ROUTE 73. LA VALLÉE D*ARAN. — LE PONT DU ROI
léges ; aujourd'hui encore, il y règne une certaine activité, et dans les environs un grand nombre de scieries débitent les bois descendus des hautes vallées de la Garonne.
En amont de Fos, on suit une belle avenue entre des jardins , et l'on voit à dr. briller à travers les arbres l'eau de la Garonne coulant à pleins bords au milieu des prairies; des maisons éparses çà et là jusqu'au petit hameau du Sériai, situé à l'embouchure du ruisseau du môme nom, embellissent encore le paysage. Dans la gorge qui s'ouvre à g. vers les hauteurs de la Tour de Crabère (2630 met.), on ape rçoit le village de Melles (1 1 55 h.), suspendu pour ainsi dire aux escarpements de la montagne.
De Melles à Castillon (V. R . 7* i.
Après avoir traversé le Sériai et passé sous la vieille tour de Pomorin, on franchit le Muras, descendu du Bout de la Pique (2032 met.), et on se dirige au S. à travers un bassin nu qui se rétrécit peu à peu jusqu'au
4 kil. 1/2 (10 kil. 1/2) pont du Roi, jeté sur la Garonne au point le plus élevé de la gorge , là où deux énormes rocs semblent n'être plus qu'une seule et même masse, fendue pour livrer passage au torrent.
En voyant cette ouverture où quelques hommes suffiraient pour arrêter une armée, on s'étonne moins que le val d'Aran appartienne à l'Espagne, avec laquelle il communique par plusieurs cols. C'est au pont du Roi , limite des deux Etats, que se termine la route carrossable et que commence la route de mulets.
Lorsqu'on a franchi le pont, on remonte le long de la rive g. à la
base orientale du Pales de Burat et de Bacanère, où l'on exploite quelques mines de fer, puis on arrive à Pontaou, premier v. espagnol, ainsi nommé à causé d'un pont de pierre d'une construction très -hardie qui conduit à Canejan, situé sur une terrasse pittoresque à l'extrémité de la rallée de Tnran, descendue du lac de Peyrobuji. D'après M. Boubée, il y aurait encore dans cette vallée des fanatiques qui, pour représenter Jésus-Christ dans le supplice de la croix , demanderaient comme un honneur de se faire fouetter jusqu'au sang, couronner d'épines et clouer par les mains sur un arbre en croix. A l'O. de Pontaou un autre v. , Bausen , se dresse sur la hauteur. Plus loin la vallée s'élargit un peu; on passe de nouveau sur la rive dr. de la Garonne en deçà de
5 ki'l. 1/2 (16 kil.) Lez, célèbre par ses sources thermales. L'établissement est situé à 5 min. environ au S. du village, à l'extrémité d'une avenue sur la rive dr. de la Garonne, et au pied d'une tour-signal : il comprend 20 cabinets de bains, dont les l)aignoires sont en marbre de Saint- Béat , et des appartements pour les malades. On y donne souvent des fêtes pendant l'été.
Au sortir de Lez, on traverse de nouveau la Garonne, et on entre dans la petite plaine où, au milieu des champs de blé , on trouve d'abord le hameau de VEspériade, et enfin, au bout d'une avenue bordée de chapelles,
3 kil. (19 kil.) Bosost (auberge d'i4u^usfmo, chère), b. de 500 hab. , situé à 730 met. et ne différant d'un V. que par sa vaste halle , et le nombre de ses rues, d'ailleurs fort sales.
Le portail de l'église (celui qui tou-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
che au clocher) est surmonté d'un bas-relief dont les sculptures grossièrt's représentent les Evangélistes.
De Bosost à Luchon par le Portillon (V. R. 70).
Au sortir de Bosost , on continue à remonteria rive g., dans la direction du S., puis du S. E., à travers des fonds monotones dominés à dr. par les pics de Couradilles et de l'Entécade.
Lorsqu'on a dépassé quelques granges vers lesquelles un sentier ouvert entre des bois et des fourrés de noisetiers monte au Portillon, établissant ainsi une communication directe entre Viella et Ludion , on atteint après 2 h. démarche, le point où les deux Garonnes se réunissent sous la butte de Castelleon , dont le chAteau , autrefois chef-lieu féodal de la vallée, fut détruit en 1719 par les Français pendant la guerre de Succession, et n'offre plus aujourd'liui que des restes insignifiants. On traverse sur un vieux pont que ferme un reste de fortifications la Garonne de l'Ouest ou Joujou, qui descend des glaces de la Maladetta par la vallée d'Artigue de Lin; puis on monte à
7 kil. (26kil.) Las Bordes, v. situé i\ 790 met. sur la hauteur au-dessus du confluent des deux Garonnes.
Excarsion aa Goaeil de Joaeon.
Aller, 3 h.; retour, 2 li.
On prend d'abord un chemin taillé sur le versant de la montagne qui domine le Joueou du côté de TE., et, à 30 min. de Las Bordes, on descend au bord du torrent dans une gorge boisée où les eaux se sont ouvert une issue à travers les blocs de rochers et les arbres. On passe alors sur un pont de sapins mal assemblés; on traverse une clairière, puis de nouveaux bois.
jusqu'à ce qu'on atteigne un grand espace libre, où l'on voit àmi-penl»^ des bâtiments neufs couverts d'ardoises et dominés par d'autres bois qui remontent jusqu'à la limite des neiges. C'est V Ermitage ou plutôt V Auberge d'Artigue de Xiin, situé à 1235 met. (1 h. 45 min.)
De l'Ermitage un sentier s'élève à ro. par un ravin escarpé au col de Mounjoyo (2078 met.), et va rejoindre, dans le vallon de la Frèche au-dessus de l'Hospice de Luchon .
le chemin du Port de la Picade (V. R. 70); un autre sentier conduit dans une direction opposée à (2 11. 30 min.) Viella, sans passer par Las Bordes. Il est plus court de 30 min. que la route indiquée ci-dessus de l'Ermitage à Las Bordes et, ci-dessous, de Las Bordes à Viella.
Au delà de l'Ermitage, on remonte par un sentier difficile et inégal la rive g. du Joueou, dont on ne cesse d'entendre mugir les cascades. Enfin, après avoir laissé à g.
une belle cataracte que les arbres empêchent de bien voir, on traverse les deux bras d'un torrent qui va se jeter dans le Joueou un peu en amont de la chute, et l'on arrive (hh min. d'Artigue de Lin) en face du Goueil de Joueou, dont on peut voir à travers les branches les quatre jets bondir hors des cavernes du rocher et se briser avec fureur au milieu des rocs amoncelés. Cette eau, qui reparaît au jour, est celle qui .s'est engloutie à 4 ou 6 kil. de là dans le goufi're du Toro, au pied de la Maladetta (V.page 472). Dans son cours souterrain, la chute du ruisseau est de 600 met. environ, puisque le trou du Toro est à 2024 met. , et le Goueil de Joueou à 1430 mot. d'altitude. Cette source
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fut autrefois consacrée à Jupiter, comme l'indique encore son nom de Joueou (Jovis) , Goueil de Joueou (Œil de Jupiter).
Pour l'examiner de près, il faudrait traverser le Gave un peu audessus, et contourner des rochers abrupts, pendant une demi-heure environ.
Du Goueil de Joueou au port de de la Picade, on compte 2 heures de marche environ. On continue à remonter la rive g. du Gave qui descend du lac de los Neyros sur les flancs du pic de Fourcanade; on traverse un autre torrent qui vient du i)ort de la Picade et l'on gravit dans la direction du S. des escarpements d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur la vallée d'Artigue de Lin. Inclinant ensuite à ro., on franchit un torrent alimenté par les eaux du lac de Poumero, puis on traverse un bois do hêtres magnifiques, au sortir duquel on entre dans les riches pAturages de la Coume de Pnumcro , qui se terminent à VO. par une gorge de plus en plus aride et escarpée où l'on voit de loin briller une cascade. Bientôt on arrive à la région des neiges et on atteint enfin le port de la Picade (V. R. 70).
Du port de la Picade à Veoasque et à Luchon (V. R. 7o).
De Las Bordes à Viella.
Au sortir de Las Bordes, la vallée de là Garonne orientale, dont on longe la rive g., n'oflfre plus que des hauteurs escarpées, des Iwis clair-semés et des blocs de granit épars. Ag., sur le versant de la rive opposée, on voit le village de Benos , à peu de distance duquel s'ouvre la profonde vallée de Barrados, qui remonte au N.. puis h l'E. vers
le port de la Hourquette, d'où l'on descend ensuite sur Seintein et sur Castillon, dans le département de l'Ariége. Plus loin , on aperçoit sur la rive opposée le v. d'Arros, dominé par le château moderne du senor Troï, et on traverse la Garonne sur un vieux pont pour atteindre
h kil. (31 kil.) Auhert, v. pittoresque situé sur la rive g. du fleuve.
Un peu après le v. de Bilac, la vallée incline à l'E. au pied du Courhisson; un nouveau bassin s'ouvre, et la capitale d'Aran apparaît avec ses nombreux clochers audessus de hautes montagnes dont des bois et des pâturages couvrent toutes les pentes, et dont les sommités neigeuses décrivent une immense circonférence. Peu de temps après avoir dépassé le couvent et la cliapelle gothique de Mitg-Aran (milieu d'Aran), situés au centre môme de la vallée sur l'emplacement d'un temple consacré au dieu Aram, on entre à
4 kil. (35 kil.) Viella (auberges chez Cabessct, chez Gillis), cheflieu de la vallée d'Aran, v. de 800 hab., situé à 881 met., sur la presqu'île formée par le confluent du Rio Negro à g., et de la Garonne à dr. , et composé d'un amas de maisons bizarrement groupées autour de places irrégulières. Une église principale et plusieurs chapelles d'une architecture massive, mais très-ornées dans l'intérieur, un pont couvert jeté sur le Rio Negro , des maisons antiques garnies de balcons et de miradores, lui donnent un caractère tout à fait espagnol ; toutefois, à part son aspect général, elle n'a rien d'intéressant à montrer aux étrangers qui viennent la visiter. On voit encore au-dessus
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