ROUTE Î05. ASCENSION DU CANIGOU
ipii s'onvre directement vers le S., puis on continue à s'élever pendant 1 h. 15 min. dans une gorge latérale , au fond de laquelle on voit à ses pieds les ruines de l’abbaye Saint-Martin , jusqu’au col du Cheval mort , d’où Ton aperçoit le pic des Sept hommes , l’un des premiers contre-forts du Canigou.
A 5 min. de ce col , on laisse à dr. le chemin qui mène au Pla Guilhem et à Prats de Mollo (V.
R. 110); puis on gagne <10 min.) le Bandais, espèce de ferme habitée .seulement pendant l’été, et entourée de quelques champs. On contourne alors un petit vallon supérieur d’où descend le torrent qui , se dirigeant au N. , parallèlement à celui de Castell, va se réunir avec lui au village du Vemet. De rares bouquets d’arbres, surtout des genévriers et des bouleaux rabougris, tapissent les flancs de ce vallon autrefois magnifiquement boisé. Dans le fond de la gorge qui s’ouvre du côté du N., dominée par des rochers de formes bizarres, apparaît le Vernet, entouré de verdure.
En 30 min. de marche , on arrive aux pâturages de Serrât de Marialles , d’où Ton découvre une vallée supérieure qui se divise en deux bras, dont l’un continue à Suivre la direction méridionale vers les'hauteurs de Pla-Guilhem, tandis 'que l’autre remonte â l’E. entre les rochers vers le versant méridional du Canigoq. A g. , au fond d’une gorge rochèùse, ou voit briller le torrent de la Lipandière ( ou IIpaudère. On descend en 20 min.
près de la jonction de ces deux vallées, et, traversant le ruisseau descendu du Pla-Guilhem , on gravit à g. une pente boisée assez roide qui aboutit à un petit col appelé le
Col veft. On redescend alors dans le petit ravin du Cadi , au fond duquel coule un petit ruisseau qu’on traverse (10 min.) ; quelques arbres, restes des immenses forêts qui couvraient tout le versant méridional du Canigou, se montrent encore çà et là parmi les rocs ; de tous Côtés se dressent des montagnes arides sans caractère. 15min. après, on arrive aux granges de Cadi, situées aux pieds d’un vaste éboulis, où de petits arbres ont crû entre les rochers. Laissant cet êboulis à g. , on monte en 30 min. sur un vaste plateau désert, appelé le plateau de Cadi, où toute végétation arborescente disparaîtpeu à peu; on ne voit plus que de grandes pentes de gazons parsemées de rochers et dominées à g. par les croupes abruptes du Canigou. C’est à l’extrémité supérieure de ce plateau (30 min.) que les cavaliers doivent quitter leur monture et continuer l’ascension à pied. U faut encore 1 h. pour atteindre le sommet, d’abord par une montée difficile et fatigante au milieu des roches éboulées, puis dans une cheminée étroite où la roche est disposée par assises semblables à des degrés. Quand on est arrivé au haut de cette cheminée entre les deux renflements du sommet du Oanigou, on tourne à dr. , et en peu d’instants, on atteint la véritable cime, située à 2787 mèt. au-dessus du niveau de la mer.
La plate-forme du sommet n’a guère que 8 mèt. de long sur 3 de large ; il s’y trouve deux cabanes , dont Tune a été construite pour MM. Mauvais et Petit, lors de leurs expériences sur le magnétisme de la terre. Autrefois on y voyait aussi une croix de fer qui fut’ plantée eu 1739 par Cassini et Lemonnier,
à l’époque où ils exécutaient leur grand travail de la triangulation générale de la France.
« Placé sur1 le premier plan, dit- M. de Chausenque , et presque isolé du reste de la chaîne, le Canigou domine tout le pays , et longtemps on l’a regardé comme le plus haut pic des Pyrénées. Du côté du S. , se dresse une montagne qui le relie à un chaînon de pics très-élevés se dirigeant au S. O.
vers la cime de Costabona, d’où la crête principale se prolonge à TE.
par les Albères. Au delà ■ dé cette petite chaîne bleuâtre, on aperçoit au midi les âpres montagnes de la Catalogne, au milieu desquelles s’élèvent les cratères éteints d’Olot et de Castel -Follit. A l’E., on suit, par un beau temps, les rivages de la Méditerranée, depuis Barceloue et Mataro jusqu’à la Nouvelle , Agde , Cette et Montpellier. Il serait même possible de voir Marseille à une distance de 300 Vil. à vol d’oiseau, puisque, de la colline Notre-Dame de la Garde, en 1808, l’astronome de Zach vit distinctement le soleil se coucher derrière la double cime du Canigou.
« AuN. O. le champ de vue est trèsvaste et très-varié : de larges pentes neigées , et sans végétation aui cune , descendent d’un seul trait jusque dans les fonds où sont le village (le Castell et les eaux minérales du Vernet. En plongeant des yeux dans les sillons qui rayonnent du sommet et deviennent en bas des vallons dessinés par des traces de verdure, on arrive à la plaine du Confient, où se distingue Prades; plus loin, par delà les chaînons qui dominent l’Agly , s’étend le Haut- Languedoc, nivelé en apparence , excepté là où s’exhaussent les dernières rampes
des Corbières. La vallée supérieure de la Têt, étroite et profonde dans les défilés de Villefranche et d’Olette, ne se laisse deviner que par le croisement des pentes, et remonte vers le haut plateau vert de Montlouis et du çol de la Perche, audessus duquel s’élèvent de belles montagnes drapées de neiges et de bois. On regarde avec plaisir ce peu de verdure : car ce qui frappe partout ailleurs , dans l’étendue visible du Roussillon , c’est la nudité absolue de la plupart dès plans, où l’œil attristé ne rencontre partout que les teintes arides du schiste et du granit en décomposition. »
Le Canigou est probablement la montagne de France où lé botaniste peut le mieux observer les étages de végétation. M. Ch. Martins en parlait ainsi (Ret ue des Deux- Mondes, l*r octobre 1856), en s’appuyant sur les observations de M. Aimé Massot :
« Le voyageur qui, partant du pied dès Alpes ou des Pyrénées, monte sur un de leurs sommets, traverse des climats analogues à ceüx qu’il rencontrerait en marchant vers le N. , sans quitter la plaine. (A mesure que l’on s'élève , la température s’abaisse, rapidement en été, plus lentement en hiver, mais en moyenne d’un degré centigrade pour 180mèt. de hauteur verticale.) Il traverse aussi des zones de végétation semblables. Au pied du Canigou, par exemple, l’oranger mûrit ses fruits dans des jardins entourés de murs; puis le voyageur traverse des champs d’oliviers, de maïs, des bouquets de chênes- verts, des vignobles célèbres par leurs vins ; mais, S. 420 mèt. de hauteur, l’olivier l’abandonne; à 550 mèt. la vi-* gne s’arrête; à 800 mèt., c’est le