ROUTE 109. DE PERPIGNAN A LA PRESTE. — ARLES
couvercle prismatique et isolé du « à Rome , et nos corps sont entersol par des supports en pierre. Ce « rés en tel lieu ; exhume-les et mausolée jouit, dit-on, de la pro- « porte-les dans ton pays , ils feront priété merveilleuse de produire de « cesser les maux qui l’affligent. » l’eau comme une fontaine, et tous «Le lendemain, Arnulphe, acles ans, on y puise plus de 300 compagné d’une grande foule de litres d’un liquide miraculeux, qui peuple et suivi de travailleurs pourguérit toutes les maladies. Pendant vus d’instruments convenables, fit la Révolution française, l’eau cessa fouiller l’endroit indiqué. On trouva de couler; mais, depuis cette épo- bientôt les corps des deux jeunes que, elle a reparu de nouveau et gens, parfaitement conservés, rejaillit maintenant avec la même connaissables pour saints à l’odeur, abondance qu’autrefois. Voici com- Il les exhuma en grande pompe, et ment M. Mérimée raconte la légende se disposa à les emporter. Il pensa de cette eau merveilleuse : que, pendant le long voyage qu’il
• « Il faut savoir qu’autrefois , avait à taire pour retourner dans
je ne Saurais dire précisément à son pays, il pouvait trouver bien quelle époque, le territoire d’Arles des gens qui voudraient s’approprier fut infesté d’une grande quantité le trésor qu’il portait, car on se faide bêtes féroces, lions, dragons, sait peu. de scrupule alors de s'entoure , etc. , qui mangeaient les bes- parer , même par force , des reliques tiaux et les hommes. La peste vint de vertus bien constatées. Pour déencore ajouter aux maux qui affli- tourner les soupçons, il mit ses geaientla contrée. Un saint homme, saints dans un tonneau, enfermé, nommé Arnulphe, résolut d’aller dans un autre beaucoup plus grand chercher des reliques à Rome, pour qu’il remplit d’eau. Dès qu’il fut en guérir l’épidémie et chasser les mer, les matelots firent un trou au animaux féroces. Arrivé à Rome, tonneau , croyant qu’il contenait du Arnulphe exposa au saint-père la vin ; mais s’étant aperçus qu’il n’y misère de ses concitoyens et lui avait que de l’eau, ils ne poussèprésenta sa requête. Le pape, tou- rent pas plus loin leurs recherches, ché de compassion, l’accueillit avec Arnulphe, débarqué à Reuss (d’aubonté, et lui permit de choisir par- très disent à Cadaques), avec ses mi les reüques conservées à Rome. I reliques en double futaille, entenexceplant toutefois celles de saint i dit toutes les cloches sonner d’elles- Pierre et d’un certain nombre de j mêmes et se garda bien d’expliquer saints dont il eût été imprudent de I la cause de la merveille. Le chemin se dessaisir. Arnulphe était embar- de Reuss à Arles était alors, comme rassé pour se décider. Après avoir il l’est aujourd’hui , extrêmement passé tout un jour en prières, il mauvais et praticable seulement s’endormit, et eut un songe, dans pour les mulets. Le tonneau est -• lequel deux jeunes hommes appa- donc chargé sur un mulet, et le rurent à lui : « Nous sommes, di- I saint homme avec un guide se met « reut-ils, Abdon et Sennen, saints : en route. Dans un sentier dange- « tous deux. De notre vivant, nous reux, bordé d’affreux précipices, le a étions princes, l a Perse est notre muletier, homme grossier et brutal,
•i patrie. Nous avons été martyrisés crut qu’il fallait donner dû courage
ITINÉRAIRE* DES PYRÉNÉES
à bête et lâcha un gros juron ; soudain le mulet tombe dans le précipice et disparaît. On juge du désespoir d’Arnulphe. Retrouver le mulet était impossible ; retourner à Rome en quêté d’autres reliques ne l’était pas moins. Il prit le parti de poursuivre sa route et de rentrer dans sa ville natale. Quelle est sa surprise et sa joie, en entrant dans Arles, d’entendre sonner les cloches et de voir sur la place de l’église tout le peuple à genoux, entourant le mulet et son tonneau qui avait déjà opéré la guérison des pestiférés et fait déguerpir les lions et autres bêtes féroces. Amulphe tira d’abord les saints de leur tonneau, et quant à l’eau, il la versa bonnement dans un tombeau vide pour s’eu débarrasser. Or, un lépreux, qui vint s’y laver, fut guéri à l’instant. D’autres malades vinrent bientôt constater la vertu de cette eau miraculeuse. Avertis de sa propriété, les moines du lieu la renfermèrent avec soin et n’en donnèrent plus que pour de l’argent. Elle coûte encore vingt sous la fiole ; mais on n’en donne pas à tout le monde. 11 faut en demander en catalan pour en obtenir, et pour avoir parlé gavache' , j’ai eu le chagrin d’être refusé. »
Dans le mur de l’enceinte où se délivre l’eau miraculeuse, est encastré un bas-relief en marbre représentant un chevalier d’Homs qui fut guéri par elle d’un cancer au nez. Il se fit moine et mourut vers 1200. Deux anges de style byzantin ont été placés auprès de lui dans Pat- . W
I. Le mot gaeacfio, que les Espagnols appliquent aux Français par dérision, est probablement dérivé au mut arabe valmch , signifiant : détestable , laid, oidurier.
titude de l’adoration, uniquement par amour de la symétrie ; ils proviennent d’un autre monument détruit.
Arles est une des villes où les Catalans français ont le mieux conservé leurs coutumes antiques, et nulle part, lors des fêtes locales, on ne voit éclater plus de cette joie folle et de cet amour du plaisir qui distinguent les méridionaux. Sur les places publiques, on danse encore le contrapas dans toute sa perfection.
« Toutes les maisons, dit M. de Chausenque, sont ornées de balcons àl’espagnole remplis de spectateurs; dans le plus apparent, sont réunis les jonglas ou ménétriers, qui avec des hautbois, des cornemuses, des flageolets et des tambourins, font entendre une musique agreste très ariitnée.... Des couples indépendants dansent en tournant autour de la place et font assaut d’agilité : le comble de l’adresse est de passer lestement le pied par-dessus la tête de là danseuse et de retomber eu mesure sans cesser de faire jouer les castagnettes. C’est ce qu’on appelle la camada rodona. Dans le mouvement général, les danseurs de chaque couple, toujours en face, avancent, reculent, tournent autour l’un de l’autre en faisant claquer les doigts; ce sont les aimables agaceries de deux cœurs, les feintes jalousies qui donnent tout son charme à un prix disputé. Puis, se réunissant huit ou dix ensemble, ils forment des ronds, et au point d’orgue, tous les hommes, passant leurs mains sous les bras de leurs voisines qui s'appuient sur leurs épaules et se courbent en avant , les élèvent à la fois sur leurs bras raidis , tandis que celles-ci , se prenant