‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 271 sur 382 · ROUTE 71. ASCENSION DE LA MALADETTA · texte numérisé non relu

ROUTE 71. ASCENSION DE LA MALADETTA

Joueou. On passe ordinairement la nuit à la Rencluse.

Le lendemain matin, il faut se mettre en route de bonne heure afin d'arriver au pic de Nethou avant que les brumes ne se forment et n'enveloppent les sommets.

On laisse à dr. le torrent de l'Essera qui, dans cette région sauvage, coule au milieu d'une petite prairie ombragée de bosquets de pins et parsemée de rhododendrons.

Au-dessus de soi , on aperçoit le glacier de la Maladetta, dont la partie inférieure se termine brusrjuement comme une muraille coupée à pic, et 30 min. après le départ, on traverse à 2 kil. de la Rencluse (22 kil.) l'arête de la Maladetta proprement dite, qui sépare le glacier de cette montagne du glacier de Nethou.

Celui-ci n'a pas moins de H kil. de longueur ; sa pente est de 36 centim.

par mètre, puis, à mesure qu'on s'élève, de 40 et même 48 centim.

Avant de s'engager sur la glace, toutes les personnes (jui font ensemble l'ascension s'attachent par le milieu du corps à une même corde, en laissant entre elles un espace d'environ 10 met. En une heure on atteint le lac Couronne (24 kil. 1/2), glacé le plus souvent; puis 3/4 d'h. après, le />ôm<', et enfin en 30 minutes , le Pont de Mahomet , arête aiguë qui se dresse entre deux précipices. Là on se débarrasse de la corde, et en 20 min. on est sur le sommet du Nethou (3404 met.), la plus haute cime des Pyrénées, l'antique Olympe du dieu Nethon.

Le sommet de ce pic est une plateforme d'une trentaine de mètres de longueur, sur 6 ou 8 mètres de largeur, entièrement couverte de fragments de granit de diverses formes et de grosseurs très-variées. De tous

côtés, excepté de celui de la rampe par laquelle on arrive, s'ouvrent d'effroyables précipices : à l'O. , le glacier de Couronné développe jusqu'au lac son tapis éblouissant; au S., se creusent sous les pieds la gorge sauvage de Malibierne et ses profonds escarpements; au N. et à l'E. , s'étend le glacier de Nethou, presque partout couvert de neige et ne montrant qu'en quelques endroits son dos bleuùtre et fendillé.

La partie supérieure de ce glacier est fort peu rapide; mais un peu plus bas il se recourbe en forme de dôme, et son inclinaison devient alors excessive. Quelques-unes des crevasses profondes dont il est sillonné n'ont pas moins de 8 à 10 met.

de largeur. Les plus considérables ont ordinairement une direction parallèle à celle de la crête de la montagne ; les autres sont moins grandes, et méritent plutôt le nom de fissures.

Au premier coupd'œil, on ne voit qu'un vaste «t informe chaos, au milieu duquel s'élancent les cimes les plus élevées des hautes montagnes de la chaîne : selon l'expression d'un voyageur, on ne croirait apercevoir qu'un immense troupeau de moutons. Mais bientôt on découvre un ordre admirable dans ce désordre apparent. On distingue le faîte de la chaîne centrale courant de TE. à l'O. toute déchiquetée et hérissée de mille pics. De cette crête se détachent de nombreux rameaux, pour former ces longues vallées transversales qui portent , d'un côté , à la Garonne , de l'autre, à l'Èbre, les eaux de leurs glaciers. A mesure qu'ils s'éloignent du centre des Pyrénées, les chaînons qui séparent ces vallées s'abaissent , et dans un immense lointain se développent

ITINÉRAIBE DES PN RÉNÉES.

les plaines de la Gascogne et de la i Catalogne, où brillent , comme autant de rubans d'argent, les eaux des rivières qui arrosent et fertilisent ces belles provinces.

Après être descendu du pic , on s'attache de nouveau avec les cordes laissées au pont de Mahomet ; en 1 h., on atteint le bord du glacier, et en 3 h. 1/2, on est de retour à la Rencluse. Après une halte plus ou moins prolongée, on remonte à cheval, et 5 h. après, on rentre à Luchon.

MM. de Tchihatcheff et de Franqueville atteignirent les premiers le sommet du pic de Nethou, en 1842.

Ils employèrent 4 jours et 3 nuits à faire cette ascension, et ne parvinrent sur la cime que par le versant méridional du pic. Quelques jours après leur première ascension , ils remontèrent avec le célèbre chimiste Auguste Laurent, et cette fois ils escaladèrent le glacier du Nethou par le versant septentrional.

Depuis cette époque, oiy^hoisit toujours cette voie comme plus courte et moins dangereuse. Avant 1842, plusieurs savants , entre autres , MM. de Charpentier et Cordier, avaient déjà tenté l'ascension du pic, et ce fut dans l'une de ces tentatives, le 11 août 1824, que le guide Barreau tomba au fond d'une crevasse, où il périt, en conduisant deux ingénieurs des mines; il avait négligé de s'attacher par une corde à SOS compagnons.

On ne lira pas sans intérêt le récit de M. de Franqueville.

Ce fui le 18 juillet iikl que nous quittàniea Bagnères de Luchon pour nous rendre à la MaladeUa. Nous étions accompagnés de quaire guides : Pierre Sanio de Luz; il étaii venu avec M. Tchihaicheffi Jean Algaro, Pierre Hedonnei

ei Bernard Ursule, de Bagn^res de Luchon Ces deux derniers i-iaient chass.'ins d'isards et regardes comme le* plus intrépides montagnards do pays.

Nous emportâmes avec nous tout ce qui était néceasaire pour passer plusi«ura joui-8 dans la montagne, des vivrea, des couvertures pour la nuit, des haches, des cordes pour franchir les passages les plus dangereux.

Nou3 gagnâmes le port de Venasque par le chemin si pittoresque, si varié, qui longe les l>ords de la Pique , el par le sentier étroit el rapide qu» ji'elève eu lacets le loug de la montagne. Quaud nous eûmes atteint le p*>rt, nous Unies lialte un instant pour diVharger n«>s chevaux, que nous renvoyâmes attendre notre retour à l'hosoice de Bagnères.

Conaidt'i"»^ de cet endroit, la àlaladotta pi-ésente l'aspect le plus sauva^;*; et en même temps le plus majebieux Ues forêts de pins gigantesques, les uns encore dchout, les autres brisés par les ouiagans, renversés par les avalanches, uCiiipeiit s,i partie inlV-rienre r»es rochers âpres et stériles, dénudés par les eaux, forment ensuite autour d'elle une ceiniui-e noirâtre et ando.

Au-dessus, étincellent le« glaciers sillonnes par de larges et profondes crevasses.

Une crête de rochers très-e8carp<^s et fort accidentés forme le faite de la montagne. Celte crête lie e nsenible les ditîerenls pic* dont sa cime est hériaaée. C'est ainsi qu'en commençant par l'E. ou voit d'abord le pic de Pouys, auquel Rebuul el Vidal assignent 30â8 met. de hauteur absolue Ce pic se bifurque vers son sommet. Cette circonstance lui a valu de la paît des habitants du pays le nom de pic Fourcfinade, pic fourchu. Viennent ensuite le pic de Nethou et les deux pics de la .Matadetta , dont le preruier a 3351» met. de hauteur, et le second asi'i, d'après les mcsurements tngonométriques de M. Corabœuf Enfin se présentent le pic d'Albe et celui de Malibierne, dont la hauteur n'a point encore été déteiniinée jusqu'ici.

Nous cunimen(;ànies à descendre le versant méridional du port de Venasque.

Il se coinpoae presque entièrement d'un

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