‹ Itinéraire descriptif et historique des Pyrénées de l'océan à la Méditerranée [microform]Chapitre 70 sur 382 · LES BASQUES ET LE PAYS BASQUE · texte numérisé non relu

LES BASQUES ET LE PAYS BASQUE

Par leur simple apparence , les Basques se distinguent complètement de leurs voisins, et, dès qu'on a traversé la frontière qui sépare les campagnes du Béarn de celles du pays basque, on s'aperçoit que le type a changé. Au iieu des visages tant soit peu cauteleux des paysans béarnais, au lieu de leurs sourires presque perfides, on voit des têtes rejetées noblement en arrière, des regards francs, des gestes intrépides; on se croirait transporté sur un autre continent.

La nation basque est une nation belle entre toutes : hommes et femmes ont la figure du plus pur ovale et les traits d'une parfaite régularité; sur leurs physionomies mobiles les moindres sentiments se révèlent par l'éclair du regard, le jeu des sourcils , le frémissement des lèvres;

leurs yeux noirs étincellent de vie.

Comme dans toutes les autres races non encore mélangées, les femmes surtout conservent le type national de la beauté : elles ont une longue chevelure brune, de grands yeux humides et caressants, un nez finement sculpté, une petite bouche, une peau blanche et fraîche , une taille d'une merveilleuse souplesse.

En vraies filles du Midi , elles aiment à porter des étoffes aux vives couleurs , et savent, dans les grandes occasions , cacher leurs traits agaçants sous la mantille de soie.

Les Basques sont remarquables surtout par l'élasticité de leur démarche et de tous leurs mouvements ; on dirait que leurs membres sont doués de ressorts particuliers, tant ils se meuvent avec grâce et légèreté. Quand on les voit descendre du haut de leurs rochers avec leur veste de velours, leur ceinture de soie, leur béret rouge ou bleu posé sur de longs cheveux flottants, ou mieux encore, quand on les voit l'œil ardent, la poitrine frémissante, saisir au vol la balle au jeu de paume , ils semblent plutôt rebondir que marcher ou courir. Ils ont presque toujours à la main un makita ou bâton plombé, qu'ils brandissent d'un air héroïque. S'ils passent à côté d'un voyageur, ils arrêtent un moment le moulinet de leur bâton , saluent avec grâce, mais comme des égaux, sans baisser le regard. Ils se savent tous gentilshommes.

L'origine de cette noble race est inconnue. Plusieurs écrivains, ne sachant comment l'introduire dans leurs classifications systématiques j ont imaginé d'en faire une race mogole; d'autres affirment sérieusement qu'elle descend en droite ligne de Tobal, cinquième fils de Japhet, et

ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES

qu'elle s'établit dans les montagnes des Pyrénées, en l'an de gnke 523 après le déluge. D'après M. Bory de Saint-Vincent, elle appartiendrait h un type primitif qu'il nomme race atlantique. Quoi qu'il en soit, il est certain que les Basques ne sont autres que les anciens Ibères, et peuplaient autrefois toute l'Espagne, la France méridionale, les côtes de l'Italie et les îles de la Méditerranée. Depuis cette époque, leur domaine a été graduellement rétréci par les empiétements de leurs voisins, Celtes, Phéniciens, Carthaginois, Romains, Visigoths, Franks, Sarrasins, et, sans avoir été jamais complètement vaincus, ils ont fini par se retirer au pied des Pyrénées comme au pied d'une forte citadelle.

Ils forcèrent l'empereur Auguste à traiter avec eux; ils exterminèrent les Visigoths par milliers et traquèrent leurs mallieureux descendants jusque dans les antres des montagnes. Plus tard , ils détruisirent l'armée de Charlemagne dans les défilés de Roncevaux; plus tard encore , ils aidèrent les Espagnols à reconquérir l'Andalousie : pourtant, malgré tous ces triomphes, leur puissance diminua de plus en plus , si bien que ceux du Midi finirent par se donner librement à l'Espagne , et que ceux du Nord se laissèrent peu à peu entraîner dans les mêmes destinées que le Béarn, Ainsi que le disait Guillaume de Humboldt, on ne connaît du monde ibérien que sa décadence. Maintenant ses limites sont extrêmement étroites : il n'occupe plus en France ([u'une partie des vallées de la Nivelle, de la Nive, de la Bidouze et du Saison , et sa population homogène ne s'élève pas ;\ plus de 140,000 ;\mes. Le pays basque est

borné au nord par l'Adour et le territoire de Bayonne, au î^. par la chaîne des Pyrénées, à l'ouest par l'Océan , h TE. par une ligne courbe longeant les limites des cantons de Sauveterre, Navarrenx, Sainte-Marie dOlorun et Aramitz; il comprend l'arrondissement de Mauléon et la majeure partie de celui de Bayonne.

.\utrefois, un le divisiiit eu trois cantons, dont le plus occidentaLse nommait/.a ^oj</'(i (iMphurdtj, pays des pirates), le plus oriental, Snule , et celui du milieu, Basse-yavarre.

Les gouvernements de France et d'Espagne font tout leur possible pour détruire la langue basque, si bien que de 840 000 Basques environ qui habitent les deux pays, 500000 seulement continuent à parler leur langue natale. M. Francisque Michel, dit môme que depuis 25 ans, cet idiome a perdu huit lieues de territoire dans la Navarre espagnole.

« Voulant un jour me convaincre par moi-même des progrès que fait le français dans le i)ays basque , je suivis à pied la route de Troisvilles à Tardets, et ne laissai passer aucun paysan sans l'interroger :

sur 43 que je rencontrai, 42 me répondirent en excellent français; un seul branla la tête en murmurant {quelques mots inintelligibles. Quand tous les Basques seront aussi avancés que les paysans des environs de Tardets, la belle langue escuara disparaîtra bientôt, et la race entière se laissera pacifiquement absorber par les nations voisines. »

L'émigration contribue aussi beaucoup à diminuer le nombre des Basques, et, quoi qu'on en dise, les hardis émigrants ne réussiront pas à fonder une nouvelle patrie sur les bords du Rio de la Plata. Le chiffre des Basques (jui s'expatrient tous les ans

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