‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 273 sur 382 · ROUTE 71. ASCENSION DE L\ M.\LADETTA · texte numérisé non relu

ROUTE 71. ASCENSION DE L\ M.\LADETTA

dans un amas d'eau qui se trouvait de l'autre c6té de la crête, nous étions obligés de nous cramponner de toute notre force aux aspérités du roc. Ce»* coups de vent étaient séparés les uns des autres par des intervalles d'uri calme profond. Nous profitions de ces moments pour avancer ; puis, au moment où la tempête venait nous assaillir de nouveau, nous nous collions contre le rocher jusqu'à ce que le calme fût revenu.

Nous atteignîmes l'autre ciNté de l'arête, et gagnâmes le pied d'un escarpement qui n'était autte chose que la base même du pic de Nethou. Là régnait nu calme parfait, et qui contrastait vivenunt avec le rugissement des rafales qui se faisaient entendre à quelques pas de nous. Nous avions à nos pieds un assez vaste enfoncement, pratique dans le glacier par l'action des vents chauds du sud. Il était rempli d'eau entièrement liquide.

Au-dessus de cet amas d'eau s'élève, en talus rapide et couvert de neige, le glacier qui s'étend jusqu'au sommet du pic de Nethou. Entourés d'un épais brouillard , nous eûmes un moment d'indécision. Nos conducteurs étaient partagésd'opinion. Les guides inclinaient à attaquer franchement le glacier.. Lt-s chasseurs, au contraire, voulaient essayer de gravir la muraille de granit à laquelle nous étions adossés.

Il fut convenu que les guides et les chasseurs essayeraient d'abord de grimper le long des rochers, et que, si cetie tentative ne réussissait pas, nous nous hasarderions alors sur le glaciei'. Nous devions rester où nous étions et attendre que les guides nous eussent fait connaître le résultat de leurs recherches.

Ils commencèrent donc à gravir le rocher, s'accrochant des pieds et des mains aux aspérités que présenta t la surface exfoliée du granit. Bieni«*»i ils disparurent à nos yeux, enveloppés par le brouillard. Au bout de quelques minutes nous les vîmes revenir, désespérant absoluraen» de parvenir au sommet |)ai- cette voie.

Nous nous dirigeâmes donc vers le

glacier, qui était notre dernière espérance. Nous prîmes toutes les précautions nécessaiies pour nous engager sur ce glacier inconnu, et qui pouvait receler de dangereuses crevasses. Nos préparatifs consistèrent tout simplement à nous attacher les uns aux autres avec une corde. Chacun de nous était séparé de celui qui le précédait par une distance d'environ 3 met. De cette manière, si nous eussions rencontré quelque crevasse et que la neige eût cédé^sous les pieds de quelqu'un d'entre nous, il eût été retenu dans sa chute par ses compagnons et n'eût couru aucun péril.

Au surplus, cette mesure que nous avait suggérée l'expérience de nos guides se trouva inutile. La partie supérieure de ce glacier était très-saine.

Nous ne vîmes aucune crevasse. Peutêtre étaient-elles encore couvertes de neige. La pente du glacier était même si peu rapide que nous pûmes nous débarrasser de nos crampons, qui eussent inutilement entravé notre marche.

M. de Tchihatchefl fut atteint de nausées assez violentes pour êire obligé de s'arrêter de temps en temps et de se coucher sur la neige. Quelques instants de repos suffirent pour le remettre entièrement et lui permettre de continuer sa route. Ni les guides ni moi ne ressentîmes rien de particulier.

Peu de temps nous * suffit pour atteindre la partie supérieui-e du glacier, où le roc se montre à nu. Nous pensions avoir gagné le point culminant de la montagne, quand nous vîmes, à une quarantaine de pas de nous, se dresser une dernière aiguille, qui pouvait avoir 10 met. de hauteur. Nous trouvant sur la terre ferme, nous nous débarrassons de nos cordes, et nous nous élançons comme à l'envi vers ce dernier rocher.

Sur le point d'y parvenir, nous nous arrêtons* frappt'S de stupéfaction à l'aspect du passage qui nous reste à franchir pour y arriver. Nous sommes sépaivs du pic de Nethou par une arête extrêmement aiguë : à droite, s'ouvre sous nos pieds, un abîme au fond duquel se déroulent le glacier de Couronné et les eaux noirâtres de son lac; à gauche.

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ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

à une profondeur un peu moins grande, la partie orientale du glacier du Neihou s'abaisse par une peu te des plus rapides. Pour comble de difficultés , le sommet de cette arête est encombré de fragments de granit désagrégés par la gelée ou disloqués par les coups de foudre, et trèsdangereux à cause de leur peu de stabilité. Ce pont de Mahomet est pourtant la seule voie qui s'offre à nous pour arriver au but après lequel nous courons depuis si longtemps.

Nous hésitâmes un moment, je l'avoue, avant de nous engager sur cet étroit passage; mais la vue de nos chasseurs, qui s'avançaient d'un pas aussi ferme que s'ils eussent été sur une grande route, nous engagea bientôt à les imiter. Pour nous frayer la manhe, ils précipitaient dans l'abîme les quartiers de rocs peu solides. Ces fragments, frappaut le rocher dans leur chute, semblaient l'ébranler jusque dans ses fondements ; ils bondissaient avec violence et, rejaillissant sur le glacier, ils allaient s'engloutir dans le lac avec la rapidité et le retentissement de la foudn . lel était pourtant le sort réservé >* celui d'entre nous dont un vertige viendrait troubler la vue, ou dont le pied mal assuré glisseiait sur le roc.

Heureusement aucun de ces accidents ne nous arriva. Nous avançâmes peu à peu, passant nos bras par-dessus l'arête, et nous soutenant avec notre bàlon ferré. Nos pieds étaient posés sur les aspérités du rocher. Ainsi suspendus au-dessus d'un affreux précipice, nous n'avions qu'à baisser les yeux pour voir au-dessous de nous les eaux du lac Couronné; tandis que, si nous eussions laissé échapper notre bâton, il eût été se perdre dans les crevasses du glacier de Nethou.

Ainsi à cheval, pour ainsi dire, sur le sommet de la montagne, nous ne mîmes que quelques secondes jwur franchir ce dangereux passage. Knûn nous posâmes le pied sur le pic jusque-là vierge du pas de Ihomme. Nous pouvions goûter >ans restriction If plaisir d'avoir réussi à conduire à une heureuse Hn une expédition si souvent tentée, et toujours inutilement. »

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