ROUTE 93. D’AX AU VAL D’ANDORRE
donc en moyenne de près de 50 mèt. par kil.
Mérens fut brûlé en 1811 par les miqnelets du général Villamil. Des postes de gendarmerie et de douaniers y ont été établis. Aux environs s’étendent quelques champs de seigle et «le pommes de terre, bordés çà et là do misérables peupliers.
La vallée s’élargit, mais devient de plus en plus terne, aride, nue; le sentier longe la rive dr. du torrent, et passe de distance en distance à côté de petites granges.
La seule industrie de cette partie supérieure de la vallée consiste dans l’élève du bétail. On franchit plusieurs torrents latéraux, dont l’un, celui de Salliens, forme une jolie cascade, et, continuant à suivre la direction du S. O. presque en ligne droite, par une montée très-roi de , on arrive à
9 kil. (17 kil. y ou 3 h. 1/2 de marche ) l’Hoapitalet ( auberge 1 ’Hnstal). hameau de 131 hab., situé à 1411 mât. au-dessus du niveau de la mer , dans une froide région où se voient encore quatre ou cinq arbres à demi morts. On y cultive cependant du seigle et des pommes de terre. A dr. des maisons se montre une petite cascade.
Au sortir de l’Hospitalet, on passe sur la rive g. du torrent, et on monte dans un vallon gazonné , dominé au S. par les escarpements nus de la crête de Puymorin. A 15 min., près du pont Cerda, où se trouve un poste de douaniers, le chemin se bifurque : le bras qui traverse l’Ariége conduit au col de Puymorin (V. R. 94) ; l’autre bras continue à remonter la rive g. A peine a-t-on dépassé la frontière (5 min.), qu’on entre dans de lon-
gues gorges au bas desquelles coide l’Ariége, qui n’est encore qu’un modeste ruisseau. On chemine ainsi entre des montagnes pelées, par des sentiers pierreux et abrupts qu’ont pratiqués les pâtres et les contrebandiers. Après 2 h. et demie de marche sur le flanc de ces hautes montagnes, qui ne renferment ni un arbre, ni un arbuste, ni une cabane, et qui sont la contrée de prédilection des brigands espagnols, on arrive en face des rochers d’Arignolese t de Pourtnilles , oùl’Ariége prend son origine. Ici s’ouvrent deux gorges : celle de g. conduit, par un chemin plus praticable, mais plus long, dans le val d’Andorre, par le port de Framiquel ; celle de dr. , qui est la continuation du sentier qu’on a suivi jusque-là, y mène par le port de Saldeu ; c’est celle «pie suivent presque tous les voyageurs.
a L’ascension, dit M. Boucoiran, est rude et fatigante : on, marche sur des débris de roches schisteuses qui glissent et se dérobent sous les pieds. En hiver, les montagnards y taillent à la hache des degrés dans la neige durcie. Une fois la crête (2500 mèt.) et un étroit plateau franchis, on plonge, du côté de l’O., sur le haut de la vallée d’Andorre et sur le village de Saldeu , traversé par l’Embalire, simple ruisseau qui plus loin va devenir une forte rivière. A g. débouche l’étroite gorge <jui vient de Framiquel, toute noire de forêts. En face s’élèvent des hauteurs boisées et des sommets neigeux. »
On descend dans les premiers vallons de l’Embalire à travers des pâturages panuimés de bouquets de mélèzes rabougris et tourmentés. et, bientôt après avoir atteint
560 • ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
le bord dit torrent principal, on entre au misérable hameau de
5 h. depuis l’Hospitalet (8 h. 1/2 d’Ax) Saldeu, dépendant de la commune de Canillo.
Au delà de Saldeu, on suit la courbe de la rivière dans la direction de l’O., puis dans celle du S. , jusqu’à
1 h. de Saldeu (9 h. 30 m.) Canillo (600 hab.), second village de la république. C’est là que les touristes venus d’Ax ou de Montlouis liassent ordinairement la nuit.
En sortant dë Canillo, on traverse un pont jeté sur PEmbalire, et, en côtoyant la rive g. , on atteint bientôt la chapelle de Uirichel , oit les pèlerins accourent de toutes les parties du val d’Andorre. A 1 lieue environ de Mérichel, le chemin gravit une hauteur d’où la vue plonge, à l’O., sur une très-petite plaine au milieu de laquelle se trouve (30 min.) i'ncamp, situé dans une position pittoresque et entouré de vertes et grasses prairies. Une forge à la catalane, qui appartient à don Joseph Picard, l’ancien syndic, donne une certaine importance à ce village.
Au delà d’Encamp, on continue à suivre le cours de l’Emhalire, qui se dirige d’abord à l’O. , puis au S. . et on arrive, en une heure et demie de marche environ, à las Escaldas, gros village où il existe des eaux chaudes minérales et sulfureuses, ainsi que plusieurs moulins à foulons. A partir de las Escaldas, la vallée, jusque-là si étroite, s’élargit et présente de plus gracieux paysages.
Les cultures se succèdent rapidement, et de vertes et riches prairies réjouissent la vue. Bientôt on traverse l’Ordino , descendu des gorges du port du Rat sur la fron-
tière de France, et, continnant à longer la rive dr. de l’Embalire, devenu une véritable rivière, on entre, après une demi-heure de marche, dans la capitale de la république.
Le val d’Andorre, plus connu peut-être par l’opéra de M. Halévy que par lui-même, dérive son nom du mot arabe aldarra, qui signifie un pays couvert d’arbres. C’est une fédération aristocratique placée sous la suzeraineté de la France et de l’évêque d’Urgel. « Là, dit M. Léon Clos, auquel nous empruntons la plus grande partie de ces détails sur le val d’Andorre, là.
fonctionne encore le partage féodal :
là, on voit des viguiers, des baillis, des syndics, des consuls, tous les fonctionnaires du moyen âge.
Depuis dix siècles, le peuple andorran se gouverne par ses propres lois, ayant conservé les mêmes mœurs, les mêmes institutions, les mêmes usages, presque sans altération. Fort de sa faiblesse, ce petit Etat, qui a tout au plus 10 lieues de long sur 9 de large, et couvrant à peine 100000 hect. de terrain, a eu le bonheur d’être oublié par tous les conquérants, comme il l’est encore par bon nombre de géographes. On raconte que Napoléon, apercevant, parmi les députations qui assistaient à son sacre, des figures étranges affublées de rouge et coiffées de l’antique tricorne, aurait demandé ce que c’était. Il lui fut répondu : « Sire, ce sont les dé- « putés de l’Andorre. » L’empereur parut réfléchir ; puis il dit : « Ah !
« je me rappelle; une république en « miniature, blottie dans un petit a. coin des Pyrénées ; je l’ai respectée « comme une curiosité politique. »
a. Vers l’an 790. Charlemagne,