ROUTE 41. DE PAU A SAINT-SAUVEUR. — LOURDES
de la vallée d'Asson, au N. du col de Tortes (V. R. 37).
a Sur les hauteurs qui dominent la ville, dit M. Laboulinière , on fait tous les ans la chasse des ramiers en septembre et en octobre. Cette chasse consiste à dresser de distance en distance, sur les versants d'une gorge, des trépieds composés de trois longs arbres. On construit sur ces trépieds, à la hauteur d'une vingtaine de toises, des cabanes de verdure où se cachent les chasseurs. Des hommes , placés en avant et à l'entrée de la gorge , y font entrer les oiseaux qu'ils effrayent en poussant des cris et portant des drapeaux blancs ; alors les chasseurs les reçoivent, se les renvoient de l'un à l'autre, en lançant des raquettes que les ramiers prennent pour des oiseaux de proie, et les rabattent par centaines dans les filets. Ceux-ci sont connus dans le pays sous le nom de pantières. » Ce* genre de chasse est également pratiqué dans le départ, de l'.Vriége.
Sur un tertre qui domine la route à g. s'élève la petite chapelle de Saint-Marc, où l'on dit la messe le Jour de la fête de ce saint.
Au delà de Saint-Pé, la route remonte toujours sur la rive dr. la vallée étroite et pittoresque du Gave dans la direction de l'O. à l'E. A 20 min. , un pont conduit au ham.
d'Arreonillès , situé sur la rive g.
près de la forêt de chênes qui appartient à la ville de Lourdes et qui a pris le nom de sa propriétaire.
4 kil. (34 kil.) Peyrouse, v. de 517 h. On longe ensuite le pied de la montagne dont le sommet porte le beau lac de Lourdes; on passe devant la vaste propriété de M. Dauzat-Dembarrère et on débouche dans la petite plaine de
G kil. (40 kil.) XK)urde« (hôt. de France, Laffite, du Nord, de la Poste), chef-lieu de canton, siège du tribunal de f* instance de l'arr.
d'Argelez, V. de 4221 h., située sur la rive dr. du Gave, au point de jonction de quatre vallées qui se dirigent vers les quatre points cardinaux. Du côté de l'O. elle est dominée par un rocher gris et escarpé sur lequel se dresse un ancien château fort.
On montre encore à Lourdes des restes de murs qui passent pour avoir été construits par les Romains.
En tout cas il est certain que le château existait déjà du temps de Charlemagne; on l'appelait alors Miravibel (belle vue). Les chroniqueurs de l'époque rapportent que le prince sarrasin Mira occupait cette forteresse à l'époque où les Franks vinrent l'attaquer. Les assiégés, menacés par la disette, allaient bientôt se rendre , quand un aigle apparut soudain sur la tour la plus élevée de la citadelle et y laissa tomber un grand poisson vivant. Émerveillé de ce prodige qu'il prit pour un avertissement du ciel , Mira envoya le butin de l'aigle à Charlemagne et lui fit dire qu'il n'était pas entièrement dépourvu de vivres puisqu'il prenait de tels poissons dans son vivier. Charlemagne ne savait que penser et que faire , lorsque l'évoque du Puy, homme fécond en ressources à ce qu'il paraît, persuada au prince sarrasin que Notre-Dame était l'auteur de ce prodige , et lui conseilla de mettre le château sous le patronage de la Vierge. En effet Mira consentit à capituler et donna en témoignage de reconnaissance une poignée de foin à l'évoque. Ensuite il se renidit au Puy, suivi de ses cheva-
liers qui tous portaient au bout de leurs lances des bottes de foin dont ils firent litière dans l'église de Notre-Dame ; l'émir y reçut le baptême , fut nommé Louis , et de retour dans son château changea le nom de Mirambel en celui de Lordes ou Lourdes. (Voy Marca).
D'après M. Cénac-Moncaut , le nom de Lourdes ou Lordes, d'origine romane, serait un synonyme de château fort; en tout cas, il est certain que ce mol ne vient pas de Lapurdum, dénomination qui n'a jamais appartenu qu'à Bayoniie.
On pourrait dire jusqu'à un certain point que l'histoire de la ville de Lourdes résume celle du Bigorre.
« En 1218, ce boulevard du comté fit échouer les tentatives du redoutable Simon de Montfort. Bientôt après cependant , Lourdes ouvre ses portes au successeur de Simon, le comte de Leicester, en vertu de la cession d'une partie du Bigorre faite à ce prince par le faible Esquivât de Chabannes. Dès ce moment elle ne cesse d'être le point de mire de tous les partis qui se disputent la possession de ces contrées.... Véritable clef des riches et populeuses vallées qui se réunissent à sa base, le château de Lourdes devient l'arbitre des destinées du comté de Bigorre. »
Leicester ayant péri à la bataille d'Evesham, son fils Simon vendit ses droits à Thibaut I", comte de Champagne, et ce dernier confia la garde du château de Lourdes à Garcie Arnaud deVolente (1265). Ce fut à la suite de cette cession que le château passa à Philippe le Bel, ou pour mieux dire à sa femme Jeanne de Navarre (1293), et il ne fallut rien moins que le traité de
Bretigny (1360) pour en déposséder la France.
Le prince Noir vint le visiter, lui donna pour commandant Pierre Arnaud, cousin du comte Gaston Phœbus, et « le recommanda moult et grandement et chèrement , tant pour la force du lieu comme parce que Lourdes sied sur la frontière de plusieurs pays; car ceux de Lourdes peuvent courir moult avant dans le royaume d'Aragon , et jusqu'en Catalogne et Barcelone. » Mais Gaston Phœbus, qui comptait obtenir la cession de ce château , si les Français s'en rendaient maîtres , envoya prier son cousin Arnaud de venir le trouvera Orthez, afin de conférer sur la situation politique. Celui-ci pressentit quelque supercherie.
a Quand il dut partir, il vint à Jehan des Angles, son frère , présents les compagnons : a Monseigneur le c comte de Foix me mande , irai ; t si veux que ne rendiez le châtel de « Lourdes qu'au roi d'Angleterre , a mon seigneur naturel , de même • que je le tiens: «ainsi le jura. Avint que le troisième jour qu'il fut arrivé à Orthez, en présence de plusieurs chevaliers, écuyers, le comte de Foix lui fit commandement de mettre le châtel pour le duc d'Anjou.
a Le chevalier pensa un petit pour savoir quelle chose il répondrait. Toutefois, tout pensé et tout considéré, il dit : « Monseigneur, vraiment je vous dois foi et hom- « mage, car je suis un pauvre che- « valier de votre sang et de votre tt terre; mais ce châtel de Lourdes a ne vous rendrai-je jà. Vous m'aa vez mandé , si vous pouvez faire « de moi ce qu'il vous plaira. Je le a tiens du roi d'Angleterre , qui m'y « a mis et établi , et à pei-sonne qui
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
c soit je ne le rendrjii , fors à lui. » Quand le comte de Foix ouït cette réponse, si lui mua le sang en félonie et en courroux, et dit, en tirant hors une dague : a Ho ! faux traître , as-tu « dit ce mot de non-faire? Par cette « tête , tu ne l'as pas dit pour néant. • Adonc férit-il de sa dague sur le chevalier, par telle manière que il le navra moult vilainement en cinq lieux, et il n'y avoit là baron ni chevalier qui osât aller au-devant.
Le chevalier disoit bien : « Ah !
a monseigneur, vous ne faites pas a gentillesse ; vous m'avez mandé , a et si m'occiez. » Toutes voies , point il n'arrêta, jusques à tant qu'il lui eût donné cinq coups d'une dague.
Puis après commanda le comte qu'il fût mis dans la fosse , et il le fut , et là mourut, car il fut pauvrement curé de ses plaies. •
Néanmoins, loin de succomber avec son commandant, le château de Lourdes opposa à ses assaillants une résistance de plus en plus énergique, grâce à son défenseur le baron des Angles. Fidèle au cri de guerre : Saint-Georges Lourdes, la garnison exécuta des sorties si vigoureuses, que le duc d'Anjou dut renoncer au siège , et battre en retraite après avoir brûlé la ville.
Assiégé de nouveau, Jehan des Angles ne capitula qu'après dixhuit mois de blocus. Depuis cette époque , le donjon de Lourdes a toujours appartenu à la France. Pendant les guerres de religion, Mongommery prit la ville , mais il ne put se rendre maître du château.
Sous le règne de Louis XV, le fort de Lourdes devint une prison d'État. On y envoya les protestants coupables d'avoir lu la Bible, les magistrats qui avaient osé faire des
remontrances au ministre, les jeunes gens qui avaient le malheur de déplaire aux courtisanes de Versailles. En 1788, l'archevêque de Sens , Loménie de Brienne , y fit enfermer plusieurs membres des parlements qui s'étaient opposés à son plan des cours plénières.
Les États généraux de 1789 rendirent la liberté à tous les prisonniers de Lourdes, et les communes de Bigorre écrivirent dans leur cahier de griefs et doléances l'article suivant : a II sera demandé aux États généraux que le château de Lourdes ne soit plus regardé comme Prison d'État, qu'il ne serve désormais qu'à la protection et défense du pays, et non pas d'effroi à la liberté civile....» Ce fut seulement en 1803 que le général Bonaparte, devenu premier consul, déclarant de nouveau le château de Lourdes une prison d'État, y fit , entre autres prisonniers, enfermer en violation du droit des gens l'ambassadeur anglais lord Elgin , qui était revenu de Constantinople i)Our rétablir sa santé aux eaux de Bagnères. Depuis lors, le château de Lourdes a cessé d'être une prison d'État ; il est gardé par une garnison de vétérans.
•c Ce castel, dit M. Cénac-Moncaut que nous avons si souvent l'occasion de citer, n'a conservé de l'époque féodale que la direction de ses deux chemins couverts et son donjon carré. L'un des chemins couverts, garni d'escaliers dans une partie de son étendue, descend vers la ville et passe sous une porte du xvi* siècle, précédée de son pont-levis; l'autre se dirige vers le Gave, en serpentant sur les flancs de la montagne ; il servait d'accès aux cavaliers et passe sous une ancienne tour voûtée eu pont et garnie d9