HOUTE 93. LE VAL D ANDORRE
le l)or(l «lu torrent i)rincipal, on entre au misérable hameau de
5 h. depuis l'Hospitalet (8 h. 1/2 d'Ax) Saldeu, ilépendant de la commune de Canillo.
Au delà de Saldeu, on suit la courbe de la rivière dans la direction de ro., puis dans celle du S..
jusqu'à
1 h. de Saldeu (9 h. 30 m.) Canillo (600 hab.), second village de la république. C'est là que les touristes venus d'Ax ou «le Montlouis passent ordinairement la nuit.
En sortant de Canillo, on traverse un pont jeté sur TEmbalire, et, en côtoyant la rive g. , on atteint bientôt la chapelle de Mèrichel , où les pèlerins accourent de toutes les parties du val d'Andorre. A 1 lieue environ de Mèrichel. le chemin gravit une hauteur d'où la vue plonge, à ro., sur une très-petite plaine au milieu de laquelle se trouve (30 min. )Encamp y situé dans une position pittoresque et entouré de vertes et grasses prairies. Une forge à la catalane, qui appartient à don Joseph Picard , l'ancien syndic, donne une certaine importance à ce village.
Au delà d'Encamp, on continue à .suivre le cours de l'Embalire, qui se dirige d'abord à 10. , puis au S. , et on arrive, en une heure et demie de marche environ, à lasEscaldas, gros village où il existe des eaux chaudes minérales et sulfureuses, ainsi que plusieurs moulins à foulons. A partir de las Escaldas, la vallée, jusque-là si étroite, s'élargit et présente de plus gracieux paysages.
Les cultures se succèdent rapidement, et de vertes et riches prairies réjouissent la vue. Bientôt on traverse l'Onlino , descendu des gorges du port du Rat sur la fron-
tière de France, ol, continuant à longer la rive dr. de l'Embalire, devenu une véritable rivière, on entre, après une demi-heure de marche, dans hi capitale de la république.
Le val d'Andorre, plus connu peut-être par l'opéra de M. Halévy (jue par lui-môme, dérive son nom du mot arabe aldarra, i\m signifie.»
un pays couvert d'arbres. C'est une fédération aristocratique placée sous la suzeraineté de la France et de l'évoque dX'rgel. « Là, dit M. Léon Clos, auquel nous empruntons la plus grande partie de ces détails sur le val d'Andorre, là.
fonctionne encore leparêagp féodal :
là, on voit des viguiers, des baillis, des syndics, des consuls, tous les fonctionnaires du moyen âge.
Depuis dix siècles, le peuple andorran se gouverne par ses propres lois, ayant conservé les mômes mœurs, les mômes institutions, les mêmes usages, presque sans altération. Fort de sa faiblesse, ce petit État, qui a tout au plus 10 lieues de long sur 9 de large, et couvrant a peine 100000 hect. de terrain, a eu le bonheur d'être oublié par tous les conquérants, comme il l'est encore par bon nombre de géographes. On raconte que Napoléon, apercevant, parmi les députations qui assistaient à son sacre, des figures étranges affublées de rouge et coiffées <le l'antique tricorne, aurait demandé ce que c'était. Il lui fut répondu : « Sire, ce sont les dé- « pûtes de l'Andorre. » L'empereur parut réfléchir; puis il dit : t Ah ! « je me rappelle; une république en « miniature, blottie dans un petit a coin des Pyrénées ; je l'ai respectée « comme une curiosité politique. »
« Vers l'an 790. Charlemagne.
ajaiil marché contre les Maures d'Espagne, les défit dans la vallée qui se trouve à TE. de celle d'Andorre, et qui porte encore son nom (vallée de Carol). Pour récompenser les Andorrans du secours (ju'ils lui prêtèrent dans cette occasion, l'empereur leur permit de se gouverner selon leurs propres coutumes, en se réservant certains droits. Plus Urd, Louis le Débonnaire fit concession d'une partie de ces droits à l'évoque d^l'rgel, et organisa l'administration qui subsiste encore dans les mômes formes et avec les mêmes noms. C'est ainsi qu'une partie de la dlme de la ville d'Andorre est qualifiée aujourd'hui de droit carloiingien. Depuis lépoque des Carlovingiens, on peut dire que la petite républi(iue n'a pas eu d'histoire. Heureuse au milieu de ses montagnes, elle a laissé passer toutes les guerres entre les deux nations voisines, sans jamais s'y mêler. Une fois seulement un souverain étranger intervint dans leurs affaires intérieures; ce fut en 1,585, lorsque Henri IV, alors comte de Foix, lit défense d'y étaWir l'inquisition.»
Aujourd'hui les Andorrans payent à la France un tnlmt de 9G0 fr. , et versent une somme égale dans la caisse du prince-évêque d'Urgel. Deux viguiers. nommés par les deux suzerains, sont chargés de décider dansles cas suprêmes, conjointement
avec le syndic de la vallée ; mais en temps ordinaire, le con.seil général, composé des douze consuls (}ui administrent les six paroisses et des douze consuls (jui étaient en exercice l'année j)récédente. sait bien résoudre lui-même la plupart des difficultés qui se présentent. Aussi le petilttat pyrénéen s*iutitulet-il,
dans les actes officiels. Vallée et Souverainetés d'Andgrre. Le titre de prince de la république, que se donne l'évoque d'Urgel, est d'ailleurs parfaitement admis, et tout récemment encore, en 1833, le nouvel évoque a été reçu et acclamé sous ce nom. Il n'est pas étonnant que les Andorrans se tournent plutôt du côté de l'Espagne que de la France : car, par le langage, le costume et les habitudes, ils sont Espagnols, et i)endant six mois de l'année ils restent complètement séparés du bassin de l'Ariége, tandis que, par la vaUée de l'Embalire, ils peuvent toujours communiquer
avec Urgel.
Toutes les ressources du pays consistent dans l'élève des bestiaux, les produits des forges et les profits de la contrebande entre la France et l'Espagne. Chaque année, on afferme les pâturages de l'Embalire aux bergers catalans : c'est la seule blanche de revenu assuré que possède la république. En outre, chaque commune s'impose, selon les besoins de l'année, en taxant tous les citoyens d'ai)rès le revenu présumé de leurs terres et le nombre de leurs bestiaux : ces impôts sont toujours très-faibles.
L'instruction i)ublique est plus lépandue en Andorre que dans les territoires voisins de l'Ariége et d'Urgel; les écoles sont gratuites, et la plupart des jeunes gens aisés vont faire leurs éludes à Toulouse ou à Barcelone.
a Tous ceux qui sont investis d'emplois publics , dit M. Boucoiran , doivent porter un costume de cérémonie pour assister au conseil. Ce costume consiste en une culotte courte de drap gris, avec ceinture et un gilet de laine rouge, une cra-
ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES