ROUTE 13. LES BASQUES
payer au directeur de la troupe, qui remplira en môme temps les fonctions de copiste, de répétiteur, de régisseur et de souffleur. Cëfe honoraires sont de 40 francs, la nourriture en sus.
tt Quelques planches, sohdement élevées sur une douzaine de solives, font les frais de la construction du théâtre; une triple rangée de barriques supporte le tout et donne à la scène une élévation d'environ 1",50 sur 4 ou 5 mètres de côté. Le haut du théâtre est partagé en deux compartiments égaux, dont lun forme la scène et l'autre le foyer des acteurs. L'ne corde tendue à la hauteur d'environ 3 mètres , et d'où descendent des draperies plus ou moins riches, forme la ligne de démarcation entre les deux compartiments.
Sur la gauche s'élève ordinairement une espèce de pantin monstrueux, que l'on met en mouvement au moyen de cordes : il représente Allah, ledieudes mahométans; son rôle est d'applaudir aux crimes des méchants, et de se livrer à de nombreuses contorsions en présence des personnages vertueux qui paraissent sur la scène. On s'en sert encore dans les entr'actes pour amuser le public, si toutefois on peut appeler entr'actes des interruptions accidentelles.
a Les acteurs ne sont pas les seuls qui aient le droit de siéger sur le théâtre : les personnes marquantes de l'endroit y occupent une place d'honneur. On y voit aussi les couturières qui ont préparé les costumes et qui veillent sur les décorations; le répétiteur qui remplit publiquement les fonctions de souffleur; enfin, deux ménétriers, l'un jouant du violon , l'autre de la flûte avec accompagnement de tambou-
rin; ils ne jouent pendant la pièce que pour accompagner les chants, qui sont ordinairement des prières adressées à Dieu par les acteurs ou des chœurs denfants dans les moments critiques.
a Les costumes se composent de tout ce que l'on peut obtenir d'ancien et de beau dans les châteaux et dans les maisons bourgeoises, en vertu d'un droit acquis de temps immémorial à la jeunesse, droit que l'on ne saurait lui dénier sans s'exposer à quelques représailles. Les coiffures surtout sont l'objet de soins particuhers, et l'on y prodigue les rubans et les bijoux.
Chacun essaye de se rapprocher autant que possible du costume qu'il attribue à son personnage; mais il faut le dire, acteurs et spectateurs sont assez peu difficiles sur ce point. Voyez plutôt : l'habillement d'un roi chrétien consiste communément en un pantalon blanc galonné , un beau gilet , un habit bourgeois et de petites bottes, une couronne ornée d'une riche chaîne d'or, une autre chaîne de même métal descendant sur le dos et sur l'estomac, une épée, une canne, des gants, deux montres et la croix d'honneur. Les courtisans qui accompagnent le roi sont vêtus de même, avec cette différence qu'ils sont coiffés de chapeaux pareils à ceux des gendarmes et garnis de plumets et de rubans. Les princes musulmans portent de grandes bottes, un pantalon blanc galonné, un habit rouge, un chapeau cylindrique décoré de panaches et de petits miroirs; leur suite offre des costumes pareils, si ce n'est qu'au lieu d'habits, ceux qui la composent ont des vestes courtes en écarlate; les uns et les autres por-
ITINÉRAIRE DES PYRENEES
tent de grands sabres. Quant aux danseurs qui paraissent sur la scène pendant les entractes et que l'on nomme Satans, ils ont des escari)ins rouges garnis de petites sonnettes, un pantalon l»lanc galonné, une ceinture en soie, un riche gilet, une veste écarlate, un chapeau triangulaire en carton orné de rubans et de plumets, et une petite arme pareillement décorée de rubans rouges.
a Les pastorales sont toujours représentées jiar des hommes. Quelquefois, quoique assez rarement, les jeimes filles se donnent en spectacle sur les tréteaux : mais on n'y vdit guère de tilles de bonne maison. A la fin de la représentalion d'une ])astorale, on exécute sur le théâtre des danses diverses.
Le public y est admis; mais l'honneur de danser les trois premiers mutvhico , ou sauts basipies , est mis à lencan par les agents des acteurs, et la jeunesse des diverses communes se le dispute. Le premier saut bascpie coûte quelquefois de 160 à 200 fr.
« Presque toutes les pastorales ont été composée.; dans la Soûle, pays dont Mauléon est le chef-lieu. C'est dans ce coin de terre, (jui a vu naître lesûihenart, les Archu, tous les meilleurs poëtes bascjues, que l'on conserve les recueils dramatiques les plus renommés, et que se donnent les représentations les plus soignées comme les jdus fréquentes.
Dans le Labourd, on ne joue plus que des comédies.
a La danse est aussi l'un des grands amusements du peuple basque, et les jeunes gens ne manquent jamais de se livrer à celte récréation favorite pendant les longues veillées d'hiver. Dans les trois
ou quatre maisons notables que compte le village, la cuisine forme la pièce principale : là, tous les soirs* se réunissent de nombreux voisins.... Un vieillard fait claquer ses mains, pousse un houp vigoureux et entonne l'air national : aussitôt une demi-douzaine de jeunes gars sont eu file, et décrivent l'arc suivant lequel s'exécute en va-etvient la danse du saut basque, dite mut chien, de muthico, garçon.
« Le jeune homme (|ui danse le mutcUico d'une manière irréprochable doit lais.ser pendre mollement ses bras, sans les balancer
avec exagération; il doit avoir les épaules eiïacées, le corps droit, la tète légèrement inclinée vers la |)oitrine, le regard grave et fixé sur le demi-cercle <iu'il s'applique toujt)urs à décrire, et qu'd lui est défendu d'étendre ou de rompre. Il doit encore soutenir sa danse vive.
rai)ide , tant (jue dure le chant ; après (juoi , deux b;\tons sont posés en croix à angle droit : c'est la dernière éi)reuve. Le jeune danseur exécute, d'un angle ;\ l'autre, une série de prouesses, luttant de rapidité avec la musique; et, si le musicien se tait de fatigue, le dan- ,seur siiisit d'un bond les deux bAtons, et son lriomj)he est complet.
« On compte encore parmi les petites récréations de veillée , la lutte corps ;\ corps , la main chaude, les jeux de force, le colinmaillard, le jeu de berger, espèce de jeu de dames réduit à sa plus simple expression; le fétu allumé, que l'on .se passe de main en main, etc.
La réunion n'est-elle composée que de femmes et de vieillards, ce sont les chroniques du temjis passé, les (piestions religieuses, des histoires de loup-garou et de