ROUTE 92. ASCENSION DU PIC SAINT-BARTHELEMY
tous leséUges, où les lacs et les forêts sont multipliés, d'où partent dans toutes les directions les sources de l'Ariége, d'Orlu, de l'Aude, de la Têt et de la Sègre, dont les vallons affluents sont singulièrement croisés et entrelacés, forme un système particulier qui envoie ses eaux aux deux mers et oiîre un dédale inextricable pour tout autre que le contrebandier qui Ta mille fois pratiqué. Depuis le col de Paillers et ses mornes arrondis , je suivais de l'œil sur le Roc Blanc le Mont Laurenti, le pic de Tral)escou et leurs fiers voisins, les brusques ressauts de ce rein sourcilleux, partie de l'arête du continent, et qui m'aurait caché toutes les hauteurs plus éloignées, si par la brèche d'Orlu neùt été visible au loin un toit neigé (|ue je reconnus pour être le Canigou. hasard qui, complétant en quelque sorte, pour le pic de Tabe,- la vue de la chaîne orientale depuis la Garonne jusqu'à la mer. permet d'en comparer du même coup d'œil les principales sommités.
a Sur sa face du N., comme au Pic du Midi, la cime du pic Saint- Barthélémy est profondément déchirée jusqu'à deux combes séparées par inie arête en ruines. Les neiges dont elles étaient remplies, excepté là où de noirs rochers, autour du lac Maies et du lac .Voir, demi-glacés , interrompaient leur blancheur, et les brumes qui les voilaient par places, en faisaient un tableau d'hiver d'un parfait contraste avec la verdure et le soleil des plages éloignées. Ces lacs sont les sources du Lhers , forcé à mille détours pour se dégager des basses montagnes; après avoir passé à Bélesta. où il reçoit les
eaux de la source intermittente de Fontestorbes (jue Dubartas a chantée; à Chalabie, où il fait mouvoir les foulons de ses manufactures; à Mirepoix, bourg déchu depuis que le vent des révolutions a balayé son évôché, et auprès des vieilles murailles de Mazères, qui virent naître le héros de Ravenne, il va se jeter dans l'Ariége à Cintega-
belle.
et Ce pic et ces lacs ont été longtemps le théâtre d'aventures auxquelles on ajoutait encore foi du temps d'Olhagaray, historiographe d'Henri IV, qui les rapporte dans son histoire de Foix, et reléguées maintenant parmi les fables dont samuse le peuple. Dans le pourtour de l'entonnoir où est l'étang de Maies, le plus grand, nommé aussi le gouffre, tous l^s pâtres voisins, qui l'évitaient soigneusement, croyaient qu'il y avait de forts anneaux et des chaînes en fer ayant servi à attacher des vaisseaux, et que ses eaux, à la moindre pierre qu'on y jetait , se soulevaient au milieu des flammes et d'un bruit de tonnerre. « La mona tagne de Tabor ou Tabe, dit Olha- « garay, a en son sommet une plaine, a en la plaine un lac, au lac des « truites en quantité, l'eau très-claire oc et extrêmement froide . dans la- (c quelle si on est si hardy de jeter tt chose quelconque, on oit et voit a aussitost les tonnerres et les foua dres en l'air, suivis de gresles, a pluies et tempestes. qui semblent a vouloir abymer dans les profondes a. avernes ce grand colosse de mont , a de sorte que ceux qui sont spectaa leurs n'en rapportent sur eux que «des effets tristes et malencona treux. » Tous ces contes proviennent de la difficulté de l'ascension
ITINERAIRE DES PYR^NéES.
ROUTE 93. d'ax au val d'andorre.
d u pic (il! cAté de la plaine, des neiges et des ruines qu'on y voit longtemps mêlées, lorsque les contrées qu'il domine sont dans toute leur parure du printemps. Certain auteur du xvr siècle, qui sans doute habitait à son pied, le qualifiait le plus haut de la chaîne.
H Au has des Pyrénées, depuis la plaine de l'Ariége, étendiie en une large trace vers celle de la Garonne, où Toulouse paraît comme une ligne obscure, jusqu'aux lointains vaporeux de la Méditerranée, la vue erre sur un chaos de basses montagnes nues et bizarrement groupées. Ces caractères se prononcent davantage du côté du Roussillon, où les Corbières vont porter vers Narbonne leurs têtes desséchées par un soleil rarement voilé..... Dans tout cet espace, sur la teinte générale d'un sol tourmenté, pierreux et rougeàtre, se détachaient çàet là de noires étendues de sapins, que j'étais surpris de voir aussi près des plaines dans un climat chaud. Le Lauraguais plus fertile et tout le haut Languedoc, où la cité de Carcassonne et d'autres de la ligne du canal doivent être visibles, se distinguaient par des nuances plus variées jusqu'à la Montagne Noire, qui faisait ondoyer la ligne de l'horizon sur ses croupes allongées. »
d'ax au val d'andorre PAR LE PORT DE SALDEU.
15 ou 16 h. de marche jusqu'à Andorra. Ordinairemenl , on tenuine la première journée à Canillo (9 h. 30 m.)- Route de voitures jusqu'à Merens(8kil.;; au delà de Mérens, sentiers de mouiagnes pratirables pour les chevaux.
iV. B. Pour se rendi-e dans le val
d'Andorre, on peut aussi, pendant la belle saison, passer plas à l'O. par le col de Fontaryente, ou bien par le port &Auzat ou du Rat, à rextrcinilé supérieure de la vallée de Vicdessos.
A 10 min. d'Ax, la route, qui remonte la rive dr. de l'Ariége, traverse, sur un pont de pierre d'une seule arche, im torrent ombragé par de beaux arbres et profondément encaissé entre deux y)arois de rochers. Ui vallée, large et verte, semble terminée au S. par une montagne boisée qui la ferme entièrement; à dr., sur la hauteur, on voit un hameau entouré de pentes cultivées. Cependant la montée devient plus douce, et bientôt, traversant l'Ariége sur un pont de pierre d'une seule arche, on s'engage dans un défilé rocheux, boisé au sommet, sauvage, pittoresque, au fond duquel on voit briller une cascade. On doit, dit-on, y construire un fort. 5 min.plusloin, on franchit de nouveau le torrent : la gorge s'élargit; mais, près d'une petite cascade qui tombe à dr. , la montée devient plus roide. Sur la dr. se montrent aussi quelques maisons.
Le troisième pont (5 min.) a été construit en 1867 , à peu de distance du vieux pont de pierre.
Après l'avoir dépassé, on laisse à dr. quelques rochers éboulés formant un petit chaos. En face, au fond de la gorge, se dressent de tristes et sombres montagnes, en partie couvertes de sapins. Enfin, à un détour de la route, on aperçoit 8 kil. (1 h. 1/2 (le marche) Mérens, affreux v. de 703 hab., qu'on atteint après avoir franchi l'Ariége sur un quatrième pont de pierre récemment achevé, où finit la route de voitures. Il est plus haut I qu'Ax de 'M h met. : la route monte
donc en moyenne de près de 50 met. par kil.
Mérens fut brûlé en 1811 par les miquelets du général Villamil. Des postes de gendarmerie et de douaniers y ont été établis. Aux environs s''éten<lent quelques champs de seigle et de pommes de terre, bordés çà et l.\ de misérables peupliers.
La vallée s'élargit, mais devient de plus en plus terne, aride, nue:
le sentier longe la rive dr. du torrent, et ])asse de distance en tlistance h côté de petites granges.
La seule industrie de cette partie supérieure de la vallée consiste dans l'élève du bétail. On franchit plusieurs torrents latéraux, dont l'un, celui de Salliens, forme une jolie cascade, et, continuant à suivre la direction du S. 0. presque en ligne droite, par une montée très-roide . on arrive à
9 kil. (17 kil., ou 3 h. 1/2 de marche ) l'Hospitalet ( auberge Vfinstal) . hameau de 131 hab. , situé à 1411 met. au-dessus du niveau de la mer, dans une froide région où se voient encore quatre ou cinq arbres à demi morts. On y cultive cependant du seigle et des pommes de terre. A dr. des maisons se montre une petite cascade.
Au sortir de l'HospiUilet, on passe sur la rive g. du torrent, et on monte dans un vallon gazonné , dominé au S. par les escarpements nus de la crête de Puymorin. A 15 min., près du pont Cerda, où .se trouve un poste de douaniers, le chemin se bifurque : le bras qui traverse l'Ariége conduit au col de Puymorin (V. R. 94) ; l'autre bras continue à remonter la rive g. A peine a-t-on dépassé la frontière (5 min.), qu'on entre dans de lon-
gues gorges au bas desquelles coule l'Ariége, qui n'est encore qu'iin modeste ruisseau. On chemine ainsi entre des montagnes pelées, par des sentiers pierreux et abrupts qu'ont pratiqués les pâtres et les contrebandiers. Après 2 h. et demie de marche sur le flanc de ces hautes montagnes, qui ne renferment ni un arbre, ni un arbuste, ni \me cabane , et qui sont la contrée de prédilection des brigands espagnols, on arrive en face des rochers à'Ari- (jnolesei de Pourfatî/w, où l'Ariége prend son origine. Ici s'ouvrent deux gorges : celle de g. conduit, par un chemin plus praticable, mais plus long, dans le val d'Andorre, par le port de Framiquel ; celle de dr. , qui est la continuation du sentier qu'on a suivi jusque-là, y mène par le port de Saldeu : c'est celle que suivent presque tous les voyageurs.
a L'ascension, dit M. Boucoiran, est rude et fatigante : on marche sur des débris de roches schisteuses qui glissent et se dérobent sous les pieds. En hiver, les montagnards y taillent à la hache des degrés dans la neige durcie. Une fois la crête (2500 met.) et un étroit plateau franchis , on plonge , du côté de l'O. , sur le haut de la vallée d'Andorre et sur le village de Saldeu, traversé par l'Embalire, simple ruisseau qui plus loin va devenir une forte rivière. A g. débouche l'étroite gorge qui vient de Framiquel, toute noire de forêts. En face s'élèvent des hauteurs boisées et des sommets
neigeux. »
On descend dans les premiers vallons de l'Embahre à travers des pâturages parsemés de bouquets de mélèzes rabougris et tourmentés, et. bientôt après avoir atteint
fi
ITINÉRAIBF DES PYRÉNÉES.