‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 39 sur 382 · PROMENADES. — ENVIRONS · texte numérisé non relu

PROMENADES. — ENVIRONS

Une belle avenue d'arbres conduit de la porte Marine à la porte d'Espagne ; mais la promenade la plus fréquentée de Bayonne sont les Allées marines. Elles commencent au delà de la porte Marine , qui s'ouvre sur la place d'Armes, et s'étendent, le long de la rive g. de l'Adour, à plus d'un kil. de la ville. Elles furent plantées pour la première fois en 1727 , coupées ou saccagées en 1814. Leurs arbres donnent aujourd'hui de délicieux ombrages. On y respire un air excellent et on y découvre de charmants paysages. A leur extrémité, au delà du ruisseau l'Aritzague, du canal d'Atchimèciie et du moulin, .s'élève le Blanc Pignon ; plus loin s'étendent des pignadas, le jardin d'hiver de Bayonne; enfin, en continuant à descendre la rive g. de l'Adour, on trouve le Lazaret, établi lors de la peste qui ravagea l'Espagne en 1812, la toui des signaux et l'embouchure du fleuve (à 6 kil. de la ville).

«« La barre de l'Adour, a dit M. de Quatrefages dans ses Souvenirs d'un naturaliste , présente sans cesse l'aspect d'une mer en tourmente. Là l'Océan ne connaît point de repos. Je l'ai visitée par un de ces beaux jours d'automne où la nature entière semble se repo.ser de l'activité des saisons passées et se préparer au sommeil de l'hiver. A peine un souflle d'air, venant de l'est, souleyait-il les banderoles des

navires amarrés de loin en loin aux bords du fleuve-, et pourtant, dès les Allées marines, j'entendais ce tonnerre lointain qui annonce une mer agitée. Sous les rayons d'un soleil à demi voilé qui dorait Bayonne et son cadre de collines, je suivis l'étroite jetée de la rive g. , barrière bien faible en apparence, mais suffisante jusqu'à ce jour pour protéger les rives sablonneuses contre toute érosion. En face du Boucaut, le bruit du ressac redoubla; à la pointe du Lazaret, il devint vraiment formidable. J'atteignis enfin la tour des signaux, et, du haut de la plate-forme, j'embrassai d'un coup d'œil l'embouchure et .ses abords.

« Des deux côtés, la plage unie et bas.se s'élevait insensiblement et .se hérissait de dunes de sables dont quelque.s-unes montraient leur cône aride au-dessus des plantations de pins destinées à les fixer. A mes pieds commençaient les digues basses de MM. de Prony et .Sganzin, tracées de manière à rétrécir progressivement le lit du fleuve et à agir comme une écluse de chasse sur les sables et les graviers. En face s'étendait l'Océan, dont pas une ride ne creusait la surface aplanie par le vent d'est. Et pourtant un demi-cercle de vagues et d'écume séparait la mer et le fleuve : c'était la barre de l'Adour. Là grondait l'orage que j'entendais depuis une heure.

« La marée montait; des lames insensibles, venues du large, se relevaient au contact des bas-fonds et se dressaient en longues ondulations, semblables à des murailles d'une demi-lieue. Sapées à la base par le fond de plus en plus haut, elles se courbaient en volutes et

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ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

s'éboulaient eu laissant échapper une blanche poussière. Bientôt relevées, moins hautes, mais plus pressées, elles formaient, en face del'Aclour, comme une quadruple barrière sans cesse détruite et sans cesse renaissante, atteignaient entin le rivage, se brisaient avec furie , et lançaient, jusqu'au haut du talus incliné qui les arrêtait, leurs longues et rapides fusées. A l'embouchure même , elles se précipitaient dans l'étroit canal, se recourbaient à dr. et à g. contre les jetées, comme pour faire à lOcéan un plus large passage, et roulaient avec ellesdesmonceauxd'une écume jaunâtre «jui semblaient un amas de roches flottantes. »

Depuis que l'ingénieur Louis de Foix a fait rentrer l'Adour dans son ancien lit (voir pages 40 et suiv.), d'importants travaux ont été exécutés pour l'y maintenir. En 1694, comme il se jetiiit du coté de Biarritz, M. de Ferri construisit au sud une digue qui porte son nom et qui rejeta le fleuve du côté opposé. Mais l'état des finances n'ayant pas permis d'adopter les autres i)rojet»

présentés par cet ingénieur, ni même d'entretenir les ouvniges existants, l'embouchure se déplaça de nouveau (cette fois ce fut vers Biarritz que le fleuve se dirigea) , et un banc de sable de W à 4 met.

ferma la passe. En 1727 seulement, on s'occupa sérieusement de porter un remède au mal. M. de Touros lit exécuter, au moyen d'un impôt extraordinaire, les plans de M. de Ferri. Le résultat fut des plus satbfaisants. Mais il ne suffisait pas de construire des digues, il faUait encore les entretenir et même les perfectionner. Malheureusement les travaux commencés durent sou-

vent être abandonnés faute d'argent. Le 20 juillet 1808, Napoléon rendit un décret en vertu duquel le lit de l'Adour, dont la largeur à son emlK)Uchure était de 290 met. , devait être réduit à 152 sur 80 met. , d'après les plans de MM. Prony et Sganzin, inspecteurs généraux des ponts et chaussées. Cependant le problème est encore loin d'être résolu, et la barre de l'Adour reste un pa.ssage i)resque toujours difficile, souvent impossible, malgré la i)résence d'un bateau à vapeur uni<iuement destiné à la remorque des navires.

Le château de Marrac , situé à 1 kil. de Bayonne, au sud, fut construit vers 1707 pour la reine douairière d'Espagne. Marie-Anne de Bavière Neubourg, veuve de Charles H, qui avait été exilée de Madrid et qui passa trente-deux ansà Bayonne. Mais quand il fut achevé, elle refusa de l'habiter, parce qu'u!ie dame de sa suite y avait occupé un api>artement avant son arrivée. Au mois d'avril 1808, Napoléon vint le visiter, car il cherchait une habitation qui lui permit de séjourner quelques mois dans cette ville. A peine l'eut-il vu, qu'il voulut le posséder sur-lechamp. « Il ne fallait heureusement IKtur satisfaire un tel désir , a dit M. Thiers, ni les ruses, ni les violences que coiUait en ce moment la couronne d'Espagne. On fut charmé de le lui vendre pour une centaine de mille francs. On le décora fort à la hâte avec les ressources (|u'olfrait le pays. » Ce ch;\teau, (jui devait être le théâtre dimportants événements (voir page 48), a été incendié en 1825.

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