‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 280 sur 384 · ROUTE 87. DE SAINT-GIRONS A FOIX · texte numérisé non relu

ROUTE 87. DE SAINT-GIRONS A FOIX

bi tâtions, ses vastes prairies, ses bouquets d’arbres , ses belles montagnes ; à dr. , sur un vallon boisé et fertile. Du côté du N., une longue crête grise sans caractère borne l'horizon.

On n’a plus qu’à descendre. On laisse à g. le hameau de Boulon; et à dr.

7 kil. (38 kil.) Saint- Martin de Caralp (552 hab.). Déjà Ton aperçoit au S. E. , à une distance d’environ 10 kil. , les ruines de Montgaillard (V. R. 91), et bientôt, à un détour de la route, on découvre la ville de Foix elle-même, dominée par son vieux château. Enfin , après avoir dépassé le village de

3 kil. (41 kil.) Cos (155 hab.), on descend dans la vallée du Larget ou- Arget, ainsi nommé parce qu’il roule des paillettes de mica semblables à de l’argent.

La partie supérieure de cette vallée est connue sous le nom de la Barguillère. Elle renferme plusieurs villages très-rapprochés , qui sont, en allant de l’E. à l’O. , Saint-Pierre (429 hab.); Brassac (1340 hab.); Benac( 261 hab.) ; Serres (1458 hab.); le Bosc (1049 hab.), et au S., dans le vallon latéral de la Fargue , Ganac (1307 hab.). On y trouve des forges et des martinets , célèbres dans tous les départements voisins pour la fabrication des faux , des limes et des clous.

Après avoir suivi le versant N. de la vallée du Larget pendant quelque temps, on traverse, sur un beau pont viaduc de 5 arches , le ruisseau qui lui donne son nom , et on entre à

3 kil. (44 kil.) Foix (Hôtels : Lacoste, Rousse), l’ancien Fuxium, actuellement le chef-lieu du département de l’Ariége, V. de 5257 hab.

(3600 hab. de population agglomérée) , située à 374 met. d’altitude sur la rive g. de l’Ariége, au confluent du vallon du Larget, et dominée par les ruines pittoresques de son château. « Je doute , dit M. de Chausenque, qu’il y ait dans tout le royaume de plus humble chef-lieu de préfecture : vieilles maisons mal bâties ; rues étroites et tortueuses; point de places; site inégal et enfoncé entre de tristes hauteurs; rien n’y manque pour en faire un lieu d’exil. L’enceinte de montagnes ne s’ouvre un peu que du côté du S. »

On ne sait pas à quelle époque remonte l’origine de Foix, et ceux qui en attribuent la fondation à des Phocéens de Marseille n’ont d’autre preuve à l’appui de leur opinion qu’une vaine étymologie (Phocéens, Foix). La plus ancienne monnaie trouvée sur l’emplacement de la ville actuelle date de l’époque des Mérovingiens, et ce fut dans le v siècle seulement qu’on dédia en ce beu une basilique à saint Nazaire.

« Quoi qu’il en soit, dit M. Pascal Duprat, l’existence de Foix, comme ville, ne peut être placée au delà du xi* siècle. Roger, comte de Carcassonne, étant mort Tan ' 1090, son héritage pobtique fut divisé entre ses fils, et Bernard obtint, avec le Couserans, la forêt de Bolbonne (près de Mazères) et la seigneurie de Foix. Il fixa son séjour dans cette ville avec sa mère, et bientôt après il y célébra son mariage avec la fille du vicomte de Béziers. Le pays de Foix fut alors érigé en comté par le comte de Toulouse, ce qui indique suffisamment pour Foix un lien de féodalité avec Toulouse et ses chefs.

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

« Le second successeur de Bernard, Roger II, qui remplaça, en 1111, son père Roger I", dut contribuer au développement de la ville de Foi* , où son mariage avec une belle Provençale attira , dit-on, un concours prodigieux. On y venait de tous côtés pour saluer « ce thrésor de vertu et de beauté. » Mais ce trésor échappa bientôt 4 Roger, et son second mariage avec une de ses sujettes, Eximène, fut moins favorable 4 la ville de Foix. Les habitants du pays trouvèrent que le comte avait flétri l’honneur de sa maison; ils se révoltèrent, et le château de Foix faillit être surpris.

Roger cependant parvint à comprimer cette révolte,

« Sous Bernard le Gros, ou Roger III, en 1144, Foix reçut des développements assez considérables.

Le nouveau comte, d’après l’expression d’Olhagaray, « travailla long- « temps à fortifier ses villes, sça- <i chant que les forteresses, quoyque « petites, sont de très-grand usage, « tant pour abréger une guerre que x pour enfler et élever le cœur des « combattants , et notamment quand « les ingénieux les tracent en lieux « propres. » Il fit garnir le château de toutes sortes de munitions; il jeta sur l’Ariége un pont è deux arches, qui facilita les communications et devint un ornement pour la ville. Ayant épousé, l'an U 40, la fille du, comte de Barcelone, qui fut richement dotée, il la conduisit â Foix, qù il en eut un fils l’année suivante, le célèbre Raymond, l’adversaire de Simon de Montfort. »

Pendant la guerre des Albigeois, le comté de Foix ne fut [tas épargné. Simon de Mputfort parut sur son territoire et, y porta partout le

fer et le feu. Il attaqua même le château; mais les habitants, armés de pierres seulement, mirent les Français en fuite, après leur avoir tué beaucoup de monde. Simon eut beau jurer qu’il ferait « fondre comme graisse le rocher de Foix et griller le maître, » il s’abstint de revenir.

a Après la mort de Raymond , sous Roger Bernard, dit le Grand, le lien féodal qui rattachait Foix â Toulouse fut rompu. Le comte de Toulouse affranchit son vassal de l’hommage qui lui était dû, pour l’engager à se détacher du parti des Albigeois. 11 est vrai que cette suzeraineté fut remplacée par une autre d’un caractère plus sérieux.

En 1229, Roger Bernard assembla ses Etats pour leur communiquer la détermination qu’il avait prise de se placer sous la main du roi dq France avec ses terres et ses ohâteaux. « Bon Dieu ! quelle faute !

« s’écrie â ce sujet un vieil histo- « rien. L’on dira que la maille est « bonne qui sauve le denier, qu’il a faut perdre quelque peu pour conx server un Estât ; mais c’est perdre * tout, perdant la liberté. C’est vies yre en valet, en faquin et en serf; « et celui qui combat pour la lix berté ne manque ny de cœur, ny x de mains. » Le comte se repentit de l’hommage qu’il avait prêté, mais il n’était plus temps.

« Rien d’important ne se passa à Foix sous les deux comtes suivants, Roger dit Rotfer et Roger Bernard, si ce n’est que le dernier, après avoir accompagné Louis IX, son suzerain, dans la malheureuse expédition de Tunis, rentra tristement dans sa ville, ramenant les débris. de la troupe qu’il avait conduite en Afrique.

ROUTÉ 87. FOIS

« Des événements d’un plus haut intérêt pour Foix et pour le pays s’accomplirent quelque temps après.

Un autre Roger, successeur des deux comtes que nous venons de nommer, s’unit à la maison de Béarn , alliance féoonde qui devait engager les États de ce pays à reconnaître la maison de Foix pour sa souveraine, après la mort de Gaston de Moncade. Ce fut à peu près à la même époque, en 1272 , que la ville de Foix échappa à un danger dans lequel il semblait qu’elle dût succomber, Des différends s’étaient élevés entre Roger et Philippe le Hardi, son suzerain. Philippe, irrité de trouver quelque résistance dans un vassal, se jeta brusquement sur le comté de Foix et assiégea la ville. L’attaque fut vivement poussée, mais la résistance ne fut pas moins ferme et moins énergique. Le roi, dont tous les efforts étaient impuissants, malgré la nombreuse armée qu’il commandait, résolut d'abattre l’énorme rocher sur lequel est assis fièrement le château. Une pareille entreprise était assez difficile, à une époque où la poudre n’était pas encore inventée. Les travaux commencèrent cependant, et furent suivis avec lant de vigueur, que bientôt . d’énormes quartiers de pierre se détachant de la masse, le rocher allait crouler. 11 fallait se résigner à périr ou à se soumettre : le c'omte prit ce dernier parti. Il obtint sa grâce, et sa ville fut sauvée.

« La tradition et l’histoire ne nous disent rien ' de Foix dans les gouvernements qui suivent. L'adjonction du Béarn ôtait naturellement à cette ville une grande partie... de sou importance : presque tou* les comtes séjournèrent à Pau.

« Les guerres religieuses gui ensanglantèrent tout le Midi désolèrent aussi le pays de Foix, et principalement la ville. Les seines douloureuses qui avaientsignalé l’époque des Albigeois se renouvelèrent avec un caractère encore plus grave.

Paillés gouvernait alors à Foix pour Antoine de Bourbon, qui avait réuni dans ses mains les domaines de Foix et de Béarn avec la Navarre. Ceux de la religion , comme on disait dans ce temps-là, furent impitoyablement poursuivis. L’àriége roula un grand nombre de cadavres; des femmes enceintes y furent même précipitées. Quand le calme fut revenu, les habitants furent déchargés des impôts qu’ils payaient- C’était un baume que la maison de Navarre jetait sur leurs oicatrices. Foix passa encore par quelques crises, tristes résultats des dissentiments religieux; mais elles ne laissèrent pas de traces aussi sanglantes.

a L'avénement d’Henri IV au trôna amena bientôt la réunion de toutes les provinces du petit royaume çle Béarn à la couronne de France.

Foix subit la destinée du comté dont elle était la capitale , et qui avait brillé d’un si grand éclat au moyen âge. Fondue dans l’unité de la monarchie , elle ne fut plus que le siège de l’un de ses principaux gouvernements militaires. Le comt^ perdit son existence politique, et la Révolution le remplaça par un département qui emprunta son nom à la rivière dont les eaux baignent l’ancienne cité des Roger et des Raymond ' . »

Le rocher de Foix se dresse à l’extrémité O. de la ville, à 5&mèt.

l. Histoire des Villes de France.

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(le hauteur. Du vieux château qui le couronnait autrefois, il ne reste que trois tours inégales, rattachées l’une à l’autre par des bâtiments nouvellement construits. Celle du N. , basse et carrée , a l’air moderne ; cependant c’est la plus ancienne, et les patriotes enthousiastes prétendent qu’elle date du bon roi Dagobert. On y montre encore la salle de l’inquisition et les oubliettes. L’autre tour carrée, plus massive et plus haute, avec des créneaux et une petite tourelle saillante,^ une physionomie toute féodale. Üne prison, sans aucun style, a été bâtie entre ces deux tours. La tour ronde, située à l’extrémité du rocher, est la moins ancienne, mais la plus belle. Elle fut construite ou réparée en 1361 , par Gaston Phœbus, et s’élève à la hauteur de 42 mèt. L’intérieur renferme une belle salle voûtée. Sur d’autes points moins escarpés, diverses enceintes sont indiquées par des restes de murs , depuis des siècles recouverts de lierre. Du haut de la plus vieille tour, on découvre une vue magnifique.

Le château de Foix proprement dit était situé à la base du rocher du côté du N. Après avoir subi plusieurs modifications , il a été transformé en palais de justice.

L’église de Saint-Volusien, reconstruite par le comte Roger II, est située sur l’emplacement de l’antique église de Saint-Nazaire :

elle n’a qu’une nef ; le chœur , semi-circulaire, est entouré de jolies chapelles. Autour sont les halles couvertes. L’abbaye, où l’on conservait les reliques de saint Volusien, s’élevait au confluent de l’Ariége et du Larget. En l’an xii , elle fut détruite en partie par un

incendie; depuis, on l’a réparée tant bien que mal pour en faire un hôtel de la préfecture. Au second étage est la vaste salle de la bibliothèque de la ville, où les amateurs vont admirer, outre une collection de médailles trouvées dans le pays, huit gros volumes in-folio qui faisaient autrefois partie de la collection des livres de chant de la cathédrale de Mirepoix. Ces volumes sont ornés de miniatures, de vignettes, d’arabesques et de culsde-lampe du goût le plus exquis.

Le pont de pierre qui traverse l’Ariége a été commencé au xir siècle, par Roger I", achevé ou peut-être reconstruit dans le xv“ siècle, par Gaston, fils de Jean et de Jeanne d’Albret, enfin, élargi en 1823.

Foix possède une promenade charmante, connue sous le nom de Villotte : elle longe la rive g. de l’Ariége.

Le commerce de Foix consiste surtout en fers et en aciers.

De Poix àTarascon (V. R. 91); — à Ax (V.R. 91); — à Toulouse (V. R. 89); — à Perpignan (Y. R. 90).

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