ROUTE 11. SAINT -SÉBASTIEN
qui lui ferait brûler la moitié du monde pour être seule à vendre des cotons à la moitié restante. »
En 1836, Saint-Sébastien fut assiégée parles carlistes, qui ne purent pas s’en emparer, grâce à la résistance que leur opposa la légion anglaise commandée par le colonel Arbuthnot. En 1848, Espartero y reçut un accueil enthousiaste à son retour d’Angleterre.
M. de Quatrefages décrit ainsi l’aspect de Saint-Sébastien vu du sommet du mont Orgullo , haut de 134 mèt. :
a Un amphithéâtre de collines assez élevées pour mériter le nom de montagnes se courbe devant vous en demi -cercle et projette dans la mer, à gauche, la pointe et les falaises du mont Ulia; à droite, le phare et les rochers du mont Jgueldo. Une langue de terre étroite et basse se détache du continent, partage en deux parties à peu près égales ce bassin de trois quarts de lieue de large sur un quart de lieue de profondeur, et s’élargit un pou en atteignant le mont Orgullo. C’est là qu’est bâti Saint-Sébastien. A l’est, au pied des remparts de la ville', vous voyez l’embouchure de l’Urumea, dont l’œil suit le cours tortueux jusqu’à ce qu’il disparaisse à un redan de la vallée. La rade proprement dite est de l’autre côté. Protégée par les roches avancées du mont Orgullo, par l’Ilot de Santa-Clara et la chaîne d’écueils qui rattachent ce dernier au mont Igueldo, cette rade ne présente à la mer qu’un étroit goulet. Une magnifique plage l’entoure d’un demi-cercle de sable fin, interrompue seulement par la pointe rocheuse où s’élevait avant les dernières guerres la chapelle de la Antigua. Cette plage, plon-
geant dans la mer sous une pente à peine sensible, est chaque été le rendez - vous de nombreux baigneurs, qui, de tous les points de l’Espagne , viennent chercher ici le plaisir et la santé. Le port lui-même est placé immédiatement au pied du mont Orgullo, complètement abrité de toutes parts et couvert même du côté de la rade par quatre jetées qui se protègent mutuellement.
« Des fortifications à la Vauban ,
1 un rempart élevé dont les fossés se remplissent à marée haute, occupent toute la largeur de l’isthme qui joint Saint-Sébastien au continent, et le protègent du côté de la terre. Tapie au pied du mont Orgullo , comme si elle aussi cherchait un abri du côté du nord, arrêtée par ses murailles que la mer bat des deux côtés, la capitale du Guipuzcoa forme un carré Irrégulier dont la surface est moindre que celle de l’entrepôt des vins de Paris; mais cet espace étroit a été mis à profit autant que possible.
Deux églises paroissiales, un couvent, un. arsenal, une caserne, tels sont les principaux édifices publics, presque tous rejetés sur les dernières pentes du mont Orgullo. Au centre de la ville, l’hôtel de l’ayuntamiento occupe tout un côté d’une place à arcades, espèce de Palais- Royal au petit pied. Le reste des terrains est entièrement occupé par de hautes maisons bordant des rues presque toutes en ligne droite, et dont la largeur semble avoir été strictement calculée d’après les nécessités de la circulation. Ici, point de jardins; à peine quelques cours intérieures. Grâce à cette économie dû sol, plus de 10 000 âmes ont trouvé à se loger.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
<x Malgré cette accumulation d’habitants, malgré les professions assez sales de plusieurs d’entre eux , on voit régner partout une propreté bien rare dans nos grandes villes.
Ce fait s’explique surtout par le mode de répartition de la population. Saint-Sébastien n’a pas de ces rues, de cës quartiers, ramassis de masures et de bouges, qui défigurent nos plus riches cités et où s’entassent les classes peu aisées.
Partout les maisons sont à peu près semblables , et comptent des locataires de toute sorte. Le commerçant, le propriétaire, occupent le rez-de-chaussée et les premiers étages; le manœuvre du port, le pêcheur, l’artisan, se logent dans les greniers et dans les combles. »
Ce que Saint-Sébastien offre dé plus curieux à un étranger, à part sa situation, c’est sa population :
pour la bien voir sous ses aspects les plus saisissants , . les plus opposés , il faut aller sur la place de la Constitution, le matin, à l’heure du marché, le soir, à l’heure de la promenade. Parmi les édifices publics, l’église de Santa-Maria Fabricata mérite seule une visite. M. Cénac- Moncaut l’appelle un chef-d'œuvre de majesté : c’est, dit-il, l’édifice le plus irréprochable dans son ensemble et dans ses détails que la Renaissance ait élevé dans les provinces basques; elle a 52 mèt. de long sur 35 de large. Les nefs sont très-larges et très-élevées; le choro, auquel les Espagnols donnent tant d’importance dans l’ornementation de leurs églises, se fait remarquer par son élégance ; malgré la lourdeur des autels, on ne peut se dispenser d’en admirer la majesté et la richesse. Cependant l’ensemble et les détails de l’édifice
semblent convenir à un monument civil plutôt qu’à une église catholique. L’église de San-Vincente est beaucoup moins belle que celle de Santa-Maria; ses détails intérieurs appartiennent à la Renaissance, mais l’extérieur est du style gothique. — En dehors de la ville se trouvent les Arènes destinées aux courses de taureaux.
L’importance commerciale de Saint-Sébastien est encore assez considérable : il entre dans son port environ 700 ou 800 navires par an. L’été, la ville prend une animation extraordinaire. Elle est, en effet, le Brighton ou le Dieppe de Madrid. Ses bains de mer y sont très-fréquentés.
Les étrangers devront surtout s’empresser de gravir le mont Orgullo, du sommet duquel on découvre les points de vue si bien décrits par M. de Quatrefages. La montée commence près de l’église de Santa-Maria. 45 min. suffisent pour atteindre la forteresse qui couronne le point culminant. Rien de plus charmant, de plus varié que cette premenade. A mi-côte on remarque parmi les rochers les tombeaux des officiers anglais qui périrent en 1836, en défendant Saint- Sébastien contre les carlistes.
De Saint-Sébastien à Pampelune ( V.