‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 161 sur 382 · DE TARBES A CAUTERETS · texte numérisé non relu

DE TARBES A CAUTERETS

<t6 kil. Route de poste. Messageries impériales, un défiart tons les jouis» pendant la saison des eaux, trajet en 8 li.i/2. Diligences panant de la place Maubourguel. Messageries Dodé, service quotidien. Messageries Cancre, id. Prix îles places de 8 fr. 60 c. à 10 fr. 60 c.Voiiurea de louage de 20 à 25 fr. par jo\ir.

En sortant de Tarbes, on laisse à g. la route de Bagnères, et l'on se dirige au S. 0. à travers une plaine fertile qui semble avoir été autrefois le fond «l'un vaste lac. Après avoir passé le canal de Jespes ({ui va se jeter près de là dans la rivière Echez, on aperçoit, à g., l'ancien château d'Odo.v où mourut en l.')49 la reine Marguerite de Navarre, puis, à dr. , la route qui mène par JuiUan et Ossun à Pontacq.

[Juillan y v. de 1727 h., est à 6 kil. de Tarbes. Son nom (Julianus) semble indiquer son origine romaine. A en croire la tradition locale, César avait établi un camp sur l'emplacement qui l'occupe. Ossun, b. de 2964 h. , situé à 1 1 kil. de Tarbes, chef-lieu de canton, doit une certaine importance à son commerce de jambons. Les habitants de ce pays , presque tous rouliers , étaient

connus autrefois dans toute la France sous le nom de hetirraires; ils différaient complètement de leurs voisins sous le rapport des mœurs et portaient un costume particulier :

veste courte, 'ceinture rouge, béret blanc bordé d'un liséré rose; la plus légère infraction au costume obligé était punie par le seigneur. Au N. 0.

du village , on voit un ancien château près duquel on distingue sur une hauteur les vestiges d'un camp romain. La tradition rapporte que Crassus , lieutenant de César , s'y fortifia ; cet ancien camp forme un carré long, ayant quatre ouvertures, entouré de fossés d'une largeur et d'une profondeur considérables; il pouvait contenir 4 à 5000 homme.]

Après avoir dépassé la route de Juillan, on traverse une fois l'Échez, puis trois fois son affluent, le Geune, qui serpente à dr. et à g. de la route, et bientôt l'on se trouve sur une plaine haute qui s'étend à l'O. vers Ossun, C'est Lanne Mourine (landes des Maures), champ de bataille où les débris des Sarrasins vaincus par Charles Martel entre Tours et Poitiers furent écrasés par les Bigordains sous les ordres de Missolin ou Mesclin. Les levées de terre d'origine inconnue que l'on voit près d'Ossun sont peutêtre des tumuli qui datent de ce jour de bataille: cependant il est plus probable que c'étaient des postes fortifiés , élevés par les Romains.

A l'E. de cette plaine s'élève sur une colline , à 10 kil. de Tarbes , Lanne, v. de 482 h. , et tout près de Lanne, dans la plaine fertile del'Echez, se trouve, à la même distance de Tarbes, Bénac, v. de 855 h. Lors des croisades, dit la légende, un vieux gentilhomme, qui venait d'épouser femme gentille, se sentit

consumé par le zèle de la foi, et partit pour la Palestine, disant à sa femme qu'elle pourrait se remarier si elle ne recevait pas de ses nouvelles avant sept ans. Les sept ans étaient près de finir, et le vieux gentilhomme malade etcaj)tif songeait tristement dans son cachot , quand soudain le diable lui apparut. « Marquis, lui dit-il, ta femme doit épouser ce soir même le baron des Angles.

Donne-moi ton âme et je te transporte dans le château. — Mon âme , répond le marquis, est à Dieu. —Ton cœur.— Mon cœur est au roi, mais je te donnerai les restes de mon souper. » Le diable, qui sans doute avait faim , accepta le marché, mit le chevalier mourant sur ses ailes rouges et le transporta au manoir de Bénac. Les deux amants venaient de s'asseoir au banquet nuptial ; l'évêque de Tarbes, mitre en tête, crosse en main , allait leur donner sa bénédiction, quand le vieillard paraît soudain, couvert de vêtements en lambeaux, hideux , semblable à une bête fauve. Les domestiques le repous.sent ; mais le cheval hennit dans l'écurie en entendant les pas de son maître, et le chien se traîne à ses pieds pour lécher les cicatrices qu'y avaient laissées les ceps de fer.

Au sortir de la plaine de Lanne Mourine.. on franchit le ruisseau de Rieutort entre deux collines dont celle de TO. est boisée, puis on gravit une petite côte avant d'atteindre

14 kil. de Tarbes. Adé, v. de 688 h., où le paysage commence à prendre un caractère montagneux; des collines escarpées, couvertes de fougères ou de bois, s'étendent de chaque côté dans la direction du S.

D'après la tradition locale, on y trouvait encore des sangliers il y a

ITINÉRAIRE DES PYRÉNIÉES.

quelques années. A peu de distance d'Adé, la tour carrée du château de Lourdes apparaît sur son rocher , e*t à l'E. se dresse, dans le lointain, la Pêne de Lhièris, au sommet recourbé. (Voir Bagnères de Bigorre).

La route , de plus en plus accidentée , laisse à dr. le v. de Saux, à g. celui des Granges, près duquel se trouvent les restes d'un camp romain connu dans le pays sous le nom de Castra de Julos (camp de Jules), puis une métairie dont le nom, Slrada, semblerait indiquer que l'anciennne voie romaine de Dax à Saint-Bertrand passait par 'ce point. Quelques archéologues ont voulu voir dans Strada le poste intermédiaire d'Oppidum Sovum.

Plus loin, la route fait un circuit pour éviter un abîme que recouvre une prairie. Dans ce lieu qu'on appelle marais du Motige (du Moine) , une montagne disparut, dit -on, engloutie tout à coup par un tremblement de terre. Après avoir franchi la petite ramification qui sépare le bassin de l'Adour de celui du gave de Pau, on descend à 5 kil. ( 19 kil. de Tarbes) lK>urdes (V. R. 41).

Au delà de Lourdes, on entre dans la célèbre vallée de Xiavedan , où viennent déboucher sept autres vallées latérales, appelées rivières dans le pays, car elles sont formées en effet jiar les rives plus ou moins escarpées des torrents qui les arrosent : elles ne sont à leur origine que des gorges profondes et ne s'élargissent un peu qu'en descendant vers la vallée principale ; elles portent les noms de val Surguère, Castelloubon , Extrême de Sales, Azun , Davantaigiie , Saint-Savin et Baréges.

A peine a-t-oa quitté Lourdes,

en remontant la rive dr. du Gave, que l'on aperçoit à g. le chAteau de Hiéou sur le sommet d'une montagne ; son état de ruine est tel qu'on peut à peine distinguer au centre d'une enceinte très-étroite les débris informes d'un donjon carré. Hiéou était autrefois un poste occupé par une petite garnison chargée de surveiller la vallée et de transmettre les signaux à Labarrère du côté de l'E. et à Vidalos du côté du S. Elle faisait partie du système d'aialayes ou forts guetteurs espacés de distance en distance à travers le Bigorre.

Vallées de Surgnère et de Castelloabon.

Les deux premières vallées qui s'offrent à la vue sont : à l'O. de l'autre côté du Gave , celle de Surguère, et à l'E. , celle de Castelloubon. La première, assez petite, renferme cinq beaux villages. Les habitants , industrieux et sobres , donnent un soin particulier à la culture du lin et à l'exploitation des carrières d'ardoises et de marbre.

C'est dans les environs du village d'Aspin (218 h.) qu'on extrait le marbre noir et veiné de spath, si connu sous le nom de marbre d'Aspin.

L'autre vallée, celle de Castelloubon (Chdteau-le-Bon), est plus grande et s'élève à l'E. jusqu'aux escarpements du pic de Mont-Aigu haut de 2340 met. (V. R. 60). Elle tire son nom d'un vieux château dont on voit encore les ruines, sur un rocher isolé, près du village de Cotdoussan, dans sa partie la plus sauvage et la plus reculée. La vallée principale et ses affluents contiennent 10 villages , parmi lesquels, ceux de Juncalas (365 h.), à 8 kil.

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