senor Troï, et on traverse la Garonne sur un vieur pont pour' atteindre

5 kil. (31 kil.) Aubert, v. pittoresque situé sur la rive g. du fleuve.

Un peu après le v. de Bilac, la vallée incline à l’E. au pied du Courbisson; un nouveau bassin s’ouvre , et la capitale d’Aran apparaît avec ses nombreux clochers audessus de hautes montagnes dont des bois et des pâturages couvrent toutes les pentes , et dont les sommités neigeuses décrivent une immense circonférence. Peu de temps après avoir dépassé le couvent et la chapelle gothique de Milg-Aran ( milieu d’Aran ) , situés au centre même de la vallée sur l’emplacement d’un temple consacré au dieu Aram , on entre à

4 kil. (35 kil.) Viella (auberges chez Cabesset, chez Gillis), cheflieu de la vallée d’Aran, v. de 800 hab., situé à 881 mèt., sur la presqu’île formée par le confluent du Rio Negro à g., et de la Garonne à dr. , et composé d’un amas de maisons bizarrement groupées autour de places irrégulières. Une église principale et plusieurs chapelles d’une architecture massive, mais très-ornées dans l’intérieur, un pont couvert jeté sur le Rio Negro, des maisons antiques garnies de balcons et de miradores, lui donnent un caractère tout à fait espagnol ; toutefois, à part son aspect général, elle n’a rien d’intéressant à montrer aux étrangers qui viennent la visiter. On voit encore au-dessus

' ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

de Viella les ruines d’un petit fort que les Français rasèrent en 1814.

De Viella à Confleos (V. R. 75).

De Viella à Venasque par le port de Viella.

15 li. Cbemin de mulets.

On remonte la vallée du Rio Negro vers le S. , en restant toujours sur la rive dr. du torrent, et en 4 h. de marche, par un sentier difficile, on franchit le fort de Viella qui s’ouvre à la hauteur de 2506 mèt. au-dessus de la mer.

Bientôt après, on atteint l 'hôpital situé dans une belle prairie sur le versant de l’Aragon, près des sources de la Nuguera Ribargoçana , qui , plus au S. , va se jeter dans la SègreàLerida. Au delà de l’hôpital, on descend le cours du torrent jusqu’au v. espagnol de Nethou situé à la base méridionale de la montagne du môme nom, puis on contourne l’énorme masse des Monts Maudits, en passant à travers le défilé du port de Castanéze; enfin, après une longue journée de marche, on atteint Venasque (V. R, 72).

De Viella aux sources de la Baronne.

3 b. à S b. 30 m. Gbemin de mulets.

Au delà de Viella, la vallée de la Garonne qui remonte jusque près de sa source dans la direction de l’E.

continue à être fertile et peuplée.

Le fleuve naissant serpente à g. de la route au milieu des belles prairies que dominent des escarpements boisés; les villages sont très-rapprochés. On traverse successivement : (20 min. de Viella), Belren,

dont l’église offre des sculptures étranges ; Escognau; Caiaril et A rtias. A 500 mèt. en deçà de ce dernier v. , on laisse à dr. un établissement thermal (eaux sulfureuses) nouvellement construit. Cet édifice a environ 20 mèt. de longueur et 10 mèt. de largeur; il contient 26 cabinets de bains avec des baignoires en marbre blanc. En 1852, le nombre des malades qui ont visité ces eaux s’est élevé à 260.

Artias est situé au débouché du Val-Ârtias, où l’on exploite d’importantes carrières de marbre blanc.

Ce vallon, à l’entrée duquel on voit une petite église sur une butte rongée par le torrent, s’élève en droite ligne vers le S. , puis se bifurque en deux embranchements dont l’un remonte au S. O. vers le port de Rieus ou Rios, tandis que l’autre, beaucoup plus fréquenté, se dirige au S. E. , vers la base occidentale du cône de M Ontario (2941 mèt.), et franchit le port de C aidas , par lequel on descend dans la direction du S. aux bains de Caldas de Bohi , situés à 10 lieues de Viella, sur le Tor; affluent de la Noguera Ribargoçana, et visités annuellement par un millier de malades environ.

Au delà d’Artias , où l’on passe la Garonne pour atteindre Gesa , la vallée se resserre, et devient moins fertile; les villages qu’on aperçoit sont plus espacés sur les hauteurs.

Bientôt oü arrive au débouché de la vallée profonde et presque inhabitée de Bouchergues, remontant au N. vers un petit col qui le sépare du val de Canejan. Ainsi le massif montagneux qui occupe le milieu du paysd’Aran et dont le pie de Sénère forme le point central,

Page 1