ROUTE 70. SAINT-BERTRAND DE COMMINGES
des de la vie de Jésus-Christ; on y montre aussi la mitre de saint Bertrand, ses pantoufles , son bâton pastoral et son anneau.
Une autre relique est le fameux crocodile, que l'on voit dans l'église suspendu à la muraille. U s'était caché, dit-on, dans un vallon des Pyrénées, et par ses vagissements attirait les curieux imprudents.
Plusieurs fois on avait essayé de le détruire, mais il avait dévoré ses assaillants. Saint Bertrand, touché du malheur de son peuple, s'avança vers lui sans autre arme que son bâton. U touche l'animal, pose sur sa tête le bout de son étole, et le dragon le suit comme un agneau jus(jue sur la place de la cathédrale, où il expire.
Le vieux cloître est attenant au côté méridional de la cathédrale.
Les trois galeries du S. , de l'E. et de ro., sont formées chacune de sept arcades romanes reposant sur des colonnes géminées à bases toriques. Deux grandes arcades pleincintre , ouvertes dans la galerie méridionale et munies de fortes barres de fer, laissaient voir aux moines la belle vallée de la Barousse. Les statuettes qui décorent les chapiteaux sont charmantes et ne rappellent en rien le style un peu lourd du xi« et du xii« siècle; il est probable qu'elles ont été sculptées par un artiste espagnol. On remarquait autrefois de nombreuses tombes sculptées sous les quatre galeries du cloître ; maintenant il n'en reste plus que sous celle du couchant. Pendant la Restauration , la fabrique vendit au poids prescjue toutes les sculptures du cloître , en même temps que les volumes de la bibliothèque.
On peut visiter encore à Saint-
Bertrand deux belles collections particulières, celle de M. Caze, et le Musée pyrénéen, fondé par M. Nérée Boubée. Ce dernier établissement renferme un cabinet d'histoire naturelle et de géologie, une galerie de tableaux et une collection d'inscriptions antiques. Les innombrables débris gallo-romains découverts à Saint-Bertrand et dans les plaines avoisinantes ont en outre enrichi le musée de Toulouse.
On y voit des autels votifs dédiés à une quarantaine de dieux et de déesses des Convenœ: Abélion , Liioni, Bopien, Baeserte, Ele, Erge, Etcaré, Sornausi, Artœhe, Aceioni, Faco, Xuban, lUixoni, Aherbelsté, Leheren. Baigoritz. Cette dernière divinité n'aurait-elle pas imposé son nom basque au pays de Bigorre et au canton de Baïgorry dans les Pyrénées occidentales ? De même aussi le dieu Baeserte n'aurait-il pas été tout spécialement vénéré dans l'endroit où, pendant le moyen âge, s'élevait la chapelle de Notre-Dame de Bazert, entre Labroquère et Montrejeau ? (V. R. 69).
Du haut de la seconde terrasse du Musée pyrénéen , on jouit d'une vue magnifique sur le bassin de Saint- Bertrand , les vallées de la Barousse et de la Garonne . et la chaîne des Pyrénées.
VALCABRKRE.
Après avoir descendu les rampes de la colline de Saint-Bertrand , du côté du N. 0., on arrive bientôt à Valcabrère, v. de 307 hab. , qui faisait autrefois partie de la grande ville gallo-romaine , et portait le nom de Vallis Capria (Vallée des Chèvres). Outre d'innombrables autels votifs, cippes, et autres pierres portant des inscriptions ou des bas-re-
ItiNÉRAIRE DES PYRÉNÉES.
liefs, on a retrouvé dans la plaine de Valcabrère un petit monumfent de marbre orné d'un très-beau basrelief rejirésentant une chèvre qui broute des feuilles : c'était sans doute l'image gardienne de ce fau bourg (le Lugduiuim.
L'église de Saint-Jutt, située entre le village de Valcabrère et Saint-Bertrand, dans un cimetière au milieu du vallon . fut construite dans le x* et le xi* siècle presque entièrement avec les ruines de la cité romaine, et sur l'emplacement d'iih ancien temple de Minerve.
"à C'est un véritable et vénérable mirâée qu'il serait bien à désirer, écrivait M. Durand h M. de Caumont, de voir exhumer de l'oubli : car, placé à peu de distance de Ssftnt-Bertrand , il est complètement éclipsé par la réputation de cette ancienne cathédrale de Lugdnnnm Cohvenanim, et cependant l'intérêt que lui donnent les restes antiques qu'il renferme n'est pas le seul qu'il offre à l'étude de l'archéologtie; il possède encore un autel du xni" siècle, leq\lel est adossé et forme corps avec un petit monument ou sorte de châsse en pierre, destinée à abriter le tombeau de saint JUst et de saint Pasteur, patrons de l'église. On accède à cet édicule par deux escaliers latéraux.
Le dessous, derrière l'autel, forme une petite crypte. Rien de plus gracieux et de plus élégant que cette disposition qui permettait aux fidèles de se placer et de passer sous les reliques des saints martyrs. »
La porte du cimetière est ornée de colonnettes de transition, et, dans le mur qui l'encadre, on 'a placé d'un côté une belle inscription tumulaire romaine, de l'autre un Tiionogrammc du Christ prov«^
nant peut-être d'un tombeau chrétien.
La porte septentrionale de l'église appuie son plein-cintre, de 2 met.
de largeur, sur quatre statues de grandeur naturelle; ces figures sont d'un dessin beaucoup moins roide et moins froid que la plupart des figures romanes. L'intérieur de l'église . dans leiiuel on descend par un escalier de neuf marches, est divisé en trois nefs et en quatre travées. L'abside du gi-and ciievet est ornée de neuf arcatures assez étroites, formées de colonnes a bases toriques et à lourds chapiteaux grossièrement sculjjtés.
Telle était l'abondance des matériaux fournis par l'antique Lugdunum, que les constructeurs se contentèrent de superposer deux fûts de colonnes antiques pour former les longues colonnes romanes du transsept. Des sculi)tures brisées servirent de bornes aux champs des paysans; des fragments de frises tout entiers furent encastrés dans la maçonnerie des pilastres; on en remarque plusieurs formés de trophées d'armes, de vases, d'épées et de boucliers. La base du monument repose sur un entassement d'antiquités romaines et romanes, où des fouilles intelligentes découvriraient sans auclin doute beaucoup de richesses archéologiques.
Le clocher date du xni» siècle : c'est une tour carrée, lourde et grossière, percée de quelques fenêtres ogivales au deuxième étage.
Des deux monastères fondés à Valcabrère pendant le coui-s du moyen âge, il ne reste plus rien aujourd'hui qu'un fragment de haut relief représentant les trois ffébreu.xdans la fournaise: on le conserve au musée de Toulouse;