‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'Océan a la MéditerranéeChapitre 61 sur 384 · ROUTE 11. SAINT -SÉBASTIEN · texte numérisé non relu

ROUTE 11. SAINT -SÉBASTIEN

maison de la Grande-Rue , puis Sur d’autres points encore, et dansèrent à la lueur des flammes; ce fut en vain que quelques habitants demandèrent qu’il leur fût permis' d’éteindre les flammes; ce fut en vain qu’un ordre dérisoire, arraché par les instances des alcades, fut donné dans ce sens. Les charpentiers qui s’étaient offerts, bien loin de se voir escortés, furent maltraités, contraints d’indiquer les maisons où le pillage devait être le plus lucratif, et forcés de s’enfuir pour sauver leur vie. Ainsi, pendant que la cité brûlait d’un côté, le viol, le meurtre, continuaient de l’autre.

Le manifesté cite ici les noms de quelques-unes des victimes les plus remarquables , et parmi elles on voit figurer des magistrats et des prêtres.

« Pendant toute la nuit, les portes de Saint-Sébastien avaient été fermées. Enfin le jour parut, et, sur les vives instances des alcades, il fut permis aux habitants de quitter leur patrie en ruines. La plupart se bâtèrent de fuir. Une foule absolument sans ressources, des femmes entièrement nues, des vieillards couverts de blessures, s’échappèrent dans la campagne, où un grand nombre périrent. Quelques personnes restèrent, espérant que, la première soif de pillage apaisée, elles pourraient sauver les débris de leur fortune ; mais l’incendie durait toujours, et, quand les alliés crurent n’avoir plus rien à.prendre, ils trouvèrent que les flammes allaient trop lentement. Alors ils eurent recours à des cartouches incendiaires qu’on leur vit préparer ouvertement dans la rue de Narrica. Grâce à l’emploi de ces artifices destructeurs , le feu se

propagea avec une effrayante activité. Saint-Sébastien tout entier fut détruit. Trente-six maisons demeurèrent seules debout, la plupart adossées aux rochers du Castillo qu’occupaient les Français, les autres attenantes aux deux églises qui servaient d’hôpital et de caserne aux vainqueurs. Livres, registres publics et privés, archives civiles et ecclésiastiques, tout fut réduit en cendres , et l’on évalue à plus de 100 millions de réaux les pertes immédiates.

a Les troupes qui étaient montées à l’assaut ne prirent pas seules part au pillage. Des soldats venus sans armes du camp d’Astigarraga .

distant d’environ une lieue , se joignirent à leurs compagnons. Les mulets qui suivaient l’armée servirent à enlever le butin, et les employés des brigades alliées aidèrent eux-mêmes à les charger. Les équipages de vaisseaux anglais mouillés au port du Passage eurent leur part, comme l’armée de terre.

Vingt-quatre jours après -l’assaut.

Anglais et Portugais fouillaient , encore les cendres de Saint-Sébastien pour y découvrir quelque objet de la plus mince valeur, et, pendant ce long intervalle de temps , pas un effort ne fut tenté pour réprimer ces excès, pas un officier ne chercha à arrêter les soldats.

Bien plus, les objets volés, quelle que fût leur nature, étaient étalés et mis publiquement en vente au quartier général de l’armée alliée.

En présence de ces faits, attestés par une population entière, il est impossible de douter de la connivence des officiers; il est impossible de ne pas faire remonter jusqu’à eux , et surtout jusqu’au général Graham , la responsahil»

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

lité de cette incroyable destruction.

a L’incendie et le sac de Saint- Sébastien laissaient plus de quinze cents familles sans asile , sans pain , presque sans vêtements.

Quatre mois après , le tiers de cette population avait péri de misère et de faim. Les autorités civiles, retirées à Zubieta , après avoir fait constater les faits par une enquête solennelle , demandèrent des secours temporaires et une indemnité qui leur permit de relever leurs habitations; mais en vain s’adressèrent-elles à Wellington, à la régence d’Espagne, au congrès national : l’un et l’autre leur furent refusés. Alors elles publièrent le manifeste et les correspondances d’où nous avons tiré ces détails. Elles en appelèrent à l’Europe entière, et ouvrirent une souscription publique, dont le montant devait servir à rebâtir Saint-Sébastien, Ici encore le mécompte fut aussi complet que possible. Seul, un négociant allemand, établi à Bilbao, s’inscrivit pour une demi-once. Après quelques mois d’attente , l’ayuntamiento dut remercier son unique souscripteur dont l’offrande isolée devenait inutile ; mais les registres de la ville constatent encore aujourd’hui que Saint-Sébastien, brûlée par ses alliés, abandonnée par ses compatriotes, ne trouva de sympathies que chez un seul homme et chez un étranger....

« On ne peut en douter, le 31 août 1813, Saint-Sébastien a été détruit par ses propres alliés, et sa ruine était préméditée. La responsabilité de cette destruction retombe évidemment tout entière sur les généraux anglais qu i commandaient l’armée assiégeante et qui tenaient

des événements une véritable omnipotence. Quelle raison pouvait motiver, de leur part, une conduite aussi étrange qu’odieuse? Certes ils n’obéissaient *pas à un instinct de barbarie gratuite , qui n’est nullement dans le caractère de leur nation. Au moment même où les soldats pillaient et massacraient leurs alliés espagnols, on les voyait accueillir avec une générosité chevaleresque les Français pris les armes à la main. Ils n’avaient pas non plus à faire un exemple, à terrifier des populations hostiles ; comme toutes les provinces d’Espagne, le Guipuzcoa les accueillait en libérateurs. Mais Saint-Sébastien était le chef-lieu d’une des provinces basques où l’industrie et le commerce ont toujours tendu à se développer; elle avait été le siège de riches compagnies qui exploitaient les colonies espagnoles; le retour de la paix allait raviver les rapports actifs avec la France, que sa position géographique rend inévitables.

Pour cela seul peut-être, Saint-Sébastien devait périr. Tout en faisant la guerre à Napoléon , les Anglais profitaient de l’occasion pour assurer leur commerce , pour étouffer jusqu’aux moindres germes dont le développement aurait' pu soustraire leurs alliés à ce vasselage industriel que subit encore le Portugal. En Catalogne et jusqu’aux portes de Madrid, les soldats de Wellington brûlaient les fabriques de draps, de cotonnades et de porcelaines; en Andalousie, ils détruisaient les plantations de cannes â sucre. Le sac de Saint-Sébastien n’eut sans doute pas d’autre cause.

C’était toujours cette politique implacable qu’on retrouve au fond de tous les actes de l’Angleterre, et

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