ROUTE 13. LES BASQUES ET LE PAYS BASQUE
s'élève h 2000 environ , c'est-àdire à un soixante-dixième environ de la population totale. Une foule de jeunes gens émigrent pour échapper au recrutement, de sorte que le nombre des insoumis du département des Basses-Pyrénées est égal aux deux cin(iuièmes, et quelquefois à la moitié des insoumis de toute la France. Ce fait suffit pour donner une idée de l'esprit d'indépendance de la population.
Les Bas([ues sont généralement superstitieux. Ils croient chacune de leurs montagnes habitée par un génie favorable ou malfaisant, et racontent une légende sur chacune de leurs fontaines. Dans leur oi)inion, des serpents .■T'igantesques habitaient encore du temps de la reine Jeanne les cavernes <le la Soûle, et se jetaient sur les |)assants pour les dévorer. De nos jours, on entend parfois des hurlements étranges .se mêler au murmure du vent; ces hurlements sont poussés par Rasaajaona . le dieu des forêts et des montagnes.
Vers le commencement du xvii* siècle, nulle part, si ce n'est i)eut-être en .\lsace, on ne brûla un si grand nombre de sorcières. Les femmes allaient en ft)ule s'accuser d'être les amantes de Satan, et demandaient avec instance d'être décapitées ou brûlées. Une d'entre elles , la plus belle fille du pays basque, fut conduite à Bayonne , où elle devait monter sur le bûcher. Quand le bourreau s'aj)prorha d'elle et s'avança pour lui donner, selon la coutume, le baiser de paix, elle rejeta vivement sa tête en arrière en s'écriant :
a Moi, qui ai touché Satan de mes lèvres, me laisserais -je embrasser par le bourreau? »
Les réfugiés visigoths ou Cagnts
(chiens de Goths , Agotacs) , furent toujours considérés par les Basques comme des hommes maudits, et lorsque, après les Croisades, la lèpre se répandit dans le midi de la France, les quartiers habités par les Cagots furent transformés en léproseries. Jusqu'en l'année 1789, voici quelle était la loi souletine appliquée aux Cagots :
« Tu bAtiras ta demeure dans les sites écartés et déserts, loin de nos habitations et de nos villes; l'on t'assignera la porte par laquelle tu dois entrer à l'église, le bénitier où tu trouveras l'eau bénite, et les galeries où il te sera permis de prendre place, semblable à la brebis infectée que l'on sépare du troupeau.
ce Tu vivras avec les crétins et les léi)reux: tu feras coudre sur tes habits et sur ton épaule un morceau d'étofle rouge qui te fasse reconnaître de loin. Ne te présente jamais dans les halles et marchés; ne touche point aux provisions exposées en vente; tu serais puni de mort.
a Évite de marcher nu-pieds, sous peine d'avoir le talon percé d'un fer l)rûlant; si quelque Basque s'approchait de toi par mégarde, tu l'avertiras en criant, et tu fuiras loin de sa présence, w
La langue e.sTMara, que plusieurs érudits ba.sques prétendent avoir été la langue du Père éternel, est véritablement une langue admirable :
elle a la douceur de l'italien et la mule sonorité de l'espagnol, et, seule parmi toutes les langues des hommes, elle peut se vanter de n'avoir pas de sœurs et d'être une langue ab- .solument primitive, a Par le système d'agglutination des membres de la phrase en un seul mot, elle ressemble aux langues américaines; mais plusieurs autres particularités gram-
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ITINÉRAIRE DES PYRÉNÉES
maticalesla séparent complétemenl de cette famille; elle n'a également aucun rapport avec les langues monosyllabiques (le la Mûgolie. »
Écoutons M. Chaho parler de sa langue maternelle :
« La grammaire euskarienne se di8tinp;ue entre toutes par une admirable simplicité et par une régularité invariable qui n'admet aucune exception à ses règles; on peut dire qu'elle réalise lidéal de la perfection philosophique du langage.
Tous les noms euskariens sont conjugables, ce qui revient à dire quil y a en euskarien autant de verbes que de mots, richesse qu'aucune langue connue ne partage avec cet idiome. En outre, tous les mots, quels qu'ils soient , peuvent être conjugués synthétiquement de la manière la plus régulière et la plus complète.
La langue euskarienne conjugue tous Beà noms avec le verbe élrc-avoir, et non-seulement les noms , mais les adverbes de lieu; et non-seulement ces adverbes, mais leurs diminutifs, approximatifs, augmentatifs, et, comme on compte ceux-ci par douzaines, cela fait pour chaque adverbe une douzaine de conjugaisons différentes. Dans cette langue, toute lettre, toute syllabe, est comme les touches sonores d'un clavier : chacune d'elles rend un son intellectuel , une note , et joue son rôle dans l'harmonie de la pensée.
a Les combinaisons entre les verbes, leurs sujets et leurs régimes, sont presque innombrables; mais leur parfaite régularité rend ces formes multiples très-faciles à apprendre.
Ainsi on compte 1045 formes pour le présent de l'indicatif du verbe être-avoir, ce (jui dunne plus de 10 000 formes pour le verbe entier, et cependant pas un enfant bascpie
ne commet d'erreur dans son langage.
tt Le mécanisme de la langue basque, ses inversions, ses désinences grammaticales , facilitent singulièrement la versification. In jeune homme a-t-il une imagination vive , un ])ère barde ou une mère habituée à répéter les chansons du temps passé, il commencera par chanter à son tour. Bientôt il coml»osera lui-même des chants, sans autre étude, pareil à l'oiseau qui redit d'instinct les conseils de son père veillant sur sa couvée. »
Avec cette facilité de versification, il n'est pas étonnant que tous les événements un peu extraordinaires, tels que les mariages entre veufs, ouïes coups donnés par une femme à son mari, soient célébrés dans des chansons burlesques , avec accompagnement de processions, de danses et de charivaris. Ces chansons étaient parfois suivies de luttes au makita ; aujourd'hui ces drames de famille sont moins souvent traduits à la barre populaire.
Mais on joue toujours de véritablespiècesde théâtre, des pastorales nationales avec décors et musique.
Les pièces que M. Francisque Michel a recueillies, au nombre de 34, sont empruntées, soit à la Bible, soit à la légende , à la mythologie grecque et aux traditions historiques du moyen Age. Les annales ottomanes ont' aussi donné au théâtre basque Mustapha yrand Sultan.
aA-t-on décidé que l'on jouerait une pastorale , la jeunesse de l'endroit va trouver l'homme de lettres du voisinage, le plus souvent l'instituteur de la commune, et lui fait part du dessein qu'elle a formé. On s'entend sur le choix de la pastorale et l'on convient des honoraires à