BOUTE 93. LE VAL DANDOHRE
ayant marché contre les Maures d’Espagne, les défit dans la vallée qui se trouve à l’E. de celle d’Andorre, et qui porte encore son nom ( vallée de Carol). Pour récompenser les Andorrans du secours qu’ils lui prêtèrent dans cette occasion, l’empereur leur permit de se gouverner selon leurs propres coutumes, en se réservant certains droits. Plus tard, Louis le Débonnaire fit concession d’une partie de ces droits à l’évêque d’Urgel, et organisa l’administration qui subsiste encore dans les mêmes formes et avec les mêmes noms. C’est ainsi qu’une partie de la dîme de la ville d’Andorre est qualifiée aujourd’hui de droit carloringien. Depuis l’époque des Carlovingiens, on peut dire que la petite république n’a pas eu d’histoire. Heureuse au milieu de ses montagnes, elle a laissé passer toutes les guerres entre les deux nations voisines, sans jamais s’y mêler. Une fois seulement un souverain étranger intervint dans leurs affaires intérieures; ce fut en 1585, lorsque Henri IV, alors comte de Foix, fit défense d’y établir l’inquisition, s
Aujourd’hui les Andorrans payent à la France un tribut de 900 fr. , et versent une somme égale dans la caisse du prince-évêque d’Urgel.
Deux viguiers, nommés par les deux suzerains, sont chargés de décider dansles cas suprêmes, conjointement avec le syndic de la vallée; mais en temps ordinaire, le conseil général, composé des douze consuls qui administrent les six paroisses et des douze consuls qui étaient en exercice l’année précédente, sait bien résoudre lui-même la plupart des difficultés qui sc présentent. Aussi le petit Etat pyrénéen s’intitule-t-il,
dans les actes officiels, Valle'e et Sourerainete's d’Andorre. Le titre de prince de la république, que se donne l’évêque d’Urgel, est d’ailleurs parfaitement admis, et tout récemment encore, en 1853, le nouvel évêque a été reçu et acclamé sous ce nom. Il n’est pas étonnant que les Andorrans se tournent plutôt du côté de l’Espagne que de la France : car, par le langage, le costume et les habitudes, ils sont Espagnols, et pendant six mois de l’année ils restent complètement séparés du bassin de l’Ariége , tandis que, par la vallée de l’Embalire, ils peuvent toujours communiquer avec Urgel.
Toutes les ressources du pays consistent dans l’élève des bestiaux, les produits des forges et les profits de la contrebande entre la France et l’Espagne. Chaque année, on afferme les pâturages de l’Embalire aux l>ergers catalans : c'est la seule branche de revenu assuré que possède la république. Eu outre , chaque commune s’impose, selon les besoins de l’année, en taxant tous les citoyens d’après le revenu présumé de leurs terres et le nombre de leurs bestiaux : ces impôts sont toujours très-faibles.
L’instruction publique est plus répandue en Andorre que dans les territoires voisins de l’Ariége et d’Urgel; les écoles sont gratuites, et la plupart des jeunes gens aisés vont faire leurs études à Toulouse ou à Barcelone.
a Tous ceux qui sont investis d’emplois publics, ditM. Boucoiran, doivent porter un costume de cérémonie pour assister au conseil. Ce costume consiste en une culotte courte de drap gris, avec ceinture et un gilel de laine rouge, une cra-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
vate de soie noire, des bas de laiue bleu-clair et des souliers à boucles, à quoi il faut ajouter un long surtout ou balandran de drap noir doublé de cramoisi, et un grand bonnet rouge sur lequel se place le tricorne d’apparat. Le costume des viguiers est tout noir : l’épée qu’ils ont le droit de porter seuls dans le conseil, est l’insigne de la justice et du commandement de la force armée. »
Andorra, la capitale de la vallée dont la population est de 850 hab. , occupe un monticule au pied de la montagne Anclar ( nions clarus) , et domine une plaine pittoresque et féconde. *
« Cette ville, dit M. Boucoiran, ne serait qu'un pauvre village de France ; les rues en sont fort étroites , irrégulières et tortueuses ; les maisons, bâties en débris de schiste et de granit, n’ont lé plus souvent aucun enduit, ce qui leur donne un triste et sombre aspect. Ce qui constitue le plus riant quartier est, sans contredit, la place, avec sa pauvre fontaine, accompagnée de griffons et d’auges en bois, èmbellie par les maisons relativement élégantes de don Guillem , de F. Duran , par la cure et l’église. »
L’église est un beau vaisseau roman du x' siècle, à une seule nef large, hardie, et d’un goût simple, pur et régulier; elle a la forme d’une croix latine, et n’offre de remarquable que les riches boiseries de ses trois autels. Mais le palais, destiné, depuis un temps immémorial, à la réunion des cortès et du conseil général des vallées , mérite surtout de fixer l’attention. Il est situé à l’extrémité de la ville, dans une position naturellement fortifiée, puisqu’il est entouré de ro-
chers sur deux de ses côtés et construit sur le penchant rapide d’une colline. Sa façade, d’une architecture lourde et massive , n’a que trois fenêtres de dimensions inégales et quelques lucarnes; son angle gauche porte une tourelle percée de meurtrières et surmontée d’une croix. Au-dessus du portail, qui ressemble à une porte cochèré délabrée , se trouve un écusson en marbre blanc, où sont gravées les armoiries de l’Andorre, et que surmonte cette inscription en lettres d’or : Domus consilii , sedes justituv (Maison du conseil, siège de la justice). Au-dessous, on lit lesquatrè vers suivants, qui contiennent eu germe l’idée de la fédération des peuples :
Suspiee : suât eallis ncutrius slemmaUi
tunique
Régna, quibus gaudent nobiliora tegi : Singula si populos alios, Andorra, bea-
bvnl,
Quidni junota ferent aurea tecla tibi !
Regarde : ce sont ici tes insignes d’une vallée neutre. Des nations plus illustres se louent d’être séparées par elle. Andorre, si chacun des deux Etals rend son peuple heureux, comment leur union ne te donnerait-elle pas des siècles d’or!
* Si l’on pénètre dans l’intérieur du palais, on est frap;>é de l’état de délabrement dans lequel l’ont rais les injures du temps. Au rezde-chaussée sont les écuries où les membres du conseil souverain ont le droit de laisser leur monture pendant la durée des sessions législatives ou judiciaires. Un escalier, qui tombe de vétusté, conduit à la chambre du grand conseil. C’est une salle vaste et haute qui , dans sa simplicité, a quelque chose d’imposant ; des bancs en chêne l’entourent, et au fond, entre les deux