‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 347 sur 384 · ROUTE 109. DE PERPIGNAN A LA PRESTE. — ARLES · texte numérisé non relu

ROUTE 109. DE PERPIGNAN A LA PRESTE. — ARLES

les mains, les élèvent en l’air. A côté, un cavalier resté seul poursuit sa danseuse, qui tout à coup s’avance rapidement, s’élance sur lui et bondit sur son épaule, ou reste soutenue en l’air sur ses poignets, pour n’en descendre qu’après deux ou trois pirouettes. Ces figures toujours mobiles et pittoresques, où les bonnets rouges des hommes sont toujours flottants; cette musique montagnarde si singulière, ces balcons espagnols, les physionomies brunes, expressives des acteurs, l’œil vif et agaçant de ces jeunes filles à la taille svelte, aux formes dessinées avec grâce, et toutes ces figures des spectateurs que le plaisir émeut, annoncent une peuplade émanée de la grande nation qui habite sous le soleil de l’ibérie , ardente et passionnée comme ses ancêtres. »

« Souvent, ajoute M. Henry, quand la danse est le plus animée, on lance un taureau qui poursuit les danseurs et les disperse; c’est une gloire que de montrer quelque égratignure faite par la corne de l’animal. Un prix est quelquefois donné à celui qui peut enlever une cocarde attachée à l’une des cornes du taureau; alors on noircit les cornes, afin que celui qui a su les toucher, puisse en montrer les marques glorieuses sur ses mains. »

D’Arles au Canigeu par Corsavi et Valmanya.

D’Arles à Corsavi. 6 kil. Routecarrossable. De Corsavi à Valmanya; sentier de montagnes, s h. de marche. De Valmanya au Bommet du Canigou, 6 à 7 h.

. Au sortir d’Arles , on traverse un ruisseau assez abondant qui descend de la Tour de Batères. au N. O.;

puis, laissant à g. la route de la Preste, on gravit, par une pente assez roide, un escarpement dominant la vallée du Tech. On entre alors dans le ravin du Riu Ferrer, qui remonte vers le N. O. , et dont on suit le versant oriental en décrivant de nombreux zigzags.

A 4 kil. environ d’Arles, ot? voit près du chemin un gouffre creusé dans le calcaire, profond de I GO mèt. , large de 50 met. entre les deux bords supérieurs, et de 1 à 2 mèt. dans le fond , où coule bruyamment un ruisseau descendu de l’un des contre-forts du Canigou.

Ce gouffre est connu sous le nom de la Fq.

2 kil. (6 kil.) plus loin, au détour d’une croupe parsemée de blocs de granit, on découvre Corsavi (906 hab.), et sa vieille tour, situés à 787 mèt. sous des pentes incultes remontant au N. vers la Tour de Batères, au N. O. vers le Canigou.

Du plateau du village qui domine le Riu Ferrer, on jouit d’une vue étendue, d’Arles il Saint-Laurent de Cerdans etàPratsde Mollo; mais, de ce côté, toutes les montagnes sont, basses et déboisées; seulement k l’O. , vers la source du Tech, apparaissent quelques forêts sur les contre forts de la haute montagne de Costabona.

Le village de Corsavi est célèbre par la fête des mulets qu’on y célèbre en grande pompe le jour de la Saint-Êloy. Ce jour-là, tous les mulets, dans leur parure de franges bleues et de pompons rouges, sont conduits à une grand’messe et font partie d’une procession précédée de la musique et suivie du clergé. La principale industrie des habitants du village consiste dans l’exploitation des mines de fer. Le territoire

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de la commune abonde en truffes excellentes.

De Corsavi il est difficile de gravir directement le Canigou , qui se dresse au N. 0. derrière un contrefort escarpé. Pour en atteindre la cime, il ne faudrait pas moins de

10 à 1 2 h. d’une marche pénible à travers des déserts où l’on ne rencontrerait ni bergers ni bûcherons;

11 vaut mieux franchir l’arête de montagne qui sépare les deux bassins du Tech et de la Tét, et attaquer le Canigou par la gorge de Yalmanya.

En sortant du village de Corsavi, çp continue d’abord à suivre vers e N. O. le contre-fort escarpé sur equel on se trouve. Après avoir contourné ensuite, en le laissant à dr., le vallon de Lecca que dominent des parois perpendiculaires de plus de 100 mèt. de hauteur, on sç dirige au N. , puis à l’E. Au N. , se dressent les pentes nues de la Tour de Batères , où sont clair-semés quelques vieux ifs, espèce presque détruite dans les Pyrénées; on les gravit par des sentiers en zigzag , puis on passe à côté d’Une petite fontaine, et bientôt après, on atteint , au col même, les mines de fer , dont les produits alimentent la forge de Valmanya. Le minerai s’y trouve dans un schiste tendre, de sorte qu’il est facile de le dégager au moyen du pic seulement , tandis que plus à l’E., vers le sommet de la Tour de Batères (1447 mèt.) , on est obligé d’employer la poudre pour extraire le fer du granit qui l’enveloppe. Près des mines, se montrent des veines d'un beau marbre blanc.

Quand on a suivi pendant quelque temps les rampes allongées du plateau, on atteint tout à coup le haut des parois rocheuses qui do-

minent le vallon de la Lentilla, où parait dans le lointain le v. de Valmanya. 2 h. sont nécessaires pour descendre dans ce grand précipice par des pentes roides et monotones.

De Valmanya au sommet du Canigou. 6 à 7 h. (V. R. 105).

D'Arles A Coatojas.

ai kil. Route de voitures jusqu'il Saint-I, surent. 17 kil.

Après avoir laissé à dr. le chemin qui monte vers Corsavi, on suit la route de Prats de Mollo, le long de la rive g. du Tech , et l’on traverse le Riu Ferrer. De tous côtés s’élèvent des montagnes en partie grises et nues, en partie vertes et cultivées : l’une est célèbre dans le pays par la grande pierre druidique qui en couronne le sommet : elle s’appelle Palet de llolànd. On raconte encore comment l’immortel paladin s’amusait à jeter cette énorme pierre de sommet en sommet. La rivière et la route décrivent de grands détours; du haut d’une côte escarpée on découvre, en se retournant, Arles-et-Fort les Bains. On cultive encore des oliviers dans cette partie de la vallée du Tech.

A 6 kil. d’Arles, on quitte la route de Prats de Mollo pour traverser le Tech sur un pont de pierre de 3 arches, et on remonte la rive dr. par une route sinueuse jusqu’à l’embouchure de la Quéra; pénétrant alors dans le ravin, d’où descend ce torrent, on en remonte le versant oriental par de nombreux zigzags.

17 kil. Saint- Lauréat de Cer-

dan*, chef-lieu de canton (arr. de Céret), bourg industrieux de 2141

ROUTE 109- SAINT-LAURENT D£ CERDANS. — COSTUJAS. 651

ha b. , situé sur la rive dr. de la Quéra, dan» un riant bassin planté de châtaigniers, entre deux montagnes, dont l’une, qui s’élève au S.

O. , est couronnée par le bois de la Ville. En 1159, ce bourg n’était qu’une cellule dépendante du monastère d’Arles; il fut ensuite peuplé par une colonie des vassaux du monastère qui avaiènt habité les hauteurs du col de la Perche (V. R. 107).

C’est par Saint-Laurent de Cerdans que les Espagnols envahirent les Pyrénées-Orientales, en 1793.

A 1 kil. environ au S. de Saint- Laurent, le ravin de la Quéra se divise en deux bras : l’un remonte vqrs le col facile de la C arrêtera (en françaislchemin de charrettes) , d’oû l’on descend à la rivière de la Muga, qui forme les limites de la France et de l’Espagne ;• l’autre se dirige à l’E. ; on le suit le long de la rive dr. du ruisseau, que l’on traverse seulement près de

4 kil. (21 kil.) Coitiÿu , v. de 5$7 hab. , situé à moins de 1 kil. de la frontière de la Catalogne, sur une hauteur qui domine deux vallées; descendant , l’une vers la France, l’autre vers l’Espagne. C’est l’ancienne Çostudia, fondée par les Romains pour surveiller l’Ibérie; elle devint un gros bourg du temps des Goths; mais depuis, sauvent dévastée par les Sarrasins, les Normands, les Aragonais, les Catalans et les Français, elle a perdu peu à peu son ancienne importance.

L’église de Costujas est un édifice remarquable, datant probablement du ix* siècle. » L’appareil, dit M. Mérimée, est de gros morceaux de granit assemblés avec précision.

Du côté du midi, la teinte de, ces pierres, d’un orangé foncé, est addbrable. » « Son plan , ajoute M . Tay-

lor, est un parallélogramme rectangle terminé par une abside; sa longueur extérieure est d’environ 33 inèt., et sa largeur de 13; une partie de 7 mèt. , prise sur la longueur, est séparée de l’édifice par une forte muraille , formant le pronaos. Pour entrer dans la nef, on descend deui marches, puis on en remonte trois pour arriver à l’autel.

Deux colonnes grosses et courtes sont placées en avant de l’ouverture de l’abside, et sont couronnées de chapiteaux corinthiens modifiés par des ornements romans; elles supportent une voûte d’arête plus basse que La voûte de la nef , formant une légère ogive.

« La porte principale est encadrée par quatre colonnes à chapiteaux corinthiens romans qui supporteht une grande archivolte , couverte de moulures et d’ornements : palmettes, oves, rinœaux, tètes plates de monstres fantastiques, fleurs, fruits de pins, feuilles d’acanthe :

ces sculptures paraissent appartenir à deux époques différentes. Le clocher, placé à dr. du chœur, a 13 mèt. d’élévation : c’est une tour carrée percée de fenêtres à pleincintre. 11 y avait autrefois une crypte sous l’église, mais elle est comblée depuis longtemps. »

lie Costujas, par le col de la Creu de Canoje, le vallon du Itio Mayor et la vallée de la Muga, a San Llurcnzo de Uuqa. ah.

D'Arles à 1a Preste.

D’Arles à la route de Saint-lAth rent de Cerdans (Voy. ci-dessus).

Après avoir laissé à g. la route de Saint-Laurent de Cerdans, on abandonne la vallée du Tech pour entrer dans un vallon latéral , dont

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

on remonte le versant N. pendant 1 kil. ; on en traverse le torrent souvent à sec, puis on s’élève, par une forte côte, sur l’arête de collines qui sépare ce vallon du Tech.

De ce point, on jouit d’une vue magnifique au S., sur de beaux vallons verts de forêts, à l’O. sur la vallée du Tech , au N. sur le Canigou et la Tour de Batères, à l'E. sur la Méditerranée.

On laisse à dr. les ruines d’un vieux château et Montferrer , v. de 833 hab. , situé à 781 mèt. , renommé pour ses excellentes truffes, et possédant une église romane construite en granit ; puis on descend par de grands lacets dans la vallée du Tech, au confluent d’un ruisseau traversé par un pont de pierre.

1 kil. au delà, la vallée se bifurque; l’un de ses bras, arrosé par le Galdaras et admirablement boisé , remonte au S. O. vers le village de Serralonga (900 hab.) , dont les forges ont une certaine importance, et vers Manera, que dominent àl’E.

les deux tours ruinées du château de Cabrins; l’autre, celui du Tech proprement dit, se dirige à l’O.

vers la base du Costabona. C’est ce dernier que l’on suit en longeant, à des hauteurs et à des distances inégales, la rive g. du Tech.

12 kil. d’Arles (54 kil. ) Le Tech, liant, dépendant de la commune de Prats de Mollo, est situé à l’embouchure d’un cours d’eau descendu de l’arête de montagnes qui unit le Pla-Guilhem au Canigou. Au delà , la route continue à remonter la rive g. du torrent, en offrant à chaque contour de beaux points de vue sur les montagnes cultivées et boisées qui forment la vallée. On franchit un ruisseau près d’une petite chapelle, 20 min. avant d’atteindre

7 kil. (61 kil.) Vrats de Mollo

(auberge), chef-lieu de canton dé l’arr. de Céret, V. de 3435 hab. f bâtie en amphithéâtre, à 798 mèt.

au-dessus de la rive g. du Tech, sur le penchant d’une montagne dont l’église paroissiale couronne le sommet : un souterrain bien voûté conduit de cette église au fort la Garde, construit parVauban, et dominant la ville.

Prats de Mollo n’était encore qu’un village au xv' siècle. Don Martin, roi d’Aragon, accorda, l’an 1410, à ses habitants, le droit d’abattre les arbres de la forêt royale dans un rayon d’un quart de lieue autour de l'église, pour éloigner les ours et les loups qui en rendaient l’abord dangereux. En 1428, elle essuya un violent tremblement de terre, qui causa de grands dégâts, et ses campagnes furent ravagées par une grande inondation; mais, grâce à ses immunités et à sa constitution presque républicaine, elle acquit peu à peu une plus grande importance ; les consuls seulsavaient le droit de convoquer Yhost et la chevauchée , et les habitants devaient être à tout jamais exempts du payement des gabelles.

« En 1642, dit M. Taylor, Louis XIV voulut les rétablir; le peuple s’y opposa; on eut recoure à la force.

Les agents du fisc furent massacrés, et les soldats refoulés au bas de la vallée. Deux bataillons arrivèrent pour réprimer et punir les révoltés ; les habitants battirent ces troupes et restèrent maîtres du terrain. Le maréchal de Noailles fit alors marcher deux régiments, qui tournèrent le Canigou en passant par Prades et la vallée de Py (V. R. 104); il fallut céder à la force. On imposa une taxe de guerre en sus des gabelles, et tout rentra dans l’ordre, ainsi

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