ROUTE 71. ASCENSION DE LA MALADETTA
calcaire de ti'ansition à très-petits grains, Uîs-frialile, brillant d'un vif éclat aux rayons du soleil. La couleur de ce calcaire, d'un blanc légèrement grisâtre, a lait donner à cette pente le nom de l*erta-Blanca.
Un si-ntier étroit et rapide, tracé sur les roches qu'a rendues glissantes le frottement répété des pieds des mules, iiinduit du port au fond de la vallée de l'Essera. Là se trouve VHospùedeVtiias que^ situé 708 met. plus bas que le port, c'est-à-dire à 1705 met. au-dessus du niveau de la mer.
Il est impossible de rien voir de plus sauvage et de plus sublime à la fois que la partie du val de l'Essera qui environne la Maladetla au N. et à l'O.
Après eue restés quelque temps à l'Hospice pour nous leposer, nous nous mîmes en route en remontant la vallée de l'Esseia. Sa partie supérieure est beaucouii moins sauvage que celle qui s'étend depuis l'Hospice jusqu'à la ville de Venas(]ue.
Sur le dernier de ces plateaux se Iroiiveniencore aujourd'hui plusieurs étangs.
On a donné à cet endroit le nom de PUm des ÉUmijs. Il s'y trouve une cabane où se retirent pendani la nuit les pâtres qui gardent les troupeaux de ces près.
Nous allâmes coucher à la Rencluse de la Mnladetta, située à 284 met. audessus de la cabane du Plan des Étangs.
Nous commençâmes à gravir la Maladetla par une dépression qui s'ouvre dans son sein, précisément vis-à-vis du port de Venasque.
Nous marchâmes pendant près de trois heures au milieu des rochers polis, en remontant le vallon.
Après avoir gravi une dernière éminence, couverte de la plus belle pelouse de verdure, nous apei\'ùmes devant nous une jolie prairie. De tous côtés elle était environnée de rochers (|ui formaient autour d'elle une enceinte presque circulaire; un seul endroit était accessible vers l'E.; ce fut par là que nous y pénétrâmes, et encore fûmes-nous obligés de descendre un talus de gazon très-rapide. Au milieu de l'enceinte coulait un tori-enl peu profond, mais que nous ne franchîmes qu'avec difficulté. Ce torrent
se perd sous terre, dans une caverne numuice gouflre de Tounnoii, pouj' ne reparaître ensuite que dans le fond de la vallée de l'Essera.
Cette partie de la montagne est appelée par les chasseurs hencluse de la MaladeUa ( Knclos de la Maladetta) ; sa hauteur, déterminée baroméiriquement pai- M. de Charpentier, est de 2083 met. au-dessus du niveau de lamei'.
Un enfoncement pratiqué par la nature dans la paroi méridionale de la Kencluse. où le rocher surplombe le sol de «» à 5 met., formait l'abri qui devait nous ^'arantir des injures de l'air. Nous y passâmes la nuit.
le lendemain dès la pointe du jour, nous nous mîmes en marche en contournant la montagne par l'O. Après avoir travcisé un épais fourré de rhododendrons, ncuis nous engageâmes dans une forèl de vieux pins, ravagée par les avalanches.
Quand nous eûmes laissé derrière nous les derniers arbres de la forêt, nous Unies quelques pas sur une maigre pelouse , et toute apparence de végétation disparut à nos yeux. Nous venions d'entrer dans la région de l'éternelle stérilitc. Pendant trois heures, nous marchâmes sur des fragments de rocs entraînés par les avalanches. Nous eûmes plusieurs fois à traverser de larges plaques de neige que toute la chaleur du soleil de l'été n'avait encore pu fondre. Quand nous fûmes arrivés vis-à-vis du pic d'Albe, nous nous dirigeâmes directement sur lui en gravissant une g<»rge étroite et escarpée. Nous passâmes au pied même du pic,et, franchisi^ant une de ces arêtes de rochers qui s'étendent depuis le sommet de la MaladeUa jusq u'à sa base, nous aperçûmes au-dessous de nous les eaux calmes et bleues du lac dAlbe, situé à 2212 met. au-dessus du niveau de la mer, et entouré de tous le» cAtés de blocs de rochers entassés confusément. Rien n'est plus pénible à traverser que ces masses de rochers.
Une arête composée de ces fragments de rochers sépare le lac d'Albe d'un autre lac beaucoup plus étendu, le lac de Gregnnio. Il est incontestablement beaucoup plus élevé que celui d'Albe. Anssi est-il encore presque entièrement gelé.
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
Nous longeâmes le lac de Gregonio usqu'au port de Malibierne. Du haut de celte petite ♦'•chanrrure, dont l'accès est assez diffuile, les yeux plongent dans la gorge de Malibierne, qui s'ouvre dans les flancs de la Maladetia. Elle se dirige del'E. àl'O. C'er«t la plus considérable de toutes les vallées qui prennent naissance dans la Maladetta.
Enfin , nous sortîmes de la région des neiges pour entrer dans la zone où la Tégéiation commence à reparaître.
Nous gravîmes un mamelon assez escarpé, couvert d'un bosquet de pins, et, api es avoir franchi un énorme amas de blocs granitiques éboulés du haut de la montagne, nous arrivâmes à une vaste pelouse qui forme la partie supérieure du vallon de Malibierne.
C'est ici que nous passâmes notre deuxième nuit, daus une misérable cabane de berger.
Le jour venu , nous franchîmes le torrent à l'aide de plusieurs rochers qui se trouvaient dans son lit. Nous commençicimes ensuite à gravir la montagne par une pente assez rapide et entièrement recouverte de fragments de roc h ers brisés. Moins gros que ceux que nous avions eu à traverser la veille, ils n'en étaient que plus incommodes. Ils cédaient sous le pied, et, glissant en arrière, ils nous entraînaient quelquefois plus bas que l'endroit que nous venions de quitter. Cette partie de la route nous offrit néanmoins moins de difficultés réelles qu'elle ne coûta de fatigues.
Deux heures après avoir quitté le lieu où nous avions passé la nuit, nous atteignîmes un plateau très-vaste, situé au-dessus de la limite des neiges éternelles. Le milieu de ce plateau est occupé par le lac Couronné, dont les eaux restent gelées une grande partie de r;innée. Au moment où nous mîmes le pied sur ses rives, il commençait à dégeler, et de gros glaçons flottaient à sa surface. C'est à ce lac que prend naissance le mirent qui arrose ou plutôt dévaste le vallon de Malibierne, et va se réunir à l'Esseia, un peu au-dessus de Venasque.
Nous attaquâmes hardiment le glacier. Rien ne fut plus facile que d>»i
franchir la partie inférieure ; mais, plus nous nous élevions, plus l'inclinaison devenait forte. La neige tiui recouvrait le glacier, durcie par le froid, plus vif à ces hauteurs que sur les boids du lac, était devenue extrêmement glissante. Il fallut avoir recours aux crampons.
Il ne nous fallut pas moins de deux heures pour parvenir au haut du glacier. Nulle part il n'était à découvert. Il s'y rencontre peu de crevasses : nous n'en rencontrâmes qu'une seule qui méritât à proprement parler ce nom. Elle occupait le sommet du glacier et s'étendait précisément devant la brèche que nous avions choisie. Nous la passâmes sur un pont de neige.
Quelques minutes après, nous étions arrivés à une échancrure formée par un abaissement subit de la crèie de la Maladetia. C'était là le nec plus ultra do tous ceux qui nous avaient précédés.
Cette arête est située, d'après M. de Charpentier, aune hauteur de3l7i met., et d'après M. Cordier, de 3256 met. audessus du niveau de la mer. C'est cet endroit qui, dans les catalogues de hauteurs pyrénéennes, figure sous le nom d'arête accessible à l'O. du pic de Netliou.
Il est assez difficile de s'imaginer quelle cause a pu arrêter ces hardis explorateurs si près du but qu'ils étaient venus chercher avec tant de peine et au milieu de tant de périls. A partir de cet endroit, il n'y a plus d'obstacles sérieux à vaincre, plus de véritables dangers à courir, pourvu que l'on pjenne les précautions dictées pai- la prudence.
Au moment où nous nous présentâmes pour franchir la brèche, nous nous trouvâmes tout à coup environnés d'un nuage si épais, que nous pouvions à peine distinguer les objets à une dizaine de mètres de nous. Accumulées dans l'enceinte du lac Couronné pai- le vent du S., toutes ces vapeiirs venaient déboucher par ce couloir étroit sur le versant septentrional de la Maladetta. Le vent s'y engouflrait avec une force terrible, entraînant avec lui des masses de brouillards. Les rafales étaient tellement violentes que, pour ne pas être précipités