‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 219 sur 382 · ROUTE 60. LE LAC BLEU. — L*ÉLYSÉE FANNY · texte numérisé non relu

ROUTE 60. LE LAC BLEU. — L*ÉLYSÉE FANNY

rochers, on descend dans la valler de l'Àrize, qui conduit au Pic du Midi (V. R. 56). Quand, au contraire, on se dirige au N. 0. pour traverser le petit contre-fort de montagnes qui sépare les deux embranchements de la vallée de Rimoula, on descend par des pentes fort douces au vallon tVAiqos Bout/o« (Eaux Rouges) , au milieu duquel se trouve le lac de même nom.

Ce lac n'est, à proprement parler, qu'un réservoir marécageux des eaux descendues des hauteurs voisines; sa surface est couverte de joncs et d'autres plantes aipiatiques. De là on voit sur le versant opposé du ravin les pâturages de Hnun Hlnnqun (Fontaine Blanche), longs de 3 ou ^00 met. A g. . le Pic du Midi apparaît dans toute sa beauté de la base jusqu'au faîte.

Pour revenir, on peut sortir de la vallée de Rimoula en gravissant la Houn Blanquo, traverser la forêt de sapins de Niclade et redescendre dans la vallée de l'Adour à Campan, au prieuré de Saint-Panl ou à Baudéan.

ne Bagnères de Bigorre à Baièges fV. B. 58) ; — à Tarbes (V. B. 59) ; — à Bagn^^e8 de Ludion (V. U. 62);— à Toulouse (V. B.68).

LA VALLÉE d'aUREET SES PORTS.

D'irrean à àragnonet.

•i3 kil. Boule de voilures jusqu'à Sainl- Lary; l)on chemin de muleis de Saint- Lary à Aragnouet.

La vallée d'Aure forme une

demi-circonférence d'environ 30 kil.

de développement autour des bases méridionale et orientale du massif que dominent les pics de Néouvieille,d'Ayguecluse, de Bastanetet (l'Arbizon. La rivière qui l'arrose prend son origine aux cols d'Aiguillons et de Cambielle , et, se dirigeant d'abord vers l'E., reçoit dans son cours les affluents de toutes les vallées latérales, puis se recourbe vers le N. , avant de se réunir à Arreau avec celle qiii descend de la valléf»

du Louron , pour former la rivière des Deux-Nestes. (Ce mot Neste est d'origine celtique et signifie la même chose que Gare ou torrent des montagnes.)

A en croire certains historiens, la vallée d'Aure a reçu son nom de la peuplade de^Arehaci, qui habitaient autrefois le territoire de Numance sur les rives du Douro, et cpie Pompée força de s'établir sur le versant septentrional des Pyrénées.

Arreau, Grézian, Azet, Bourisp, Estensan, Cadéac et plusieurs autres villages de la vallée, auraient été fondés par ces exilés de l'Ibérie.

Les Aurois eurent de longues guerres à soutenir contre les Sarrasins, et ce fut seulement à la fin du ix*- siècle qu'ils parvinrent, aidés des chrétiens aragonais, à chasser l'ennemi. En l'an 1012, les musulmans revinrent dans la vallée d'Aure, mais ils furent de nouveau expulsés par Sanche Abarca, roi d'Aragon, qui prêta secours aux Aurois. Alors ceux-ci choisirent Abarca pour seigneur et lui permirent de construire des chflteaux forts dans leur vallée , à condition qu'il reconnaîtrait leur indépendance. Fiers et jaloux de leurs privilèges, ils gardèrent pendant tout le moyen âge leurs institutions républicaines, et,dansleurs

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niNÉRAIRE DES PYRÉNÉES.

assemblées, le peuple régnait seul, à l'exclusion de la noblesse et du clergé.

La vallée d'Aure est très-peuplée.

D'.\rreau à Saint-Lary, sur une distance de :\ lieues, où pas un arpent de terre n'est inculte, on compte 25 villages, les uns au bord de la routé ou de la Neste, d'autres sur des mamelons ou bien k demi cachés dans quelque enfoncement. Outre l'agriculture, diverses industries prospèrent encore dans cette région ; plusieurs villages renferment des fabriques où l'on travaille les laines du pays en étoffes à l'usage des montagnards, et même dans beaucoup de cabanes on rencontre des métiers à tisser. Pendant l'hiver, les jeunes gens ont l'habitude d'aller chercher un emploi dans les contrées limitrophes , quelquefois môme en Espagne.

▲rreau (hôt. Dulhom) , chef-lieu de canton , V. de 1 '270 hab. , est située au confluent de la Neste d'Aure, de la Neste de Louron et de la Lastie, dans un des plus vastes bassins des Pyrénées, à 700 met. de hauteur au-dessus de la mer.

L'église de Notre-Dame d'Arreau offre bien peu d'intérêt ; elle a été construite dans le xv« et le xvr siècle , sur les ruines d'une église romane de la fin du xir siècle; de celle-ci , il ne reste plus qu'un monogramme et une gracieuse porte latérale qui rappelle tout k fait la belle porte de Saint-Jean de Bagnères de Bigorre.

La chapelle de Saint-Exupère , construite en l'honneur d'un évoque de Toulouse qui défendit cette ville contre les Vandales, mérite une plus longue visite. Elle fut construite dans le ix' siècle ou dans le X* siècle, mais depuis cette époque

on l'a réparée tant de fois qu'il reste peu de fragments de l'édifice primitif. La porte qui conduit sous le porche offre des sculptures assez curieuses. Entre autres, on y voit un damné coiffé du béret des montagnards, qui s'enfonce jusqu'à mi-corps dans la gueule d'un monstre, sous le poids du .sac de ses péchés. En vain il étend les bras poui' chercher un appui; deux serpents les saisissent et les dévorent ; à côté de lui, des saints regardent et applaudissent aux tourments du réprouvé. La nef, longue de 20 met., est du xvi*" siècle; elle n'a pas de bas côtés , et se termine en voûte ogivale. Au-dessus de l'église, la tour, d'abord carrée, devient octogonale et j)résente sur chaque pan ces fenêtres à triple plein-cintre (ju'on retrouve dans toutes les autres églises de la vallée.

On remarque également sur la place une belle halle couverte, et plusieurs maisons du style de la Renaissance décorées de marbres du pays.

D'Arreau à Bagnères de Luchon (V.

II. 62); — à BiigiK'i^s de BiRorre (V. R. 60; — à San-aniolin (V. R. 63).

Après avoir quitté Arreau, on côtoie la rive g. de la Neste, et l'on voit bientôt la vallée se rétrécir près de

2 kil. Cadéao, v. de 519 hab., .surmonté d'une vieille tour féodale.

Comme celle d'Arreau, l'église de Cadéac a été construite dans le XVI* siècle sur l'emplacement d'une église romane du xi" siècle, dont il ne reste plus que la porte du N.

et quelques .sculptures curieuses encastrées dans le mur : ime de ces sculptures représente allégoriquenient l'histoire de Suzanne entre les

ROUTE 61. ARREAU. — CADÉAC.

deux vieillards (une brebis entre deux loups).

Un peu au delà du village de C-adéac jaillissent des eaux sulfureuses froides, situées, l'une sur la rive dr. , l'autre , sur la rive g. de la rivière. On lit dans une vieille chronique qu'une certaine Jeanne, reine de Navarre, couverte de lèpre, trouva dans l'une de ces sources la guérison qu'elle avait en vain cherchée à Bagnères et à Cauterets.

LES EAUX

Eau froide , sulfureuse.

Quatre sources : S. principale, S. de la buvette , S. de l'Ouest , S. })etite extérieure.

Température : S. principale et petite source extérieure, IS',.'); S. de la buvette, l.S»,65 (Gintrac).

Deux établissements : L'un sur la rive droite , l'autre sur la rive gauche de la Neste.

Service médical : Un médecin inspecteur.

Emploi : Boisson, bains.

Effets physiologiques : Agit comme excitante; c'est une eau forte.

Classification chimique : E. sulfurée sodique.

Analyse.

M. Gintrac indique le .«sulfure 8odiquc comme élément minéralisaleur de l'eau de Cadéac ei dans les propurtions suivantes :

Sulf.de sodivtn.

Source de la Buvette 0,0678

•> de rOuesi 0,0237

u principale 0,0750

» petite extérieure... o,0772

Bibliographie : Annuaire des eaux minérales de France. — Filhol, eaux minérales des Pyrénées.

Au delà de Cadéac. la vallée plus

étroite donne à peine passage au torrent; ici se trouvait, à n'en pas douter, la digue qui retenait les eaux de la Neste et en formait un grand lac : on distingue parfaitement le point où la roche a été fracturée violemment sur une longueur d'une trentaine de met. La tradition locale fait même honneur au travail humain de cette effrayante coupure.

2 kil. (4 kil.) Ancizan, v. de 960 h., situé à 777 met. au-dessus du niveau de la mer, est un amas informe de maisons quelquefois décoré du nom de ville. On voit à l'O., au fond d'un vallon trop dépouillé d'arbres, se dresser comme une tour le pic d'Arbizon, et, en tournant les regards au N. 0. , on aperçoit les escarpements nus de la Hourquette d'Ancizan, à l'extrémité de la gorge de Cassaigne. De l'autre côté de la rivière , le v. de Gre;iian (210 h.), dans les environs duquel (»n trouve de beaux marbres, fait face à Ancizan du haut de sa colline.

l kil. (0 kil.) Guchen, v. de 568 h., au delà duquel on traverse le petit torrent du Lavedan, qui descend par un vallon latéral du port de Bastanet situé à l'O. de l'Arbizon. Si l'on remontait ce vallon jusqu'au col.

on atteindrait le point de partage des eaux de l'Adour de Gripp et du Gaube , affluent de l'Adour de Séoube ; on pourrait par conséquent descendre dans l'une ou l'autre de ces deux vallées (V. R. 60).

Vis-à-vis du village de Guchan (302 h.), situé sur la rive dr. de la Neste , au milieu de belles prairies et à 762 met. d'altitude, la route pas.se devant la chapelle d'Ayos. bâtie par les Templiers dans le courant du xii« siècle. Cet ora-

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

toire est dans un état de délabrement complet : sa voûte est détruite ; ses murailles sont tapissées de plantes grimpantes ; mais on peut encore parfaitement apprécier la pureté de son style. Le clocher n'est qu'un simple exhaussement du pignon occidental, construit comme la chapelle en pierres de différentes grosseurs. 11 ne reste plus rien du couvent des Templiers.

Les montagnes s'élèvent et prennent un plus grand caractère h mesure qu'on remonte la vallée, au fond de laquelle le pic «le Tramesaïgues, la montagne d'Kns, le pic d'Azet et l'entrée de la vallée d'Azet, attirent surtout les regards.

4 kil. (9 kil.) Vielle-Aure {Hôtel (VFspagne, auberge, chez Dupuy), chef-lieu de canton de l'arr. de Bagnères de 368 hab., est situé à KIO met. dans un beau bassin où viennent déboucher, à l'O. , le ruisseau de Soulan ou d'Espiaube, au S. E. , celui de la Mousquère , au S. la Neste d'Aure. Son église romane, qui ressemble à celle d'Agos, est mieux conservée. L'abside présente à l'extérieur trois pilastres servant d'appui à un large cordon saillant que supportent également des arcalures placées deux à deux entre chaque pilastre; au-dessus, une petite corniche ornementée règne sur toute l'étendue de l'église. Le grand clocher carré a été construit, de 1615 à 1616, dans un style parfaitement conforme aux traditions romanes. Cette église appartenait également aux Templiers.

[En pénétrant au S. E. dans la r ailée (TAxet ou de la Mousquère, que l'on voit s'étendre jusqu'à la base du pic d'Azet , on trouve à

l'entrée le v. de Rnurinp (271 h.), où s'élève une église célèbre dans le pays. L'édifice lui-môme, formé d'un vaisseau du xv« siècle, construit au pied d'une tour romane du XI" siècle, forme un ensemble trèsdisgracieux. Pendant le xvi« siècle, l'intérieur do la nef fut décoré d'une profusion «le peintures dont quelques-unes avaient un mérite réel, mais qui sont maintenant presque détruites par l'humidité; en plusieurs endroits, c'est à peine si Ion peut distinguer les saints, les martyrs, les anges ou les démons qu'ont voulu peindre les

artistes.

Sous le porche, les peintures sont encore assez bien conservées; elles représentent sept belles dames en costume du règne d'Henri III, montées sur des quadrupèdes et portant en croupe d'affreux démons à trois visages, dont l'un sur la poitrine et l'autre au bas du ventre.

Ces belles dames sont les sept péchés capitaux. L'orgueil est monté sur un lion, l'avarice sur un loup, la gourmandise sur un cochon , la luxure sur un bouc, la colère sur un hippogriffe, la vanité sur un clieval, la paresse sur un âne.

Quelques détails sont d'une étrange grossièreté. Une inscription peinte i\ coté de la chaire s'exprime ainsi :

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