‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 69 sur 382 · ROUTE 13. DE RAYONNE A CAMRO · texte numérisé non relu

ROUTE 13. DE RAYONNE A CAMRO

M Dirigés par un seul homme, les chalands s'engagent lentement entre les palissades avec la rivière endormie; ils s'introduisent dans lapasse et glissent, doucement d'abord, entre deux pièces de bois lustrées par le frottement. Puis laNive redevient le torrent d'Itsassou : elle court, elle se précipite avec furie, entraînant le chaland, qui s'élance au milieu de flots d'écume.

a Sept fois, sur la distance qui sépare Cambo du point où remonte la mer, deux lieues au plus, des nasses ont été construites, et sept fois le voyageur ressent les vives émotions d'une course en rapide.

Le véhicule n'a rien de commode :

on s'assied à la file , sur des chaises ou sur des ballots de marchandises; on doit être immobile; on ne se penche ni à droite ni à gauche, sous peine d'entraîner le chaland, qui roulerait sur lui-môme; latôte seule est libre, et certes elle a besoin de cette liberté pour admirer au passage la magnifique vallée que parcourt la Nive.

a Les nasses cessent à Ustaritz; la dernière chute de la Nive y fait tourner les moulins qui alimentent toute la contrée. Désormais la rivière coule dans un lit profond, et ses eaux prennent cette teinte verte qui annonce le voisinage de l'Océan.

« A ce point extrême, où la Nive s'arrête deux fois le jour devant le flux, était un pont qui a maintenant disparu, et qui fut le théâtre d'une cruelle exécution dont les chroniques locales ont conservé le souvenir.

a Pez ou Pierre de Pouyane, maire de Bayonne en 1341 , sous la domination anglaise, était Landais et ennemi acharné des immunités basques. Au nombre de ces immu-

nités était le passage en franchise des marchandises et des denrées sur tout le territoire de Bayonne, et notamment sur le pont de Proudines, au lieu môme où nous sommes.

Pour mettre un terme à ce dernier privilège, le maire s'empare du pont, y met des gardes et exige uu péage, en déclarant que le pont dépend de la juridiction de Bayonne, laquelle remonte jusqu'au point de la plus haute marée. Les Basques protestent , courent au pont de Proudines, massacrent plusieurs gardes et chassent les autres. Leur vengeance ne s'arrête pas là, et des marchands bayonnais, qui traversaient le Labourd pour se rendre en Espagne, sont tués et leurs marchandises pillées. Pez de Pouyane se réserva le soin d'exercer de terribles représailles'.

tt Un jour de saint Barthélémy (24 août 1342), fête patronale de Villefranque , la noblesse basque [s'était réunie, selon l'usage, au château de Miots, dont on aperçoit les ruinej couvertes de lierre au sommet des coteaux qui dominent la Nive.

a Pez de Pouyane est averti de cette réunion; il rassemble à la hâte ses hommes les plus dévoués, quitte Bayonne après le coucher du soleil , court à Villefranque, arrive sous les murs du château, en fait enfoncer les portes, y met le feu, lue tout ce qui s'y trouve , îi l'exception de cinq gentilshommes qu'il veut, dit-il, se réserver pour arbitres. Il les emmène jusqu'au pont, en leur disant qu'ils pourront à leur aise vérifier si la mer remonte jusque-là. Puis il les

1. Voir les chroniques bayonnaises, VHistoire de Bayonne^ de M. F. Morel , ' ei le Voyage en Navarre.

fait amarrer aux piles et dans l'eau jusqu'à mi-corps.

a En ce moment la marée commençait à monter; elle gagna peu à peu les cinq gentilshommes , et les Basques de Villefranque, contenus par les bandits du sire de Pouyane, les virent bientôt disparaître sous les eaux.

« P^ntre le point où fut le pont de Proudines et Bayonne, laNive, devenue une belle rivière large, profonde et transparente, passe au pied des coteaux les plus riches, fertilisés par le soleil du Midi et couverts d'habitations élégantes. Le chaland, désormais conduit par un courant placide , glisse sous les beaux ombrages du chàî«au de Marrac avant de s'arrêter à Bayonne. »

De Cambo à St-Jean-de-Luz{V. R. 15); — à St-Jean-Pied-de-Port (V. R. 16).

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