‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 356 sur 384 · PORT-VENDRES. — ELNE · texte numérisé non relu

PORT-VENDRES. — ELNE

voit aujourd’hui, chef-d’œuvre de mauvais goût et de mesquinerie.

Là sacristie renferme un très-ancien tombeau en marbre blanc, orné de rinceaux dans le style du Bas-Empire , et - plusieurs tables d’autel fort anciennes , soutenues par de petites colonnes romanes à larges chapiteaux.

« Une porte ogivale du xm* siècle , à voussoirs de marbre, alternativement rouges et blancs, communique de l’église au cloître. Sâ ressemblance avec la porte de l’église de la citadelle de Perpignan (V. R. 98) est frappante. Toutes les deux indiquent des souvenirs de l’Orient apportés par les croisades, ou résultant du voisinage du Roussillon avec les pays occupés par tes Maures.

* Le cloître lüi-même ëst d’uüè admirable êlêganüe. Il forme uii parallélogramme, ayant à l’intérieur 16 mèt. sur 15, entouré d’uite galerie à voûte ogivale de 3“, 50 de largeur. Sur chaque face, trois piliers carrés , non compris les piliers angulaires, supportent quatre grands arceaux, divisés chacun en trois arcades cintrées par quatre colonnettes doublées. La voûte dés quatre galeries est én ogive avec des nervures saillantes, Croisées, qui, d’un côté, s’appuient sur les piliers, de l’autre, sur les murs latéraux: colonnes, piliers et arcades sont revêtus de marbre blanc, üh observe une grande variété de formes dans les colonnes, dont le fût et les chapiteaux offrent comme un ensemble complet de l’ornementation dii moyen âge, depuis le xii* jusqu’au xv' siècle, car il paraît évident que Ton n’a pâs cessé de travailler à ce cloître pendant cette longue période. Toutes les ciselure*

ont été faites sur place, car çà et là on remarque des çhapiteaux, des tailloirs ou des bases qui ne sont qu’ébauchés. D'ailleurs on a travaillé sans ordre et dans les quatre galeries à la fois : à côté de colonnes cannelées, nattées, imbriquées, de chapiteaux historiés, de basreliefs byzantins sculptés sur les architraves, on voit des chapiteaux à feuilles frisées, des moulures prismatiques, des statuettes où l’on peut reconnaître l’origine et le progrès de l’art gothique. Dans les basreliefs les plus anciens, on distingue quelques traces de .peintures, parfois des incrustations de verre ou de pierres de couleur, surtout dans les yeux des figurines. Une circonstance qu’il est important de signaler, c’est qu’à toutes les époques, on a voulu imiter le style des parties les plus anciennes, et conserver ainsi l’unité d’ornementation telle qu’elle avait été conçue dans le plan primitif. Les voûtes ne sont pas antérieures au xiv’ siècle. »

Plusieurs inscriptions et quelques bas-reliefs sont encastrés dans le mur qui touche à l’église. On montre entre autres un morceau de marbre qu’une tradition peu ancienne signale comme ayant fait partie du tombeau de Constant, le dernier des fils de Constantin, tué aux environs d’Elne par un des émissaires de Maxence. Un autre bas-relief, plus intéressant, représente un évêque, les bras croisés sur la poitrine, entre deux anges tenant des encensoirs. La mitre, très-basse et très-échancrée par devant, est d’uhe forme remarquable. Le goût byzantin se montre dans les ajustements, la robe et le manteau plissés, avec quantité de broderies, de joyaux et de perles.

11 ne reste plus que des ruines des anciennes murailles de la ville.

Du haut delà colline située derrière l’église, on jouit d’un beau point de vue sur la plaine du Roussillon, depuis la tour de Buscino (V. R. 98) à g. jusqu’aux promontoires loin- , tains des Albères.

A 2 kil. à l’E. d’Elne se trouve, dans une région traversée de canaux marécageux , la Tour-Bas- Elne, v. de 255 hab. , où s’élevait autrefois un château bâti par Constantin le Grand.

A I kil. au N. de la Tour-Bas- Elne , près du v. de Saint - Cyprirn (503 hab.), situé sur la rive dr. du ruisseau du même nom, à 2 ou 3 mèt. seulement au-dessus du niveau de la mer, on montre les débris d’une vieille tour.

D’Elne an Boulon par Palan del Vidre et Saint-André de 8oréda.

20 kil. D’Elne à Saint-André, 6 kil.

Chemin vicinal. De Saint-Andréau Bouiou, iA kil. Boute de voitures.

Après avoir traversé le Tech en bateau à 2 kil. au S. d’Elne, on atteint 1 kil. (3 kil .) Palau del Vidre, v. de 716 hab. , situé à 2(1 mèt. d’altitude , dans une plaine marécageuse, entre le Tech et son affluent le Tanyari, dont les inondations sont également désastreuses. Le village doit son nom aux verriers qui y exerçaient autrefois leur industrie. L’église, ancienne dépendance de l’ordre des Templiers, possède deux beaux retables en bois doré du xiv* siècle, et une magnifique chape brodée en perles fines par Martin Otxoar, ouvrier de Barcelone, en

A 3 kil. (6 kil.) au S. O. de Pa- , lau del Vidre. on traverse en bac le torrent de Soréda, et l’on entre

ROUTE 112. EÉNE. — SAINT-ANDRÉ DE SORÉDA. 665

à Saint-André de Soréda, v. de 693 hab. , situé sur la route d’Argelez-sur-Mer au BouloQ (Voy. plus bas), à la base des Albères, dans un vallon planté de chênes-liége et de micocouliers. L’église est romane. En y entrant, on voit à dr., au bas du deuxième pilier, un cippe de marbre blanc découvert dans la commune vers la fin du xvii' siècle.

Ce cippe, élevé à la gloire de l'empereur Marc-Antoine Gordien par les décimateurs de la Narbonnaise , porte l’inscription suivante :

l MP. CASSA RI. M. ANTONIO

GORDIANO.PIO.FEi.ICI. INVICTO . A CG .

P. M. TRIBYN

POT . Il . C08 . P . P . DECVMAN1 .NARBONSNS .

A 3 kil. au S. de Saint-André, sur la rive g. du ruisseau de Soréda, se trouve le village du même nom, contenant une population de 1218 h.

A 1 kil. au S. de ce village, une source minérale, connue sous le nom de Fontagre, à cause de son goût acidulé , jaillit dans le lit même du ruisseau. Sur la rive g. , près de la source , au pied d’un escarpement très - abrupt , s’ouvre une cavité profonde appelée Cobe de la Mène, ou grotte de la Mine.

Elle renferme souvent de l’acide carbonique en grande quantité, et, d’après M. Anglada, les animaux qui , dans les temps d’orage , y cherchent un abri, y sont facilement asphyxiés..

En remontant, de Saint-André de Soréda, un ravin qui descend au S. E. duptc del Castagné, haut de 704 met., on arrive, après 1 h. de marche , au nouvel ermitage de X. D. del Castell, qui a remplacé un autre édifice plus ancien, dont on voit les ruines à quelques pas & l’E. , tout près de celles du

château d'Ultréra . anciennement Yulturaria. Le château, construit vers la fin de l’empire romain, sur une colline de 571 mèt. de hauteur, pour défendre l’important passage de la Carbasséra , fut pris par le roi Wamba en 673 , par Pierre IV , roi d’Aragon, dans la guerre de 1344, et par Gassion l’an 1674. Quelque temps après, il fut démoli. Près des ruines, On montre un dolmen druidique.

En allant directement de Saint- André de Soréda au Boulou, on traverse le torrent de Soréda sur un pont; puis on longe, par une route parfaitement rectiligne, la base septentrionale des Albères, et on franchit le ruisseau de la Roque à 1500 mèt. en deçà de

4 kil. (10 kil.) Saint-Genys des Fontaines, v. de 330 hab., situé dans une région boisée, abondante en sources et en ruisseaux : de là son nom. On y trouve les débris d’un ancien monastère de Bénédictins, fondé au commencement du ix' siècle par un certain abbé Santimirius. Peu de temps après sa fondation, les Normands le dévastèrent ; mais, grâce aux présents des seigneurs voisins, il acquit ensuite de grandes richesses. L’église du monastère , encore existante , sert maintenant d’église à la commune; elle n’a qu’une abside au chevet hémisphérique, accompagnée dans le transsept de deux petites absides semblables. La porte d’entrée est surmontée d’un bas-relief monolithe représentant Dieu le père, soutenu par deux anges agenouillés, et entouré de six personnages vêtus de longues robes. Un tableau, de la fin du xn* siècle, peint sur le devant d’autel , reproduit la môme scène. Du cloître, il ne reste qu’une

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arcade intacte;. un côté entier a été abattu et remplacé par des maisons; les trois autres sont murés.

A 2 kil. 1/2 au S. de Saint-denys se trouve, sur la rive dr. du ruisseau de la Roca, descendu du pic des Trôis-Termes (1129 nièt.) , le village de La Roca de YAlbÇra (1003 hab.), quedominent les ruines de son château , dont la tour ronde, encore bien conservée , est Couronnée par une gracieuse lanterne à jour. C’est dans ce château que se réfugia le premier roi de Majorque, quand Pierre III, son frère, vint, avec une poignée de chevaliers , le surprendre dans Perpignan pour l'empêcher de se liguer contre lui avec Philippe le Hardi.

Sur l’autre rive du ruisseau, du côté du N., le charmant petit ermitage de Notre-Dame de Tanga couronne un monticule de 82 mèt.

de hauteur, au-dessus d’une vallée agréablement ombragée.

A 1 kil. au S. du village, dans le lit même du torrent, jaillit une source carbonatée ferrugineuse , nommée dans le pays Font de l’Aram, fontaine du cuivre, à cause de la saveur métallique qu’on y trouve à un haut degré.

Dans les environs , bn voit un dolmen assez bien conservé , dressé au centre d’un espace d’ënviron 40mèt.

de circonférence, pavé de grandes dalles.

Àü sortir de Saint-Genys des Fontaines jiar la route d’Espagne, on traverse successivement plusieurs ruisseaux, et, laissant à g. (2 kil.) Villelongue dels Monts, v.de461h., situé sur une colline de 117 mèt. de hauteur, au pied du pjc de Saint- Christophe (1001 mèt.), on entre dans la vallée du Tech, que l’on remonte eh se dirigeant au S. O. On

voit à g., à 2 kil. de distance, sur une hauteur de 154 mèt., Montesquieu, v. de 351 hab., dominé par les ruines d’un ancien château que, suivant Desclot, sa châtelaine, la dame Alissen ou Êlisande, défendit vaillamment contre Philippe le Hardi , en lui faisant perdre beaucoup de monde dans trois ou quatre batailles.

Le 7 décembre 1793, après leur victoire de âaint-Ferréol (V. R. 108) , les Espagnols, au nombre de 6000, attaquèrent la crête des Albères audessus de Villelongue et Montesquieu, occupée par l’armée française. « A la pointe du jour, dit M. Fervel, ce fut comme un coup de théâtre. En quelques minutes, tout fut enlevé, batteries, camp, Villelongue et la Roque. Les Espagnols avaient perdu 48 hommes et nous 1210, dont 760 prisonniers.

Nous avions perdu , en outre , 34 bouches à feu, 38 caissons, 5,700 projectiles, 2000 fusils, 2 drapeaux et l’ambulance de Saint-Genys, où 28 malades furent égorgés.

Les généraux français furent punis de leur honteuse défaite : de Vergés et de Bernède périrent sur l’échafaud, et Raimond alla mourir de chagrin dans les prisons de Perpignan. »

L’église de Montesquieu est du style roman; en dehors, on montre un tombeau de chevalier.

Parmi les nombreux ermitage* des environs de ce village, le plus curieux et le plus visité est celui de Saint-Christophe, situé à 3 kil.

de Montesquieu, sur la crête mêmé dés Albères , à une hauteur de 10M mèt. De ce point, on joliit d’une vue très-étendue sur les plaines du Roussillon. En suivant le plateau gazonné de la crête ijiil

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